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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 16:30

Communiqué de la coalition transatlantique Stop UE-Mercosur, dont la LDH est membre 

Ce lundi 15 mars, plus de 450 organisations de la société civile des deux côtés de l’Atlantique, dont une cinquantaine en France, rendent publique, par UNE DÉCLARATION COMMUNE et une vidéo (voir ci-dessous), une coalition transatlantique contre l’accord de libéralisation du commerce UE-Mercosur. Alors que la Commission européenne se démène pour sauver ce projet d’accord, avec le consentement et la participation active de nombreux États-membres de l’UE, cette coalition vise à renforcer la mobilisation citoyenne contre ce projet d’accord en regroupant sur un même site internet (STOPEUMERCOSUR.ORG) les ressources disponibles, les pétitions et initiatives en cours : l’accord UE-Mercosur n’est pas enterré, nous poursuivons la mobilisation citoyenne !

A l’automne 2020, en raison du rejet croissant des opinions publiques et des organisations de la société civile, la Commission européenne et la présidence allemande de l’UE N’ONT PU LANCER le processus de ratification du projet d’accord de libéralisation du commerce entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), conclu le 28 juin 2019. Depuis, à Bruxelles, la Commission européenne, appuyée par le service extérieur de l’UE et plusieurs États-membres, redouble d’efforts pour tenter de sauver cet accord si controversé.

Raison pour laquelle, lors d’une CONFÉRENCE DE PRESSE EN LIGNE ce lundi 15 Mars 2021 (14h CET), 450 organisations de la société civile (ONG, syndicats, associations, collectifs citoyens, organisations indigènes) des deux côtés de l’Atlantique joignent leurs efforts pour rappeler dans UNE DÉCLARATION CONJOINTE combien ce projet d’accord conduirait à aggraver la déforestation (Amazonie, Gran Chaco, Cerrado, etc) et les violations des droits humains, détruisant des emplois et les moyens de subsistance de tant de paysan.ne.s, indigènes ou salarié.e.s aussi bien dans les pays du Mercosur qu’en Europe. Sur un même site Internet STOPEUMERCOSUR.ORG sont désormais rassemblés les RESSOURCES (rapports, etc) montrant combien le contenu de ce projet d’accord est inacceptable et LES PÉTITIONS EN COURS qui ont déjà, conjointement, rassemblés plus de 2 millions de signataires.

De son côté, le gouvernement français refuse toujours d’exiger l’abandon de ce projet d’accord ou sa renégociation. Après avoir publié un document de travail pouvant s’apparenter à une liste de conditions minimales pour que la France accepte ce projet d’accord, le ministre du commerce Franck Riester, vivement critiqué au sein même du gouvernement, vient d’affirmer que la France ne se contenterait pas d’une déclaration annexe conjointe qui serait ajoutée à l’accord. Sans pour autant proposer de renégocier le contenu de l’accord : si le contenu de l’accord n’est pas acceptable, pourquoi la France n’appelle-t-elle toujours pas à l’abandonner ou à le renégocier ?

Les 450 organisations réunies dans la coalition « Stop UE-Mercosur » affirment qu’une déclaration ou protocole additionnel ne résoudrait aucun des problèmes soulevés par l’examen du contenu de ce projet d’accord, car justement, le texte de cet accord ne changerait pas. Or, c’est bien le contenu de cet accord, en plus des politiques conjoncturelles menées par tel ou tel État, qui prose problème en matière de justice sociale, d’emplois, de droits humains, de climat, de déforestation, ou de protection de la biodiversité. Au moment où l’UE promeut son « Green deal », un tel accord devrait être abandonné.

Le Collectif Stop CETA-Mercosur appelle à renforcer la mobilisation contre ce projet d’accord UE-Mercosur, notamment EN INVITANT LES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES À S’ENGAGER, par le vote d’un voeu ou d’une résolution, à s’engager contre l’Accord UE-Mercosur et pour la relocalisation écologique et solidaire

Pour aller plus loin :

  • le site Internet rendu public : HTTP://STOPEUMERCOSUR.ORG/ 
  • La DÉCLARATION AVEC LES 450 ORGANISATIONS SIGNATAIRES
  • Liste des organisations françaises signataires : ActionAid France, Aitec, alofa tuvalu, Amis de la Terre, Amis du Mouvement des travailleurs Sans Terre du Brésil, Association Plurielle d’Accueil et d’Échange Internationaux, Attac France, Autres Brésils, Bloom, Campagne Glyphosate 33, CCFD-Terre Solidaire, CGT, CITD, Coalition Solidarité Brésil, Collectif Alerte France Brésil / MD18, Collectif des Semeurs du Lodévois-Larzac, Collectif national Stop CETA/Mercosur, collectifantiogm66, Comité Pauvreté et Politique, Confédération paysanne, CSIA-NITASSINAN, Emancipation Collective, Emmaüs international, Faucheurs Volontaires 21, Fondation Danielle Mitterrand, foodwatch, France Amérique Latine (FAL), France Nature Environnement, Générations futures, Grenpeace France, Groupe Non-Violent LOUIS LECOIN, Influence4impact, Le Melar dit, Les Amis du Monde Diplomatique, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Notre Affaire à Tous, Pour une terre vivante, Réseau Européen pour la Démocratie au Brésil (RED.Br), Réseau Foi & Justice Afrique Europe, Réseau Roosevelt-idf, Sherpa, Syndicat CGT AHOM, U.F.A.L., Veblen Institute, Vigilanceogm21, Youth For Climate France, ZEA
  • INITIATIVE VISANT À PROPOSER AUX COLLECTIVITÉS TERRITORIALES de s’engager contre l’Accord UE-Mercosur et pour la relocalisation écologique et solidaire
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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 17:36

²Les chibanis , valeurs de notre patrimoine

SAINT DENIS LE 10 FEVRIER 2021

Jean Bellanger pt de EVTC

à celles et ceux qui veulent bien travailler

à l'élaboration d'un recueil de témoignages

 

Chères amies , chers amis

Vous avez accepté de chercher auprès d'un proche ou dans votre propre famille comment témoigner et apporter votre propre contribution à cette valorisation des chibanis que vous connaissez ou que vous avez connus...

Il est important que ce ne soit pas l'affaire seule des travailleurs immigrés logés dans les foyers ou résidences sociales, nous avons tous connu dans notre parcours de vie tel ou tel  travailleur immigré jeune ou ancien, des familles, des amis , des voisins et nous pouvons témoigner nous même ou être des intermédiaires, de telle sorte que cette valorisation ne soit pas l'affaire des seuls immigrés mais celle de la société toute entière...

Vous avez plus ou moins accepté en pensant à tel ou tel ami de travail ou de voisinage ou même en pensant à votre propre famille. En échangeant avec vous, l'un m'a parlé d'un ami de la ville de Colombe , tel autre d'un travailleur de Stains qui était ouvrier dans une usine aujourd'hui disparue, tel autre pourrait s'il en prenait le temps discuter avec un voisin de son quartier du centre ville de Saint Denis.. Pour d'autres c'est délicat parce que c'est l'histoire de la famille marquée par la mort de l'un des leurs le 17 octobre 1961. Pour d'autres c'est l'engagement, dans la cité Fabien de St Denis, ''Ils et elles récoltaient des médicaments pour les transmettre au FLN qui les dispatchaient''en Algérie ou en France là ou existaient des besoins de soins ….

Ce recueil de témoignages ne doit pas être seulement un rapport de statistiques ou une commémoration faite de souvenirs.. Ce doit être l'occasion de faire une œuvre collective et vivante où les jeunes retrouvent leur histoire et en soient fiers...

il ne s'agit pas de faire de longs récits... quelques pages peuvent suffire , nous avons  des récits  historiques comme celui de Mohamed Youkana 1903-1991 ''un itinéraire syndical d'un chibani CGT'' introduit par Saïd Bouhamama sociologue , historien et président du Front Unis des immigrations et des Quartiers  Populaires. Nous aurons aussi des témoignages de responsables associatifs en lien avec les ''Associations de leurs villages  en Afrique''.

Nous avons fait un plan de travail avec ''quelques outils'' pour saisir globalement les situations, les trajets, les épreuves et les réussites des uns et des autres... la Maison des seniors de la ville de Saint Denis, avec sa directrice Mme Nabila Mancour nous aidera comme la Coordination des foyers de Plaine Commune avec Boubou Soumare et Sissoko...

Bref  nous pouvons faire œuvre collective aussi nous avons besoin de vous. Ne soyez donc pas surpris si je m’adresse à vous et vous relance au nom du collectif

 

merci de votre accueil

Jean Bellanger président de EVTC 

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 13:56

Communiqué LDH

Le 11 mars 2021, un avocat niçois a été expulsé par les forces de l’ordre d’une audience du tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence au cours de laquelle il assurait la défense de son client. Ce dernier, absent en raison d’une contamination à la Covid-19, sollicitait un renvoi de l’audience pour pouvoir assister à son procès.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) est particulièrement choquée par la décision de poursuivre l’audience. Plusieurs avocats présents pour assister leurs clients ont quitté l’audience en signe de solidarité avec leur confrère. Les propos qui auraient été tenus par un magistrat contre ces avocats et contre l’exercice des droits de la défense ne sont pas dignes de l’institution judiciaire.

Les avocats, garants du procès équitable, ne peuvent être considérés comme des faire-valoir du processus judiciaire. Son bon déroulement et les nécessités de sa continuité doivent s’adapter aux conséquences de la situation sanitaire de manière à protéger les garanties du procès équitable pour tout justiciable.

La LDH s’associe à tous les avocats et aux institutions représentatives de la profession face à cette situation inadmissible.

Paris, le 12 mars 2021

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 13:49

 

 الموضوع بحق الشعب الفلسطيني: توضيح وإدانة نظام الفصل العنصري الإسرائيلي

في الجلسة الـ ٤٦ لمجلس حقوق الإنسان بالأمم المتحدة

سيادة الرئيس قيس سعيد،

 

 

يلتمس الموقعون أدناه من سيادتكم توجيه الوفد التونسي لتقديم بيان في إطار البند التاسع أثناء الجلسة الاعتيادية  الـ 46 لمجلس حقوق الإنسان بالأمم المتحدة، باسم تونس أو بالتضامن مع دول أخرى؛ للتأكيد على اتباع  إسرائيل لنظام فصل عنصري (أبارتيد) بحق الشعب الفلسطيني، ولدعوة الدول الأعضاء بالأمم المتحدة للوفاء بالتزاماتها القانونية الدولية لإنهاء منظومة القمع هذه، بموجب الاتفاقية الدولية لقمع جريمة الفصل العنصري والمعاقبة عليها.[i]

إن التعامل الإسرائيلي أثناء تفشي جائحة كوفيد19 يعد المثال الأحدث على نظام الفصل العنصري الإسرائيلي؛ وتعمد السلطات الإسرائيلية مأسسة سياسات التمييز ضد الشعب الفلسطيني، فضلاً عما تكشف عنه خطة التلقيح تمييزية الطابع التي تبنتها إسرائيل.

على مدى تاريخ إسرائيل في شرذمة وتفريق الشعب الفلسطيني، لم توفر إسرائيل التحصينات سوى للفلسطينيين المقيمين في إسرائيل وفي القدس الشرقية التي ضُمت لإسرائيل بشكل غير قانوني. الأمر الذي يعد خرقًا لالتزامات إسرائيل القانونية بصفتها قوة بموجب القانون الدولي، ووفق لما اكده خبراء حقوق الإنسان أن »الحرمان من المساواة في الرعاية الصحية، بناء على العرق أو الأثنية على سبيل المثال، هو أمر تمييزي وغير قانوني«.[ii]

على مدار عقود، عمّقت إسرائيل من اضطهادها المؤسسي للشعب الفلسطيني، واستولت على  فلسطين عبر  تيسير الاحتلال المطول  والضم غير القانوني للأراضي الفلسطينية، والإجلاء والنقل القسري للسكان، ومحاولات طمس هوية الشعب الفلسطيني. كما أخفقت إسرائيل في احترام وحماية وكفالة الحق في الصحة للفلسطينيين على جانبي الخط الأخضر، فيما يمثل ترسيخًا لأوجه عدم المساواة الصحية القائم منذ زمن طويل؛ جراء السياسات والممارسات التمييزية الإسرائيلية، وهو ما ترك الفلسطينيين تحديدًا عرضة لتفشي جائحة كوفيد-19.

