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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 13:54
Petite contribution à votre réflexion
REACTION AU DISCOURS D'E. MACRON AU SUJET DU "SEPARATISME DE L'ISLAM POLITIQUE RADICAL"
Interview accordée à Christian Verdet d'ITV le 4 octobre 2020
Pour Cherif Ferjani (*) le problème c’est qu’Emmanuel Macron, qui veut une reconquête de la République, ne dit pas pourquoi celle-ci a perdu des territoires. Le professeur de science politique et d’islamologie a l’impression que le président met tout sur le dos de l’islam politique radical, qui doit être combattu mais qui n’est pas à l’origine de tous les problèmes de la France comme le laissent entendre les solutions préconisées par Macron. Le chef de l’État semble oublier qu’il y a d’autres facteurs, notamment la remise en cause des services publics depuis plusieurs décennies. « Le chef de l’État se doit de réunir, d’apaiser la peur et transcender les clivages. Pour proposer de vraies solutions il doit proposer un vrai diagnostic, or le sien est sournois », analyse l’enseignant qui propose des pistes de réflexions autour de quelques mots-clés.
Néolibéralisme : « Depuis les années 1980 le néolibéralisme c’est traduit par moins d’État, moins de services publics. Si le communautarisme a gagné du terrain, c’est parce que les gens n’avaient plus d’autres choix que se tourner vers les solidarités de leur communauté et que ceci a été instrumentalisé par des gens qui avaient d’autres desseins que l’aide sociale. Macron surfe sur une opinion pour la caresser dans le sens du poil, il s’adresse à une population qui a peur de ce qui se passe en Lybie, ou en Syrie et sur divers fronts du jihadisme attirant des jeunes et des moins jeunes radicalisés. Rien n’est dit sur les droits sociaux, économiques remis en cause par le néolibéralisme ? Le Président a parlé, durant la crise du Covid, d’un retour de l’État providence , et là on l’oublie, on détourne l’attention des vrais problèmes. »
Séparatisme : « Le terme séparatisme n’est pas nouveau. Il a été utilisé pour les Basques, les Corses, les Catalans, voire dans les Antilles, dans les années 60, par le général De Gaulle. Le concept du séparatisme a aussi été utilisé en 1939, après l’échec du Front populaire, pour interdire les communistes, accusés d’être à la solde de l’URSS, d’où cette impression qu’il s’agit plus de faire peur que de s’attaquer aux vrais problèmes qui menacent le vivre ensemble. »
Carence : « Ce qui est préconisé en terme de lutte contre ce qui est désigné comme du séparatisme existe déjà. Il suffirait de mettre en œuvre les lois qui existent, montrer les insuffisances s’il y en a avant de proposer une loi qui désigne une partie de la population. Le discours de Macron est un discours qui manipule des peurs sans poser les vrais problèmes. La vraie question serait : quelles sont les insuffisances de la législation et comment y remédier ? »
Imams et éducation : « Depuis des années nous, enseignants et militants associatifs, nous disons que les imams formés à l’extérieur n’arriveront à rien. Un imam, en France, doit tenir compte de la diversité culturelle er religieuse de la société française, de l’histoire, de la législation, de la laïcité. Depuis les années 1990 nous avons soumis l’idée d’un enseignement scientifique concernant les religions. Avec l’institut supérieur des religions et de la laïcité (ISERL), nous avons développé l’idée d’un endroit où des cadres religieux pourraient être formés à une meilleure compréhension de la religion dans la société, en respectant les lois de la République. C’est resté lettre morte ; et maintenant on agite l’islamisme comme une menace, afin de proposer cette loi sur le séparatisme. En ce qui concerne les cours d’arabe, malgré nos alertes et nos demandes répétées, les pouvoirs publics ont profité de l’enseignement dispensé par les associations pour fermer des classes dans les écoles publiques. »
Responsabilités : « Le responsable de cette situation ce n’est pas l’Islam politique radical, qui n’a fait que surfer sur un terrain vacant, sur des besoins de la population. Le vrai problème c’est le néolibéralisme et sa volonté de suppression des services publics. On l’a vu lors de la crise du COVID, avec le recul du service public dans la santé. On peut également le voir dans divers secteurs où les acteurs sociaux et culturels n’ont plus les moyens de jouer leur rôle. Mais tout cela est oublié, et on ne désigne qu’un responsable : l’islam politique radical. Il ne faut pas, bien sûr minimiser la menace que représente cette mouvance, comme toutes les autres tentations de repli identitaires, mais il convient de bien prendre en compte le recul, le déficit de services publics pour combattre de façon efficace tous ces replis. »
Repli identitaire : « Pourquoi ne parle-t-on pas de l’extrême-droite dans ces menaces pour le vivre ensemble ? Il n’y a pas que l’islam radical. Bien sûr il faut lutter contre le radicalisme islamiste ; mais pas seulement. Il faut lutter contre toutes les idéologies bâties sur des replis identitaires qui, encore une fois, n’auraient pas le succès qu’elles ont si on avait continué à développer les services publics. »
(*) Cherif Ferjani habite dans les Monte du Lyonnais. Il a été professeur de science politique et d’islamologie à Lyon 2. Il est, par ailleurs, membre du comité de pilotage de l’institut supérieur d’étude du religieux et de la laïcité. Professeur honoraire de l’Université Lyon2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis ; auteur de travaux concernant l’étude comparée des religions et des systèmes politiques, la gestion de la diversité culturelle et religieuse, la sécularisation et la laïcité, les droits humains, l’histoire des idées politiques et religieuses, dont : De l’islam d’hier et d’aujourd’hui, Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, Pour en finir avec l’exception islamique, Éditions Nirvana, Tunis 2017, Al-'almana wa'l-'almâniyya fî'l-fadhâ'ât al-islâmiyya (Sécularisation et laïcité dans les espaces musulmans), Dâr al-Tanweer, Beyrouth, 2017, Religion et démocratisation en Méditerranée, Éditions Riveneuve, Paris 2015/ Nirvana, Tunis 2016, Le politique et le religieux dans le champ islamique, Fayard, Paris 2005, Islamisme, laïcité et droits humains, Amal Éditions, Tunis, 2012 (l’Harmattan, Paris, 1992), Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques, Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : Prison et liberté, Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019
Mohamed Chérif FERJANI
Professeur Honoraire de l'Université Lyon2, Président du Haut Conseil Scientifique de Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies
https://timbuktu-institute.org/ VDN derrière OCHA – Sacré-Coeur 3 – BP 15177 CP 10700 Dakar Fann – SENEGAL.
Tel (+33)637656631

 

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