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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 17:33

Île de France \ SociétéVoix de Femmes : pour une journée internationale contre le mariage forcé

C’était en pleine “randonnée” parisienne à la recherche de masques pour son équipe et les femmes qu’elle accompagne, que Christine-Sarah Jama, directrice de l’association Voix de Femmes, explique son combat. Elle lutte depuis le 8 mars 2000, contre le mariage forcé. Une violence fortement invisibilisée et minimisée, noyée dans des problématiques plus larges. 

Voix de Femmes est une association qui lutte contre le mariage forcé et ses conséquences, très lourdes pour les femmes. Elles en sont les principales victimes car elles représentent 97% des signalements, selon les chiffres de 2019 fournis par l’association. Ces situations s’accompagnent de violences plurielles. Psychologiques d’abord, car toutes les personnes menacées ou contraintes au mariage forcé les subissent. Lorsque le mariage est prononcé, la violence devient physique avec des viols, violences conjugales… Parmi les personnes qui appellent la ligne de Voix de Femmes, 1/10 a fait une tentative de suicide. 

Retrouver sa liberté d’agir

Lors de notre échange, Christine-Sarah Jama reçoit un autre coup de téléphone. C’est une jeune femme de 19 ans, menacée d’un mariage forcé. En pleine épidémie sanitaire, les conditions d’accompagnement sont plus précaires, avec du soutien à distance. Mais tout est mis en oeuvre pour venir en aide aux victimes. La directrice explique qu’un taxi va être envoyé à la jeune femme afin qu’elle puisse se rendre dans une chambre d’hôtel, réservée pour elle. Elle pourra y rester 30 jours, délai qui lui permettra, avec l’aide de l’association et d’autres structures dont la Fondation des femmes, d’effectuer les démarches nécessaires pour s’extraire de cette situation.

Dans 3/4 des cas, les personnes qui contactent l’association ne sont pas encore mariées, ce qui permet aux accompagnant·es d’avoir davantage de marge de manœuvre. Un mariage forcé, c’est une atteinte à la liberté extrêmement forte. “ Nous avons beaucoup de jeunes couples qui viennent nous voir, parfois des couples homosexuels. Elles/ils savent que leurs parents n’accepteront jamais leur union ”. Le mariage forcé, qu’il ait été prononcé ou non, est toujours une atteinte à la liberté et peut être très dangereux. 79% des mariages se passent dans le pays d’origine des femmes, ” beaucoup de femmes n’osent plus retourner dans leur pays d’origine. Elles ont peur d’y être mariées de force et séquestrées ” précise Christine-Sarah Jama.

Lorsque le mariage est prononcé, c’est tout un travail administratif qui doit être fait, mais celui-ci dépend de chaque situation. Il y a un accompagnement juridique pour demander le divorce ou l’annulation du mariage, mais il existe aussi des situations plus spécifiques. “40% des femmes ne sont pas mariées civilement mais religieusement ou de manière coutumière. Dans ce cas là, elles sont épargnées d’une procédure de divorce ou d’une annulation, donc les procédures peuvent être plus faciles. Mais cela reste tout de même au bon vouloir de la personne qui vous a marié ” explique la directrice de Voix de Femmes.

Une violence qui touche des personnes très jeunes 

Les chiffres donnés par l’association sont alarmants. En 2019, parmi les 208 personnes suivies par Voix de Femmes, 49% ont moins de 21 ans et 9% sont mineures. C’est une violence qui touche des personnes très jeunes, et c’est ce public que l’association cible lors d’actions de prévention. Ces ateliers, souvent menés dans des quartiers prioritaires d’Ile-de-France, permettent de faire prendre connaissance de cette violence mais aussi de mobiliser autour de cette problématique.

Pendant l’été 2015, la directrice organise un atelier d’écriture de chroniques, une idée qui lui a été soufflée par un groupe de jeunes filles de Cergy Pontoise. Ces récits, qui étaient très populaires sur Facebook, relatent des histoires extrêmement malsaines. Écrits comme des journaux intimes, les narratrices racontent des histoires de mariages forcés avec violences, viols, kidnapping, séquestrations… et les narratrices finissent souvent par tomber amoureuses de ce “mari”.  En associant mariage forcé et violences, ces chroniques partagent des représentations néfastes et dangereuses et peuvent avoir de lourds impacts sur les lectrices, souvent des adolescentes. Christine-Sarah Jama a voulu “féminister” ce support pour démocratiser la question du mariage forcé et faire réfléchir les jeunes femmes sur ces problématiques : ” je n’avais qu’une seule consigne : je voulais que la fille s’en sorte à la fin et qu’elle n’épouse pas l’homme que sa famille lui impose ! Les jeunes chroniqueuses attachaient une importance particulière à ce que l’héroine poursuive ses études et qu’aucune communauté ne soit stigmatisée.” Sont nées les Chroniques d’Enola.“C’était vraiment super comme expérience“. 

Grâce à cet atelier, et aux idées de ces jeunes écrivaines en herbe, une idée plus symbolique est née, la création d’une journée mondiale contre le mariage forcé. Ce serait un temps fort qui permettrait d’encourager les prises de parole et d’étendre les connaissances sur ce sujet. Dès lors, c’est tout une campagne à mettre en oeuvre, à réfléchir et à financer. 

De la salle de classe au siège de l’ONU 

Le 3 mars dernier, quelques jours avant que la France, et le monde, se mettent en pause, Voix de Femmes a présenté son projet dans deux lycées d’Ile-de-France, le lycée Galilée à Cergy (95) et Jean-Pierre Timbaud à Aubervilliers (93). L’idée de l’association : mobiliser des lycéen·nes pendant deux ans sur la question du mariage forcé et les emmener jusqu’au siège de l’ONU. Grâce à deux ateliers, l’un de communication, l’autre de création d’un vidéoclip, elles/ils vont être amené·es à s’engager pour une lutte citoyenne. Durant toute cette campagne, les jeunes vont devenir de véritable profesionnel·les de l’information, elles/ils vont être formé·es à l’éloquence, à l’argumentation mais aussi à la création audiovisuelle. “Ces jeunes vont apprendre beaucoup de choses et nous aussi ! C’est un véritable partage et échange de savoirs” souligne Christine-Sarah Jama.

Bien que reporté à cause de la crise sanitaire, les membres de l’association comptent mener à bien ce projet et atteindre leur but : emmener ces lycéen·nes à l’ONU, permettre que leurs revendications soient entendues et être témoins de l’instauration d’une journée internationale contre le mariage forcé.

Marie Tremblay 50-50 Magazine

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