بعد أكثر من عشرة أعوام من سعي منظمات المجتمع المدني الفلسطينية والإقليمية والدولية لفضح ممارسات الفصل العنصري الإسرائيلية، أصبح لدى المجتمع الدولي اليوم فهمًا متزايدًا لكيفية تأسيس إسرائيل واستمرارها في إعمال نظام فصل عنصري (أبارتيد) بحق الشعب الفلسطيني. ففي 12 ديسمبر 2019، أقرّت لجنة الأمم المتحدة المعنية بالقضاء على التمييز العنصري باستمرارية السياسات والممارسات الإسرائيلية الخاصة بالفصل العنصري والأبارتيد، معتبرةً تلك الممارسات تضر بصورة غير متناسبة بالفلسطينيين على جانبيّ الخط الأخضر.[iii] وفي 16 يونيو 2020، وفي تحرك غير مسبوق، حذّرت 47 آلية خاصة من آليات الأمم المتحدة من أن الخطط الإسرائيلية لضم الضفة الغربية »ستكون بمثابة بلورة لواقع مجحف قائم بالفعل: شعبان يعيشان في المكان نفسه، وتحكمهما الدولة نفسها، لكن في ظل انعدام المساواة في الحقوق. هذه رؤية تهدف إلى إعمال الأبارتيد في القرن الحادي والعشرين«.[iv]

ومنذ ديسمبر 2019، دأبت منظمات المجتمع المدني على مطالبة الدول الأعضاء بالأمم المتحدة بالإقرار بكيفية تأسيس وتطبيق إسرائيل لنظام فصل عنصري على كامل الشعب الفلسطيني، على جانبي الخط الأخضر وفي المنفى. وأثناء الجلسة الاعتيادية الـ 43 لمجلس حقوق الإنسان، قدمت 114 منظمة مجتمع مدني من فلسطين ومن شتى أرجاء العالم بيانًا مشتركًا في إطار البند التاسع، دعت فيه الدول إلى دعم عودة لجنة الأمم المتحدة المناهضة للفصل العنصري إلى العمل، وكذلك مركز الأمم المتحدة المعني بسياسات الفصل العنصري، كخطوات أولى هامة نحو إنهاء الفصل العنصري الإسرائيلي وضمان عدم إفلات إسرائيل من العقاب على هذه الممارسات.

إن الفصل العنصري معترف به كجريمة حرب، وجريمة ضد الإنسانية، فضلًا عن كونه خرق جسيم للبروتوكول الإضافي الأول لاتفاقيات جنيف –وهي الجريمة التي تتوفر بشأنها آلية الولاية القضائية العالمية، إضافة إلى ما تفرضه جريمة الفصل العنصري من مسئولية جنائية فردية ومسئولية قُطرية على مستوى الدول، إزاء إنهاء هذا الوضع غير القانوني.

لقد تطلب إنهاء نظام الفصل العنصري في جنوب إفريقيا تضافر جهود عدة دول بصفتها أطراف في اتفاقية الفصل العنصري (1973)، ومن ثم فنحن ندعو الوفد التونسي اليوم لممارسة الضغوط نفسها؛ من أجل ضمان الحقوق الأصيلة للشعب الفلسطيني، بما فيها حق تقرير المصير وحق العودة، وذلك من خلال اعتماد آليات فعالة لمناهضة نظام الفصل العنصري الإسرائيلي وإعمال آليات العدالة والمساءلة الدولية واجبة التفعيل بناءً على الاشتباه في وقوع جرائم دولية بحق الفلسطينيين.

 إن كشف وإدانة نظام الفصل العنصري (الأبارتيد) الإسرائيلي خلال الجلسة الـ 46 لمجلس حقوق الإنسان في هذه اللحظة الفاصلة، بمثابة خطوة أولى على هذا المسار.

هذا ويشرفنا الرد على أية أسئلة أو طلبات توضيح إضافية من مكتب سيادتكم.

وتفضلوا بقبول فائق التقدير والاحترام،

 

مركز القاهرة لدراسات حقوق الإنسان

 

[i] ا الاتفاقية الدولية لقمع جريمة الفصل العنصري والمعاقبة عليها (اعتمدت في 30 نوفمبر 1973، ودخلت حيز النفاذ في 18 يوليو 1976)، A/RES/34/27

[ii] المفوضية السامية لحقوق الإنسان، إسرائيل/الأراضي الفلسطينية المحتلة »خبراء الأمم المتحدة يطالبون إسرائيل بضمان المساواة في توفير التحصينات من كوفيد-19 للفلسطينيين كافة«، المصدر بالإنجليزية:

OHCHR, Israel/OPT: UN Experts Call on Israel to Ensure Equal Access to COVID-19 Vaccines for Palestinians,” 14 January 202: https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26655&LangID=E

[iii] مركز الحق، »منظمات حقوق الإنسان ترحب بالملاحظات الختامية للجنة الأمم المتحدة المعنية بالقضاء على التمييز العنصري، الخاصة بالفصل العنصري والأبارتيد على جانبيّ الخط الأخضر«، المصدر بالإنجليزية:

 Al-Haq, “Human rights organizations welcome Concluding Observations of the UN Committee on the Elimination of Racial Discrimination on racial segregation and apartheid on both sides of the Green Line,” 21 December 2019: http://www.alhaq.org/advocacy/16324.html

[iv]   المفوضية السامية لحقوق الإنسان، »ضم إسرائيل لأجزاء من الضفة الغربية الفلسطينية مخالف للقانون الدولي – خبراء الأمم المتحدة يطالبون المجتمع الدولي بضمان المحاسبة«، 16 يونيو 2020، المصدر بالإنجليزية:

OHCHR, “Israeli annexation of parts of the Palestinian West Bank would break international law – UN experts call on the international community to ensure accountability,” 16 June 2020:  https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=25960&LangID=E

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 20:33
 

La reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat

et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel, par l’armée française

en Algérie, a été saluée par Alger, ce jeudi 4 mars.

Cette photo d’archive prise le 30 juillet 1957 montre des Algériens arrêtés par les parachutistes du colonel français Bigeard sur la place du Gouvernement (actuellement place des Martyrs) dans la capitale Alger.
Cette photo d’archive prise le 30 juillet 1957 montre des Algériens arrêtés par les parachutistes du colonel français Bigeard sur la place du Gouvernement (actuellement place des Martyrs) dans la capitale Alger. | AFP

Le président Emmanuel Macron a reconnu mardi, «au nom de la France», que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été «torturé et assassiné» par l’armée française pendant la Bataille d’Alger en 1957.

« L’Algérie a enregistré avec satisfaction l’annonce du président français Emmanuel Macron de sa décision d’honorer le combattant et martyr Ali Boumendjel », a indiqué la télévision publique à l’ouverture de son journal de la mi-journée.

Une volonté « d’intensifier le dialogue »

Cette initiative «s’inscrit dans le cadre des bonnes intentions et de la volonté sincère d’intensifier le dialogue entre la France et l’Algérie concernant l’époque coloniale», a commenté la chaîne A3.

 

« À travers une telle initiative, il est possible pour l’Algérie et la France d’aller de l’avant dans la construction de relations stables et sereines, une réconciliation véritable et une coopération multiforme», a-t-elle conclu.

Un assassinat maquillé à l’époque en suicide

L’aveu de l’assassinat d’Ali Boumendjel, maquillé à l’époque en suicide, fait partie des gestes d’apaisement recommandés par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, afin de résoudre les tensions autour de la mémoire de ce conflit.

Alors que le 60e anniversaire de la fin de la guerre et de l’indépendance de l’Algérie sera célébré en 2022, la «réconciliation des mémoires» est un dossier prioritaire entre Alger et Paris.

Engagés à travailler ensemble sur cette question mémorielle

Emmanuel Macron et son homologue Abdelmadjid Tebboune se sont engagés à travailler ensemble sur cette question mémorielle.

En juillet dernier, Paris avait déjà fait un geste «fort» en restituant à Alger les restes de 24 nationalistes algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle.

Des « actes symboliques » tardifs et insuffisants

Dès 2018, Emmanuel Macron avait franchi un pas historique dans le travail de mémoire sur la guerre d’Algérie en demandant pardon à la veuve de Maurice Audin, militant communiste mort sous la torture.

Toutefois, pour beaucoup d’Algériens -- des historiens notamment --, les «actes symboliques» du président Macron sont tardifs et insuffisants.

La France doit reconnaître « les crimes contre l’humanité »

«La France doit reconnaître qu’elle a commis en Algérie des crimes contre l’humanité, d’innombrables crimes à l’encontre des Algériens», a déclaré mercredi 3 mars Mustapha Bouchachi, avocat et militant des droits humains.

Outre le contentieux des archives coloniales, les autorités algériennes veulent aussi remettre sur la table le dossier des «disparus» pendant la guerre d’indépendance (1954-1962), plus de 2 200 personnes selon Alger, et celui des essais nucléaires français dans le Sahara algérien qui «ont fait et continuent à faire des victimes».

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 18:19

LA VOIE VERS LA PAIX EN ISRAËL-PALESTINE PASSE PAR LA DÉCOLONISATION

Le 17 février 2021

Seule la formation d’un seul État décolonisé sur tout le territoire de la Palestine historique peut mettre fin aux ambitions coloniales d’Israël.

A demonstrator holds a Palestinian flag in front of Israeli forces during a protest against Israel's plan to annex parts of the occupied West Bank, near Tulkarm June 5, 2020 [Mohamad Torokman/Reuters]
Un manifestant brandit un drapeau palestinien face à des forces armées israéliennes lors d’une manifestation contre le projet israélien d’annexion de parties de la Cisjordanie occupée, près de Tulkarem, 5 juin 2020. [Mohamad Torokman/Reuters]

Le 26 janvier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a posté sur son compte Twitter une vidéo électorale du Likoud dans laquelle une carte de l’ensemble du territoire de la Palestine historique apparaît sous les mots « un seul État ».

Ce n’était pas la première fois qu’un éminent homme politique israélien exprimait publiquement son attachement à la vision du Grand Israël – un État-nation juif souverain sur toutes les terres situées entre le Jourdain et la mer Méditerranée, y compris les territoires palestiniens. En fait, de telles déclarations sont si courantes dans les campagnes électorales israéliennes que le tweet de Netanyahou n’a guère suscité de discussion sérieuse sur la scène internationale.

Mais les observateurs internationaux n’ont pas gardé le silence sur la dernière ode de Netanyahou au « Grand Israël », simplement parce qu’ils l’ont considérée comme une fanfaronnade électorale destinée à pousser les votes vers le Likoud. Ils ont ignoré le tweet parce qu’ils savent depuis longtemps qu’Israël veut étendre sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

En effet, alors que nombreux sont ceux à utiliser encore occasionnellement la rhétorique vide de sens de « préserver la solution à deux États avant qu’il ne soit trop tard », aucun observateur sérieux ne croit que la création d’un État palestinien souverain est un objectif réel d’Israël, ou de l’une des puissances mondiales hégémoniques telles que les États-Unis ou le Royaume-Uni.

Aujourd’hui, la « solution à deux États » n’est rien d’autre qu’une diversion. C’est un mythe utilisé par Israël pour détourner l’attention de ses efforts visant à faire du rêve du Grand Israël une réalité. Les actions d’Israël, de l’expansion implacable des colonies à la déshumanisation systématique des Palestiniens, montrent clairement qu’il n’a pas l’intention de permettre un jour la formation d’un État palestinien souverain.

Sur la base de ce qu’Israël fait, et non de ce que dit sa Hasbara, il n’y a que deux voies possibles pour sortir du statu quo actuel : la formation d’un seul État d’apartheid sur toute la terre de la Palestine historique, dans lequel seule une poignée de Palestiniens vivent comme des citoyens de seconde zone, ou un État décolonisé, où tous les citoyens jouissent des mêmes droits et libertés, indépendamment de leurs origines ethniques et religieuses.

Il n’est pas difficile d’imaginer comment se déroulerait le premier scénario. Le régime d’apartheid a été une caractéristique déterminante des colonies de peuplement comme Israël tout au long de l’histoire.

