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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 10:06

Tunisie- Analyse critique du Gouvernement dit d’union nationale

Dans une Déclaration ayant pour titre «Le G.U.N : UN GOUVERNEMENT DE GESTION, ET NON DE SOLUTION DE LA CRISE», reproduite intégralement ci-dessous, un collectif de 29 militant(e)s de la gauche tunisienne a rendu publique son analyse critique du Gouvernement dit d’union nationale (G.U.N) intronisé par le parlement le 26 Août 2016.

Le G.U.N : UN GOUVERNEMENT DE GESTION, ET NON DE SOLUTION DE LA CRISE

Le Gouvernement dit d’union nationale, constitué le 26 Août 2016, jour de son intronisation par L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) avec une majorité numériquement très confortable, n’a pas soulevé l’enthousiasme des citoyen(ne)s, c’est le moins que l’on puisse dire !

Les conditions dans lesquelles ce gouvernement a été constitué - avec les tractations, les manœuvres et les calculs qui ont accompagné le processus laborieux de sa constitution - ajoutées aux alliances contre nature, avec la présence parmi ses membres d’un homme appartenant à la gauche, compromettent sa crédibilité et font de lui plutôt un simple «remake» du gouvernement Habib Essid, remercié par l’ARP avec les applaudissements, Assemblée qui ne craint plus le ridicule !

Les circonstances qui ont accompagné, des semaines durant, le processus laborieux de la constitution de ce gouvernement prétendument d’union nationale, confirment, s’il en était besoin, à quel point notre pays vit, non plus seulement une crise économique et sociale profonde et qui s’aggrave d’année en année depuis 6 ans, mais, aussi, et de plus en plus, une crise politique qui se confirme et s’approfondit de jour en jour.

Le système politique qui s’est construit et imposé depuis le 14 Janvier 2011 n’a pas réussi à initier et développer une vie politique démocratique et pluraliste qui permette au peuple tunisien, à ses élites et à ses électrices et électeurs de participer à la construction d’une deuxième République qui rompe de façon effective avec le despotisme, ses valeurs et ses pratiques répressives et anti-démocratiques, sans ouvrir grandes ouvertes les portes à un despotisme d’essence théocratique, obscurantiste et encore plus rétrograde et réactionnaire que celui dont la Tunisie s’est débarrassée le 14 janvier 2011.

Dans la démocratie dont la Tunisie d’après le 14 janvier 2011 a besoin, l’action politique se doit de se mettre exclusivement au service de la chose publique et de se fonder sur des principes et des valeurs qui ne laissent aucune place à l’hypocrisie et au double langage, aux calculs sordides, aux alliances contre-nature, à l’argent politique, aux groupes de pression et aux pratiques mafiosiques.

Le prétendu gouvernement d’union nationale que l’on vient de nous offrir à l’occasion du 3ème anniversaire du «Sit-in du Départ»* est le pur produit de cette crise politique profonde.

Avec plusieurs de ses membres appartenant à Ennahdha, et d’autres à un Nidaa Tounès profondément divisé, avec un ministère important attribué à un laudateur enthousiaste de Ben Ali à quelques semaines de sa chute, avec un membre venu de la gauche mais qui n’ajoutera rien à la crédibilité de ce gouvernement, le gouvernement présidé par Youssef Chahed - mais qui est et sera en réalité celui du duo ESSEBSI / GHANNOUCHI - n’ira pas très loin.

Entré en fonction il y a bientôt un mois, AUCUNE DÉCISION D'ENVERGURE N’A ÉTÉ ANNONCÉE, alors que sur plusieurs questions clés, il y a EXTRÊME URGENCE : le chômage, le développement régional, la chute vertigineuse du dinar, la hausse des prix, le dossier des Caisses de sécurité sociale, celui de nos hôpitaux et du secteur de la santé de manière générale, pour ne parler que de celles-là !

Il est clair que ce n’est pas d’un gouvernement constitué dans le cadre de calculs sordides, de compromissions, d’alliances contre-nature, et tout cela dans le contexte d’une soumission aux diktats du FMI, de la Banque mondiale et des instances financières internationales, qu’il faut s’attendre à ce que la Tunisie sorte enfin de la crise économique, sociale et maintenant politique dans laquelle elle s’est enfoncée.

Un groupe de militant(e)s de gauche : Amira Aleya Seghayer - Wassim Jday - Nabil Azzouz - Samira Ben Kaddour Belkadhi - Hamadi Ben Yahia- Rafika Gharbi - Salah Zeghidi - Salah Horchani - Alamine Charni - Samira Trabelsi - Melika Hentati - Leila Chebbi - Nozha Skik - Aymen Hacen - Mehdi Abdeljaouad - Salem Ounaiès - Mohamed Salah Fliss - Houcine Ghali - Besma Tekkari - Imen Bechraoui - Moncef Ghanmi - Farhat Raddaoui - Gwafa Lortsi-Mohamed Néjib Ouhibi - Béchir Zeyani- Haythem Jarboui - Lazhar Seddik - Nouredine Najar - Rebh Ejjerbi.

………………………………….............

* Voir au sujet du Sit-in du Départ, par exemple, mon billet intitulé «Prix Nobel de la Paix 2015 : une petite pensée pour le "Sit-in du Départ"! » paru sus le lien suivant :

Published by atf-federation - dans Echos de Tunisie
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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 15:55

L'Express, publié le mercredi 14 septembre 2016 à 11h52

Rachida Dati a vivement réagi à la proposition du polémiste qui souhaite interdire les prénoms musulmans. Alain Juppé ne veut pas non plus "instaurer la police des prénoms".

Eric Zemmour a voulu provoquer un nouveau débat en assurant le 6 septembre que "donner un prénom qui n'est pas français à ses enfants, c'est ne pas se détacher de l'islam, c'est vouloir continuer la tradition islamique en France et c'est vouloir transformer la France en un pays de plus en plus musulman". Le 12 septembre, il va même jusqu'à reprocher à Rachida Dati d'avoir prénommé sa fille Zohra, un "prénom musulman" qui n'est pas en "adéquation avec l'Histoire de France".

Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le trublion de la droite a fait un flop dans le champ politique puisqu'aucun candidat n'a repris sa proposition. Mardi, sur BFMTV, Rachida Dati, soutien de Nicolas Sarkozy, a ainsi réagi:

"Qu'il se fasse soigner! C'est pathologique, non? (...) Il n'y a rien d'autre à dire. (...) Est-ce que vous trouvez scandaleux de donner le prénom de votre maman à un de vos enfants? J'ai adoré maman qui a disparu trop tôt. J'ai une petite fille, je l'ai appelée comme maman. Comme font des millions de Français et comme cela arrive tous les jours."

"On est en train de délirer complètement!"

Le même jour, à Strasbourg, Alain Juppé a dénoncé la "frénésie" de certains "intellectuels" qui "vont jusqu'à proposer qu'on accepte un certain nombre de prénoms en France: Pierre, Paul, Jacques, ou Marie". "On est en train de délirer complètement!", a conclu le favori de la primaire de la droite.

Jeudi, dans une interview à paraître dans Valeurs Actuelles, il affirme ne pas vouloir "rentrer dans cette frénésie et ce délire..." "Ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans les têtes, pas sur les papiers d'état civil. Est-ce que certains prénoms sont plus respectueux de la tradition française? Je ne vais pas instaurer la police des prénoms", persiste et signe Alain Juppé.

Published by atf-federation - dans Lutte contre le racisme
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 18:42
En collaboration avec l’Association des Tunisiens des Grandes Écoles,
l’Association pour la Recherche sur la Transition Démocratique
L’initiative pour le Développement Économique et Soc
ial
et Tunisian American Young Professionals:
lancent un appel pour une mobilisation internationale en faveur de la Tunisie

Le peuple tunisien a, par la seule force de ses convictions, réalisé en janvier 2011 une révolution pacifique au cours de laquelle les slogans lancés ont puisé leurs sources dans les valeurs universelles de liberté de dignité et de justice sociale. Il a fait preuve depuis lors d’une maturité exceptionnelle dans la gestion de la transition, comme l’illustre le Prix Nobel de la Paix attribué aux quatre principales organisations de la société civile
tunisienne ayant parrainé le dialogue national.
En mai 2011,des économistes de plusieurs pays ont signé l’appel pour un soutien du G 8 au programme de développement économique et social tunisien. La communauté internationale
était appelée à être au rendez-vous de l’histoire et à considérer la Révolution tunisienne comme un bien public mondial.
Cinq ans plus tard, alors que la Tunisie a consolidé sa transition démocratique et continue de bénéficier d’un fort courant de sympathie, l’appui de la communauté internationale a été pour
le moins parcimonieux.
Nous avons pourtant la responsabilité collective de faire en sorte que cette transition réussisse et de prouver que la coopération économique est la meilleure barrière contre les extrémismes.
Il est donc essentiel que la communauté internationale marque sa solidarité avec la Tunisie pour qu’elle puisse être et demeurer un exemple à suivre en matière de changement social,
économique et démocratique pour l’ensemble de la région et au-delà.
Le risque auquel nous avons à faire face aujourd’hui est celui d’une mauvaise coordination des actions; le risque que le reste du monde attende que la Tunisie ait achevé sa transition
pour l’aider, alors qu’elle a besoin de cette aide pour réussir cette transition. Sur le plan économique, les transitions démocratiques engendrent souvent une perte de croissance
avant une reprise. Celle-ci tarde cependant à venir. La Tunisie a besoin d’un engagement international afin d’éviter que cette phase récessive ne dure trop longtemps, ce que ni son
économie, ni sa société ne peuvent endurer. La Révolution n’a certes pas de prix, mais elle a un coût. La situation sécuritaire reste encore fragile et la situation économique s’est détériorée,
ce qui a amené les agences internationales de notation à dégrader la Tunisie.
Aujourd’hui, la transition démocratique en Tunisie est à la croisée des chemins, avec un certain nombre d’acquis enregistrés, mais également des menaces qui pourraient
avoir de graves conséquences, non seulement pour la Tunisie, mais aussi pour la région euro-méditerranéenne.
Les derniers attentats terroristes qui ont endeuillé les deux rives de la méditerranée, la vague migratoire sans précédent qui submerge l’Europe, nous rappellent qu’au delà de la
contingence de nos intérêts, doit prévaloir la communauté de nos destins.
Dans ce contexte, le Plan de développement économique et social 2016-2020 est venu fixer des objectifs ambitieux mais réalistes,car la Révolution a brisé le «plafond de verre de l’antidémocratie» qui faisait perdre à la Tunisie plusieurs points de croissance.
Ce Plan comprend un vaste programme d’actions et de réformes qui devront permettre d’engager un nouveau modèle de développement, plus équilibré régionalement, plus inclusif
socialement et plus ambitieux en terme d’intégration internationale. Il vise fondamentalement à préserver le modèle sociétal tunisien bâti sur l’autorité de l’Etat de droit, la démocratie, le rôle central joué par les femmes, la quête de plus de justice sociale et de libertés individuelles et une éducation fondée sur des valeurs universelles et porteuse de modernité.
Ce Plan prévoit en particulier un effort massif d’investissements publics et privés. Les besoins de financement sont de l’ordre de 60 milliards d’euros sur 5 ans. Pour y faire face, la Tunisie
comptera tout d’abord sur ses propres forces. L’épargne nationale couvrira60 % des besoins, mais elle aura besoin inévitablement de financements extérieurs.
Nous appelons aujourd’hui la communauté internationale, à soutenir la transition en Tunisie et plus précisément à soutenir une feuille de route qui serait élaborée et conduite par la Tunisie; feuille de route qui identifierait clairement les acteurs impliqués et les montants à mobiliser.
Plus précisément, nous appelons la communauté internationale à mettre en œuvre:
• Un programme de soutien international doté de 20 milliards d’euros sur 5 ans.
• Une déclaration claire sur les modalités de mobilisation et de coordination entre les différentes institutions financières (FMI, Banque mondiale, BERD, BEI, BAD et BID) afin qu’elles puissent
contribuer de manière optimale à la croissance et à la restructuration de l’économie tunisienne.
• Un engagement, à titre individuel, des pays européens d’appuyer l’obtention pour la Tunisie du statut de partenaire associé de l’Union européenne avec un plein accès aux fonds
structurels européens.
La Tunisie serait ainsi définitivement engagée dans un processus de transition historique avec son volet politique de construction d’une démocratie moderniste et son volet économique et social basé sur un plan de développement ambitieux. La communauté internationale dans son ensemble est invitée à se mobiliser rapidement pour contribuer à la réussite de ce processus dans le cadre d’un authentique partenariat qui aura des répercussions internes et externes, importantes en favorisant une transition démocratique allant dans le sens de l’ouverture et de la modernité et conduisant à plus de prospérité pour la Tunisie et pour la région
euro- méditerranéenne.

