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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 15:11

Conférence
débat

 

Discriminations à l’emploi à l’égard des femmes

 

 

Si être une femme constitue le premier facteur de discrimination en France,
les traitements discriminatoires deviennent encore plus alarmants quand il
s’agit de femmes issues de l’immigration et les chances de trouver un emploi se
minimisent encore quand ces femmes immigrées atteignent un certain âge.

 

 

Thèmes :

 

 

Ø 
Évolution des lois sur la lutte contre ce
type de discrimination,

Ø 
Mécanismes de protection contre ce type de
discrimination,

Ø 
Cas pratiques de discrimination,

Ø 
Limites juridiques.

 

Conférence-débat animée par M. Lakhdar ELLALA

 

 

Intervenants

 

 

Ø 
M. Pascal GodonDélégué du Défenseur des droits,

Ø 
M. Jean Albert GUIDOUsyndicaliste, Coresponsable collectif
migrants-CGT

 

 

Le
Mercredi 20/02/2019

de
18h30 à 21h00

 

A
l’Espace Fârâbî, 5, rue Louis Blanc - 75010 Paris

 

Métro : Colonel
Fabien, ligne 2 & Métro : Louis Blanc, ligne 7

 

Contact : 09 75 82 80 20 atf.bn@orange.fr

 

En partenariat avec

 

 

 

 

 

Mairie de Paris

 

Mairie du 10ième

 

REMCC

 

 

 

CGET

 

 

 

A.T.F

 

Espace FARABI

 

 

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 16:58

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UJFP


L’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) vous présente ses meilleurs vœux pour l’année 2019.
 

Les nouvelles du monde en 2018 n’ont pas été joyeuses pour la plupart. Nous vivons une période de radicalisation droitière à travers le monde qui n’a de précédent récent que dans les années ‘30. Notre combat contre le racisme et le colonialisme, pour l’égalité des droits et la justice, ici en France comme là-bas en Israël-Palestine et à travers le monde, en est d’autant plus vital.
 

En effet l’heure est grave. Une vague de nationalisme ethnique et fascisant balaye le globe en (fausse) réponse aux ravages sociaux du néolibéralisme. 
 

Dans de plus en plus de pays à travers le monde (dont trois des cinq pays les plus peuplés de la planète), des chefs d’état ultranationalistes, xénophobes, agitateurs et démagogues sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes : États-Unis, Brésil, Inde, Philippines, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Serbie, sans oublier Israël — et que dire de la Turquie et de la Russie ? [1]
 

L’extrême droite partage le pouvoir en Italie, en Autriche, en Bulgarie, en Finlande, en Slovaquie. Elle est entrée au parlement allemand pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale. 
 

En Israël, on assiste à une fascisation effrayante du discours politique et une alliance avec ces mêmes forces régressives à travers le monde — y compris avec les héritiers des forces antisémites qui ont collaboré avec les Nazis pendant le judéocide et leurs disciples.
 

La complicité de la diplomatie française avec cette politique faite de racisme et de crimes de guerre est une honte absolue ; notamment en 2018, le gouvernement français n’a pas daigné prononcer un mot sur l’emprisonnement sans motifs du citoyen français Salah Hamouri et est resté de marbre devant les tueries de l’armée israélienne à la frontière de Gaza.
 

Même si la colonisation israélienne de la Palestine progresse sans relâche depuis plus d’un demi-siècle, sous des gouvernements de droite comme de gauche, jamais encore il n’y a eu une telle libération de la parole raciste et de l’idéologie de la suprématie juive sur la région (qui a abouti notamment à la loi sur l’État-nation du peuple juif). Le massacre de civils palestiniens lors des marches du retour ne semble même plus requérir, de la part du gouvernement israélien, de justification, comme il y en avait eu encore pendant les bombardements de Gaza en 2014.
 

En France, si l’extrême droite — arrivée au second tour des présidentielles pour la seconde fois — n’est pas arrivée au pouvoir, rien ne nous en nous protège dans l’avenir proche. Les soulèvements populaires auxquels nous assistons — et, pour certains, participons — n’ont pas de couleur politique affichée, et la frustration prévisible de la population face au gouvernement actuel est malheureusement un terreau fertile pour la poussée de mouvements autoritaires, qui prônent le refus de l’autre et son exclusion.
 

Ceci alors que le discours raciste en France est de plus en plus légitimé. Un sociologue britannique parle de la « montée d’un racisme respectable en France » dans un livre intitulé République de l’Islamophobie. Les migrants, noirs avant tout, se trouvent confrontés à destraitements inhumains de la part des institutions étatiques et/ou avec la bénédiction de celles-ci. La France n’a en effet jamais fait le travail de fond nécessaire à une confrontation critique avec son passé esclavagiste et colonial.
 