En bref, le colonialisme de peuplement est un type de colonialisme qui fonctionne par le remplacement d’une population indigène par une société de colons qui, au fil du temps, développe une identité nationale et revendique la souveraineté sur la terre colonisée. Pour atteindre leur objectif de devenir pleinement souverains sur les terres qu’ils ont colonisées, les colons commencent par expulser ou éliminer la majorité de la population indigène. Ils établissent ensuite un système de ségrégation, ou d’apartheid, pour consolider leur suprématie sur les autochtones qui sont restés dans les territoires colonisés. Ces systèmes de ségrégation, non seulement garantissent l’existence d’une hiérarchie juridique et sociale entre les colons et les peuples indigènes du territoire, mais ils criminalisent également la pratique, voire la simple mention, de la souveraineté indigène.

Aujourd’hui, il est difficile de nier qu’Israël est un État d’apartheid. Les Palestiniens qui vivent sous la domination israélienne, y compris ceux qui détiennent un passeport israélien, ne jouissent pas des pleins droits de citoyenneté. Ils n’ont pas non plus de liberté de mouvement. Même la loi sur l’État-nation d’Israël établit clairement qu’il ne s’agit pas d’un État pour tous ses citoyens et résidents, mais de « l’État-nation du peuple juif ».

Cependant, le projet de colonisation de la Palestine historique ne semble pas encore achevé. Comme Netanyahu le souligne à plusieurs reprises dans son message politique, Israël veut régner sur toute la Palestine historique tout en maintenant une population majoritairement juive. Pour que cela se produise, il faudra expulser la plupart des Palestiniens des territoires où ils vivent actuellement, et seuls quelques-uns resteront. Ce n’est qu’alors qu’Israël pourra étendre pleinement sa souveraineté sur l’ensemble du territoire et continuer à s’appeler « État-nation juif ». Par conséquent, il est exact de dire que l’actuel apartheid israélien, aussi dévastateur soit-il, n’est qu’une partie d’un projet plus vaste.

Israël étend déjà ses colonies illégales dans les territoires palestiniens et en construit de nouvelles à un rythme sans précédent. Alors que les colons chassent régulièrement les Palestiniens de leurs maisons et leur interdisent même d’entrer dans les quartiers qu’ils appelaient autrefois les leurs, Israël se rapproche lentement de son rêve du « Grand Israël ».

Tout cela soulève une question très embarrassante : Y a-t-il une autre expulsion massive et violente de Palestiniens à l’horizon ? Ces colonies et autres efforts de déshumanisation des Palestiniens sont-ils le prélude à un événement encore plus terrifiant ?

Nombreux sont ceux, dans la communauté internationale, y compris parmi certains intellectuels palestiniens éminents, à penser qu’une expulsion massive violente, comme celle que les Palestiniens ont connue en 1948, n’est pas une possibilité réelle. Ils affirment qu’Israël n’oserait pas commettre ouvertement un tel crime contre l’humanité au XXIe siècle.

Mais tout au long de l’histoire, de nombreuses expulsions massives, génocides et autres actes de nettoyage ethnique de masse ont surpris la plupart des observateurs. Dans les années 1920 et 1930, par exemple, presque personne en dehors de la Palestine ne s’attendait à ce que les actions sionistes relativement peu importantes en Europe et au Moyen-Orient ouvrent la voie à l’expulsion massive et violente des Palestiniens de leur patrie quelques années plus tard.

Depuis des décennies, Israël défie le droit international et viole en toute impunité les droits humains les plus fondamentaux des Palestiniens. Depuis 1948, il n’a jamais montré aucun signe d’une volonté de changer ses habitudes. Au contraire, il est aujourd’hui plus agressif que jamais dans ses efforts pour déshumaniser les Palestiniens, voler les terres qui leur restent et réaliser le rêve du Grand Israël. De plus, des gens comme Netanyahou parlent ouvertement de leur désir de former un seul État à majorité juive sur l’ensemble du territoire.

Il est donc difficile de nier que, si les conditions appropriées se concrétisent et quand, l’État israélien n’hésitera pas à faire le nécessaire, y compris à se lancer dans une expulsion massive des Palestiniens, pour étendre sa souveraineté.

Cela nous amène au deuxième scénario possible pour l’avenir d’Israël-Palestine : un seul État décolonisé.

La désillusion croissante à l’égard de la solution à deux États, associée aux efforts apparents d’Israël pour étendre son régime d’apartheid à toutes les terres palestiniennes, a conduit de nombreux universitaires et militants palestiniens, ainsi que certaines organisations et groupes politiques, à plaider en faveur de la création d’un seul État décolonisé dans la Palestine historique.

Bien qu’il existe plusieurs modèles proposés, la plupart des suggestions comprennent trois principes fondamentaux :

1.    L’État décolonisé et déracialisé ne sera plus défini comme exclusivement israélo-juif et ne sera plus non plus défini comme exclusivement palestinien.

2.    Le nouvel État accordera une citoyenneté égale à tous les habitants du pays, sans distinction de race, d’ethnie, de sexe ou de religion.

3.    Tous les réfugiés palestiniens auront le droit de retourner dans leur patrie en tant que citoyens à part entière.

C’est le seul scénario qui puisse empêcher Israël de réaliser son rêve d’établir un État unique d’apartheid dans la Palestine historique et de permettre à tous les habitants de ces terres de vivre leur vie librement, pacifiquement et dans la dignité.

Bien que leur nombre reste faible, certains Israéliens – reconnaissant la voie destructrice sur laquelle leur État est actuellement engagé – appellent également à la création d’un État unique décolonisé englobant à la fois les territoires israéliens et palestiniens. Il est certain que pour que ce rêve devienne un jour réalité, il faut que davantage d’Israéliens soutiennent cette proposition.

Cependant, même avec le soutien de beaucoup plus d’Israéliens, transformer un État d’apartheid colonial en un État décolonisé et démocratique ne sera pas facile. Le chemin vers la décolonisation et un avenir commun israélo-palestinien est semé d’embûches. La construction commune d’un État décolonisé exigera des sacrifices de la part des Israéliens et des Palestiniens. Cela remettra en question leur sens de l’identité, de la nationalité, de la patrie et de l’histoire. Il y aura sans aucun doute des déceptions, des frustrations et des conflits. Certains rêves ne se réaliseront pas, certains objectifs ne seront pas atteints et les progrès seront probablement lents.

Mais tout cela reste préférable à l’autre solution. Si l’on permet à Israël de continuer sur la voie qu’il suit actuellement, et de prendre davantage de mesures pour effacer les Palestiniens de leur patrie, nous vivrons tout cela, et bien plus encore – nous serons tous coincés dans un tourbillon de haine, de violence et d’oppression pour les années à venir.

Aujourd’hui, Israël ne fait que répéter les cycles et les trajectoires historiques connus de la modernité coloniale. Nous savons donc comment l’histoire se terminera si nous n’agissons pas maintenant : dans plus de violence et de destruction.

La voie vers une sécurité et une prospérité durables, contrairement à ce que nombre de gens en Israël semblent croire, ne passe pas par davantage d’agression et de ségrégation mais par la décolonisation. Si suffisamment d’Israéliens en viennent à reconnaître ce fait, avec les Palestiniens, ils pourront marquer le début d’un nouveau chapitre de l’histoire mondiale, plus rempli d’espoir.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.

Mark Muhannad Ayyash est professeur associé de sociologie à l’Université Mount Royal de Calgary, Canada. Il est l’auteur de A Hermeneutics of Violence (UTP, 2019). Il est né et a grandi à Silwan, à Jérusalem, avant d’immigrer au Canada. Il écrit actuellement un livre sur la souveraineté du colonialisme de peuplement.

Source : Aljazeera

Traduction SF pour l’Agence média Palestine

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 18:13

QG Decolonial

POURQUOI LES PENSEURS DÉCOLONIAUX SONT-ILS ACCUSÉS D’ANTISÉMITISME ?

 

18 FÉVRIER 2021

Pourquoi les penseurs décoloniaux sont-ils accusés d’antisémitisme ?

Parce que nous avons dissocié l’antisémitisme de la colonialité de la race – ce dont les défenseurs d’Israël se réjouissent en coulisses.

Publié le 9 février 2021 sur vashtimedia.com

Traduction par Sylvie Tout Court

Dans Peau noire, masques blancs (1952), Frantz Fanon – figure majeure du combat anticolonial, psychiatre et philosophe – écrivait au sujet de la condition noire sous régime colonial : « Car le Noir n’a plus à être noir, mais à l’être en face du Blanc. Certains se mettront en tête de nous rappeler que la situation est à double sens. Nous répondons que c’est faux. Le Noir n’a pas de résistance ontologique aux yeux du Blanc ».

Cette description me renvoie à mon ressenti en tant que Juive établie dans le Nord global, dans ce monde qui a vu passer l’Holocauste et la Nakba. Ce n’est pas que les Juifs (et en particulier les Juifs blancs, occidentaux), comme les Africains colonisés, se voient dénier la permission de se définir eux-mêmes de façon indépendante. C’est plutôt que, tout comme le Blanc a besoin du Noir pour se définir, le Juif doit être défini aux yeux des autres.

J’ai eu ce sentiment récemment en recevant un e-mail d’une équipe de rédaction en Allemagne – des intellectuels postcoloniaux et décoloniaux – pour qui j’avais accepté d’adapter mon allocution intitulée White supremacy, white innocence and inequality in Australia (Suprématie blanche, innocence blanche et inégalités en Australie). Dans l’e-mail, on me demandait de supprimer deux lignes de mon texte. La première affirmait qu’Israël « menait la plus longue occupation au monde d’un peuple par un autre » ; la seconde mentionnait le « régime de suprématie raciale à l’encontre des Juifs noirs et non-blancs » mis en œuvre par l’État d’Israël. Dans un contexte d’attaques croissantes envers les critiques d’Israël (notamment juifs et israéliens) par des institutions culturelles, universitaires et municipales allemandes, j’ai opposé un refus catégorique à cette demande.

J’avais écrit ces phrases en réfléchissant à la manière dont passer d’être Juive en Irlande à être Juive en Israël/Palestine avait affecté mon rapport à la blanchité. En prenant position vis-à-vis du régime racial d’Israël, j’affirmais qu’en tant que Juive blanche européenne possédant la nationalité israélienne, et qu’en tant que migrante-occupante des terres aborigènes du peuple Gadigal (je parle de Sydney, Australie), je ne suis pas innocente. L’antisémitisme dont je peux être victime n’annule pas les privilèges dont je bénéficie par ailleurs du fait d’autres composantes de mon identité. L’équipe éditoriale finit par le concéder, forcée à réévaluer son malaise instinctif face à mon anticolonialisme juif. Ce malaise m’a fait prendre conscience de notre capacité déclinante, en tant que Juifs antisionistes, à définir notre expérience du racisme, et il m’a aussi alertée quant à la manière dont notre judaïté peut être utilisée pour légitimer celui-ci.

La responsabilité individuelle qui nous incombe d’examiner notre complicité avec le racisme et le colonialisme fait aussi l’objet d’un récent article d’Houria Bouteldja, militante décoloniale franco-algérienne, victime d’une campagne de diffamation sous couvert d’accusations faussées d’antisémitisme. Bouteldja s’était exprimée sur l’antisémitisme visant April Benayoum, récemment élue au concours de beauté Miss Provence, dont le père est originaire d’Israël.

Dans son billet – publié à l’origine sur le site d’information Mediapart, dépublié après avoir provoqué un tollé général et maintenant disponible sur le site de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), ce qui est révélateur en soi – Bouteldja dénonce sans ambages les attaques antisémites dont a été victime Benayoum. Mais elle s’appuie aussi sur ce cas pour souligner la distinction entre antisémitisme et critique d’Israël, ces deux aspects ayant fait l’objet d’amalgames dans la plupart des attaques contre Miss Provence. Comme le fait remarquer Bouteldja dans son billet, on perçoit chez certains utilisateurs de Twitter un « anti-juifisme confus », « à mi-chemin entre antisémitisme gaulois » et « spontanéité anticoloniale » – réflexe peu surprenant étant donné les efforts du mouvement sioniste pour lier inextricablement le « signifiant israélien » au « signifiant juif ». Invitant Miss Provence à prendre position contre l’État d’Israël et non contre ses origines israéliennes, Bouteldja écrit : « Elle peut donc être la fille d’un Israélien et se positionner contre le fait colonial israélien. Car on ne peut pas être Israélien innocemment [Bouteldja paraphrase ici un passage du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, où le grand penseur et écrivain anticolonial écrivait « Nul ne colonise innocemment, nul non plus ne colonise impunément »]. En revanche, si elle [Benayoum] faisait le choix de la lutte anticoloniale, elle peut être certaine que le mouvement décolonial lui ouvrirait grand les bras ».