Liste des premiers signataires :
Aghion Philippe, Economiste, Aita Samir, Economiste, Arbi Hédi, ancien Ministre, Baladi
Ahmed, Avocat, Barissat Gilles, Chef d’entreprise, Barré-Sinoussi Françoise, Prix Nobel de Médecine, Beacco Jean-Michel, Economiste, Bédoui Abdeljellil, Economiste, Belhaj Ali Amel, Journaliste, Ben Achour Yadh, Juriste, Ben Amar Tarak, Chef d’entreprise, Ben Amara Chokri, Economiste, Ben Becheur Leyth, Agriculteur, Bénassy-Quéré Agnès, Economiste, Benhamou Françoise, Economiste, Ben Ayed Abdessalem, Chef d’entreprise, Ben Hariz Habib, Chef d’entreprise, Ben Kahla Karim, Economiste, Ben Miled Mounir, Expert tourisme, Ben Yaïche Hichem, Rédacteur en chef, Ben Yedder Afif, Chef d’entreprise, Berhima Jalel, Economiste, Besbes Ahmed, Ingénieur Conseil, Betbeze Jean-Paul, Economiste, Biancarelli Jean Louis, Economiste, De Boissieu Christian, Econ
omiste, Bonnenfant Gilles, Chef d’entreprise, Bouchamaoui Ouided, Prix Nobel de la Paix, Bouchaud Christian, Urbaniste, Bouleymen Mhamed Ali, ancien Maire de Tunis, Bouden Chiheb, ancien Ministre, Boughzala Mongi, Economiste, Boujenah Michel, Comédien, Bourguignon François, Economiste, Bousnina
Mongi, ancien Ambassadeur, Boussama Khaoula, Chef d’entreprise, Bréchot Christian,
Institut Pasteur, Brender Anton, Economiste, Cartapanis André, Economiste, Chaabouni Tarek, Chef d’entreprise, Chaibi Khélil, Chef d’entreprise, Charfi Faouzi, Chirurgien, Charpin Jean-Michel, Economiste, Chékir Hamouda, Banquier, Chelbi Afif, ancien Ministre, Chevalier Jean-Marie, Economiste, Cherif Fayçal, Historien, Chkoundali Ridha, Economiste, Chouikha Larbi, Universitaire, Cohen Daniel, Economiste, Dachraoui Mohamed, Chimiste, D’Albis Hippolyte, Economiste, De Bresson Arnaud, Délégué général Paris-Europlace, Degallaix Serge, ancien Ambassadeur, Delanoe Bertrand, Ancien Maire de Paris, Dimassi Hassine, ancien Ministre, Dumas Catherine, ancienne Sénatrice, El Karoui Hakim, Chef d’entreprise, Ellala Mohamed-Lakhdar, Economiste, Elloumi Hichem, Chef d’entreprise, El Mekkaoui de Freitas Najat,
Economiste, Ezzine Mourad, Economiste, Ezzine Tarak, Juriste, Farhat Raja, homme de
Théâtre, Fitoussi Jean Paul, Economiste, Gaaloul Adel, ancien Secrétaire d’Etat, Gaida Habib, Haut Cadre, Ghachem Asma, Juriste, Ghanmi Fatma, Consultante, Ghenima Sana, Chef d’entreprise, Ghorbal Samy, Journaliste, Giaccomotto Christian, Chef d’entreprise, Gindre Jacques, Chef d’entreprise , Grange Cabanne Alain, Maître de requêtes Conseil d’Etat, Guigou Jean-Louis, Economiste, Hanachi Salah, ancien Ambassadeur, Haddad Mustapha, IngénieurConseil, Haddar Mohamed, Economiste, Hatira Abdesslem, ancien Ambassadeur, Hedda Ellouze Donia, Avocate, Houas Mehdi, Chef d’entreprise, Houidi Taieb, Géographe, Jeljeli Naceur, Chef d’entreprise, Jouini Elyes, ancien Ministre, Kabla Gabriel, Médecin, Karafi Néjib,ancien Secrétaire d’Etat, Karray Sana, Economiste, Kéfi Faiza, ancienne Ministre, KoikeToshio, Economiste, Lakhoua Foued, Chef d’entreprise, Levitte Jean-David, ancien Ambassadeur,
Limantour Jean François, Chef d’entreprise, Lorenzi Jean-Hervé, Economiste, Louzir
Hechmi, Institut Pasteur, Malouche Mohamed Ali, Chef d’entreprise, Malvezin Laurent, Chef d’entreprise, Mamoughli Chokri, ancien Secrétaire d’Etat, Mechri Hédi, Economiste, Meddeb Radhi, Chef d’entreprise, Medvedowsky Alexandre, Chef d’entreprise, Mérieux Alain, Chef d’entreprise, Michon-Lehnebach Xavier, Chef d’entreprise, Miled Habib, Chef d’entreprise, Moati Serge, Cinéaste, Mouhoud El Mouhoub, Economiste, Morin George, politologue, Naccache Sonia, Economiste, Nekmouch Lina, Chargée de mission, Nouira Chékib, Chef d’entreprise, Ouali Badreddine, Chef d’entreprise, Ouerfelli Nizar, ancien Ministre, Ounaïes
Ahmed, ancien Ministre, Paintendre Jean-Marie, Conseiller, Paranque Bernard, Economiste, Pastré Olivier, Economiste, Pollin Jean-Paul, Economiste, Portes Richard, Economiste, Raffarin Jean-Pierre, ancien Premier Ministre, Rassaa Abdelaziz, ancien Ministre, Ratte Philippe, Universitaire, Razeau Christian, Chef d’entreprise, Redissi Hamadi, Ecrivain, Reiffers Jean Louis, Economiste, Revuz Jean, Médecin, Rey Hélène, Economiste, Saint-Etienne Christian, Economiste, Sethom Mehdi, Chef d’entreprise, S’himi Mohamed, ancien Dirigeant Syndical, Simon Jean-Charles, Chef d’entreprise, Smaili Mongi, Universitaire, Smaoui Ahmed, ancien Ministre, Sokri Olfa, Députée, Tasca Catherine, ancienne Ministre, Tlatli Slim, ancien Ministre, Trabelsi Néjib, Urbaniste, Trannoy Alain, Economiste, Trigano Serge, Chef d’entreprise, Vilain Françoise, Déléguée générale Futuralia, Zargouni Hassen, Chef d’entreprise, Zgolli Lamine, Universitaire, Zimmerman Klaus, Economiste, Z
ine-Eddine Karim, Financier.
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 17:20

Contre la construction d'un mur anti-migrants à Calais

Thieuw EMILIE France

Des milliers de gens, hommes, femmes, enfants, fuient leur pays pour échapper aux persécutions et à la mort. Ils ne rêvent que d'un quotidien meilleur, plus calme, d'un peu d'humanité et de respect. Ils arrivent en Europe et réclament notre protection.

Dans la majorité des cas, dans leur pays, leur maison a été détruite. Ils espèrent retrouver chez nous 4 murs et un toit pour vivre, élever leurs enfants et se reconstruire intérieurement.

Et nous, alors même que nos pays sont en paix, alors même que nos nuits sont calmes, alors même que nos terres sont fertiles, nous ne leur offrons que des camps de réfugiés, des bidonvilles. Et le seul mur que nous nous apprêtons à construire est un mur blindé, non pas pour les protéger mais pour nous protéger : pour protéger les Anglais anxieux, apeurés par ces étranges étrangers, pour protéger notre commerce et nos camions plein d'aliments et d'énergies que ces étranges étrangers ne peuvent se permettre de consommer car on les en prive.

Evidemment, la situation est difficile pour les habitants des environs de Calais qui se trouvent face à cette pauvreté, une pauvreté qu'ils n'ont jamais vécue pour certains, une pauvreté parfois plus forte que celle qui remplit déjà leur quotidien pour d'autres. Et les agriculteurs, vivant déjà une période de crise financière, voient également leurs terres piétinées par ces étranges étrangers car elles se trouvent sur le passage qui les mèneront où ils souhaitent aller.

Doit-on pour autant construire un mur, et accepter de véhiculer cette image si négative du rejet de l'autre que nous accusons, que vous accusez régulièrement lorsqu'il s'agit du mur israélo-palestinien, du mur de l'ex URSS, du mur de Donald Trump et j'en passe ?

Doit-on pour autant céder à la pression d'un gouvernement anglais qui refuse depuis des années de faire sa part d'humanité, de solidarité ?

Si des murs doivent être construits, qu'ils soient ceux de logements, d'écoles, de centres médicaux, de commerces.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs les sénateurs et députés,

Réagissez, refusez ce mur, cessez donc d'accepter l'inacceptable.

Cette pétition sera remise à:

  • Monsieur le President de la Republique
  • Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement
  • Mesdames et Messieurs les sénateurs et députés
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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:53

L'Association des Tunisiens en France exprime sa solidarité eavec la communauté chinoise et sa solidarité avec la famille de la victime.

Le Bureau National de l'ATF

Manif

La communauté chinoise de Paris défile et réclame «la sécurité de tous»

Par LIBERATION, avec AFP — 4 septembre 2016 à 15:31 (mis à jour à 16:54)

Lors de la manifestation de la communauté asiatique à Paris, le 4 septembre. Photo François Guillot. AFP

La communauté chinoise de Paris défile et réclame «la sécurité de tous»

Plusieurs milliers de membres de la communauté chinoise étaient réunis dimanche à Paris pour réclamer «la sécurité pour tous» et dénoncer le «racisme anti-asiatique», après l’agression mortelle d’un des leurs, un père de famille de 49 ans, en banlieue parisienne. Quasiment tous vêtus d’un t-shirt blanc frappé du slogan «sécurité pour tous», les manifestants, regroupés Place de la République, brandissaient des drapeaux français, en scandant «sécurité, sécurité, sécurité».

