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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 14:26
  
   (BAPTISTE BOYER / FRANCEINFO)

UN RETOUR À L’ÉCOLE ESSENTIEL MAIS PARFOIS COMPLIQUÉ

Le jour de sa rentrée en petite section, Salim est très content. Mais depuis, "il ne tient pas en place, n’écoute rien, est dans la provocation", constate son éducateur. Selon ce dernier, personne n’est au courant de la situation particulière du garçon au sein de l’établissement scolaire, une précaution qui vise à le préserver. Le rectorat a-t-il été informé ? Depuis la coordination mise en place dans le cadre de la circulaire de mars 2017, il est censé l’être. "Le retour à l’école se fait après décision du médecin missionné par l’Agence régionale de santé et l’information circule au sein d’une chaîne qui va du préfet au directeur de l’établissement, en passant par l’inspecteur d’académie et le référent prévention-radicalisation de chaque département", explique-t-on au ministère de l’Education.

"Jusqu’à présent, on a quelques dizaines de remontées et ça se passe plutôt bien", précise-t-on rue de Grenelle. Claire Silvestre-Toussaint, psychologue en charge du dossier "radicalisation" pour la Fédération française des psychologues et de psychologie, souligne la nécessité de ce retour en classe.

Il est très important que l’enfant se fasse des copains.

Claire Silvestre-Toussaint, psychologue

Les enfants de retour de Syrie ou d’Irak ne sont pas tous en âge d’être scolarisés. Parmi les 21 pris en charge en Seine-Saint-Denis, sept enfants sont scolarisés en milieu ordinaire, cinq ne sont pas en âge de l’être et les autres sont dans une phase de transition. "Ils ont été séparés brutalement, traumatisés, ils ont besoin de se poser un peu. L’arrivée dans la vie collective, très structurée, avec des rituels et des routines, n’est pas forcément simple", explique-t-on à la Protection judiciaire de la jeunesse, qui gère parfois ces retours à l’école, dans le cadre d’une action éducative en milieu ouvert (Aemo).

Mehdi était un peu perdu quand il est arrivé. On lui faisait découvrir ce qu’est un jouet, un dessin animé, des sorties...

Stéphanie, sa mère

"Le jour de la rentrée, il n’a pas pleuré. Il retenait ses larmes." Stéphanie a préféré prévenir elle-même la directrice et la maîtresse de l’école maternelle. "Il a un peu de retard donc c’est mieux." Mis à part ça, "il ne montre rien, à part quelques peurs. Une fois, il a sursauté quand des jouets sont tombés". Laurence a aussi prévenu l’école quand son fils est retourné en moyenne section. "Sa maîtresse était attentive, présente, tout en le laissant faire sa vie à l’école. Il ne parlait pas de ce qu’il avait vécu à l’extérieur, seulement à moi, son papa et sa tante."

Pour Alia, l’école en Syrie se résumait à apprendre "l’alphabet, compter, faire la prière", selon sa mère. Elle emportait un petit voile dans son cartable. Pour la maintenir à niveau après leur départ, Fadila lui donnait des cours de français. "Je me suis procuré des livres, comme La Petite Fourmi. Elle l’a toujours avec elle." Alia n’a pas pu ramener, en revanche, son livre de Cendrillon. Un membre de sa famille lui a demandé de le déchirer. "Elle n’a pas compris pourquoi."

De retour en France, Alia a pour consigne de ne pas évoquer son séjour en Syrie dans la cour de l’école, l’établissement n’étant pas informé. Tout se passe bien jusqu’à ce que sa situation s’ébruite après l’interpellation de sa mère. "Les regards ont changé, c’est plus difficile pour elle maintenant", regrette Fadila.

Dans l’école de Mehdi, tout le monde est au courant de son histoire. "Tout se sait, ça parle beaucoup, il y a des commérages", souligne sa grand-mère. Pour l’instant, rien de grave car l’enfant est petit. Mais sa mamie a peur que la situation se corse au fil des années.

Ce qui m'inquiète, c’est que Mehdi soit un jour catalogué. Ca va nous poursuivre un long moment.

Sa grand-mère

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