Ici, Bouteldja rejette un discours sioniste qui ne voit qu’un destin possible pour les Juifs : être inexorablement liés à un État raciste, colonial, qui occupe un autre peuple en notre nom, même si nous le nions ou pour certains, cherchons à le démanteler. Être un Juif anticolonial est un anathème, non seulement pour les gardiens communautaires qui se tiennent immuablement aux portes de la colonie raciale d’Israël, mais aussi pour ces Gentils qui utilisent notre tragédie pour s’exonérer de leur complicité continue avec le racisme et le colonialisme, chez eux comme à l’étranger. Ce lien forcé entre judaïté et Israël travaille main dans la main avec l’antisémitisme pour dénier aux Juifs la capacité à défier cette destinée – à avoir, comme le dirait Fanon, une « résistance ontologique » quelle qu’elle soit.

Mais en insistant sur la non-innocence de Miss Provence, Houria Bouteldja s’accuse aussi elle-même, en posant que la lutte contre le racisme doit être multi-directionnelle et introspective. Dans un article rédigé après la dépublication de son billet, elle rappelle que dans son ouvrage Les Blancs, les Juifs et nous, elle aussi se déclarait coupable : « Ainsi, je peux tout aussi bien écrire ʺaucun Français n’est innocentʺ, à commencer par moi. […] Non seulement, je ne suis pas innocente – parce que Française – mais en plus je suis une criminelle. Ainsi, si je me suis permise de juger de la non-innocence de Miss Provence, c’est que j’avais déjà procédé à mon propre jugement et que ma sentence était déjà tombée. Et depuis longtemps. Mon crime ne repose que sur un fait, et il est tangible. Il s’agit du partage de la rente impérialiste entre les classes dirigeantes occidentales et les classes prolétaires blanches et dans une moindre mesure non blanches ».

Pourtant, cette conception matérialiste de la notion de race, qui met l’accent sur la nature structurelle de celle-ci et sur les effets d’exploitation qu’elle engendre, ne trouve aucun écho auprès de ceux qui ne considèrent le racisme que sous un seul angle : l’angle moral. Cet antiracisme moral se concentre sur des attitudes individuelles, détachées des structures qui les produisent. Cette compréhension dominante du racisme envisage celui-ci du point de vue d’actes personnels répréhensibles, d’attitudes condamnables et d’un autre âge, refusant de considérer le concept de race comme étant étroitement lié à celui du colonialisme tel que le pratique par exemple l’État sioniste. Ce n’est qu’à l’aune de cette conception morale qu’il est possible de confondre antisionisme – une forme d’opposition à la domination coloniale – et antisémitisme – une forme de racisme qui, comme tous les racismes, est indissociable du colonialisme. Répondre à des accusations d’antisémitisme en recourant au registre de la moralité nous fait donc courir le risque de ne plus pouvoir dissocier l’antisémitisme de l’antisionisme, en renforçant ainsi la conception anti-matérialiste du racisme plutôt que de l’ébranler.

C’est ce qui est arrivé au philosophe camerounais Achille Mbembe, autour de qui une controverse a éclaté au printemps dernier lorsqu’un homme politique de droite allemand l’a accusé de relativiser l’Holocauste. Ces critiques se sont concentrées sur l’essai publié par Mbembe en 2016, Politiques de l’inimitié. Dans ce texte, Mbembe établit des comparaisons entre l’apartheid en Afrique du Sud, l’occupation israélienne mais aussi la Shoah. Concernant cette dernière, il précise sans ambiguïtés qu’il s’agit d’un « évènement extrême », conséquence d’un contexte historique très différent de celui de l’apartheid. Mais le simple fait de placer côte-à-côte apartheid et Shoah – que Mbembe à aucun moment n’assimile l’un à l’autre – a suffi pour lui valoir des accusations d’antisémitisme.

Dans un entretien récent où il revient sur ces accusations, Mbembe opte pour le registre de l’outrage moral : « L’idée que je puisse éprouver de la haine, nourrir des préjugés contre tout autre être humain, ou contre un État constitué quel qu’il soit, est totalement répugnante », déclare-t-il. La tentation de répondre de cette manière, même à des interlocuteurs qui déploient un antiracisme sélectif et cynique, est compréhensible : bien sûr, nos positions individuelles sur l’injustice raciale sont liées à notre moralité personnelle. Toutefois, le cas d’Houria Bouteldja comme celui d’Achille Mbembe montrent bien que les invocations à la moralité ont peu d’effet sur ceux qui considèrent l’antisémitisme et son épitomé, la Shoah, comme des questions purement morales, dissociées de la colonialité de la race. Le traitement réservé à Bouteldja illustre l’hypocrisie sur laquelle peut déboucher cette élévation morale de la question de l’antisémitisme : ce sont les mêmes personnes scandalisées par l’affaire Benayoum qui gardent le silence alors que la journaliste Rokhaya Diallo fait l’objet d’attaques négrophobes répétées dans des médias français.

La race fonctionne à la fois selon des logiques spécifiques et comme logique générique de domination, élevant certains au-dessus des autres, brisant les solidarités au service de la suprématie blanche. Comme je l’écris dans mon ouvrage Why Race Still Matters (2020), l’élévation de l’antisémitisme au rang d’un racisme surplombant tous les autres, et la thèse selon laquelle discuter de la Shoah en la comparant à d’autres génocides banalise celle-ci, limite la solidarité entre les Juifs et d’autres peuples racialisés, compromettant une compréhension plus poussée du concept de race comme mécanisme colonial, et comme technologie du pouvoir au service du maintien de la suprématie blanche. En attaquant Bouteldja et Mbembe, on déplace le terrain de l’antisémitisme, mais on ne fait rien pour le combattre.

De fait, toute réponse à des accusations de racisme qui reprendrait les termes utilisés par l’accusateur a peu de chance de porter ses fruits, indépendamment de la droiture morale ou des traumatismes qu’elle peut invoquer. Au lieu de cela, pour réellement nous attaquer à l’antisémitisme, il nous faut nous adresser à d’autres personnes, à d’autres catégories de population qui font l’expérience du racisme, et à tous ceux qui partagent une volonté commune de l’éradiquer sous toutes ses formes. Pour les Juifs blancs, comme moi, il est aussi indispensable de prendre conscience des privilèges dont nous bénéficions dans un régime de suprématie blanche, tout en œuvrant contre l’antisémitisme en tant que composante indissociable de toutes les formes de racisme qui intègrent l’appareil raciste. Comme l’écrit Houria Bouteldja, « Lorsque je cesse moi-même de m’innocenter, c’est moi que je sauve ». Clamer notre non-innocence ne fait pas disparaître le mal qui nous a été, et continue de nous être fait. Pour nous, anticolonialistes juifs qui cherchons à définir l’antisémitisme en nos propres termes, cette compréhension est essentielle.

 

Alana Lentin

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 18:10

COMMENT RÉINVENTER – D’URGENCE ! – LE COMBAT ANTIRACISTE?

15 FÉVR. 2021 | PAR DOMINIQUE VIDAL | BLOG : DOMINIQUE VIDAL

Hier, plusieurs jeunes associations, rejointes par des organisations de gauche, appelaient à un rassemblement pour le quinzième anniversaire de l’assassinat d’Ilan Halimi. Une journaliste de Mediapart était présente. Mon regard est plus critique que le sien. Un reportage, il est vrai, n’est pas une analyse.

Ilan Halimi Ilan Halimi

Pour les organisateurs, la cérémonie était l’occasion – explique le chapeau de l’article – d’« appeler la gauche à réinvestir un combat qu’elle a bien trop peu porté ces dernières années ». Constat implacable, mais partiel. Car la gauche n’a pas été la seule à négliger ce combat. Et cette négligence ne concerne pas que l’antisémitisme. Qui mobilise contre l’islamophobie ? Qui dénonce la négrophobie ? Qui évoque la romaphobie, pourtant presque consensuelle ?

« Nous, nous ne faisons aucune hiérarchie entre les racismes », déclare un des organisateurs. Et d’ajouter : « Le combat contre l’antisémitisme doit être articulé avec le combat contre l’islamophobie. » C’est en effet une question-clé. Mais comment passer des paroles aux actes ? Comment, en particulier, les Juives juifs révolutionnaires (JJR) traduisent-ils en mobilisations concrètes cette louable intention ? Voici plus de vingt ans que Jean-Michel Chaumont a attiré notre attention sur le couple infernal « concurrence des victimes (1) » / « concurrence des mémoires »: où en sommes-nous sur cette thématique centrale?

M. Le Pen et G. Darmanin M. Le Pen et G. Darmanin

Surtout à l’heure où la présidente du RN et le ministre de l’Intérieur monopolisent, toute une soirée, le prime time de France 2 pour justifier une islamophobie d’État déclinée sous la forme d’une loi raciste et liberticide, sans être guère contredits par des journalistes complaisants. Darmanin a d’ailleurs lui-même souligné, il y a quelques semaines, le lien entre antisémitisme et islamophobie en avouant désirer que les produits halal ET casher ne soient pas présentés en rayons dans les supermarchés. Quelministre a osé une telle provocation depuis… Vichy ? Quand à Marine Le Pen, elle a poussé l’obscénité jusqu’à demander aux juifs religieux le « sacrifice » de leur kippa afin de permettre l’interdiction de « tous les voiles  » dans l’espace public.

Lorsqu’on porte le nom d’un père qui a fondé son parti avec d’anciens collabos, miliciens et même Waffen SS, dont une entreprise a longtemps diffusé des disques de chants nazies et qui a multiplié les saillies négationnistes et antisémites que la justice a condamnées à plusieurs reprises, on n’exige pas de « sacrifices » des juifs. Une question bonus: avant de se « dédiaboliser » il y a dix ans, Marine Le Pen avait-elle jamais condamné tout cela ? Rappelons qu’elle est née en 1968…

Autre problème important abordé, mais insuffisamment traité dans le reportage: les conséquences de la situation au Proche-Orient. Ma consœur écrit: « Le spectre du conflit israélo-palestinien et le soutien d’une grande partie de la gauche au peuple palestinien ont aussi lourdement pesé dans le peu d’empathie affichée envers les victimes françaises de l’antisémitisme, comme si elles étaient comptables – qu’elles le veuillent ou non – de la politique de l’État d’Israël. » Et de citer un responsable des JJR : « Il faut cesser de conditionner la lutte contre l’antisémitisme à la situation israélo-palestinienne. » Quel irresponsable a jamais dit posé une telle condition ?

Comment démêler cet imbroglio ? On ne saurait nier que l’occupation, la colonisation et l’annexion des territoires palestiniens, et singulièrement les « crimes de guerre » spectaculaires de Tsahal, entachent l’image d’Israël, mais aussi, aux yeux de certains, celle des juifs. Dans cet amalgame inacceptable, l’article le suggère discrètement, les responsables du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) portent une responsabilité. Appelons un chat un chat : il leur arrive de défendre inconditionnellement l’indéfendable « au nom des juifs de France » – alors que, de surcroît, ils n’en représentent qu’un sur dix…

V. Orbàn et B. Netanyahou V. Orbàn et B. Netanyahou

Il faut une sacrée dose de cynisme pour s’inquiéter des réactions antisémites d’une partie de l’opinion lorsqu’on justifie au nom des juifs – activement ou passivement – l’assassinat presque quotidien de jeunes Palestiniens par l’armée ou les colons, la destruction de maisons à Jérusalem-Est, le vol de terres et l’arrachage d’oliviers, la pratique des « pressions physiques modérées » (forme légalisée de la torture) dans les prisons israéliennes (et parfois palestiniennes), le flirt de Netanyahou avec les dirigeants populistes, négationnistes, voire antisémites d’Europe centrale et orientales…

Prenons deux exemples récents. Les Conventions de Genève de 1949 rendent toute puissance occupante responsable du sort de la population occupée. La non vaccination des Palestiniens des Territoires occupés foule au pied ces textes fondamentaux signés par Israël. Qu’en dit le CRIF ? Varsovie juge actuellement des historiens dont le seul crime est d’avoir analysé la collaboration d’une partie des Polonais avec le génocide nazi. Pourquoi la newsletter du CRIF « oublie »-t-elle que le Premier ministre israélien a signé avec son homologue polonais une déclaration commune blanchissant l’aloi autorisant ces poursuites ? Une déclaration que Yehuda Bauer, un des principaux historiens israéliens de la Shoah, a qualifiée de « trahison stupide, ignorante et amorale de la vérité historique sur l’implication polonaise dans l’Holocauste (2) ».