A lire aussi, notre format «plein écran» Racisme : le blues des Chinois de Paris

Sur un grand écran était projetée une photo de la victime avec une tache de sang sur laquelle on pouvait lire : «Zhang Chaolin, mort pour rien. Qui sera le prochain ?». Parmi la foule, plusieurs élus comme Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris, Stéphane Troussel, le président PS du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, ou encore la présidente du conseil régional d’Ile-de-France Valérie Pécresse (Les Républicains).

Le collectif «Sécurité pour tous» avait déjà rassemblé plusieurs milliers de personnes en 2010 et 2011 dans le quartier parisien de Belleville pour protester contre la violence dont la communauté chinoise était la cible. La mobilisation, déclenchée par une agression lors d’un banquet de mariage, avait été marquée par des échauffourées.

La mort en août à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) d’un couturier de 49 ans, Zhang Chaolin, décédé après avoir été agressé par trois jeunes qui en avaient après le sac de son ami, a suscité un sursaut de mobilisation. «Sécurité pour tous» dénonce le climat de peur et d’insécurité qui règne à Aubervilliers et met en cause les «autorités» qui «ont préféré fermer les yeux sur cette délinquance grandissante» parce que les «Asiatiques constituent la cible principale de ces agresseurs».

Le collectif réclame notamment des effectifs policiers supplémentaires, des caméras de surveillance et la reconnaissance du racisme anti-asiatique.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 18:27

@Kamel Jendoubi
Ministre chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile Le temps n’est pas aux états d’âme. La situation du pays est telle qu’elle ne laisse même pas de place au regret, et encore moins à l’amertume, au regard des efforts consentis et interrompus… Ainsi va la politique. Et puis, les bilans se font à froid, au moment opportun, même s’il est problématique d’en faire un pour une action publique de si courte durée.Ú

Voici donc quelques notations rapides. Une sorte de bouteille à la mer, ou - qui sait ? - des indications utiles d’une manière ou d’une autre pour l’intelligence de quelques enjeux de notre post-révolution tels que j’ai pu les approcher lors de ma courte expérience ministérielle.
Le département que j’ai eu à diriger est né d’une ambition, sans doute démesurée : la réforme
de l’État. Un travail certes titanesque pour un seul ministère, voire pour un seul gouvernement,
on le savait. C’était, disons, la philosophie de l’action que j’ai voulu entreprendre.
Les yeux rivés sur cet horizon, a priori atteignable mais qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche, je me suis attelé à mon travail. Il fallait commencer par donner une consistance réaliste au mot d’ordre qui pouvait apparaître quelque peu grandiloquent, de « réforme de l’État », et revoir à la baisse mes rêves de vieux militant des droits de l’Homme et des libertés. La redoutable « culture de gouvernement » est une école de patience, de modestie, et parfois d’ingestion de
couleuvres soit dit en passant… La marge était étroite mais réelle.
Nous avons donc - parce que l’effort était collectif - articulé nos projets sous la forme d’un
triptyque.
• Donner corps aux institutions prévues par la Constitution par la mise en place d’un dispositif progressif assurant l’équilibre des pouvoirs, et prévoyant les garde-fous de toute démocratie que sont les contre-pouvoirs.
L’enjeu ici est le fonctionnement même de l’État : un État de droit fidèle à sa vocation sociale ; à même de retrouver une autorité gravement entamée et de la rétablir pour combattre la corruption qui gangrène le tissu social.
• Impliquer la société civile et le mouvement associatif qui, dans ce processus, en est l’épine
dorsale. Une société civile créatrice de droits réels mais surtout actrice et gardienne des
réformes envisagées. La société civile n’est pas la société, elle est son filet protecteur et l’option
pour une démocratie participative, gravée dans le marbre constitutionnel, accorde aux acteurs
civils une place de choix.
L’enjeu ici est d’impulser des relations nouvelles entre l’État et ces acteurs, d’organiser la
confrontation comme les terrains d’entente entre les deux parties pour le bien du pays.
Doter la société civile des moyens de défendre la société, c’est une des missions de l’État
démocratique. Je m’enorgueillis de penser qu’une partie de cette mission a été confiée à mon
département.
• Ce double souci est adossé au référentiel universel des droits de l’Homme prévu par notre
Constitution et par les textes internationaux qui engagent l’État.
L’enjeu ici est de mettre la pratique institutionnelle au diapason des principes inscrits dans la
Constitution, et plus généralement d’insérer notre pays irréversiblement dans l’espace
démocratique transnational qui transcende les puissances étatiques, grandes et petites, et qui
est régi par le droit international. Ces trois piliers apparaissent dans le long libellé du
ministère. Il s’agissait de traduire ces projets en programmes, ensuite en dispositifs juridiques,
puis en pratiques quotidiennes : une tâche ardue et de longue haleine.
Le ministère tel qu’il sera légué à la nouvelle équipe est un vaste chantier, ouvert depuis le
début de l’année, date de sa création après le remaniement ministériel de janvier 2016. Un
grand paysage de briques et de ciment ; des travaux dans toutes les directions : projets de
loi adoptés par le gouvernement et en souffrance dans les rayonnages de l’Assemblée des
représentants du peuple (ARP), notamment le projet de loi-cadre relatif aux instances
constitutionnelles indépendantes et la loi organique relative à l’Instance des droits de l’Homme;
d’autres projets de loi relatifs à chacune des instances constitutionnelles attendant d’être
discutés en Conseil des ministres (bonne gouvernance et lutte contre la corruption, développement durable et les droits des générations futures, communication audiovisuelle)…
Des documents, des rapports (en particulier ayant trait aux correctifs à introduire dans les
décrets-lois relatifs aux associations ou aux partis…), des commissions, des sous-commissions,
des consultations, des rencontres et des tournées à l’intérieur du pays ont été réalisés en aval de
tous les travaux mettant en présence les connaissances des experts et l’expérience des
militants associatifs. Je prétends, au nom de toute l’équipe, que nous avons ébauché une
méthode silencieuse dont l’efficacité a été éprouvée.
Je me contenterais de quelques exemples à titre indicatif. Au printemps 2015, le gouvernement
ayant décidé de prendre à bras-le-corps le dossier du bassin minier, il nous a échu la mission de
rétablir la liaison avec les acteurs de la société civile et, en coordination avec les décideurs
locaux et nationaux, de renouer un dialogue jusque-là empêché par les malentendus, le mépris
ou le laxisme. Nous avons réussi partiellement à rétablir une confiance relative, des emplois
ont été créés, la production, bloquée depuis des années, a redémarré, du moins pour un temps….
Autre cas, la cellule de communication de crise mise en place en juin 2015 après l’attentat sanglant de Sousse. Là encore, la feuille de route était de « communiquer » autrement : par un discours qui mette la sécurité au service de la démocratie et par l’adresse continuelle aux acteurs de la société civile, ceux des médias en l’occurrence.
L’expérience de la plateforme de contre-discours appelée à se déployer sur les réseaux sociaux
et destinée aux publics exposés à la «radicalisation».
Une expérience participative qui doit nous mener à prendre le problème à la base et à établir une
relation durable de confiance avec les acteurs de terrain, en particulier les jeunes. Une synthèse
et des propositions de redéploiement de cette plateforme étaient envisagées.
La mise en place d’un mécanisme permanent et innovant de reporting (comité national de
coordination, préparation, présentation des rapports et suivi des recommandations en matière de droits de l’Homme) impliquant l’ensemble des ministères et permettant à notre pays de retrouver dignement sa place sur l’arène internationale en conformité avec ses obligations internationales relatives aux droits de l’Homme. Sans parler de la re-dynamisation de l’Instance nationale de lutte contre la corruption dotée de moyens conséquents, de la relance de la Haica, bloquée par la démission de plusieurs de ses membres, comme de l’installation de l’Instance nationale de la prévention contre la torture, un mécanisme de protection qui distingue la Tunisie dans le monde arabe. A défaut d’être toujours pérennes, ces quelques exemples constituent autant de balises, des expériences participatives concrètes appelées à s’étendre et à être affinées et rééditées.
Tout le travail de l’équipe ministérielle était un «work in progress » dont les résultats, a priori
imminents, se retrouvent constamment différés…
La faute à personne ou à tout le monde, sans doute au fonctionnement labyrinthique des
usines à gaz qui nous servent d’administrations, mais aussi aux lourdeurs de l’ARP. Que l’on
me pardonne cette saillie, mais le train de limace des séances de l’hémicycle est de nature à user
la patience des plus placides.
Des erreurs de l’équipe, dont j’assume en premier la responsabilité, il y en a eu pour sûr, une gestion approximative du temps, une visibilité a minima, certainement…. Je me suis permis ici d’esquisser un plaidoyer dont la seule finalité est de préserver des acquis, de défendre un petit patrimoine que nous léguons en héritage à nos successeurs.
Je voudrais enfin dire deux mots des difficultés que nous avons sans doute sous-estimées et qui
ont parfois hypothéqué la débauche d’efforts consentie par mon équipe, et au-delà. Elles sont
de deux ordres :
Le premier est d’ordre technique : initialement rattaché à la présidence du gouvernement, le
ministère qui a été le mien était peu et tardivement pourvu en moyens humains en l’absence d’un budget propre, prévu pour enfin être effectif en 2017. Le chef du gouvernement était animé des meilleures dispositions, mais l’intendance ne suivait pas toujours. Il faudra changer cette manière de voir les réformes institutionnelles comme le parent pauvre du développement. La démocratie, avec son attribut participatif, est toujours urgente,… Comme l’emploi… Comme la sécurité. Tout cela procède du même impératif : le bien commun.
Le second est culturel, j’allais dire subliminal : comment faire admettre et avancer l’idée de
réforme dans un milieu travaillé depuis si longtemps par le démon impassible de la routine,
des conservatismes et du corporatisme ?
Comment instiller du dynamisme dans ce monstre à sang froid qu’est l’administration minée par la gestionnite carriériste léguée par le régime de Ben Ali ? Une véritable gageure.
Il y a pire : les oppositions politiques qui transparaissent derrière des hypocrisies complaisantes ou le désenchantement diffus qui perce ici et là : la Révolution, on a déjà donné ! La sécurité et le pain avant tout, les droits de l’Homme ça peut attendre !
Et pourtant, il faut continuer à y croire. On n’a pas le choix. Il y va du devenir de notre post-révolution. Notre pays est engagé dans un processus séculaire de modernisation. L’État en Tunisie a toujours joué le rôle d’initiateur et de garant de la pérennité de ce processus,
malgré les à-coups, les dérives autoritaires et dictatoriales et les tentations régressives. Cette
modernisation suppose un État disposant des moyens de son autorité pour protéger le pays
et défendre la société. Soustraite des mains des oligarques, toujours à l’affût, pour être
mise à la disposition du peuple entier, cette autorité a pour nom Démocratie. Notre démocratie est encore balbutiante. Elle doit se montrer assez forte pour déjouer les plans des prédateurs, assez sereine pour tenir tête aux nostalgiques de l’ordre, de quelque masque qu’il s’affuble : moral ou sécuritaire. Il faut tenir le cap.
Il me reste à formuler le souhait que le travail accompli serve et que le témoin soit repris par
l’équipe qui va nous succéder.
Bonne route Mehdi.
K.J.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 17:51

http://www.essahafa.info.tn/index.php?id=24&tx_ttnews[tt_news]=82989&tx_ttnews[backPid]=5&cHash=d8a4fffb8a