Pour notre solidarité avec les palestiniens, l’UJFP a été attaquée par un organisme de lobbying affilié au gouvernement israélien (et spécialisé dans la diffamation des organisations humanitaires israéliennes et de solidarité avec la Palestine) [2] ainsi que par des agents de think-tanks néoconservateurs américains, relayés par la presse d’extrême droite française. Leurs agissements ont réussi à convaincre l’entreprise PayPal de fermer notre compte en ligne et ont motivé des agences gouvernementales françaises à mettre en question la subvention que nous avons reçue pour nos clips vidéo — dans lesquels nous relatons notre combat antiraciste et universaliste — et de faire interdire à Dominique Natanson, membre de l’UJFP qui apparaît dans les clips, une intervention d’éducation à l’antiracisme dans un lycée.
 

Ces attaques prouvent l’importance et l’utilité de notre combat. Dans le contexte actuel de fascisation du monde, de montée du racisme et du traitement inhumain des migrants en France et en Europe, de l’accentuation de la répression et de l’exclusion en Israël-Palestine, notre combat pour un antiracisme universel et l’égalité des droits de tous les êtres humains ici et là-bas est d’une importance capitale. L’un de nos outils de combat est la campagne BDS, dont le boycott de l’Eurovision prévue — voire la prévention de sa tenue — en Israël, pour lutter contre l’apartheid déplorable qui s’y amplifie.
 

Nous vous souhaitons le meilleur pour cette nouvelle année 2019. La nuit précédant toujours l’aurore (malheureusement la situation actuelle ressemble davantage au crépuscule qu’à l’aube), l’UJFP participera à la lutte pour le vivre ensemble, l’égalité des droits, la justice et l’émancipation de tou.te.s, pour que cette période obscure puisse déboucher sur une nouvelle avancée de l’humanisme et de la justice. À cet égard notre combat n’en est que plus essentiel !
 

Plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien. Pour adhérer ou faire un don à l’UJFP, rendez-vous sur le site en cliquant sur l’un des boutons (ou les deux !) ci-dessous !

Le Bureau national de l’UJFP, le 16 janvier 2019

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 16:56

Le directeur de l'ONG Human Rights Watch (HRW) s'est dit "déçu" par Emmanuel Macron, lui reprochant de faire passer les intérêts de la France avant ceux des droits de l'Homme, délivrant à l'inverse un satisfecit à Angela Merkel.
 

L'ONG a présenté jeudi à Berlin son traditionnel rapport qui passe en revue les pratiques en matière de droits de l'Homme dans plus de 100 pays lors de l'année écoulée.

Dans un entretien à l'AFP, son directeur exécutif Kenneth Roth s'est montré très critique envers la France.

HRW avait "applaudi il y a un an la façon dont Macron avait mené sa campagne en défendant vigoureusement les principes démocratiques face au Front national", le parti d'extrême droite français, déclare-t-il. 

"Je dois dire que nous avons été déçus l'année suivante", ajoute-t-il.

Si le chef de l'Etat français "continue de régulièrement défendre les droits de l'Homme en parole, nous constatons que lorsque des intérêts français sont impliqués (...) Macron garde le silence", critique-t-il, citant entre autre la politique migratoire restrictive de son gouvernement.

"Sa défense des droits de l'Homme s'arrête quand des intérêts français sont impliqués", a-t-il martelé, sans spécifier davantage.

- Bon point à Angela Merkel -

Il a en revanche accordé un satisfecit à Angela Merkel, en particulier pour avoir décidé la suspension des ventes d'armes à Ryad après le meurtre toujours pas complètement éclairci du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. 

Le journaliste, qui collaborait avec le Washington Post, exprimait des positions critiques à l'égard de son pays. 

D'autres pays européens ont également fait pression sur Ryad, a souligné Kenneth Roth, citant le Danemark ou encore la Finlande.

La France, deuxième pourvoyeur d'armes à l'Arabie saoudite après les Etats-Unis, avait de son côté décidé de poursuivre ses ventes. Et Paris avait critiqué à l'époque l'appel de l'Allemagne à lui emboîter le pas sur le gel des exportations d'armes. 

"Angela Merkel est une dirigeante importante pour la défense des droits de l'Homme dans le monde", a poursuivi M. Roth, soulignant entre autres son "rôle essentiel" dans la mise en place l'an passé d'un cessez-le-feu dans la province rebelle d'Idleb en Syrie.

-'Riposte aux autocrates' -

la 29me édition du rapport de l'HRW met en exergue l'augmentation de "la riposte aux autocrates".

"Quand on revient sur l'année écoulée, ce qui nous a vraiment frappés, c'est moins les mauvaises nouvelles que la réaction" qu'elles ont engendrée, souligne M. Roth.

"Nous avons vu dans de nombreuses parties du monde une résistance significative (...) au sein de la population", a-t-il dit en référence notamment aux manifestations de décembre à Budapest contre le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban, déclenchées par l'adoption d'une loi assouplissant le droit du travail.

Le rapport salue aussi l'émergence d'acteurs inattendus dans la défense des droits de l'Homme, telle que l'Organisation de la coopération islamique (OIC), qui rassemble 57 pays. L'OIC s'est jointe à un appel dénonçant les massacres de musulmans rohingyas en Birmanie, s'en prenant pour la première fois à un autre pays qu'Israël.