Un parenthèse personnelle. Les JJR ont entretenu avec moi, il y a quelques semaines, une polémique à mon avis injuste, sur fond de défense-réflexe d’Israël. Leur reproche principal : j’ai intégré dans mon analyse de l’antisémitisme contemporain les « préjugés », dont je souligne qu’ils sont beaucoup plus répandus que l’idéologie ouvertement antisémite (3). Et voilà qu’à très juste titre, ma consœur rapporte les propos d’une jeune femme soulignant, au micro du rassemblement, que « les 27 ravisseurs d’Ilan Halimi, alors âgé de 23 ans, sont persuadés que ce vendeur de téléphone est forcément riche, puisque juif, et que “sa communauté” va s’organiser pour payer une colossale rançon ».. Et, plus loin, elle cite un militant affirmant que « la gauche – comme partie de la société française – n’est pas exempte de préjugés antisémites : “les Juifs auraient de l’argent”, “ils seraient au cœur du pouvoir”… » Comme je l’écris noir sur blanc, un préjugé antisémite se distingue des autres parce qu’il peut tuer. Dont acte.

Une dernière remarque. Pour saluer la mémoire du martyr Ilan Halimi, la foule était, hélas, clairsemée. J’ai pensé à ces vers de Louis Aragon évoquant une maigre manifestation  pour Sacco et Vanzetti :

« Le jour de Sacco-Vanzetti / Sur le port sur le port de Dieppe /

Mais comment cela se fait-il / Qu’il y eut seulement des guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti / Quand les affiches du / Parti /

Disaient d’aller au port de Dieppe À quoi cela ressemblait-il /

Qu’il y eût seulement des guêpes/ Le jour de / Sacco-Vanzetti. »

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 17:57

Pour le CRIF, qui ne cesse de culpabiliser les Français en les dépeignant comme un peuple antisémite et inconscient de l’être, surtout lorsqu’ils sont très à gauche, voilà un démenti cinglant. D’autant qu’il provient d’une enquête réalisée par Ipsos à… sa demande. N’en déplaise à Francis Kalifat, l’écrasante majorité de nos concitoyens est décidée à combattre fermement TOUS les racismes.

Première leçon de l’enquête 1: contrairement à la propagande antifrançaise d’un Habib Meyer, nos concitoyens sont conscients de la réalité de l’antisémitisme. Ils sont 54 % à estimer que c’est «un phénomène répandu» et 20% « très répandu » – 56% ajoutent « plus répandu » qu’il y a dix ans (38% « un peu » et 18% « beaucoup »). Sensibles aux Valades et aux Vallsades, 82% ajoutent chez les « musulmans », 72% les « personnes issues de l’immigration » et 52% les « jeunes », etc.

Politiquement, par contre, les sondés pensent que l’antisémitisme est « assez » ou « très répandu » parmi les électeurs des partis « très à gauche » (30% et 8%), de « gauche » ou « écologistes » (17% et 4%), « centristes » (23% et 3%), de « droite » (29% et 7%), tous nettement moins cités que les partis « très à droite » (35% et 37%).

Particulièrement frappant : 69% des sondés ont entendu (spontanément) parler de l’affaire Ilan Halimi – mais 54% seulement des moins de 35 ans, dont la plupart, faut-il le rappeler, étaient très jeunes quand le drame s’est produit… il y a 16 ans.

Deuxième leçon importante : 88% des sondés pensent que «la lutte contre l’antisémitisme doit être pour les pouvoirs publics un sujet important mais non prioritaire (55%) ou prioritaire (33%).

Troisième leçon : 53% estiment que l’antisémitisme « a globalement les mêmes ressorts que les autres formes de haines racistes ». Seuls 30% évoquent – définition étonnamment sollicitée – « une forme de haine spécifique, notamment du fait de la Shoah et de l’idée selon laquelle les juifs formeraient une puissance occulte souhaitant la domination mondiale ».

Quatrième leçon : la notion d’antisionisme reste très confuse. Parmi les sondés, 38% « ne savent pas vraiment » ce que c’est, 43% pensent que c’est « le fait de vouloir la disparition de l’État d’Israël » et 19% « le fait de critiquer la politique menée par les gouvernements israéliens successifs ».

Écho de la campagne de propagande du CRIF et de ses « intellectuels organiques », comme on disait autrefois, ces résultats créent néanmoins une gêne chez Francis Kalifat, le président betari 2du CRIF qui, en conclusion d’un bref entretien avec Brice Teinturier d’Ipsos 3, se sent obligé de préciser :

« La critique de la politique d’un État quel qu’il soit, État d’Israël compris, ne peut être en aucun cas empêchée et ne peut être en aucun cas de l’antisémitisme. Ça, il faut que ce soit clair pour tout le monde. Ce qui est de l’antisémitisme, c’est la négation de l’État d’Israël, sa délégitimation comme cela pourrait l’être pour n’importe quel autre État. » Bon sang, mais c’est bien sûr, comme aurait dit le commissaire Bourrel dans « Les Cinq dernières minutes ».

Cette autocritique tardive s’explique : en réponse à la dernière question de l’enquête, 83% des sondés affirment qu’« il est possible de critiquer Israël sans être antisémite ». Ajoutons que 61% pensent que « beaucoup de personnes antisémites tentent de rendre leurs idées acceptables en s’en prenant à Israël plutôt qu’aux Juifs ». On trouve même 36% de sondés pour estimer qu’« il est possible de vouloir la disparition d’Israël sans être antisémite »

CQFD.

PS: Et si l’on organisait le même type d’enquête sur l’« islamo-gauchisme », histoire de déconstruire les mensonges diffamatoires d’Emmanuel, de Gérald, de Frédérique, de Jean-Michel. et de leurs plumitifs ?

NOTE
  1. Newsletter du CRIF, 22 février 2021.
  2. Le Betar, mouvement sioniste dit «révisionniste», se situait à l’extrême droite du sionisme. Il était notamment soutenu politiquement et matériellement par Benito Mussolini, qui confia en 1935 au futur grand rabbin de Rome : «Pour que le sionisme réussisseil vous faut un État juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky» (Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators. Croom Helm, Londres et Canberra, 1983).
  3. Idem.

POURQUOI LA LUTTE CONTRE L’ANTISÉMITISME EST INSÉPARABLE DU SOUTIEN AUX DROITS DU PEUPLE PALESTINIEN

 

La notion d’antisémitisme évoque spontanément des siècles de discriminations, de massacres, d’expulsions, de stéréotypes racistes, culminant au milieu du  XXe sièclepar le plus grand génocide commis sur le continent européen.

Persécution et domination

La persécution des Juifs a d’abord a d’abord été une question religieuse. Aucune religion monothéiste n’a jamais réellement accepté une religion différente, les guerres de religion nous le rappellent douloureusement. Très tôt, ne l’oublions jamais, l’Europe Chrétienne a déclaré les Juifs « déicides » et coupables de crimes rituels. Elle a édicté contre eux toute une série d’interdits, dont celui de posséder la terre et les a régulièrement spoliés et expulsés. Elle les a enfermés dans des quartiers spécifiques. On vient de célébrer à Strasbourg l’anniversaire du 14 février 1349 quand 2000 Juifs de la ville, accusés d’avoir propagé la Peste Noire, furent brûlés. Ailleurs en Europe, les moments les plus terribles de l’antijudaïsme chrétien ont été la Première Croisade, l’Inquisition aboutissant à l’expulsion d’Espagne et les massacres de Khmelnitsky en Ukraine.

Dans le monde musulman, les Juifs ont certes aussi été  confinés dans des quartiers spéciaux, mais il n’y a eu rien de comparable à la persécution chrétienne. Une cohabitation mutuellement enrichissante a même existé à l’époque de l’émirat de Cordoue.

Le mot « antisémite » est impropre, c’est le mot de l’ennemi, en l’occurrence, il vient d’un des premiers racistes biologiques, l’Allemand Wilhelm Marr (1819-1904). Au milieu du XIXe siècle, l’antisémitisme racial se superpose en effet à l’antijudaïsme chrétien.

Plusieurs facteurs ont joué. Citons-en trois :

Avec l’émancipation (qui commence en France et en Allemagne) et la sortie du ghetto, les Juifs deviennent une minorité invisible, objet de tous les délires : « ils sont partout », « ils veulent dominer le monde ».

Avec la décadence puis l’éclatement des grands empires (russe, autrichien, ottoman), naissent des nationalismes exclusifs, qui rêvent de créer des États ethniquement purs pour lesquels les Juifs sont un obstacle au rêve de pureté. Tous ces nationalismes concurrents et exacerbés, qui mèneront à la Première Guerre Mondiale, seront antisémites.

Pendant cette période, l’Europe domine le monde. Le Noir ou l’indigène en général sont considérés comme des inférieurs qui n’ont pas accédé à la civilisation. Le colonialisme est omniprésent. Des anthropologues, des historiens, des intellectuels vont propager l’idée qu’il y a des races et qu’elles sont inégales. Les Juifs, assimilés à une prétendue « race sémite », vont devenir les « parias » de l’Europe (l’expression est de Hannah Arendt). L’antijudaïsme chrétien qui a forgé l’antisémitisme populaire est relayé par les théories racialistes et gagne les classes dirigeantes.

L’antisémitisme devient un racisme d’État en Russie dès 1881.

Sionisme et antisémitisme

Le sionisme est une réponse à l’antisémitisme. Il répond en prônant la séparation des Juifs et des non Juifs et la colonisation d’un nouveau territoire qualifié de « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Il reprend la conception nationaliste d’un État Nation ethniquement pur. Ceux qui ont été exclus vont devenir ceux qui excluent. Le colonialisme qu’ils prônent ne vise pas à assujettir le peuple colonisé, mais à l’expulser et le remplacer.

Les antisémites verront en général le sionisme d’un bon œil. Des dirigeants européens antisémites, comme le ministre russe Plehve, l’empereur allemand Guillaume II ou le ministre britannique Balfour trouveront intéressante l’idée de débarrasser l’Europe de ses Juifs en les transformant en colons européens.

Certains peuvent s’étonner qu’aujourd’hui, des dirigeants israéliens puissent être les meilleurs amis d’antisémites ou de révisionnistes (ceux qui nient aujourd’hui l’existence des chambres à gaz ou minimisent l’ampleur du génocide nazi). Peut-être parce qu’on ne veut pas voir qu’une partie du mouvement sioniste partageait déjà, il y a un siècle, des valeurs communes avec l’extrême droite raciste. C’est en tout cas un fait en ce qui concerne le courant « révisionniste » de Jabotinsky et de ses disciples Begin, Shamir et aujourd’hui Nétanyahou.

L’antisémitisme est-il un racisme à part ?

On dit souvent « le racisme et l’antisémitisme ». L’antisémitisme a été incontestablement un racisme à part pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Tous les racismes ne mènent pas à l’extermination systématique du peuple haï. L’ampleur du génocide qui a emporté la majorité des Juifs de l’Europe occupée, l’utilisation de méthodes de mise à mort industrielles utilisées par la plus grande puissance de l’époque, l’extermination étendue aux enfants, tout ceci a un caractère « unique » et épouvantable.

Mais il est très dangereux de rentrer dans une forme de « concurrence des victimes ». Si l’antisémitisme a perduré après 1945 et perdure toujours, il n’est plus de même nature qu’au moment d’Auschwitz, du ghetto de Varsovie ou de la rafle du Vel d’Hiv. Il n’existe plus de pays dont la doctrine soit l’extermination des Juifs.

La destruction des Juifs d’Europe (pour reprendre l’expression de Raul Hilberg) n’a pas été le seul génocide de l’histoire. La traite et le colonialisme sont des crimes contre l’humanité qui ont la particularité d’avoir duré des siècles et, en ce qui concerne le colonialisme, de ne s’être jamais terminé. D’autres communautés humaines ont été exterminées par les Nazis, en particulier les Roms et, contre eux, les discriminations étatiques n’ont pas cessé après la guerre.