«الصحافة اليوم» خصّنا وزير العلاقة مع الهيئات الدستورية والمجتمع المدني وحقوق الانسان كمال الجندوبي بنص الرسالة التي هي عبارة عن توثيق للعمل الذي قام به خلال فترة عمله في الوزارة المذكورة وفي جزء منها هي إنارة للرّأي العام وفي الجزء الآخر مجموعة توصيات للوزير الجديد في مثل خطّته مهدي بن غربية ،
وهنا لابد من التأكيد على أنّ شريحة معيّنة من النخبة السياسية المناضلة إختارت الإنتقال من العمل السياسي الحركي والذي طُبع بنوع من العُقْمِ الى انتهاج مسار الإصلاح سواء بالدخول مباشرة في معمعان الحُكْمِ مباشرة او كان ذلك بصفة غير مباشرة من خلال فضاء العمل الجمعياتي أو الفضاء المستحدث وهو فضاء الشراكة بين المجتمع المدني والسلطات القائمة .
صديقنا كمال الجندوبي بدأ ذات يوم في اليسار الذي كان يُسمّى راديكاليا في ذلك الوقت ثمّ وضعته الظروف وصورة الاحداث والحظ أيضاً في المكان الذي مكّنه من الانتقال من المناضل الراديكالي الى المناضل من اجل الديمقراطية ثم شفع هذا التحول بصفة الحقوقي المناضل من اجل حقوق الانسان ، ثم كانت الرجّة السياسية والاجتماعية في تونس والتي غيرت بصفة جذرية طبيعة المناخ السياسي وفتحت باب الاصلاح مشرعا لمن يمتلك إرادة ذلك ، توفرت الشروط الموضوعية في تقديره فدخل منظومة الحُكْمِ ومن باب الرغبة في القيام باصلاحات كبرى انتمى الى فريق الحُكْمِ والهدف تحقيق مجموعة اهداف كبرى :
1. إصلاح الدولة والإدارة لأن من هو مؤتمن على القيام باصلاحات كبرى في مختلف المجالات الاقتصادية والاجتماعية والسياسية والثقافية لا بد له ان يكون جسما خاليا من الفساد والعوامل المعطلة لعمليات الاصلاح
2. تثبيت وتركيز دولة القانون ومؤسسات الدولة وتكريس عملية الانتقال الديمقراطي وتجذير ثقافة وواقع حقوق الانسان
3. التقدم في اتجاه تجسيد الشراكة في إدارة الشان العام بين الدولة ومؤسسات المجتمع المدني
4. إرساء تقاليد واليات التداول السلمي على السلطة
كمال الجندوبي حاول خلال رسالته التي نشرها حصريا ان يوضح هذه المسائل كرسالة مضمونة الوصول الى الراي العام والى الوزير الجديد . وفيما يلي نصّ الرسالة :
«ليس الوقت مناسبا لحديث العاطفة. كما أن وضع البلاد، مثلما هو عليه اليوم، لا يترك مجالا للأسف والمرارة بالنظر للجهود المبذولة و التي تم ايقافها...هذه هي السياسة. وعلى كلّ فإنّ التقييمات تنجز بعد أن تهدأ الأموروفي الأوقات المناسبة.
كما أنّي أعتقد أنه يصعب تقييم أيّ فعل عمومي في فترة وجيزة.
وفيما يلي بعض الملاحظات السريعة التي ألقيها كزجاجة في البحر، أو من يدري، فقد تكون معلومات مفيدة بطريقة أو بأخرى لفهم بعض رهانات مرحلة ما بعد الثورة كما تسنى لي مقاربتها من خلال تجربتي الوزارية القصيرة.
إنّ الهيكل الذي توليت إدارته ولد من رحم طموح بإصلاح الدولة، وهو دون شكّ طموح مبالغ فيه.
إنّ هذه المهمّة هي كما نعلم ضخمة سواء تعلق الأمر بهيكل وزاريّ واحد أو حتّى حكومة واحدة ، ولكن لنقل أنها كانت الفلسفة التي قام عليها الفعل الذي أردت انجازه.
لقد انصرفت إلى العمل وأنظاري متجهة صوب هذا الأفق الذي كان، في الآن ذاته، في المتناول ولكنه أفق يبتعد كلما اقتربنا منه أكثر.
كان عليّ أن أبدأ بإعطاء صبغة واقعية لشعار إصلاح الدولة الذي يمكن أن يعتبره البعض شعارا فضفاضا، وأن أراجع أحلام مناضل قديم في مجال حقوق الإنسان والحريّات. أدركت أن «ثقافة الحكم» هي مدرسة صبر وتواضع بل أحيانا هي أشبه بـ«ابتلاع الثعابين» كما تقول العبارة الفرنسية. كان الهامش ضئيلا ولكنه كان حقيقيّا.
لذلك فقد تولينا في إطار جهد جماعيّ تأسيس مشاريعنا على ثلاثة محاور مفصلية:
• تجسيد المؤسسات المنصوص عليها بالدستور باعتماد تمش تدريجي يضمن التوازن بين السلط ويأخذ بعين الاعتبار ضرورة اقامة السلط المضادة.
هذا الرهان يمس، وفي الصميم، أداء الدولة: وأتحدث هنا عن دولة القانون الوفيّة لوظيفتها الاجتماعيّة، دولة تسترجع هيبتها وقدرتها على محاربة الفساد الذي ينخر النسيج الاجتماعي.
• تشريك المجتمع المدني من خلال الحراك الاجتماعي الذي يمثل العمود الفقري لهذا المسار. مجتمع مدني يدين بحقوق فعليّة وطرفا فاعلا في الاصلاحات المقرّرة. إن النسيج الجمعياتي لا يغطي المجتمع بأكمله لكنه يمثل صمام أمان للديمقراطية خاصة و أن البعد التشاركي المنصوص عليه في الدستور يعطي للفاعلين المدنيين موقعا متميّزا.
إنّ الرهان في هذا المستوى هو الدفع بعلاقة جديدة بين الدولة والمجتمع المدني وتنظيم المواجهة كما التوافق بين الطرفين لما فيه خير البلاد. إنّ تمكين المجتمع المدني من وسائل للدفاع عن المجتمع هو من مهام الدولة الديمقراطية. وأنا فخور بأنّ جزءا من هذه المهمّة عهد به للوزارة التي توليت الإشراف عليها.
• إنّ هذا الهاجس المضاعف يستند إلى منظومة المعايير الدولية لحقوق الإنسان التي ينص عليها دستورنا وإلى الصكوك الدولية الملزمة للدولة التونسية.
والرهان هنا هو ضمان التناغم بين الممارسة المؤسساتية و المبادئ الدستورية، و في نطاق أوسع النجاح في إدراج بلادنا ضمن الفضاء الديمقراطي الأممي الذي يحكم القوى الدولية، الكبرى منها والصغرى، بالاستناد الى القانون الدولي.
وتبرز هذه الركائز الثلاث من خلال تسمية الوزارة. كان علينا ترجمة هذه المشاريع الى برامج عمل، ومنها الى آليات قانونية قبل ترسيخها كممارسة يومية، و كنا مدركين أن المهمة شاقة وطويلة.
إنّ الأمر يتعلّق بحظيرة عمل كبرى عهد بها لفريق هذه الوزارة الجديدة المحدثة في بداية السنة الجارية إثر التحوير الوزاري لشهر جانفي 2016. كان المشهد شبيها بمساحة شاسعة من الطوب الأحمر والاسمنت: أشغال في كلّ الاتجاهات، مشاريع قوانين صادقت عليها الحكومة وهي تنتظر مناقشتها بمجلس نواب الشعب. ومن ذلك القانون الأساسي للأحكام المشتركة بين الهيئات الدستورية المستقلّة والقانون الهيكلي المتعلق بهيئة حقوق الإنسان. وعلاوة على ذلك تنتظر مشاريع قوانين تتعلق بهيئات دستورية أخرى النظر فيها على مستوى مجلس الوزراء (الحوكمة الرشيدة ومكافحة الفساد، التنمية المستدامة وحقوق الأجيال القادمة، الاتصال السمعي البصري)..
ورقات عمل وتقارير (خاصة المتعلق منها بالتنقيحات المقترح ادخالها على المراسيم المتعلّقة بالجمعيات والأحزاب...) ولجان، ولجان فرعية، ولقاءات ومشاورات وجولات داخل البلاد تم تنظيمها في إطار جميع هذه الأعمال مع الحرص على الجمع بين خبرة الكفاءات الفنيّة وخبرة النشطاء بالحقل الجمعياتي.
أزعم أيضا، نيابة عن الفريق بأكمله، أننا اتبعنا طريقة عمل صامتة أثبتت جدواها وفاعليتها. وسأكتفي في هذا المقام ببعض الأمثلة على سبيل الذكر لا الحصر.
في ربيع 2015، قررت الحكومة أن تأخذ على كاهلها ملفّ الحوض المنجمي. وعهدت إليّ مهمة ربط الصلة مع المجتمع المدني بالتنسيق مع الفاعلين على المستوين المحلي والوطني، وفتح حوار، كان الى حدّ هذا التاريخ معدوما إما بسبب اختلافات عدّة في وجهات النظر أو ازدراء أو تراخ. وقد نجحنا جزئيا في استعادة هامش من الثقة، وتم خلق فرص عمل، وعاد الإنتاج المتوقف لسنوات ، وهذا على الأقل لفترة من الوقت ....
أما المثال الآخر فيتعلق بخلية اتصال الأزمة التي تم تركيزها إثر العملية الارهابيّة الدمويّة بسوسة في جوان 2015. مرة أخرى، كانت خارطة الطريق تقتضي «التواصل» بشكل مغاير: بالاعتماد على خطاب يضع الأمن في خدمة الديمقراطية ويتفاعل بشكل مستمر مع القوى الفاعلة بالمجتمع المدني ووسائل الاعلام.
كما يمكنني الإشارة إلى تجربة منصة الخطاب المضاد الجاري تركيزها عبر شبكات التواصل الاجتماعي والموجهة إلى الفئات المستهدفة بنزع فتيل التطرّف والوقاية من أسبابه. هذه التجربة التشاركية دفعتنا إلى محاربة ظاهرة التطرف من جذورها وإلى إقامة علاقة ثقة دائمة مع الفاعلين الميدانيين، خاصة الشباب منهم. ومن المقرّر تطوير هذه المنصة بالارتكاز على وثيقة تأليفية ومقترحات صيغت للغرض.
وعلى صعيد آخر، تم تركيز آلية دائمة و مبتكرة (اللجنة الوطنية لإعداد وصياغة التقارير ومتابعة التوصيات في مجال حقوق الانسان) تضم كل الوزارات وتسمح لبلادنا باستعادة مكانتها على الساحة الدولية وفقا لالتزاماتها الدولية في مجال حقوق الإنسان.
ناهيك عن إعادة تفعيل الهيئة الوطنية لمكافحة الفساد وتمكينها من وسائل عمل هامة، وإحياء الهيئة العليا المستقلة للاتصال السمعي البصري التي تعطلت أشغالها بعد استقالة أعضائها، الى جانب تركيز الهيئة الوطنية للوقاية من التعذيب التي تنفرد تونس بإحداثها على مستوى العالم العربي.
ودون ادعاء أن هذه الأمثلة تمثل حلولا دائمة، إلا أنها توفر على الميدان العديد من المنارات والتجارب التشاركية الملموسة والمسودات القابلة للتطوير والتوسيع ومزيد التحسين في ضوء قراءات جديدة.
لقد كرّس فريق الوزارة جهوده للتقدم في العمل قصد تحقيق نتائج منتظرة كانت مؤجلة باستمرار...
من يتحمل ذلك ؟ لا شكّ أن المسؤولية تعود جزئيا الى نظام اداري غارق في البيروقراطية إلى جانب تثاقل خطى مجلس نواب الشعب. لتسمحوا لي بهذا الرأي، ولكن طول قطار الانتظار يفقد الناس صبرهم ويبعث اليأس في النفوس.
ولا شك أن للفريق بعض أخطاء وأنا أول من يتحمل مسؤوليتها .كما كان لنا تقدير غير دقيق لعامل الوقت وتقصير في التعريف بالمشاريع المنجزة. لكن همي الوحيد في هذه «المرافعة» حشد التأييد قصد تحقيق هدف وحيد وهو المحافظة على المكاسب والدفاع عن إرث صغير نتركه لمن سيخلفنا ويتحمل المسؤولية بعدنا.
أخيرا، أودّ أن أقول كلمتين حول الصعوبات التي من المؤكد أنّنا لم نحسن تقديرها وارتهنت إليها أحيانا الجهود التي بذلها الفريق العامل معي وغيرهم من الشركاء. وتنقسم هذه الصعوبات إلى مستويين:
الصعوبة الأولى تقنية : لقد تأخر تمكين الوزارة التي عهد بها إليّ، وكانت في بادئ الأمر حقيبة ملحقة برئاسة الحكومة، من الامكانيات البشرية لافتقادها لميزانية خاصة. ورغم حرص وتفهم رئيس الحكومة فإن المتابعة لم تكن دائما يسيرة. لا بدّ من تغيير الرؤية الحالية للإصلاحات الدستورية التي وقع اعتبارها الحلقة الأضعف في مسار التنمية. إن الديمقراطية بطابعها التشاركيّ مهمة عاجلة دوما مثلها مثل التشغيل والأمن. كلها في سياق تحقيق الصالح العام.
أما الصعوبة الثانية فهي ذات طابع ثقافي و ربما لها علاقة بالوعي الباطني: كيف يمكن الاقناع بفكرة الاصلاح ونشرها في بيئة خضعت طويلا لغول الروتين والتمثّلات المحافظة والولاءات ؟ كيف يمكن بعث ديناميكية جديدة في هذا الوحش البارد أعني الادارة التي تم تقويضها بتقاليد التواكل الموروثة عن النظام السابق ؟ ذلك هو التحدّي. أما الأدهى هو «المقاومة» السياسية لجهود الاصلاح و التي تتجلى في مظاهر النفاق و الإحباط التي باتت منتشرة هنا وهناك : كقول بعضهم مثلا عن أيّ ثورة تتحدثون؟ الأمن والخبز قبل كل شيء. أما حقوق الإنسان فيمكنها الانتظار!
ومع ذلك، فليس لدينا خيار يجب أن نستمر في الايمان.. إن مستقبل تونس ما بعد الثورة على المحكّ.
لقد التزمت بلادنا بمسار تحديثي. واضطلعت الدولة في تونس دائما بدور المبادر والضامن لاستمرارية هذا المسار على الرغم من الصدمات والانحرافات الاستبدادية والديكتاتورية والتوجهات الرجعية. هذا التحديث يفترض امتلاك الدولة لوسائل ممارسة سلطتها حماية للبلاد ودفاعا عن المجتمع. لهذه السلطة اسم وهو الديمقراطية .سلطة يتوجب ابعادها عن القلة المتربصة و وضعها تحت تصرف الشعب بأكمله.
إنّ ديمقراطيتنا لا تزال في مهدها. لكنها يجب أن تكون قوية بما يكفي لردع المتربصين بها . ديمقراطية واثقة بما يكفي أيضا لكبح الحنين إلى النظام التسلّطي، مهما كان وجهه وقناعه، محافظا كان أو أمنيّا. ما من خيار لنا سوى الثبات على نفس المسار.
وختاما، أتمنى أن يكون الجهد المنجز ذا فائدة وأن يمرّ المشعل للفريق الذي سيتحمّل المسؤولية بعدنا.
حظّا موفّقا مهدي».