"Pour moi, il s'agit du nouvel allié le plus surprenant que nous avons trouvé" l'an passé, souligne le responsable.

Il a aussi cité le Groupe de Lima, mis sur pied par une douzaine de pays d'Amérique latine pour tenter d'aider à la résolution de la crise au Venezuela et qui pour la première fois a déposé une motion critiquant ce pays au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies.

M. Roth a relevé que dans le passé les pays de la région étaient très réticents à mettre en cause la situation des droits de l'Homme des Etats voisins.

"Une conséquence assez ironique de la décision de (Donald) Trump de se retirer du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU est que plus personne ne peut plus être accusé d'y faire le jeu de l'idéologie des Etats-Unis", a-t-il dit.

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 18:01

Orange avec AFP-Services, publié le lundi 14 janvier 2019 à 16h53

L'idée de quotas en matière d'immigration avait été portée par Nicolas Sarkozy, qui évoquait lors de son mandat présidentiel une immigration "choisie". Plus récemment, François Fillon a repris l'idée pendant la campagne présidentielle de 2017.

"Une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?".

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron lance le débat sur l'immigration et l’éventualité d'instaurer des quotas. Cette thématique avait pourtant été écartée du débat à la mi-décembre, après un début de polémique.
"Il n'y a pas de tabous" sur la question de possibles quotas en terme d'immigration, a estimé lundi 14 janvier le chef de file des députés La République en marche Gilles Le Gendre. "On n'a pas prononcé le mot de quotas", s'est défendu Gilles Le Gendre alors que le journaliste de franceinfo rappelait que Nicolas Sarkozy était le dernier président à avoir souhaité des quotas en matière d'immigration. Mais "il n'y a pas de tabous là-dessus", a-t-il ajouté, relancé sur le sujet des quotas.
"Voilà des années que la question de l'immigration empoisonne le débat public français car on refuse de le traiter autrement que de manière simpliste et démagogique". Or "le grand débat donne l'occasion d'aborder les questions différemment en donnant sur ce sujet aussi la parole aux Français, ce qui produira forcément des choses intéressantes", a-t-il justifié.

 

🗨️ @NBelloubet "Poser la question de l' c'est la marque de la confiance que nous devons aux citoyens. Rien n'est tabou ! "

 

Dans sa lettre aux Français sur le grand débat national, Emmanuel Macron propose d'encadrer la consultation par une trentaine de questions, dont certaines sur l'immigration. "Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?"; "une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement?"; et "que proposez-vous pour améliorer l'intégration dans notre Nation ?", demande-t-il ainsi.

"Je reste perplexe sur l'opportunité de jeter cette question au milieu de ce grand brouhaha, de ce bazar aux idées courtes", a réagit le directeur de France Terre d'asile, Pierre Henry, dans Le Monde. Il se dit inquiet d'un débat "dans l'hystérie et la surenchère". Dans un message sur Twitter, SOS Racisme a dénoncé des "propos graves et irresponsables qui sonnent comme une diversion nauséabonde". Le député LREM Aurélien Taché s'est félicité que l'immigration soit incluse dans la partie "citoyenneté" du grand débat, reconnaissant qu'il n'est pas forcément très présent sur les ronds-points tenus par les "gilets jaunes" et ne valait donc pas un thème "à part". Mais il a souligné que "le droit d'asile est un droit fondamental, il n'y aura jamais de quotas là-dessus", ni sur "l'immigration familiale". Reste alors "l'immi

Le député LREM Aurélien Taché s'est félicité que l'immigration soit incluse dans la partie "citoyenneté" du grand débat, reconnaissant qu'il n'est pas forcément très présent sur les ronds-points tenus par les "gilets jaunes" et ne valait donc pas un thème "à part". Mais il a souligné que "le droit d'asile est un droit fondamental, il n'y aura jamais de quotas là-dessus", ni sur "l'immigration familiale". Reste alors "l'immigration économique": "pourquoi ne pas demander au niveau européen de quoi et de qui on a besoin pour construire l'Europe de demain, même si ça fait plus" de personnes accueillies au final, a-t-il suggéré.

L'OPINION.FR

À gauche, le député PS Luc Carvounas a estimé que le chef de l'Etat posait avec cette question celle de "l'identité nationale sans vouloir  le dire", et "court derrière les vieilles lunes de l'extrême droite" alors qu'approchent les élections européennes. L'immigration n'apparaît qu'en "huitième position sur 11" sujets identifiés dans les cahiers de doléances ouverts par les maires, a remarqué de son côté Vanik Berberian, le président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF).

L'idée de quotas en matière d'immigration avait été portée par Nicolas Sarkozy, qui évoquait lors de son mandat présidentiel une immigration "choisie". Plus récemment, François Fillon a repris l'idée pendant la campagne présidentielle de 2017, a rappelé Le Monde. Le candidat des Républicains proposait de faire voter, chaque année par le Parlement, un plafond d'entrées légales, par type d'immigration et en fonction de l'origine géographique.