Après la guerre, l’antisémitisme ne disparaît pas. On doit bien comprendre que le 8 mai 1945, c’est l’Allemagne nazie qui est défaite, pas les idées qui ont permis son ascension. Symboliquement, le 8 mai 1945, c’est aussi le massacre de milliers d’Algériens à Sétif et Guelma. Le racisme continue de proliférer en Europe et il frappe essentiellement les Arabes, les Noirs, les Roms.

La réponse au génocide nazi, cela doit être de tout faire pour que CELA N’ARRIVE PLUS JAMAIS. Donc qu’on éradique le racisme, le suprématisme, le colonialisme, les discriminations, l’inégalité.

Tragiquement, la réponse sioniste a été : que cela ne NOUS arrive plus jamais. Et ça veut dire l’inverse. Cela veut dire que des Juifs peuvent reprendre contre d’autres la brutalité dont ils ont été victimes.

 

La Palestine

Après le génocide, il serait faux de penser que les vainqueurs se sont sentis coupables. Si cela avait été le cas, ils auraient accordé l’asile aux rescapés du Yiddishland. Il aurait eu un message du genre : « les Juifs, on est désolé, maintenant, vous aurez la pleine citoyenneté et l’égalité. On ne permettra plus l’antisémitisme ». Le message n’a pas été celui-là. Il a été en gros : « maintenant, vous avez un pays, vous partez quand vous voulez ».

L’Europe et la communauté internationale se sont débarrassées de leur responsabilité en ce qui concerne l’antisémitisme et le génocide sur le dos des Palestiniens qui n’avaient pas la moindre responsabilité dans ces crimes.

Les sionistes au Proche-Orient ont, dès le départ, parlé au nom de tous les Juifs, méprisant les Juifs autochtones qui avaient toujours vécu en paix avec leurs voisins musulmans ou chrétiens. Comment les Palestiniens peuvent-ils utiliser un autre terme que « yahoud » (juif) pour parler du proto État créé sous le parapluie du colonisateur britannique, qui commence les attentats meurtriers contre les autochtones dès les années 1930 ?

L’État d’Israël est, dès sa fondation et de par la volonté de ses fondateurs, un État juif, réservé aux Juifs. Sa fondation s’accompagne d’un crime contre l’humanité : l’expulsion préméditée de la grande majorité de la population autochtone. Cet État juif invente une belle histoire pour masquer ce crime : après 2000 ans d’exil, les Juifs rentrent chez eux. Les dirigeants de cet État seront, d’entrée, négationnistes (j’emploie ce terme à dessein) vis-à-vis de l’existence, des droits et de la dignité du peuple palestinien. Il ne s’agit pas d’un génocide, comme ce que les Juifs d’Europe venaient de subir, mais d’un ethnocide, d’un sociocide, visant à effacer la trace d’une population et à l’empêcher d’exister en tant que peuple. Des centaines de villages palestiniens ont été détruits et les noms des lieux ont été changés. Les sionistes ont toujours espéré que les Palestiniens, à l’image des Amérindiens ou des Aborigènes, disparaîtraient ou seraient enfermés dans leurs réserves : « les vieux mourront, les jeunes oublieront », phrase attribuée à Ben Gourion.

En 1948, la grande majorité des Juifs ne vit pas en Israël. Mais la « loi du retour », qui permet à tout Juif de venir remplacer les Palestiniens expulsés, concerne tous les Juifs, où qu’ils vivent.

Plus tard, les colonies qui balafrent la Cisjordanie seront appelées colonies juives, les Palestiniens et leurs dirigeants seront traités de nouveaux Hitler voulant prolonger l’œuvre des nazis.

Aujourd’hui, avec la loi Israël, État Nation du peuple juif, le doute n’est plus permis : ce qui se fait là-bas au nom des Juifs, avec l’admiration et le soutien des principaux dirigeants de ce monde, est une entreprise raciste, suprématiste, colonialiste, militariste. Cela n’a rien à voir avec l’histoire, la mémoire et les identités juives. Mais les institutions censées parler au nom des Juifs partout dans le monde appuient cet apartheid et on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas.

Une stratégie délibérée : l’instrumentalisation de l’antisémitisme

Petit à petit, l’équation juif = sioniste et donc antisioniste = antisémite a été imposée avec l’aide complaisante de beaucoup de médias.

Le monde arabe et les musulmans, qui n’avaient (sauf exception) aucun passé douloureux avec les Juifs, sont aujourd’hui taxés d’antisémitisme, Nétanyahou allant jusqu’à tenir contre eux d’incroyables propos révisionnistes : « Hitler ne voulait pas tuer les Juifs, c’est le grand mufti (de Jérusalem) qui lui a soufflé l’idée ».

 Les dirigeants politiques qui sont sensibles à la cause palestinienne sont des dangers pour les sionistes et, pour leur barrer la route, on les taxe d’antisémitisme. C’est ce qui est arrivé à Jeremy Corbyn.

La société israélienne assumant de plus en plus le colonialisme, les discours racistes et l’enfermement de la société palestinienne, c’est logiquement à droite et à l’extrême droite qu’on va trouver les nouveaux défenseurs d’Israël. Or ceux-ci sont profondément antisémites (Trump, Orban, les Chrétiens sionistes …) ou ont des liens historiques avec les auteurs du génocide nazi. On verra pourtant tous les dirigeants de l’extrême droite européenne défiler en Israël et dans les colonies. En Europe de l’Est où tous les pays sont des amis d’Israël, des statues glorifient ceux qui ont guidé les Einsatzgruppen (les unités nazis qui, entre 1940 et 1943 ont assassiné des centaines de milliers de Juifs, Tsiganes, Russes, Polonais …). En Israël, un colon d’extrême droite vient d’être nommé à la direction du musée Yad Vashem, censé garder la mémoire du génocide.

A contrario, la gauche et les musulmans sont taxés d’antisémitisme. Les Juifs qui défendent le « vivre ensemble dans l’égalité des droits » sont considérés comme des traîtres ayant la « haine de soi » et sont traînés dans la boue.

Le regretté Jean Ferrat (dont le père est mort à Auschwitz) a été accusé par le journal L’Arche d’antisémitisme pour avoir écrit dans sa chanson « Nuits et brouillard »

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel 

Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou …

Pour les manipulateurs de la mémoire, c’est une négation de la spécificité du génocide juif. Non, la mémoire du génocide est universelle !

Quand le pouvoir en France met les Juifs à part

Depuis 1945, l’antisémitisme n’est plus un racisme d’État en France. Dans la population, il a reculé mais bien lentement. Des sondages montrent que, jusque dans les années 1960, une majorité des Françaises et de Français désapprouvaient le fait que leur enfant épouse une juive ou un juif. L’Église n’a jamais reconnu le rôle du pape pendant la guerre et elle a tardivement et timidement considéré que les Juifs n’étaient pas déicides. L’extrême droite, à la faveur des guerres coloniales, est vite réapparue. N’oublions jamais que le régime de Vichy a joui d’un soutien populaire certain. Avec Poujade puis Le Pen, les propos antisémites ont fait leur réapparition sans dissimulation.

S’y est ajouté un antisémitisme venu de certaines franges de l’ultra gauche (Rassinier, La Vieille Taupe …). Des stéréotypes contre les Juifs viennent aussi des quartiers populaires et de la population issue de l’immigration postcoloniale.

Aujourd’hui, les autorités réagissent immédiatement à chaque acte ou crime antisémite et les auteurs sont pourchassés. Ce n’est pas le cas pour les actes racistes frappant les Noirs, les Arabes, les Musulmans, les Roms. Là, on a affaire à un racisme d’État, avec des discriminations au travail ou au logement qui aboutissent à une véritable ghettoïsation. Ces populations sont régulièrement stigmatisées par des politiciens, des figures des médias, des élus, des ministres comme étant coupables de ne pas aimer la France et la République ou comme étant des terroristes en puissance. Leurs croyances religieuses, réelles ou supposées, sont dénoncées comme incompatibles avec la laïcité. Pire, les violences ou crimes commis par la police contre ces populations restent impunies ou niées.

Tout se passe comme si le message officiel était : « le racisme, c’est permis, c’est même souhaité, mais contre les Juifs, c’est interdit ».

Cette situation ne protège pas du tout les Juifs contre l’antisémitisme, au contraire. Elle alimente les pires stéréotypes antisémites.

Les dîners du CRIF où la plupart des hommes politiques acceptent de recevoir des bons ou des mauvais points en fonction de leur allégeance à la politique de colonisation israélienne donnent une image désastreuse et choquante.

Pire, quand l’ancien n°2 du CRIF, l’avocat Willial-Gilles Goldnadel, spécialisé dans les procès pour antisémitisme, déclare « oui, il y a des colonies de peuplement. Pas en Judée-Samarie où les Juifs sont chez eux mais dans le 9-3 » et devient l’avocat de Génération Identitaire, alors tout se brouille.

L’image du Juif n’est plus associée à celle du paria victime du racisme, mais au raciste suprématiste, surtout quand on réalise que le CRIF est dirigé par un ancien du Bétar.

Tout se brouille aussi quand, pour commémorer un des crimes majeurs commis pendant l’occupation de la France (la rafle du Vel d’Hiv), le Président Macron invite Nétanyahou.

Dans ces conditions, comment lutter contre l’antisémitisme ?

Quand Leila Shahid (une diplomate palestinienne éminente), Dominique Vidal (un Juif français) et Michel Warschawski (un Juif israélien) sillonnent ensemble la France des quartiers populaires pour expliquer ce que l’occupant inflige aux Palestiniens et pour prôner le « vivre ensemble », elle et ils luttent contre l’antisémitisme.

Quand soixante lycéens israéliens annoncent publiquement qu’ils n’iront pas à l’armée à cause de la « politique sioniste de violence brutale envers les Palestiniens … », ils luttent contre l’antisémitisme.

Quand les journalistes israéliens Amira Hass et Gideon Levy, dénoncent inlassablement les crimes de l’armée israélienne, ils agissent contre l’antisémitisme. Grâce à eux, quand on se présente comme juif en Palestine, la réponse est « nous sommes contre l’occupation, nous n’avons rien contre les Juifs ».

Quand des jeunes Juifs des Etats-Unis s’engagent, au nom de leur judéité, dans le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), ils luttent contre l’antisémitisme.

Quand l’Union Juive Française pour la Paix s’engage avec des mouvements de Noirs, de Roms, de musulmans en France, quand elle proteste contre la dissolution du CCIF, elle lutte contre l’antisémitisme. Quand ses militants interviennent dans les quartiers sur la Palestine et/ou sur le racisme et qu’on leur dit « on ne savait pas qu’il y avait des Juifs comme vous », ils luttent contre l’antisémitisme.

Quand les paysans de Gaza, avec l’argent d’une souscription menée par l’UJFP, construisent un château d’eau pour pouvoir vivre de leurs récoltes et nourrir leur population et inscrivent en haut UJFP, l’antisémitisme recule.

La guerre du Proche-Orient et l’antisémitisme

Au moment de la fondation de l’UJFP (1994), une des préoccupations principales, c’était « pas de crimes en notre nom ». Peut-on passer outre, ne pas se préoccuper de ceux qui prétendent parler au nom des Juifs, affirmer qu’aucun Juif ne doit être assigné à l’obligation d’avoir à se prononcer sur Israël/Palestine ?

Il était sans doute encore possible de faire abstraction de cette guerre au moment de la profanation du cimetière de Carpentras (1990). Ce n’est plus possible aujourd’hui. À chaque crime antisémite, les drapeaux israéliens sont sortis dans les manifestations.

On aimerait sûrement que, dans l’esprit de notre population, l’image des Juifs soit rattachée aux générations qui ont précédé, se battant pour obtenir l’égalité des droits et objets d’une persécution millénaire.

Elle est aujourd’hui aussi rattachée à un État raciste coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Nous pouvons observer que des familles de victimes de crimes antisémites en France ne pensent pas que ce qui se passe au Proche-Orient soit étranger à ce qui se passe en France. La famille d’Ilan Halimi l’a fait inhumer à Givat Shaul. Il y a pourtant des carrés juifs dans beaucoup de cimetières français. Givat Shaul tout près de Jérusalem, c’est le même territoire que Deir Yassin, là où toute la population palestinienne a été massacrée le 9 avril 1948. Quel symbole : la victime d’un crime antisémite enterré près du village emblématique du nettoyage ethnique de 1948. Et pour les enfants et l’enseignant massacrés par Mohammed Mérah à Toulouse en 2012, le Parisien titrait : « les corps des victimes de Toulouse rapatriés vers Israël ».