Deux mots en guise d'au revoir

Par Kamel Jendoubi, ministre de la relation avec les instances constitutionnelles, la société civile et des droits de l’homme

Le temps n'est pas aux états d'âme. La situation du pays est telle qu'elle ne laisse même pas de place au regret, et encore moins à l'amertume, au regard des efforts consentis et interrompus… Ainsi va la politique. Et puis, les bilans se font à froid, aux moments opportuns même s’il est problématique d’en faire un pour une action publique de si courte durée

Voici donc quelques notations rapides. Une sorte de bouteille à la mer, ou, qui sait, des indications utiles d'une manière ou d'une autre pour l'intelligence de quelques enjeux de notre post-révolution tels que j'ai pu les approcher lors de ma courte expérience ministérielle.

Le département que j'ai eu à diriger est né d'une ambition, sans doute démesurée : la réforme de l'État. Un travail certes titanesque pour un seul ministère, voire pour un seul gouvernement, on le savait. C'était, disons, la philosophie de l'action que j'ai voulu entreprendre.

Les yeux rivés sur cet horizon, a priori atteignable mais qui s'éloigne à mesure qu'on s'en approche, je me suis attelé à mon travail.

Il fallait commencer par donner une consistance réaliste au mot d'ordre qui pouvait apparaître quelque peu grandiloquent, de « réforme de l'État », et revoir à la baisse mes rêves de vieux militant des droits de l’Homme et des libertés. La redoutable « culture de gouvernement » est une école de patience, de modestie, et parfois d’ingestion de couleuvres soit dit en passant… La marge était étroite mais réelle.

Nous avons donc - parce que l'effort était collectif - articulé nos projets sous la forme d'un triptyque.

  • Donner corps aux institutions prévues par la Constitution par la mise en place d'un dispositif progressif assurant l'équilibre des pouvoirs, et prévoyant les garde-fous de toute démocratie que sont les contre-pouvoirs.

L’enjeu ici est le fonctionnement même de l’État : un État de droit fidèle à sa vocation sociale ; à même de retrouver une autorité gravement entamée et de la rétablir pour combattre la corruption qui gangrène le tissu social.

  • Impliquer la société civile, et le mouvement associatif qui, dans ce processus, en est l’épine dorsale. Une société civile créancière de droits réels mais surtout actrice et gardienne des réformes envisagées. La société civile n’est pas la société, elle est son filet protecteur et l’option pour une démocratie participative, gravée dans le marbre constitutionnel, accorde aux acteurs civils une place de choix.

L’enjeu ici est d’impulser des relations nouvelles entre l’État et ces acteurs, d’organiser la confrontation comme les terrains d’entente entre les deux parties pour le bien du pays. Doter la société civile des moyens de défendre la société, c’est une des missions de l’État démocratique. Je m’enorgueillis de penser qu’une partie de cette mission a été confiée à mon département.

  • Ce double souci est adossé au référentiel universel des droits de l'Homme prévu par notre Constitution et par les textes internationaux qui engagent l’État.

L’enjeu ici est de mettre la pratique institutionnelle au diapason des principes inscrits dans la Constitution, et plus généralement d’insérer notre pays irréversiblement dans l’espace démocratique transnational qui transcende les puissances étatiques, grandes et petites, et qui est régi par le droit international.

Ces trois piliers apparaissent dans le long libellé du ministère. Il s’agissait de traduire ces projets en programmes, ensuite en dispositifs juridiques, puis en pratiques quotidiennes : une tâche ardue et de longue haleine).

Le ministère tel qu’il sera légué à la nouvelle équipe est un vaste chantier, ouvert depuis le début de l’année, date de sa création après le remaniement ministériel de janvier 2016. Un grand paysage de briques et de ciment ; des travaux dans toutes les directions : projets de loi adoptés par le gouvernement et en souffrance dans les rayonnages de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), notamment le projet de loi-cadre relatif aux instances constitutionnelles indépendantes et la loi organique relative à l’Instance des droits de l’Homme; d’autres projets de loi relatifs à chacune des instances constitutionnelles attendant d’être discutés en Conseil des ministres (bonne gouvernance et lutte contre la corruption, développement durable et les droits des générations futures, communication audio-visuelle)…

Des documents, des rapports (en particulier ayant trait aux correctifs à introduire dans les décrets-lois relatifs aux associations ou aux partis…), des commissions, des sous-commissions, des consultations, des rencontres et des tournées à l’intérieur du pays ont été réalisées en aval de tous les travaux mettant en présence les connaissances des experts et l’expérience des militants associatifs.

Je prétends, au nom de toute l’équipe, que nous avons ébauché une méthode silencieuse dont l’efficacité a été éprouvée. Je me contenterais de quelques exemples à titre indicatif

Au printemps 2015, le gouvernement ayant décidé de prendre à bras-le-corps le dossier du Bassin minier, il nous a échu la mission de rétablir la liaison avec les acteurs de la société civile et, en coordination avec les décideurs locaux et nationaux, de renouer un dialogue jusque-là empêché par les malentendus, le mépris ou le laxisme. Nous avons réussi partiellement à rétablir une confiance relative, des emplois ont été créés, la production, bloquée depuis des années a redémarré, du moins pour un temps….

Autre cas, la cellule de communication de crise mise en place en juin 2015 après l’attentat sanglant de Sousse. Là encore, la feuille de route était de « communiquer » autrement : par un discours qui mette la sécurité au service de la démocratie et par l’adresse continuelle aux acteurs de la société civile, ceux des médias en l’occurrence.

L’expérience de la Plateforme de contre-discours appelée à se déployer sur les réseaux sociaux et destinée aux publics exposés à la « radicalisation ». Une expérience participative qui doit nous mener à prendre le problème à la base et à établir une relation durable de confiance avec les acteurs de terrain, en particulier les jeunes. Une synthèse et des propositions de redéploiement de cette plateforme étaient envisagées.

La mise en place d’un mécanisme permanent et innovant de reporting (comité national de coordination , préparation, présentation des rapports et suivi des recommandations en matière des droits de l’homme) impliquant l’ensemble des ministères et permettant à notre pays de retrouver dignement sa place sur l’arène internationale en conformité avec ses obligations internationales relatives aux droits de l’homme.

Sans parler de la redynamisation de l’instance nationale de lutte contre la corruption dotée de moyens conséquents, de la relance de la HAICA, bloquée par la démission de plusieurs de ses membres, comme de l’installation de l’instance nationale de la prévention contre la torture, un mécanisme de protection qui distingue la Tunisie dans le monde arabe.

A défaut d’être toujours pérennes, ces quelques exemples constituent autant de balises, des expériences participatives concrètes appelées à s’étendre et à être affinées et rééditées.

Tout le travail de l’équipe ministérielle était un « work in progress » dont les résultats a priori imminents, se retrouvent constamment différés…

La faute à personne ou à tout le monde, sans doute au fonctionnement labyrinthique des usines à gaz qui nous servent d’administrations, mais aussi aux lourdeurs de l’ARP. Que l’on me pardonne cette saillie, mais le train de limace des séances de l’hémicycle est de nature à user la patience des plus placides.