 

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 19:39

Association des Tunisiens en France

Discrimination à l’emploi à l’égard des femmes

Si être une femme constitue le premier facteur de discrimination en France, le traitement discriminatoire devient encore plus alarmant quand il s’agit de femmes issues de l’immigration, mais les chances de trouver un emploi se minimisent encore quand ces femmes immigrées atteignent un certain âge.

Une conférence-débat avec un délégué du Défenseur des droits, en discrimination qui seront invités à faire un exposé sur l’état actuel des choses (par des statistiques portant surtout sur les réclamations, les litiges…) par rapport :

- à l’évolution des lois sur la lutte contre ce type de discrimination,

- aux mécanismes de protection contre ce type de discrimination,

- à des cas pratiques de discrimination, - aux limites juridiques et réelles de la lutte contre ce type de discrimination.

Ouvert à Tout public

De 18h30 à 21h00 Espace Fârâbî 5 rue Louis Blanc - 75010 Paris

Métro : Colonel Fabien, ligne 2 & Métro : Louis Blanc, ligne 7

Contact : 09 75 82 80 20 atf.bn@orange.fr

En partenariat avec l’Espace Fârâbî, le REMCC

 

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 16:17

 

En Tunisie, « L’ALECA c'est la reproduction du pacte colonial de 1881 »
Nous avons rencontré Mustapha Jouili, économiste tunisien, dans le cadre de la mobilisation contre l'Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (ALECA), qui doit être signé entre l'Union européenne et la Tunisie en 2019. Il dénonce son caractère néocolonial, ses conséquences économiques et sociales, notamment pour l'agriculture, ainsi que les conditionnalités de la dette.
 

Propos recueillis par Ali Oktef (Association Survie,https://survie.org/) et Marco Jonville (Association Aitec, http://aitec.reseau-ipam.org/ et FTDES,https://ftdes.net/).

Propos recueillis par Ali Oktef (Association Survie,https://survie.org/) et Marco Jonville (Association Aitec, http://aitec.reseau-ipam.org/ et FTDES,https://ftdes.net/).

 

 Les travaux de Mustapha Jouili portent en particulier sur la question agraire et les effets de la mondialisation sur les structures paysannes et familiales. Ses activités militantes sont multiples, au bureau du parti Watad (une composante du Front Populaire, dont l’ex-secrétaire général, l'avocat Chokri Bélaïd, fut assassiné dans des circonstances encore non-élucidés en février 2013) ou au sein de l'association de recherche économique et sociale Mohamed Ali El Hami (ARES), créée il y a quelques années. Cette association a publié plusieurs ouvrages sur les questions économiques en Tunisie (la dette, les lois de finances) et s'apprête à en sortir un nouveau à propos de l'ALECA. L'ARES ne publiant ses ouvrages qu'en arabe, cet entretien propose une première approche de leur analyse en français avec un décryptage des enjeux de la dette et de l'ALECA en Tunisie.

 

Nous avons effectué cet entretien dans le cadre de la mobilisation contre l'ALECA. Mustapha Jouili est à l'initiative, avec plusieurs intellectuels, militants et citoyens, de multiples conférences et discussions pour informer le public du danger que fait peser l'ALECA sur l'économie et la société tunisienne. Contrairement au discours officiel de l'Union européenne, Mustapha Jouili montre, en reprenant parfois des chiffres provenant de la Banque mondiale elle-même, que l'accord d'association de 1995 entre l'UE et la Tunisie (le précédent accord entre les deux parties) s'est traduit par un aggravement du déficit de la balance commerciale, la disparition de pans entiers de l'industrie, et la suppression de centaines de milliers d'emplois en Tunisie. Alors que l'accord d'association se limitait à l'industrie, l'ALECA prévoit de libéraliser les échanges avec l'Europe dans l'ensemble des secteurs de l'économie, et d'imposer les normes européennes. Dans l'agriculture, par exemple, certains secteurs (élevage, céréales) seraient à leur tour menacés de disparition face une concurrence européenne déloyale, qui cherche de nouveaux marchés pour exporter ses excédents agricoles.

  • Pouvons-nous commencer par une présentation de l'ARES ?

L'association de recherche économique et sociale Mohamed Ali El Hami porte le nom du fondateur du mouvement syndical en Tunisie. Elle a été créée par des militants de gauche, essentiellement issus du Front populaire. Son objectif principal est de propager une connaissance sur des sujets économiques, sociaux avec une parole militante qui dépasse le discours dominant, le discours libéral. L'ARES a également publié trois ouvrages collectifs, un premier sur l'endettement, un deuxième sur la crise économique en Tunisie – avec une lecture historique du modèle de développement – et un troisième sur la loi de finance 2018. Un quatrième est en cours de publication et porte sur les entreprises publiques et le débat à propos de leur privatisation.