Ensemble contre le racisme et le suprématisme sous toutes ses formes.

En France, les digues nous protégeant du racisme ont rompu. Rassemblement National, « Les Républicains » et partisans de Macron rivalisent pour savoir qui sortira le propos le plus haineux contre « l’autre », « l’inassimilable ». Un grand journal (« Le Figaro ») lance à la chasse aux « islamo-gauchistes qui gangrènent l’université » et il est aussitôt repris par une ministre (Frédérique Vidal). La stigmatisation des musulmans est devenu un passage obligé pour gagner une élection et un ministre de l’Intérieur tente de déborder Marine Le Pen sur sa droite.

Les crimes racistes, notamment commis par les forces de l’ordre, se multiplient et ils restent toujours impunis, les cas les plus emblématiques (parmi beaucoup d’autres) étant Adama Traoré et Zineb Redouane.

La place de la lutte contre l’antisémitisme est au côté de ces victimes, à l’image de ce qui se passe aux États-Unis où le mouvement « Black Lives Matter » a su fédérer toutes les luttes contre le racisme.

Lutter contre l’antisémitisme sans poser la question de la guerre menée contre les Palestiniens est contre-productif. C’est se désarmer face à l’instrumentalisation de l’antisémitisme par les sionistes.

Isoler la lutte contre l’antisémitisme des luttes contre toutes les autres formes de racisme, c’est aussi contre-productif, c’est donner l’impression qu’on demande une exception pour les Juifs.

Au contraire, la lutte contre l’antisémitisme doit retrouver l’universalisme de l’époque où une majorité de Juifs considéraient que leur émancipation, comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

Pierre Stambul

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 19:43

En septembre 2020, plus de 850 ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE, DONT LA LDH, ont lancé un appel pour la reconnaissance du droit à un environnement sain par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. 

Intitulé « THE TIME IS NOW », cette lettre affirme : « Il n’y a pas de droits de l’homme sur une planète morte ». 

 

A Son Excellence, Mme Elisabeth TICHY-FISSLBERGER, Représentante permanente de l’Autriche auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, Présidente du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies,

A Leurs Excellences, Représentants permanents des membres du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies,

A leurs Excellences, les Représentants permanents auprès de l’Office des Nations Unies à Genève,

Genève, le 10 septembre 2020

Excellences,

  1. Nous, organisations de la société  civile, Peuples Autochtones, mouvements  sociaux et communautés locales signataires de cette lettre, sommes heureux de vous présenter cet appel au Conseil des droits de l’homme*, à reconnaître sans délai le droit fondamental de tous à un environnement sûr, propre, sain et durable.
  2. Un environnement sain est essentiel à la vie et à la dignité humaines. L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la nourriture que nous mangeons et le climat propre au maintien de la vie dont nous jouissons dépendent tous d’écosystèmes sains, diversifiés, entiers et fonctionnels. Au vu de la crise environnementale mondiale qui actuellement met en péril et viole les droits de l’homme de milliards de personnes sur notre planète, la reconnaissance au niveau universel de ce droit est une question de la plus haute urgence. Comme nous le savons tous, il n’y a pas de droits de l’homme sur une planète morte.

Les preuves scientifiques de la crise environnementale sont indéniables

  1. Depuis des décennies, il existe un consensus scientifique mondial sur l’état critique de l’environnement et ses  conséquences  pour  les  vies  humaines  et  l’avenir  de  la  vie  sur  Terre.  Les cinq évaluations précédentes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont fourni des preuves de l’ampleur de la crise climatique et de ses menaces les plus graves. L’évaluation mondiale  de  la  Plateforme  intergouvernementale  scientifique  et  politique  sur  la  biodiversité  et  les services écosystémiques (IPBES) a observé que «la nature dans la majeure partie du monde a maintenant été considérablement modifiée par de multiples facteurs humains, la grande majorité des indicateurs des écosystèmes et de la biodiversité déclin »1et que« la plupart des contributions de la nature aux êtres humains ne sont pas entièrement remplaçables, et certaines sont irremplaçables. »2
  2. Face à de telles tendances, la communauté scientifique a identifié le genre d’actions à mettre en œuvre et a souligné le besoin urgent de changements rapides, profonds et transformateurs. Ces actions comprennent le remplacement des combustibles fossiles par des énergies renouvelables, l’élimination de la pauvreté et la réduction des inégalités3, une gestion rationnelle des produits chimiques qui élimine les déchets et la pollution et favorise la durabilité4, et le renforcement de la protection de la biodiversité et des écosystèmes sains. Il est important de noter que ces  actions doivent  garantir  la  protection  des droits de l’homme, des terres et des moyens de subsistance des peuples autochtones et de toutes les autres communautés vivant de manière durable dans les zones de conservation5. « La nature », comme l’IPBES nous l’a rappelé, «peut  être  conservée,  restaurée  et  utilisée  de  manière  durable tout  en  atteignant simultanément d’autres objectifs sociétaux mondiaux, grâce à des efforts urgents et concertés favorisant un changement transformateur.»6

La COVID-19 démontre l’urgence de la question

5.La pandémie actuelle deCOVID-19, qui fait suite à des zoonoses à transmission vectorielle de plus en plus fréquentes, a des effets dévastateurs sur la réalisation de tous les droits de l’homme dans le monde. Il existe des preuves manifestes que la dégradation de l’environnement à grande échelle et la perturbation des écosystèmes naturels provoquée par l’homme sont étroitement liées à de telles maladies, passant plus fréquemment des animaux aux humains. Pour éviter de futures voire de pires catastrophes et assurer un rétablissement juste et équitable, conformément à l’appel du Secrétaire général des Nations Unies à «reconstruire en mieux (Build Back Better) »7, les États doivent reconnaître, respecter, protéger et assurer le droit fondamental de tous à bénéficier d’un environnement sûr, propre, sain et durable.

Une reconnaissance généralisée du droit à un environnement sain

  1. Une large majorité d’États a déjà incorporé le droit à un environnement sain dans leurs Constitution et lois.8Les systèmes régionaux reconnaissent également explicitement ce droit et ont développé une jurisprudence croissante pour le mettre en œuvre et le réaliser. Il y a plus de deux ans, le Rapporteur  spécial  des  Nations  Unies  sur  les  droits  de  l’homme  et  l’environnement  a présenté les Principes-cadres sur les droits de l’homme et l’environnement9au Conseil des droits de l’homme, illustrant les fondements et la vaste acceptation dans le monde entier du droit à un environnement  sain.  Cette  évolution  générale montre  que  le  moment de la  reconnaissance universelle de ce droit est venu.

La reconnaissance de ce droit est nécessaire sans délais

  1. Le moment historique et urgent dans lequel nous vivons exige que le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies officialise la reconnaissance du droit à un environnement sûr, propre, sain et durable sans plus tarder. La dignité de toute personne doit être protégée de la dégradation naturelle et humaine de l’environnement et des effets  des  changements  climatiques, que  ce soit individuellement ou collectivement et tant sur le fond que sur le plan procédural. Les droits de l’homme  doivent  également  être  garantis quand nous  sommes  confrontés  à  de  nouveaux  défis environnementaux, comme des  risques  systémiques,  des  dégradations  irréversibles,  des  pertes irremplaçables et des dommages irréparables, même lorsque de l’incertitude persiste. Ces défis doivent désormais être pris en compte lors de la mise en œuvre des droits de l’homme. Le droit à un environnement sain garantit l’interdépendance et l’indivisibilité des droits de l’homme et leur pertinence  par  rapport  aux  réalités  environnementales.  Les  approches  fragmentées ne  peuvent rien donner.
  2. La large reconnaissance du droit  à  un  environnement  sain  reflète  l’évolution juridique et l’acceptation en cours. Par exemple, un instrument régional contraignant reconnaît ce droit à la fois dans ses dimensions individuelles et collectives.10Une telle pluralité de développements juridiques illustre comment   la   protection   des   droits   de   l’homme   évolue   et   s’est   renforcée   sur   les   questions environnementales.  En  décrivant  ce  droit  comme  un  droit  à  un  environnement sûr, propre,  sain  et durable, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies prendra en compte ces développements et permettra d’atteindre un  terrain  d’entente  entre  les  États  qui  facilitera  l’échange  d’expériences  et  la clarification des obligations découlant du droit de l’environnement et de celui des droits de l’homme.
  3. Les droits de  l’homme  et  le  droit  international  de  l’environnement  partagent  des  principes fondamentaux.  Les  deux  reconnaissent  le  principe de «ne  pas  nuire».  Tous  deux  reconnaissent  les principes d’accès à l’information et de participation du public à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques.  Les  deux  appliquent  le  principe  de  l’équité  intergénérationnelle.  Les  deux appellent  à la protection des ressources naturelles et des écosystèmes sur lesquels les générations présentes et futures comptent à égalité pour la pleine jouissance de leurs droits de l’homme et la réalisation des Objectifs de développement  durable. Toutes seront  renforcées  par  la  reconnaissance universelle d’un  droit  de l’homme à un environnement sain.

Une justice, des politiques et des performances environnementales renforcées

  1. En comblant cette  lacune  flagrante  dans  l’architecture  du  droit  international  des  droits  de l’homme, la reconnaissance par le Conseil des droits de l’homme du droit à un environnement sûr, propre, sain et durable jouera un rôle crucial dans la réalisation de la justice environnementale des communautés exposées à  des environnements  dégradés,  menaçants ou dangereux.  La  reconnaissance  de  ce  droit fournira un fondement pour le renforcement des politiques et de la législation environnementales des États,  apportant  un  soutien  et  une  légitimité  plus  larges  et  améliorant  ainsi  leur  performance environnementale. Des recherches 11ont montré que la reconnaissance de ce droit conduit à de meilleurs résultats  environnementaux,  y  compris  un  air  plus  pur,  un  meilleur  accès à  l’eau  potable  et  à  une alimentation saine et diversifiée, et une réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui sont tous nécessaires pour garantir la jouissance de nombreux droits de l’homme. De plus, comme l’a souligné le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’environnement, «un climat sûr est un élément vital du droit à un environnement sain et est absolument essentiel à la vie et au bien-être humains.»12La reconnaissance de ce droit par le Conseil des droits de l’homme contribuera à souligner l’urgent besoin d’une action climatique efficace.