Des erreurs de l’équipe, dont j’assume en premier la responsabilité, il y en a eu pour sûr, une gestion approximative du temps, une visibilité à minima, certainement…. Je me suis permis ici d’esquisser un plaidoyer dont la seule finalité est de préserver des acquis, de défendre un petit patrimoine que nous léguons en héritage à nos successeurs.

Je voudrais enfin dire deux mots des difficultés que nous avons sans doute sous-estimées et qui ont parfois hypothéqué la débauche d’efforts consentie par mon équipe, et au-delà. Elles sont de deux ordres :

Le premier est d’ordre technique : initialement rattaché à la présidence du gouvernement, le ministère qui a été le mien était peu et tardivement pourvu en moyens humains en l’absence d’un budget propre, prévu pour enfin être effectif en 2017. Le chef du gouvernement était animé des meilleures dispositions, mais l’intendance ne suivait pas toujours. Il faudra changer cette manière de voir les réformes institutionnelles comme le parent pauvre du développement. La démocratie, avec son attribut participatif, est toujours urgente,… Comme l’emploi… Comme la sécurité. Tout cela procède du même impératif : le bien commun.

Le second est culturel, j’allais dire subliminal : comment faire admettre et avancer l’idée de réforme dans un milieu travaillé depuis si longtemps par le démon impassible de la routine, des conservatismes et du corporatisme. Comment instiller du dynamisme dans ce monstre à sang froid qu’est l’administration minée par la gestionnite carriériste léguée par le régime de Ben Ali ? Une véritable gageure. Il y a pire : les oppositions politiques qui transparaissent derrière des hypocrisies complaisantes ou le désenchantement diffus qui perce ici et là : la Révolution, on a déjà donné ! La sécurité et le pain avant tout, les droits de l’Homme ça peut attendre !

Et pourtant, il faut continuer à y croire. On n’a pas le choix. Il y va du devenir de notre post-révolution.

Notre pays est engagé dans un processus séculaire de modernisation. L’État en Tunisie a toujours joué le rôle d’initiateur et de garant de la pérennité de ce processus, malgré les à-coups, les dérives autoritaires et dictatoriales et les tentations régressives. Cette modernisation suppose un État disposant des moyens de son autorité pour protéger le pays et défendre la société. Soustraite des mains des oligarques, toujours à l’affût, pour être mise à la disposition du peuple entier, cette autorité a pour nom Démocratie.

Notre démocratie est encore balbutiante. Elle doit se montrer assez forte pour déjouer les plans des prédateurs, assez sereine pour tenir tête aux nostalgiques de l’ordre, de quelque masque qu’il s’affuble : moral ou sécuritaire. Il faut tenir le cap.

Il me reste à formuler le souhait que le travail accompli serve et que le témoin soit repris par l’équipe qui va nous succéder.

Bonne route Mehdi.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 19:53

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Leçons et conséquences d’un été révélateur : la construction progressive des conditions d’un pogrome

Publié le 31 août 2016 par bouamamas

Saïd Bouamama

L’été 2016 a été marqué par trois faits de nature différente : un ignoble attentat endeuille le pays le 14 juillet, une loi détruisant le code du travail massivement rejetée par la population et les travailleurs est votée le 21 juillet et un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage pour les femmes portant un « burkini » est pris à Cannes, déclenchant en quelques jours une véritable épidémie d’arrêtés similaires dans d’autres villes. Les réactions sociales et les commentaires politiques et médiatiques qui ont suivis ces trois événements constituent un excellent analyseur de l’état de notre société, des contradictions qui la traversent et des intérêts qui s’y affrontent.

« Radicalisation rapide », stratégie de dissimulation et production d’une psychose collective

Dès le 16 juillet le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve évoque la thèse d’une « radicalisation rapide » du chauffeur meurtrier accompagnée d’une série de précisions angoissantes :

« Il n’était pas connu des services de renseignement car il ne s’était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l’idéologie islamiste radicale […] Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement. En tous les cas, ce sont les premiers éléments qui apparaissent à travers les témoignages de son entourage […] des individus sensibles au message de Daesh s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés […] La modalité de la commission de son crime odieux est elle-même nouvelle. » (1)

La thèse de la « radicalisation rapide » est lourde de conséquences. Elle accrédite l’idée que tous les musulmans sont susceptibles de se transformer rapidement et brusquement en terroriste. Le danger est désormais partout où sont présent des musulmans ou supposés tels. L’heure est donc à la méfiance à chaque fois que l’on croise un musulman réel ou supposé. Bien sûr, on ajoutera systématiquement « qu’il faut veiller à ne pas faire d’amalgame » soulignant ainsi la conscience des effets probables d’une telle thèse.

Le fait que le profil du tueur soit atypique (au regard de celui que nos médias dessinent depuis des années pour nous aider à repérer les « candidats au djihadisme ») renforce encore la production d’une psychose collective. On ne peut même plus reconnaître un musulman compatible avec la république à des faits simples comme « ne pas fréquenter une mosquée », « ne pas faire le Ramadan » ou « manger du porc ».

Pendant près de deux semaines, des « experts » se sont succédé sur nos plateaux pour nous convaincre d’un danger multiforme nécessitant une méfiance permanente vis-à-vis de certains de nos concitoyens. La perle pour les « spécialistes » revient une nouvelle fois à Mohamed Sifaoui présenté par BFM TV comme « journaliste spécialiste du terrorisme islamique », qui estime que la radicalisation peut-être « instantanée » :

« Elle peut s’accomplir [la radicalisation] le jour même de l’attentat; car il est dit par les idéologues islamistes que l’attentat kamikaze, l’attentat martyre fait pardonner l’ensemble des péchés. » (2)

Mais ce « spécialiste » ne se contente pas d’accélérer à l’extrême la rapidité de la radicalisation, il appelle dans la même émission ses confrères à ne pas chercher à comprendre le comportement du tueur à partir d’une « rationalité occidentale ».

Nous avons donc à faire à des individus qui ne fonctionnent pas ni ne raisonnent comme nous. Ils sont extérieurs à notre monde, non produits par lui et inexplicables rationnellement. C’est ainsi que se construit une psychose collective qui élimine une partie de la population du « Nous » social. Or à chaque fois qu’il y a des processus d’exclusion d’un « Nous » social, il y a autorisation au passage à l’acte. Les conditions de possibilité d’un pogrom se réunissent par ce type de processus.

Mais Mohamed Sifaoui ajoute un argument de taille : la stratégie de dissimulation. « La dissimulation est une technique que l’on apprend dans des manuels qui sont distribués par Daesh » développe-t-il dans la même émission. La thèse de la « préméditation dissimulée » s’ajoute immédiatement à celle de la « radicalisation rapide ».

Le procureur de la république de Paris, Louis Molins, déclare dans une conférence de presse le 21 juillet qu’« il apparaît que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a envisagé son projet criminel plusieurs mois avant son passage à l’acte ». (3) Il annonce également la mise en détention provisoire de cinq suspects soupçonnés de complicité. Sans attendre de précisions les média dominants s’emballent. Les téléspectateurs et les lecteurs des grands médias apprennent un nouveau mot arabe : « La Taqiya ». L’hebdomadaire Mariane titre « Taqiya : la dissimulation comme nouvelle arme de guerre » en expliquant en chapeau d’article :

« Certains terroristes l’utilisent comme stratégie pour passer sous les radars des renseignements, d’autres s’en servent comme un alibi pratique pour continuer de mener leur vie d’occidentalisés : dans tous les cas, la taqiya – l’art de la dissimulation – est prônée par l’Etat islamique pour ces « soldats de Dieu ». Enquête ». (4)

Du Figaro à Nice-Matin en passant par BFM ou RTL, ce nouveau mot angoissant entre dans le vocabulaire. Non seulement ils se radicalisent vite mais de surcroît ils se dissimulent pour ne pas être repérés. Décidément nous devons nous méfier de tous les musulmans ou supposés tels. Une dose supplémentaire de psychose est ainsi diffusée quelques jours après la première.

L’opposition de droite s’engouffre immédiatement dans la surenchère en ajoutant ainsi un troisième niveau de psychose. Le député Les Républicains Georges Fenech appelle à la création d’un « Guantanamo à la française ». L’ex-maire de Nice Christian Estrosi propose des « centres de rétentions préventifs pour les djihadistes présumés ». Sarkozy préfère lui le port du bracelet électronique pour tous ceux présentant un risque de radicalisation, mesure que l’on peut compléter par des assignations à résidence.

Bref, il n’est rien proposé d’autre que de considérer comme coupables des « suspects » avant même qu’ils n’aient commis le moindre délit. Une justice d’exception, tel est le fond commun vers lequel convergent toutes ces propositions.

Le « burkini » comme dissimulation du « djihadisme »

L’assassinat du prêtre Jacques Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray le 28 juillet achève de créer les conditions des dits « arrêtés anti-burkini ». L’arrêté municipal est pris deux jours après le drame mais un mois après le début de la saison. Pendant le mois de juillet la presse ne s’est faite le relais d’aucune difficulté sur les plages à propos des tenues vestimentaires. Une nouvelle fois une pratique sociale est désignée comme « problème » non pas par la population mais par une autorité politique. Le moment de l’arrêté indique son caractère opportuniste. Il s’agit simplement d’utiliser le contexte d’émotion intense lié aux deux drames de juillet pour faire avancer un agenda préétabli : imposer l’immigration et l’identité comme deux centralités de la présidentielle.

En reliant ces deux thèmes à la question du terrorisme la dimension problématique est posée. En faisant ce lien dans un contexte d’émotion publique intense, la nécessité d’une « urgence de l’action » est suggérée avec en implicite un appel à chaque citoyen à dénoncer les « fraudeurs ». C’est ainsi qu’un « problème » produit « par en haut » se transforme en problème « d’en bas » pour une partie de la population. L’épidémie de décrets qui suivent celui de Nice confirme le caractère sur-idéologisé du « problème ». Alors qu’en juillet aucune des trente villes qui prendront un décret n’a fait état d’un problème à propos du « burkini », voici que brusquement le problème apparaît partout.

L’ordonnance de référé du tribunal administratif du 13 août qui valide l’arrêté cannois (et ouvre à la prolifération de décrets similaires) est par son argumentaire significatif des enjeux. « Dans le contexte d’état d’urgence et des récents attentats islamistes survenus notamment à Nice il y a un mois, le port d’une tenue vestimentaire distinctive, autre que celle d’une tenue habituelle de bain, peut en effet être interprétée comme n’étant pas, dans ce contexte, qu’un simple signe de religiosité » (5) précise cette ordonnance.

Autrement dit, le « burkini » dissimule autre chose. Nous sommes de nouveau en présence de la thèse de la dissimulation que nous avons déjà rencontré à propos de l’attentat de Nice. Les femmes portant le burkini deviennent ainsi porteuses de toute autre chose : d’une négation des droits des femmes pour le mieux, du terrorisme pour le pire.

La prise de position immédiate de Manuel Valls légitime et renforce la « gravité » de la question et l’urgence d’adopter une posture de fermeté. « Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public » (6) affirme notre premier ministre. Dans une interview au Journal La Provence il précise sa pensée :

« Le burkini n’est pas une nouvelle gamme de maillots de bain, une mode. C’est la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme. […]Certains cherchent à présenter celles qui le portent comme des victimes, comme si nous mettions en cause une liberté … Mais ce n’est pas une liberté que d’asservir la femme. […] Face aux provocations, la République doit se défendre. […] Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique » (7).