En ce moment, l’association est aussi engagée dans une mobilisation contre l'ALECA. Nous organisons des conférences régionales contre cet accord de libre-échange. L'objectif c'est de mobiliser les militants de la société civile mais aussi des partis politiques pour constituer un front large qui puisse exercer une pression et exiger un arrêt des négociations. Cette action est organisée en collaboration avec d’autres partenaires comme l'association FTDES (Forum tunisien des droits économiques et sociaux), l'UDC (Union des diplômés chômeurs), et des membres de syndicats de l'UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) ou des syndicats d'agriculteurs (UTAP, SYNAGRI).

  • Vous avez publié un ouvrage, en arabe, sur le sujet de la dette. Pouvez-vous nous dire comment vous avez abordé cette question ?

Tout d'abord, l'ouvrage s'intitule : « L'endettement externe, choix ou nécessité ? ». 

« L'endettement externe, choix ou nécessité ? » Association de recherche économique et sociale Mohamed Ali El Hami, Tunis, janvier 2017.« L'endettement externe, choix ou nécessité ? » Association de recherche économique et sociale Mohamed Ali El Hami, Tunis, janvier 2017.
Nous avons voulu dépasser les positions idéologiques : ou bien nous n'avons pas le choix et nous devons nous endetter, ça c'est la position des libéraux ; ou bien une position « de gauche » opposée à toute forme de dette. Historiquement, il n'y a aucun pays qui ne s'est pas endetté. Même la Russie bolchévique s'est endettée ! Pour nous, le problème ce n'est pas l'endettement, mais les choix imposés, les diktats économiques et politiques qui sont souvent rattachés aux dettes multilatérales ou bilatérales.

 

Le but de l'ouvrage était de présenter les évolutions de la dette en Tunisie depuis les années 60 et de comprendre ses causes internes, le rôle de l’État, et ses causes externes, c'est à dire l'intervention des institutions financières internationales, ou de certains pays du nord, de l'Europe en particulier, la France, l'Allemagne. Derrière ces dettes, il y a toujours des choix exigés en termes d'orientations économiques, des privilèges accordés aux entreprises étrangères. Mais il y a aussi les causes internes. Car cette tendance à l'endettement s'explique essentiellement par la faiblesse des ressources propres de l’État. Ces ressources propres proviennent essentiellement soit de la fiscalité, soit des revenus des entreprises publiques. Et là on se trouve avec deux autres problèmes : l'injustice fiscale ou les exonérations accordées aux entreprises étrangères et la fraude fiscale que les divers gouvernements successifs n'ont jamais essayé de combattre. Finalement, nous avons des ressources propres pour l’État qui sont de plus en plus faibles, et c'est donc là que le recours de plus en plus intense à l'endettement apparaît faussement comme une nécessité. L'intérêt des classes dominantes en Tunisie est de pousser l’État à continuer à s'endetter, elles renforcent leur pouvoir en acceptant les exigences des institutions financières internationales. Si on revient au premier plan d'ajustement structurel, en 1986, on retrouve tout ce qui concerne les exonérations fiscales, le démantèlement des droits de douane, du code de l'investissement... Tout ça pèse de plus en plus sur le budget de l’État, et cela nous oblige à accepter l'endettement externe.

L’une des conclusions, et je souligne son importance, c'est que le dépassement du « cercle d’endettement » implique de rompre avec les conditions objectives qui sont à son origine : les choix libéraux et la soumission aux diktats des institutions financières internationales. C'est à ce prix que nous pourrons mettre en place un nouveau modèle dont les piliers sont : la souveraineté nationale, le rôle déterminant de l’État et la justice sociale. Ceci n’implique pas un refus catégorique de l’endettement.

  • Et est-ce que dans cet ouvrage sur la dette vous abordez le phénomène sous un angle historique plus ancien en revenant sur la période coloniale, avec le premier phénomène d'endettement qui accompagne la création du Protectorat français en Tunisie ?

Bien sûr, la dette a commencé en Tunisie en 1863 avec l'instauration de la commission financière imposée par la France, l'Italie et la Grande-Bretagne suite à la faillite qu'a connue le gouvernement beylical à l'époque. C'est à ce moment qu'un endettement, de type colonial, commence en Tunisie. Ce qui s'est passé à partir des années 1960 n'est qu'une répétition de ce phénomène. A chaque fois qu'il y a des dettes, il y a des diktats en termes de politiques économiques qui pèsent lourdement sur le budget de l’État. Et ce dernier est poussé dans un cercle vicieux d'endettement car il a toujours moins de ressources à sa disposition. L’État tunisien est dans cette situation depuis les années 1970 et tout particulièrement depuis le début des années 1980 avec l’épuisement de la rente pétrolière. 

  • En 1995, il y a eu un premier accord d'association entre la Tunisie et l'Union européenne (UE) et maintenant il y a les négociations autour de l'ALECA. Comment analyses-tu la façon dont la dette sert d'instrument de chantage pour la signature d'accords de libre-échange ?

L'accord de 1995 a été précédé par un prêt de l'UE accordé à la Tunisie, et il a bien sûr influencé les négociations entre les deux parties. Le prêt était accordé à condition que la Tunisie accepte les orientations économiques libérales voulues par l'Europe. En 2014, on s'est retrouvé dans la même situation : l'UE a accordé un prêt de 300 millions d'euros à la Tunisie à condition qu'elle accepte le lancement des négociations sur l'ALECA. Il y a toujours un rapport entre l'endettement et les diktats libre-échangistes.