Un droit déjà reconnu pour les peuples autochtones et pour les paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales

11.Depuis de nombreuses années, les Peuples Autochtones du monde entier ont attiré l’attention sur  le  niveau  de  dégradation  de  l’environnement  et  sur  les  conséquences  d’un  développement  non durable,  dont  ils  ont  souffert  de  manière  disproportionnée  et  injustifiable.  Ils  se  sont  battus  pour  des modèles sociaux et économiques centrés sur le bien-être des personnes et de la planète. Le Conseil des droits  de  l’homme  des  Nations  Unies,  suivi  de  l’Assemblée  générale  des Nations  Unies, a reconnu  la relation particulière des Peuples Autochtones à leur terre et à leur environnement, dans l’article 29 de la Déclaration  des  Nations  Unies  sur  les  droits  des  peuples  autochtones  (UNDRIP):«Les  peuples autochtones  ont  le  droit  à  la  conservation  et  à  la  protection  de  l’environnement  et  de  la  capacité  de production de leurs terres ou territoires et ressources. »13

  1. Pour les paysans et les travailleurs agricoles, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, suivi de l’Assemblée  générale  des  Nations  Unies  en  2018,  a  également  reconnu  le  droit  à  un environnement  sain  à  l’article  18  de  la  Déclaration  des  Nations  Unies  sur  les  droits  des  paysans (UNDROP):  «Les  paysans  et  d’autres  personnes  travaillant  dans  les  zones  rurales  ont  droit  à  la conservation et à la protection de l’environnement et de la capacité de production de leurs terres, ainsi que des ressources qu’elles utilisent et gèrent. »14Rendre ce droit universel l’étendra à tous et contribuera non seulement à réduire la pression sur les écosystèmes dont ils dépendent, mais renforcera également la  capacité  des Peuples Autochtones,  ainsi  que  des  communautés  locales  et  rurales,  à  identifier  des solutions pour la restauration de l’environnement et la protection de l’intégrité des écosystèmes naturels, en accord avec les droits de l’homme.15

Une protection et capacité à agir renforcées des personnes particulièrement affectées

  1. Le Conseil des  droits  de  l’homme  a  clairement  reconnu  que  l’égalité  de genre et l’autonomisation des femmes et des filles sont importantes pour la sauvegarde de l’environnement, étant donné le rôle que jouent les femmes et les filles en tant que gestionnaires des ressources naturelles et agents de changement.16Ellessont généralement confrontées à des risques plus élevés et à des charges plus lourdes par la dégradation de l’environnement et le changement climatique en raison des inégalités préexistantes entre  les genres et  des  formes  croisées  de  discrimination17,  et parce  que,  entre  autres raisons, une majorité d’entre elles dépendent des ressources naturelles pour leurs moyens de subsistance. Les femmes et les filles jouent un rôle essentiel dans la réponse aux défis environnementaux et à la crise climatique, notamment  avec  leur  éthique  de  soins,  leur  connaissance  des  ressources  durables  et  leur leadership  dans  les  pratiques  durables.  L’égalité  de genre et  le  rôle  des  femmes  et  des  filles  seront renforcés par la reconnaissance universelle de ce droit.
  2. Le Conseil des droits de l’homme a souligné que les défenseurs environnementaux des droits de l’homme devaient bénéficier  d’un  environnement de  travail sûr  et  propice à  leurs  activités,  «en reconnaissance  de  leur  rôle  important  d’aide aux États  à  s’acquitter de  leurs  obligations».18La reconnaissance  universelle  de ce  droit  renforcera  encore la  légitimité  de  leurs efforts  et  soulignera  le rôle  clé  qu’ils  jouent  pour  garantir  que  les  États  protègent  efficacement  l’environnement  tout  en respectant,  protégeant  et réalisant  tous  les  droits  de  l’homme. Elle exhortera  également  les  États  à protéger les enfants, les jeunes et les adultes défenseurs environnementaux des droits de l’homme contre des niveaux extrêmement élevés de menaces et d’attaques.
  3. Les enfants sont particulièrement vulnérables aux dommages environnementaux. Plus d’un quart des décès d’enfants de moins de cinq ans chaque année -environ 1,7 sur 5,9 millions -sont attribuables à des causes  environnementales, largement  évitables.  Des  millions  d’autres  souffrent  d’impacts irréversibles et permanents. La mobilisation mondiale actuelle menée par les enfants et les jeunes pour l’environnement et contre les impacts croissants de la crise climatique met tous les gouvernements au défi  d’honorer  les engagements  qu’ils  ont  pris  et  de  faire  en  sorte  que  les  jeunes  générations  puissent jouir d’un environnement naturel équivalent à celui dont les générations précédentes ont bénéficié.
  4. Comme l’a reconnu le Conseil des droits de l’homme19, les incidences sur les droits de l’homme des dommages environnementaux sont ressenties de la manière la plus aiguë par celles et ceux qui sont déjà dans des  situations  de  vulnérabilité.  Alors  que  de  plus  en  plus  de  personnes  souffrent  de dégradations environnementales, ces situations peuvent concerner des enfants, des jeunes, des personnes âgées, des  femmes, des  LGBTQI  +,des  personnes  handicapées, des Peuples Autochtones  et des communautés locales, des personnes d’ascendance africaine, des minorités, des paysans, des pêcheurs, des éleveurs, des travailleurs, des personnes vivant dans la pauvreté, des personnes en détention, celles de  territoires  occupés, des  migrants, des  réfugiés  et des  personnes  déplacées.  La  reconnaissance universelle du droit à un environnement sûr, propre, sain et durable renforcera le rôle des personnes en situation de vulnérabilité en tant que titulaires de droits et en tant qu’agents de changement en matière d’environnement.

Le renforcement de la coopération internationale

  1. La coopération internationale est essentielle pour faire face aux problèmes de dégradation de l’environnement, tels que la crise climatique, par exemple. La reconnaissance universelle du droit à un environnement sain fournira le cadre nécessaire pour renforcer la coopération internationale, notamment en encourageant une  assistance  technique  accrue  et  le  renforcement  des  capacités  en  matière d’environnement. Elle offrira des orientations, encouragera le renforcement des capacités et consolidera un terrain d’entente lors de la gestion des effets globaux découlant de problèmes environnementaux. Elle renforcera également les efforts existants pour assurer la responsabilisation des sociétés transnationales et autres entreprises commerciales quant à des dommages environnementaux.

Un droit qui doit désormais devenir universel

  1. En tant qu’organe intergouvernemental prééminent de défense des droits de l’homme, chargé de renforcer la promotion et la protection des droits de l’homme dans le monde et de prévenir et combattre les violations des droits de l’homme, le Conseil des droits de l’homme a la responsabilité unique de traiter et prévenir les  graves  menaces  pour  les  droits  de  l’homme  que  représente  la  dégradation  de l’environnement.  Par  conséquent,  conformément  au  rôle essentiel du  Conseil  dans  le  développement normatif, nous exhortons tous les États à soutenir l’adoption rapide d’une résolution au Conseil des droits de l’homme, reconnaissant que nous avons tous le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable.

 

*Le terme «droits de l’homme» fait ici référence à la dénomination officielle utilisée en français par les Nations Unies, ceci afin d’éviter toute erreur d’interprétation. Son usage n’équivaut toutefois à aucune validation. Notons que certains Etats et nombres  d’organisations  préfèrent employer des  termes  épicènes, comme,  par  exemple, «droits  humains»,  «droits fondamentaux»  ou  «droits  humains  fondamentaux»,  afin  que  la  dénomination  de  ce  droit  reflète  la  pleine égalité en dignité et en droit qui fonde son contenu, notamment l’égalité entre femmes et hommes.

 

1- IPBES (2019): Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. S. Díaz, J. Settele, E. S.

5Brondízio E.S., H. T. Ngo, M. Guèze, J. Agard, A. Arneth, P. Balvanera, K. A. Brauman, S. H. M. Butchart, K. M. A. Chan, L. A. Garibaldi, K. Ichii, J. Liu, S. M. Subramanian, G. F. Midgley, P. Miloslavich, Z. Molnár, D.Obura, A. Pfaff, S. Polasky, A. Purvis, J. Razzaque, B. Reyers, R. Roy Chowdhury, Y. J. Shin, I. J. Visseren-Hamakers, K. J. Willis, and C. N. Zayas (eds.). IPBES secretariat, Bonn, Germany, page 11, A4.

2- Idem, page 10, A1.

3- Roy, J., P. Tschakert, H. Waisman, S. Abdul Halim, P. Antwi-Agyei, P. Dasgupta, B. Hayward, M. Kanninen, D. Liverman, C. Okereke, P.F. Pinho, K. Riahi, and A.G. Suarez Rodriguez (2018) Sustainable Development, Poverty Eradication and Reducing Inequalities.In: Global Warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty, Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.).

4- United Nations Environment Programme (2019) Global Chemicals Outlook II, From Legacies to Innovative Solutions: Implementing the 2030 Agenda for Sustainable Development; B. Tuncak, Rapporteur spécial sur les incidences sur les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des produits et déchets dangereux (2017) Lignes directrices sur les bonnes pratiques relatives aux obligations en matière de droits de l’homme liées à la gestion et  à  l’élimination  écologiquement  rationnelles  des  produits  et  déchets  dangereux,  20  Juillet2017,  Genève, A/HRC/36/41; United   Nations   Environment   Programme   (2013) Global   Chemicals   Outlook -Towards   Sound Management of Chemicals.

5- IPBES (2019): Global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. E. S. Brondizio, J. Settele, S. Díaz, and H. T. Ngo (editors). IPBES secretariat, Bonn, Germany: Chapters 2 & 3.

6- IPBES (2019): Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services: page 16, D.

7- Le  22  mai  2020,  le  Secrétaire  général  de  l’ONU,  António Guterres,  a  déclaré:  «Alors  que  nous  cherchons  à  mieux reconstruire (Building  Back  Better) après  la  crise  actuelle,  travaillons  ensemble  pour  préserver  la  biodiversité  afin  de pouvoir  atteindre  nos  objectifs  de  développement  durable.  C’est  ainsi  que nous  protégerons  la  santé  et  le  bien-être  des générations à venir. » Building Back Better (BBB) est une approche de la récupération post-catastrophe visant à accroître la résilience des nations et des communautés face aux catastrophes et chocs futurs. D’abord défini dans le Cadre de Sendai des  Nations  Unies  pour  la  réduction  des  risques  de  catastrophe,  puis  approuvé  à  la  troisième  Conférence  mondiale  des Nations  Unies  sur  la  réduction  des  risques  de  catastrophe,  du  14  au  18  mars  2015  à  Sendai,  au  Japon, futadopté  par l’Assemblée générale des Nations Unies le 3 juin 2015à New York.

8- D. Boyd, Rapporteur spécial sur la question des obligations relatives aux droits de l’homme se rapportant aux moyens de bénéficier d’un environnement sûr, propre, sain et durable (2019) Droit à un environnement sain : bonnes pratiques, Rapport au Conseil des droits de l’homme, 30 Décembre2019, Genève, A/HRC/43/53 parag. 11, 12, 13.

9- J. Knox,Rapporteur spécial sur la question des obligations relatives aux droits de l’homme se rapportant aux moyens de bénéficier d’un environnement sûr, propre, sain et durable (2018) Principes-cadres relatifs aux droits de l’homme et à l’environnement, Rapport au Conseil des droits de l’homme, 24 Janvier2018, Genève, A/HRC/37/59.

10-Inter-American Court of Human Rights (2017) The Environment and Human Rights(State obligations in relation to the environment in the context of the protection and guarantee of the rights to life and to personal integrity –interpretation and scope of Articles 4(1) and 5(1) of the American Convention on Human Rights). Advisory Opinion OC-23/17 of November 15, 2017. Series A No. 23.

11-D. Boyd, Special Rapporteur on the issue of human rights obligations relating to the enjoyment of a safe, clean, healthy and sustainable environment(2020) Good practices of States at the national andregional levels with regard to human rights obligations relating to the environment, 23 January2020, Geneva, A/HRC/43/54.

12- D. Boyd, (2019)Garantir un climat vivable pour l’humanité, Rapport à l’Assemblée générale de l’ONU, 15 Juillet2019, Genève, A/74/161.

13-Assemblée Générale des Nations Unies(2007) Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP)Résolution adoptée par l’Assemblée générale le 13 septembre 2007, New York, A/RES/61/295:Article29.

14-Assemblée Générale des Nations Unies (2007) Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP)Résolution adoptée par l’Assemblée générale le 17 décembre 2018, New York, A/RES/73/165:Article 18.

15-P. McElwee, Á. Fernández‐Llamazares, Y. Aumeeruddy‐Thomas, D. Babai, P. Bates, K. Galvin, M. Guèze, J. Liu, Z. Molnár,   H.   T. Ngo,  V.  Reyes‐García,  R.  Roy  Chowdhury,  A.  Samakov,  U.  Babu  Shrestha,  S.  Díaz,  E.  S. Brondízio.Working with Indigenous and local knowledge (ILK) in large‐scale ecological assessments: Reviewing the experience of the IPBES Global Assessment.Journal of Applied Ecology, 2020.

16-Conseil des droits de l’homme des Nations Unies(2019) Résolution 40/11.  Reconnaissance  de  la  contribution  des défenseurs des droits de l’homme liés à l’environnement à la jouissance des droits de l’homme, à la protection de l’environnement et au développement durable, 2 Avril 2019, Genève, A/HRC/RES/40/11.

17-Comitépour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (2018) Recommandation générale no 37 sur les aspects de la réduction des risques de catastrophe et des changements climatiques ayant trait à la problématique femmes-hommes, 13 février 2018, Genève, CEDAW/C/GC/37.

-18Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (2019) Résolution 40/11.  Reconnaissance  de  la  contribution  des défenseurs des droits de l’homme liés à l’environnement à la jouissance des droits de l’homme, à la protection de l’environnement et au développement durable, 2 Avril 2019, Genève, A/HRC/RES/40/1

-19 – Idem

 

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