Rarement la caricature et l’illogisme n’aura autant caractérisé le discours politique : c’est pour libérer la femme qu’il faut lui refuser un droit ; c’est pour le « vivre ensemble » qu’il faut exclure. Rarement également le caractère de « gravité » supposé de la situation n’aura été autant mise en avant : contre-société ; ordre public ; asservissement de la femme ; provocation ; nécessité de se défendre.

La conséquence était prévisible : à Nice et à Cannes des femmes se font verbaliser et humilier par des policiers municipaux simplement parce qu’elles portent un voile. Il ne s’agit pas de dérives mais d’une conséquence logique. On ne peut pas produire une police des habits basée sur le caractère de « dangerosité » supposée de certains vêtements et sur la thèse de la dissimulation et ne pas avoir en conséquence une chasse à ce qui est caché, masqué, dissimulé. La chose n’est pas nouvelle. Rappelons-nous lors de la loi sur le foulard de 2004 les débats ubuesques pour savoir si le « bandana » n’était pas un voile dissimulé.

Comme 2004 pour la loi sur le foulard, le nombre de burkini sur les plages françaises a été inversement proportionnel au nombre d’émissions, de prises de position et d’appel à la fermeté dans le discours politique et médiatique. Chaque citoyenne et chaque citoyen est appelé à avoir une opinion, alors même que la plupart d’entre eux n’ont jamais eu l’occasion de croiser une femme portant cette combinaison. Elles et ils découvrent cette tenue de bain à partir d’une question préalable : que dissimule-t-elle ?

La conséquence qui en découle une survisibilité du burkini. Alors qu’il était perçu par le citoyen quelconque comme une « tenue » de bain auparavant, il est désormais perçu comme problème. Alors qu’il était appréhendé comme relevant du choix individuel, il devient désormais une question publique et politique. Alors qu’on pouvait ne même pas le remarquer, il saute désormais aux yeux avec tout le background des débats et prises de position alarmantes entendus dans les médias.

Comme en 2004 à propos du port du foulard, une pratique aux motivations plurielles et aux significations diverses est ramenée à une causalité et à une signification unique et homogène à connotation problématique. Cela a un nom scientifique et un nom populaire. Il s’agit sur le plan théorique de la même démarche essentialiste que celle qui est massivement diffusée dans les discours politiques et médiatiques dominants depuis la décennie 1990.

Il s’agit plus simplement de la stigmatisation des musulmans réels et supposés diffusée largement par une multitude d’islamalgames : islam incompatible avec le féminisme, avec la laïcité, avec la république, etc. Même pour les femmes invoquant leur croyance religieuse pour porter cette tenue de bain les explications dominantes inversent la réalité. Alors que cette tenue est un signe d’une volonté de présence dans l’espace public, il est interprété comme « communautarisme ». Alors qu’elle est un indicateur d’une « intégration à la plage », elle est présentée comme « menace pour l’ordre public ».

Les débats de cet été qu’ont dû une nouvelle fois subir nos concitoyens musulmans ou supposés tels ont été marqués par trois postures qui sont révélatrices d’une société malade qui refuse de regarder sa maladie en face pour pouvoir la soigner. La première bien que minoritaire est de plus en plus fréquente : l’islamophobie décomplexée. L’irremplaçable Nadine Morano déclare ainsi le 12 août à Europe 1 que «les islamistes, tels que cette femme voilée intégralement sur le territoire national, sont comparables avec les nazis ». (8)

La seconde est celle de l’instrumentalisation en préparation des présidentielles. D’ores et déjà le burkini estival est relié à la question de « l’identité nationale » en danger qu’il faudrait protéger des « ennemis de l’intérieur » qui de surcroît sont devenus maître dans l’art de se dissimuler. Dès à présent le lien est fait avec les questions de sécurité et de terrorisme nécessitant un Etat d’urgence quasi-permanent et des « Guantanamo » à la française.

La troisième posture est celle de l’appel à la soumission et au renoncement aux droits. L’utilisateur du terme « sauvageon » pour désigner les jeunes des quartiers populaires, Jean Pierre Chevènement est sorti du placard. L’ancien ministre pressenti par Valls pour diriger la future « Fondation pour l’Islam de France » conseille au musulman « la discrétion » dans l’espace public. L’injonction à l’invisibilité pour une catégorie de citoyens a toujours été synonyme de domination. La lutte contre une oppression a toujours comportée des stratégies de visibilisation que ce soit pour le mouvement ouvrier, les luttes de libération nationale, le combat féministe ou encore les luttes des gays et lesbiennes.

Ces trois postures soulignent le danger de la séquence historique actuelle en France. Ce qui s’est passé cet été n’est rien d’autre que l’effritement de digues idéologiques et politiques à la fascisation. Si l’arrêt du conseil d’Etat invalidant les arrêtés est une bonne nouvelle, il n’est pas le remède à la maladie de la société française que révèlent les symptômes de cet été. D’ores et déjà les appels à une modification de la loi se multiplient et font partie des promesses de campagne des présidentielles.

La réunion progressive des conditions d’un pogrome

Plusieurs faits insignifiants en eux-mêmes mais significatifs pris ensemble ont également caractérisé l’été français. Ils marquent un seuil qualitatif nouveau dans la libération de la parole explicitement raciste. Un reportage de Louise Couvelaire à Nice dans Le Monde du 23 juillet en donne des exemples édifiants :

« Sandra, médecin et niçoise d’adoption depuis six ans, a la voix qui tremble et les mots qui se bousculent : « Ce qui est en train d’arriver, là, maintenant, après l’attentat, est d’une violence inédite» , se désole-t-elle.

« La montée de la haine envers les musulmans est terrifiante. » Pour la première fois, elle entend des « horreurs », notamment de l’une de ses meilleures amies : « Si j’en croise une avec un foulard, je la plombe, qu’elle rentre chez elle. » […] « Ce tragique événement a complètement libéré la parole des Niçois qui se disent de souche» , analyse Teresa Maffeis, de l’Association pour la démocratie à Nice (ADN), militante des causes humanitaires (Roms, réfugiés…). « Je suis très inquiète. »

Chauffeur de poids lourd depuis quatorze ans dans Nice et sa région, Karim attend que son agence d’intérim le rappelle. « Un Arabe au volant d’un camion, ça fait peur à tout le monde maintenant », souffle-t-il, en listant les insultes : « Sale connard », « Il faut tous les éradiquer », « Retourne chez toi »… « Les Arabes tout court, ils n’en veulent pas», renchérit Malik, 41 ans. « Il faut voir les regards noirs qu’on nous lance et les parents qui prennent leurs enfants par la main dès qu’ils nous voient. » (9)

La participation active de citoyens à la dénonciation de femmes portant le burkini, les appels téléphoniques à la police pour signaler leur présence sur une plage ou l’applaudissement des policiers lors des verbalisations sont des attitudes qui se sont multipliées au fur et à mesure du délire politique et médiatique de cet été. Elles nous renseignent sur l’enracinement de l’islamophobie dans une partie de la population française. Plus de vingt ans de discours médiatiques et politiques posant l’Islam comme problème pour la société française révèle aujourd’hui leurs effets. Deux décennies d’instrumentalisation politique donnent aujourd’hui des fruits amers et acides.

Ce qui s’est passé à Cisco n’est que ce qui s’annonce ailleurs et à une plus grande échelle si nous ne réagissons pas collectivement pour stopper la logique dominante actuelle. Une rixe entre des « maghrébins » et des « riverains » pour reprendre les termes de la presse, se transforme dès le lendemain en manifestation de plus de cinq cents personnes scandant des slogans significatifs comme « aux armes », « on est chez nous », etc.

Le même jour, le 14 août, un élu de la république, Charles-Antoine Casanova, maire de la commune de Guardale écrit sur sa page Facebook : «En tant qu’élu, je demande à mon collègue, le maire de Sisco, dans un premier temps, de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’exclure définitivement de sa commune tous les maghrébins et leurs familles, qu’ils soient impliqués ou non dans ces incidents».

Précisant sa pensée sur le site d’extrême-droite Breizh-info, il complète : « Ce gouvernement ne nous protège pas, alors nous sommes obligés de nous protéger nous-mêmes et de nous défendre contre toute attaque d’où qu’elle vienne.» (19)

Quelles ont donc été les réactions de riposte à ces symptômes de l’enracinement de l’islamophobie dans une partie de la population française. Nous en distinguons trois : la condamnation compréhensive ; la thèse du racisme historique de la population française et la thèse de l’instrumentalisation.

La première a été largement dominante. Elle consiste à faire précéder (ou à faire suivre) la condamnation des actes islamophobes par une longue diatribe visant à condamner le « burkini », le « communautarisme », « l’islamisme », etc., selon les différentes déclarations. Ce type de déclaration pose de fait un lien entre les actes islamophobes condamnés et les objets de la démarcation. Ce faisant il accorde une écoute compréhensive et une légitimité implicite aux faits dénoncés qui enlève toute efficace à la condamnation qui suit ou qui précède. Pas plus que l’attitude des juifs n’a été la cause de l’antisémitisme dans la décennie 30, l’attitude des musulmans aujourd’hui n’est la cause de l’islamophobie.

La seconde réaction consiste en une vision essentialiste de l’islamophobie française. Le peuple de France serait congénitalement islamophobe et cela se révélerait dans des moments de difficultés sociales ou de crises sociales et économiques. Outre qu’elle ne peut produire que des postures d’impuissance politique cette thèse nie le caractère politiquement produit de l’islamophobie contemporaine. C’est par en haut que l’islamophobie contemporaine s’est développée en France à coup de débats et de lois successives désignant les musulmans ou les supposés tels comme problème et comme danger. L’hystérisation du débat est le fait des médias et d’une partie conséquente de la classe politique et non d’une brusque et soudaine épidémie d’islamophobie.

Cette seconde réaction comporte néanmoins un élément de vérité. Il existe dans la société française un héritage culturel islamophobe hérité de l’histoire coloniale française et qui n’a jamais été déconstruit et combattu sérieusement. Celui-ci n’est d’ailleurs qu’un segment d’un racisme colonial plus vaste construit en même temps que la pensée républicaine dominante. C’est ce qui explique la possibilité d’un « racisme républicain ». Cet élément de vérité est justement nié par la troisième réaction qui a marquée l’été français. Tout ne serait affaire que d’instrumentalisation pour masquer d’autres questions sociales telles que le vote de la loi El Khomri.

En fait le deux dernières thèses sont indissociables et ne peuvent être séparées. C’est parce qu’il existe un terreau hérité de l’histoire que des hommes et des femmes politiques font le choix d’une stratégie de diversion et d’instrumentalisation. A l’inverse l’instrumentalisation renforce systématiquement le terreau existant conduisant à la réunion progressive des conditions d’un futur pogrome. Ni simple racisme préexistant, ni résultat de la seule instrumentalisation, l’islamophobie contemporaine est le résultat de la logique infernale constituée par la juxtaposition historique de ces deux réalités. Le caractère infernal de la logique est encore renforcé par le contexte mondial des guerres pour le pétrole et de la théorie du « choc des civilisations » qui les légitime.