 

Christine Lagarde, présidente du FMI, et Béji Caïd Essebsi, président tunisien © tunisiefocus.comChristine Lagarde, présidente du FMI, et Béji Caïd Essebsi, président tunisien © tunisiefocus.com

 

  • Quel bilan tu fais de l'accord d'association de 1995 ?

Le bilan, on peut le faire chaque jour en observant l'état de la société tunisienne. La pauvreté, le chômage, la marginalisation, les inégalités régionales sont les conséquences des choix économiques adoptés, entre autres, au moment de l’accord de 1995 avec l’UE. Les indicateurs « strictement » économiques en témoignent aussi : par exemple, au niveau du commerce extérieur, contrairement à ce que disent les chiffres, la Tunisie développe un déficit de plus en plus important avec l'UE...

  • Que disent les chiffres ?

Ils minimisent beaucoup le déficit. Officiellement, le déficit commercial avec l’UE est de l’ordre de 2000 millions de dinars fin 2017, ce qui n’est pas en apparence flagrant. Or derrière ce chiffre officiel il y a un jeu de statistiques. En effet, dans le commerce extérieur il faut distinguer deux régimes : le régime général et le régime non résident ou « off-shore ». Le régime off-shore concerne les échanges entre les firmes européennes (étrangères d’une manière générale) et leurs filiales ou leurs sous-traitants en Tunisie. Ainsi, les équipements et demi-produits ramenés en Tunisie par les firmes européennes ne peuvent être comptabilisés comme importations car ils ne puisent pas dans les réserves en devise de la banque centrale. Le flux inverse n’est qu’un simple retour de produits de sous-traitance (après assemblage) dont les recettes ne sont pas rapatriées en Tunisie, il ne peut pas être assimilé à de l'exportation. D’ailleurs, une circulaire de la Banque Centrale, en mars 2014, a bien précisé aux institutions concernées de plus prendre en compte le « off-shore » dans la comptabilisation du commerce extérieur du pays. Aucune institution, y compris la Banque centrale tunisienne, n’a appliqué ces recommandations.

Ainsi si l’on ne tient pas compte du régime « off-shore » – qui représente près de 35% des importations et 65 % des exportations – et que nous considérons uniquement le régime général, qui donne une image exhaustive du commerce extérieur avec l'UE, on se trouve avec un déficit de 8000 millions de dinars (soit 30 % du déficit commercial global). Ce déficit ne cesse de s’aggraver depuis 1995.

Depuis 1995, le dinar a perdu 56% de sa valeur par apport à l'euro, ce qui s'explique par le déficit de la balance des paiements et par les transferts de devises effectués par les entreprises européennes depuis la Tunisie. De plus, à cause de la concurrence déloyale avec l'UE, la Tunisie a perdu plus de la moitié de ses entreprises industrielles, des PME en majorité, soit l'équivalent de 500 000 emplois.  Le budget de l’État a perdu entre 1996 et 2008 près de 24 milliards de dinars (2 milliards de dinars par an) du fait du manque à gagner en matière de taxes douanières non appliquées aux marchandises européennes. En somme, le bilan de l'accord d'association est lourdement négatif.

  • Cela répond notamment au discours de l'Union européenne, incarné par l'Ambassadeur de l'UE en Tunisie, Patrice Bergamini, qui annonce des chiffres fantaisistes notamment en termes d'emplois et d'entreprises crées par l'accord d'association. Mais ce dernier avance aussi un autre argument dans un secteur clé de l'agriculture : l'huile d'olive. L'ALECA signifierait la fin des quotas d'exportations d'huile d'olive, et donc un avantage à gagner pour la Tunisie. Que penses-tu de cette affirmation ?

L’Union européenne se livre à une manipulation des chiffres pour montrer le « bienfait » de l’accord d’association et indirectement convaincre les Tunisiens des « gains » espérés de l’ALECA. Cela fait partie de toute une politique médiatique qui présente l’Union Européenne comme le « tuteur » de toute la région méditerranéenne, le Maghreb en particulier, mais aussi comme le premier responsable de son développement. De ce point de vue, toutes les politiques menées par l’UE n’auraient d’autres objectifs que d'aider les pays de la région à se lancer dans la voie de la prospérité et de la croissance économique. Différences de contexte prise en compte, les discours de Patrice Bergamini, et de bien d’autres, nous rappellent les textes de Jules Ferry sur la mission « civilisatrice » et « modernisatrice » de la colonisation française au Maghreb.

