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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 18:04

Acteurs publics de la laïcité : rappelons le droit, simplement le droit

Publié par MdS le 21 janvier 2016

le 21/01/2016 à 17h05

La Croix

Après les critiques portées par le premier ministre contre l’Observatoire de la laïcité, treize spécialistes signent une tribune dans laquelle ils rappellent que « la laïcité est une loi de séparation, et d’organisation du culte dans le domaine public, et non une loi de contrôle ».

TRIBUNE

« Les polémiques sur la laïcité se multiplient sans pour autant que les Français puissent saisir les enjeux qu’elles impliquent. Évidemment, la laïcité implique une conception de notre société et l’attitude que cette dernière devrait avoir vis-à-vis des cultes ou des philosophies de pensée. Or, une vision philosophique de la laïcité ne permet pas aujourd’hui de gouverner les individus, puisqu’elle est susceptible de se décliner en autant de typologies qu’il y a de façon de la conceptualiser.

La seule réponse évidente qui s’impose dans le débat houleux concernant la laïcité est la conception juridique de la laïcité. En la matière, nous soutenons l’attitude bienveillante de l’Observatoire de la laïcité qui n’a fait que respecter la ligne de conduite fondamentale : lorsque la passion veut s’imposer, mieux vaut se référer au droit applicable et rien qu’au droit applicable.

Garantir la liberté de conscience

Voilà qu’il est toutefois reproché à ce même Observatoire -et à ceux qui le soutiennent – de faire de la laïcité « un élément fantasmé », de modifier les termes et l’objet du débat sur la laïcité. Nous le maintenons, n’en déplaise aux détracteurs : la laïcité est une loi de séparation, et d’organisation du culte dans le domaine public, et non une loi de contrôle. Juridiquement, l’État, depuis la loi de 1905, est neutre. En conséquence de cette neutralité, deux obligations, l’une positive l’autre négative, …découlent. D’abord, l’obligation de ne pas se mêler des affaires des cultes ; ensuite l’obligation positive d’assurer et de garantir la liberté de conscience (croire ou ne pas croire, pratiquer ou ne pas pratiquer) à tous les citoyens de la République Française.

La reconnaissance de la liberté de conscience passe également par le droit de manifester sa religiosité dans l’espace public, dans un cadre donné. C’est la raison pour laquelle toute personne est libre de s’habiller ou d’arborer le signe religieux de son choix dans l’espace public, à condition de ne pas porter atteinte à l’ordre public. La garantie de la liberté de conscience ne suppose pas que l’État s’impose une distanciation totale avec les religions. Les religions sont une composante de notre tissu social : en conséquence l’État est amené à interagir avec elles, tout en se rappelant son inhérente neutralité.

Laïcité comprise et effective

Nous avons oublié que la laïcité doit être lue de manière cohésive avec notre principe de fraternité. C’est la plus grande faiblesse des analyses que nous voyons ces derniers jours. Loin de la laïcité, l’idée de détruire la cohésion sociale ; la laïcité vise à ressouder les liens fraternels entre les enfants de la République. Mais, pour garantir son effectivité, la laïcité a besoin de la mixité sociale, de mixité scolaire et d’une lutte constante contre toutes les inégalités et discriminations.

C’est à cela que l’État doit d’abord s’attaquer, afin de défendre une laïcité comprise et effective. Pour la promouvoir à l’école, il faut la présenter à nos enfants, qui feront la réalité sociale de demain, comme un principe qui vise à rassembler tous les Français quelles que soient leurs convictions, et assurer la fraternité sociale.

Or les débats actuels s’enlisent vers une laïcité répressive. En témoigne la volonté d’interdire le voile à l’université ou encore la mise en place d’un menu unique dans les cantines de notre République. Alors que les repas à la cantine représentent justement toute la diversité de notre République réunie à une seule et même table, nous constatons aujourd’hui que des interprétations restrictives de la laïcité excluent, quelque part, des citoyens Français en raison de leurs confessions.

Refus de l’instrumentalisation

Alors oui, nous refusons ces interprétations. Nous refusons une vision antirépublicaine, qui ne correspond pas aux idéaux portés par de grands penseurs de notre loi de séparation. Nous refusons l’instrumentalisation de la laïcité pour en faire un outil de répression qui enlève des droits, plus qu’elle n’en garantit. N’oublions pas que sur L’État pèse cette obligation de garantir la liberté de conscience. Demandons à nos concitoyens aujourd’hui : l’État a-t-il réellement assuré la liberté de conscience pour tous ?

Une grande partie des intervenants dans le débat public méconnaît les fondamentaux de la laïcité, ou souhaite les mettre de côté. Ces intervenants les méconnaissent car ils voient dans l’espace public un espace de neutralité des individus et de neutralisation des cultes. Cette logique antireligieuse doit suffire. La laïcité ne représente pas un athéisme d’État, puisque l’État ne favorise aucune philosophie de pensée. L’État, en tant qu’institution, est neutre. La neutralité suppose l’absence de jugement sur les questions religieuses.

N’essayons pas d’être plus laïques que la laïcité elle-même. Cessons cette instrumentalisation de la loi de 1905. Relisons, avec vigueur et force, les dispositions de cette loi de liberté et non de contrainte. Soudons notre société plutôt que de la diviser. Voilà le message que la laïcité doit aujourd’hui communiquer aux citoyens français. »

SIGNATAIRES

Jean Baubérot, historien et sociologue des religions, auteurs de plusieurs ouvrages sur la laïcité et fondateur de la sociologie de la laïcité.

Asif Arif, avocat au Barreau de Paris, auteur du « 50 fiches pour comprendre la laïcité » aux éditions Bréal (à paraître), directeur de la collection Religions & Laïcités aux éditions l’Harmattan.

Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam, auteur de nombreux ouvrages sur la question du terrorisme dont notamment « L’Islam mondialisé » aux éditions du Seuil ou « La peur de l’islam » aux éditions de l’Aube.

Raphaël Liogier, Professeur des Universités, IEP d’Aix-en-Provence, Collège international de Philosophie à Paris.

Valentine Zuber, historienne et sociologue spécialiste de l’histoire de la liberté religieuse en Europe et de la laïcité en France.

Edouard Martin, député européen.

Samuel Grzybowski, entrepreneur social, fondateur de l’association Coexister, initiateur de #NousSommesUnis.

Mohammed Chirani, auteur de « Réconciliation Française, notre défi du vivre ensemble », consultant en prévention de la radicalisation.

Marc Cheb Sun, auteur et éditorialiste, directeur de la revue « D’ailleurs et d’ici ». Il est l’auteur de l’ouvrage « L’énergie musulmane » aux éditions Philippe Rey.

Elyamine Settoul, chercheur associé à Sciences Po Paris.

Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discrimination de Terra Nova, maître de conférences à Sciences Po et chercheur à l’Université de Paris 2.

Slimane Tirera, coordinateur national de la Maison des Potes, président de l’association La Jeunesse en Mouvement.

Marion Jobert, juriste spécialiste des questions de droit des étrangers et de droit international et humanitaire des droits de l’homme

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Published by atf-federation - dans Citoyenneté
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