C’est aujourd’hui qu’il faut réagir pour détruire cette logique dominante. Cela passe par une véritable prise en compte de la lutte contre l’islamophobie dans les agendas politiques et militants. Sans une telle mobilisation nous assisterons impuissant à une fascisation de notre société et à la réunion progressive des conditions d’un pogrome à l’ombre desquels le projet ultralibéral pourra se déployer avec de moins en moins de contestation. Une telle logique ne disparaît pas seule ou par la « discrétion ». Elle ne s’arrête que par le rapport des forces.

Notes:

  1. Bernard Cazeneuve, déclaration du 16 juillet à 14 h 30, http://www.lejdd.fr/Societe/Attentat-de-Nice-l-enquete-se-poursuit-debut-des-trois-jours-de-deuil-national-797335, consulté le 29 août 2016 à 15 h 30.
  2. Mohamed Sifaoui, émission spéciale sur l’attaque de Nice du 16 juillet 2016 présentée par Pauline Revenaz et François Gapihan, http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/attentat-a-nice-c-est-la-premiere-fois-qu-un-tel-profil-s-exprime-en-france-mohamed-sifaoui-843709.html, consulté le 29 août 2016 à 16 h 30.
  3. Conférence de presse de Louis Molins du 21 juillet 2016, http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/attentat-a-nice-ce-qu-il-faut-retenir-de-la-conference-de-presse-de-francois-molins-du-21-juillet-sur-les-avancees-de-l-enquete-7784179987, consulté le 29 août à 18 h30.
  4. Vladimir de Gmeline, Taqiya : la dissimulation comme nouvelle arme de guerre, http://www.marianne.net/taqiya-dissimulation-nouvel-art-guerre-100244631.html, consulté le 29 août à 19 h 00.
  5. Interdiction des burkinis : la justice conforte l’arrêté de la mairie de Canne, Le Monde du 13 août, http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/13/le-tribunal-administratif-valide-l-arrete-municipal-bannissant-le-burkini-a-cannes_4982397_3224.html, consulté le 30 août 2016 à 8 h 00..
  6. « Burkini » : Manuel Valls désavoue Najat Vallaud- Belkacem, http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/08/25/burkini-manuel-valls-desavoue-najat-vallaud-belkacem_4987686_1653130.html, consulté le 30 août 2016 à 8 h 45
  7. Interview de Manuel Valls à La Provence, http://www.laprovence.com/article/politique/4078328/valls-sur-le-burkini-une-vision-archaique-de-la-place-de-la-femme-dans-lespace-public.html, consulté le 30 aout à 9 h 15.
  8. Interview de Nadine Morano du 12 août, http://www.tsa-algerie.com/20160812/video-france-ancienne-ministre-compare-femmes-voilees-aux-nazis/, consulté le 30 août à 9 h 45.
  1. Louise Couvelaire, A Nice, des tensions accrues après l’attentat, http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/23/a-nice-l-attentat-a-accru-les-tensions_4973862_3224.html, consulté le 30 août 2016 à 10 h 30.
  2. Interview de Charles-Antoine Casanova à Breizh-info, http://www.breizh-info.com/2016/08/25/48376/sisco-charles-antoine-casanova-maire-de-guargale-sexplique-propos-polemiques-interview, consulté le 30 août 2016 à 11 h 15.
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 19:43

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/29/laicite-ou-identite_1475306

"Laïcité ou identité ?", par Etienne Balibar, "Libération", 30 août 2016.

Grâce à l’ordonnance du Conseil d’Etat, on évitera de voir en France une police des mœurs, chargée non de forcer les femmes à porter le voile, mais de les forcer à l’ôter. L’exercice des libertés doit primer dans toute la mesure du possible sur les exigences de l’ordre public, qui par définition les restreignent. En démocratie les droits des femmes relèvent de leur décision, et non d’une grille d’interprétation plaquée sur leur comportement pour les «forcer d’être libres». La laïcité est une obligation de neutralité de l’Etat envers les citoyens et non pas une obligation idéologique des citoyens envers l’Etat.

Je considère, avec beaucoup d’autres, ces démonstrations comme fondamentales. Comme elles portent un coup d’arrêt à la tentative d’exploiter les sentiments suscités par la série des attentats perpétrés au nom de l’islam pour combiner un laïcisme intégriste avec une stratégie d’exacerbation du nationalisme, elles vont susciter une contre-offensive. Plus importante que la guérilla de certains élus contre l’ordre judiciaire sera la proposition de légiférer en franchissant un nouveau pas dans l’interdiction de l’espace public aux signes d’appartenance d’une certaine religion, mais les enjeux en seront élevés, car il devient clair qu’une telle législation ne requiert pas seulement une révision constitutionnelle, elle signifie qu’on dérive de l’Etat de droit vers l’Etat d’exception.

Tout aussi importantes sont les implications en matière de conception et d’institution de la laïcité. Mais ici une difficulté commence à surgir, qui suppose une élucidation philosophique. Il faut un travail «généalogique» sur ce qu’a été la laïcité en France, et sur ce qu’elle est en passe de devenir dans le moment actuel. Et, sur cette base, il faut débattre de ce qui doit être conservé, prolongé ou restitué, mais aussi réformé pour que la signification du principe ne se trouve pas retournée en son contraire.

Historiquement, l’idée de laïcité en France se partage entre deux conceptions, l’une et l’autre issues de l’affrontement séculaire entre le catholicisme et le républicanisme. Régis Debray les avait baptisées «républicaine» et «démocratique», mais cette alternative n’est pas satisfaisante parce qu’il y a des éléments démocratiques de chaque côté, et que l’une et l’autre appartiennent à la tradition républicaine. Je dirai que la première, lointainement inspirée par Hobbes, est étatiste et «autoritaire», alors que la seconde, en partie dérivée des conceptions de Locke, est libérale et même tendanciellement «libertaire». La première inclut la laïcité comme une pièce essentielle du primat «normatif» de l’ordre public sur les activités et les opinions privées, la seconde pose l’autonomie de la société civile, dont relèvent les libertés de conscience et d’expression, comme norme dont l’Etat doit se faire le serviteur et le garant. La loi de séparation de 1905 n’a pas tant marqué le triomphe de la seconde sur la première qu’une correction des projets anticléricaux de «laïcisation de la société» au moyen des garanties de libertés individuelles et collectives, ce qui permet évidemment de s’en réclamer chaque fois que la laïcité de l’Etat est menacée dans son existence, ou dans son caractère démocratique.

Contrairement à d’excellents interprètes, je ne pense pas que la «laïcité identitaire» dont nous voyons aujourd’hui se développer le programme à droite et à gauche de l’échiquier politique représente une simple accentuation de l’héritage hobbesien ou sa revanche sur l’interprétation libérale, même si je vois bien quels arguments ont favorisé l’instrumentation d’une conception juridique, morale, pédagogique de l’autorité publique, son glissement vers l’idée d’un «ordre des valeurs» baptisées républicaines et laïques, mais en réalité nationalistes et islamophobes. Je crois qu’il s’est produit quelque chose comme une mutation.

L’équation symbolique qui sous-tend la laïcité identitaire doit en effet être restituée dans toute son extension : ce qu’elle pose, c’est que l’identité de la République réside dans la laïcité, et, corrélativement, que la laïcité doit servir à l’assimilation des populations d’origine étrangère (ce qui veut dire en clair : coloniale et postcoloniale), toujours encore susceptibles, de par leurs croyances religieuses, de constituer un «corps étranger» au sein de la nation. Obsédée par la nécessité de faire barrage au «communautarisme», elle en vient donc à construire (au moyen de «valeurs», mais aussi de normes et d’interdits culturels) un communautarisme d’Etat. Mais il y a plus grave, surtout dans la conjoncture actuelle : le symétrique, ou le synonyme inversé, de l’assimilation, c’est l’acculturation. Or cette notion est le fer de lance de l’offensive idéologique du fondamentalisme islamique qui dénonce l’emprise de la civilisation «chrétienne» et «séculière» sur les communautés musulmanes en Europe (et sur les sociétés arabo-musulmanes «modernisées»), en tirant même à l’occasion une légitimation du jihad, comme on peut le lire sur différents sites internet. La construction de la laïcité comme identité collective, nationale, sous-tendue par l’idée que la République implique l’assimilation (et non pas seulement l’intégration à la vie sociale et l’accomplissement des obligations civiques), est ainsi attirée dans un scénario de rivalité mimétique avec le discours totalitaire dont, dans le même temps, la politique française prétend se prémunir. Le moins qu’on puisse dire est qu’une telle construction ne servira ni à comprendre la nature des périls, ni, puisque «nous sommes en guerre», à forger la solidarité des citoyens.

A l’évidence, le surgissement de ce «monstre» qu’est la laïcité identitaire n’est pas un phénomène isolable des multiples tendances à l’exacerbation des nationalismes et au «choc des civilisations» qui, en liaison avec d’extrêmes violences, se produisent dans le monde actuel. Cependant la forme «française» est spécifique. Elle nous trouble profondément parce qu’elle tend à inverser la fonction politique d’un principe qui a joué un rôle essentiel dans notre histoire politique : à la limite, un certain laïcisme a pris la place qu’occupa naguère un certain cléricalisme. Réagir est vital. Mais il faut comprendre ce qui se passe, retracer les «fronts», et ne pas rejouer les anciennes batailles à l’identique.

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 12:16

Laurent "choqué" par "l'overdose médiatique" autour de la candidature de Sarkozy

Politique

Primaire à droite : la candidature de Sarkozy accueillie avec prudence

AFP, publié le mardi 23 août 2016 à 10h46

PCF: Laurent "choqué" par "l'overdose médiatique" autour de la candidature de Sarkozy

Le secrétaire national du Parti communiste (PCF) Pierre Laurent s'est dit mardi choqué par "l'overdose médiatique" autour de l'annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy, dont les propositions sont "très graves".

"Ce qui me choque depuis hier, c'est l'overdose médiatique à laquelle on assiste. Il n'y a aucune surprise dans son annonce, ça fait deux ans que l'on sait qu'il va être candidat à l'élection présidentielle", a réagi M. Laurent sur iTELE.

"On parle assez peu de ses propositions qui en grande partie sont très graves", a poursuivi le sénateur de Paris. "Nicolas Sarkozy propose visiblement dans son livre de multiplier par deux le CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi). On a déjà donné 40 mds aux entreprises sans aucun résultat et Nicolas Sarkozy propose d'en donner 34 mds de plus. Pourquoi ? Pour rien en matière d'emploi".

L'ancien président "propose de supprimer l'ISF. Il y a les producteurs de lait qui sont en lutte en ce moment contre Lactalis. Le PDG de Lactalis fait partie du hit parade des fortunes françaises. Et bien Nicolas Sarkozy propose que cet homme-là ne paie plus d'impôt sur la fortune, alors que les producteurs de lait demandent qu'on paie leur travail à juste prix", a dénoncé M. Laurent.

La suspension, prônée par M. Sarkozy, du regroupement familial en attendant la signature d'un "nouveau Schengen", "c'est une mesure qui est contraire au droit international. Le regroupement familial, la possibilité pour les enfants de vivre avec leurs parents, c'est un droit reconnu par le droit international. C'est donc une mesure totalement régressive", a-t-il jugé.

Donc M. Sarkozy n'a pas changé ? "Il s'est plutôt aggravé, il a visiblement rechargé ses batteries mais pas au service de bons objectifs".

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