Pour la question de l'huile d’olive, l’accord d’association accordait un quota dédouané d’exportation de 56000 tonnes/an. Récemment, la générosité de l’UE a octroyé à la Tunisie un quota supplémentaire de 30000 tonnes pour 2 ans. Une décision qui a été perçue par certains analystes comme un exploit. En regardant de près, ce n’en est pas un. Tout d’abord, l’huile d’olive tunisienne est exportée en vrac, à bas prix (3 à 4 euros le litre), puis elle est conditionnée en Europe, par des entreprises italiennes en particulier, où elle se vend jusqu'à 30 euros le litre et même parfois plus. Ce sont donc les transformateurs européens qui profitent de l'huile d'olive. Pour la Tunisie, c’est une perte en termes de valeur ajoutée mais aussi de création d’emplois, si l’huile était conditionnée localement. Le supplément de quota intervient en prévision du recul de la production dans trois zones : l’Italie, l’Espagne et la Corse (en raison de la bactérie tueuse d’oliviers : Xyllela Fastidiosa). Cette décision ne sert que les intérêts des industriels européens de conditionnement en leur garantissant un approvisionnement stable et à bas prix.

 

Gatrana, village du gouvernorat de Sidi Bou Zid, hiver 2015 © Photo A.O.Gatrana, village du gouvernorat de Sidi Bou Zid, hiver 2015 © Photo A.O.

 

  • Ce que tu expliques sur le déficit, n'est-ce pas aussi lié au problème que la « loi 72 » a provoqué en créant le statut « off-shore » pour les entreprises exportatrices ?

La loi 72 est une loi coloniale par excellence. Les années 70 sont celles de la crise du fordisme dans le monde, qui a provoqué un phénomène de délocalisation des maillons les plus faibles des chaînes de production industrielles, à la recherche d’une main-d’œuvre non qualifiée à bas salaire dans les pays dits sous-développés. En Tunisie, la loi 72 a institutionnalisé cette réalité en créant des subventions, des primes, des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers. Cette loi servait également les intérêts d’une bourgeoisie compradore parasitaire, qui ne maîtrisait aucune composante du processus de production et qui avait intérêt à se confier à la sous-traitance pour le compte des firmes multinationales. Plus grave, c'est en vertu de cette loi que les entreprises étrangères peuvent rapatrier tous les bénéfices réalisés en Tunisie ce qui correspond à une hémorragie de devises. Ainsi, au déficit commercial s’ajoute un déficit structurel de la balance des paiements et une tendance à la détérioration continue de la monnaie nationale. En 2015, selon la Banque mondiale, les bénéfices transférés par ces entreprises étrangères ont été de près de 984 millions de dollars.  

En outre, c'est une industrie de sous-traitance qui s'est installée en Tunisie, elle est totalement orientée vers des marchés externes, elle fait simplement de l'exportation, il n'y a aucune intégration avec d'autres secteurs de l'économie tunisienne. La main-d’œuvre est payée au rabais avec des mauvaises conditions de travail et aucune sécurité sociale.

  • Dans ce contexte, qui est déjà critique, quelles modifications l'ALECA va apporter à l'économie tunisienne ?

La situation va encore s'aggraver. L’ALECA c'est la reproduction du pacte colonial de 1881. Dans tous les détails il va falloir s'aligner sur la législation européenne. Même si une loi est votée au Parlement tunisien, l'ALECA va imposer une « clause d'arbitrage » : un investisseur étranger peut s'opposer à la loi tunisienne sous prétexte qu'elle est contre ses intérêts et il peut demander un arbitrage, devant un tribunal international privé pour que l’État tunisien obéisse à ses exigences. Il y a la question des normes, nous allons devoir produire selon les normes européennes ; mais il y a également la libéralisation des marchés publics, des échanges agricoles. L'agriculture tunisienne va être bouleversée. Nous pouvons seulement exporter vers le marché européen des produits issus d'une agriculture irriguée. Dans le secteur agricole, il va se poser la question : qu'allons-nous encore pouvoir exporter ? Les problèmes vont être énormes. Le but de l'ALECA c'est de nous faire absorber les excédents agricoles européens, surtout les produits de base : les céréales, les huiles végétales, les produits de l'élevage. Cela va se faire au détriment des producteurs locaux. L'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP) estime qu'il y a trois secteurs qui vont disparaître : les céréales, le lait et la viande. Il y a au moins 250 000 agriculteurs qui vont disparaître en quelques années.

  • Ça c'est l'UTAP qui le dit ?

Oui, c'est l'UTAP. C'est lourd de conséquences. Il y a des régions entières qui vont être marginalisées. Dans une région comme Sidi Bou Zid, il y a essentiellement de l'agriculture, si on supprime les petits agriculteurs la pauvreté et le chômage vont se généraliser.

  • As-tu aussi exploré la question des normes sanitaires et phytosanitaires, également imposées par l'ALECA, et leurs potentielles conséquences sur l'agriculture ?

Les normes sanitaires et phytosanitaires c'est une invention de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce sont des moyens de protections pour les pays développés. Car qui décide des normes ? Ceux qui ont les moyens, les laboratoires, les experts, les techniques... Ils imposent des normes conformes à leurs marchés. Mais est-ce qu'il est possible pour l'agriculture tunisienne de produire selon les normes européennes ? Cela nécessite l'utilisation des mêmes procédés technologiques, et comme ces procédés sont protégés par des règles qui régissent la propriété intellectuelle, nous ne pouvons pas nous adapter aux normes européennes.

 

Youssef Chahed, Premier ministre tunisien, promet une signature de l'ALECA en 2019 avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne en avril 2018. © Kapitalis.comYoussef Chahed, Premier ministre tunisien, promet une signature de l'ALECA en 2019 avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne en avril 2018. © Kapitalis.com

 

  • En plus, ce sont des normes qui nécessitent de grands investissements et favorisent les industries déjà existantes.

Bien sûr, le problème qui va se poser c'est que même sur le marché tunisien nous allons devoir produire selon les normes européennes. Nous n'allons même pas pouvoir importer des produits qui viennent de l'Algérie s'ils ne sont pas conformes aux normes européennes. C'est à dire, en d'autres termes, qu'il s'agit de créer un marché tunisien exclusivement réservé aux produits européens. Personne ne pourra produire, sauf les entreprises européennes.

  • C'est donc le projet hégémonique de l'Union européenne dans le but que d'autres pays adoptent ces normes pour lutter contre l'influence de puissances émergentes comme la Chine.

 Voilà, et si on résume l'ALECA, surtout dans le domaine de l'agriculture, nous pouvons dire que nous allons devoir consommer ce que l'UE produit, et produire ce qu'elle ne peut pas ou ne veut pas produire, tout simplement. Nous allons devoir consommer des céréales, des huiles végétales, des viandes européennes, du lait européen. En 2006, la Banque mondiale a fait une étude sur le secteur agricole tunisien, il était écrit noir sur blanc : « La Tunisie doit abandonner le secteur des céréales et le secteur de l'élevage parce que sur le marché mondial ces deux secteurs ne sont plus rentables ». Mais pourquoi devons-nous les abandonner ? Pour absorber les excédents européens. Il ne faut pas oublier que l'Europe a des problèmes d'excédents qu'elle n'arrive pas à gérer. Il s'agit justement des produits tels que l'huile végétale, les céréales et les produits de l'élevage. L'Europe cherche de nouveaux marchés, comme la Tunisie et le Maroc. Nous n'aurons donc plus le droit de faire des céréales. En contrepartie, nous allons faire des desserts pour les européens, quelques fruits, quelques légumes, des fraises, des pommes... en bref, l’ALECA se résume ainsi « nous devons consommer ce que produit l’Union européenne et produire ce que l’Union européenne ne peut pas ou ne veut pas produire ».

Récolte céréalière © Dennis Jarvis/FlickrRécolte céréalière © Dennis Jarvis/Flickr

 

  • Pour évoquer le cas des entreprises multinationales étrangères en Tunisie, comment l'ALECA risque d'accentuer leurs privilèges, notamment en terme fiscal, qui s'appuient déjà sur des dispositifs comme la loi 72 ?

La loi 72 avait déjà été bien intégrée aux différents codes de l'investissement successifs, et ses dispositions avaient été élargies. La philosophie de l'ALECA c'est surtout de donner des avantages aux investisseurs européens qui ne pourront pas s'appliquer à des investisseurs d'autres pays, c'est ça le plus grave. Et même le code de l'investissement tunisien, si l'ALECA est signé, il ne sera plus valable, car il y aura un nécessaire alignement réglementaire. Selon l'ALECA, les avantages fiscaux, les avantages financiers ou la liberté d'investissement sont réservés seulement aux investisseurs européens. On ne pourra donc pas donner les mêmes avantages aux investisseurs non-européens. C'est une néo-colonisation.

  • Il y a une question qui me revient justement par apport à la question de la dette, car nous avons commencé en évoquant son rapport historique avec la colonisation. C'est bien sûr une question très politique. Est-ce que dans le calcul de la dette que la Tunisie doit, par exemple, à un pays comme la France, mais aussi aux autres institutions financières internationales, vu les conséquences du libéralisme économique, est-ce qu'il n'y a pas une « colonne débit » qui devrait être créée ? Est-ce que le calcul de la dette ne devrait pas se retourner contre les pays impérialistes ?

Oui, mais cette colonne débit n'est pas chiffrable ! Car ce que nous trouvons dans les comptabilités, ce sont les dettes, c'est tout. L'appauvrissement, la marginalisation de toute une population, le pillage des ressources sur le long terme, la pollution, tout ça n'est pas comptabilisé.

Il reste la possibilité de l'annulation des dettes, qui est une décision politique. Mais je ne crois pas que nous pouvons faire un « audit » de la dette. Toute dette impérialiste est odieuse par définition. L'annulation de la dette ne sera pas le résultat d'une consultation, d'une procédure technique. Et pour prendre la décision d'annuler la dette, il faut un gouvernement qui défende les intérêts de la nation. Il nous faut un gouvernement patriote.

  • Tu as évoqué la question des ressources naturelles, qui a été l'objet de plusieurs polémiques, et qui a souvent été au cœur des mouvements sociaux ces dernières années. D'après toi, qu'est-ce qu'il faut faire des ressources naturelles aujourd'hui en Tunisie ?

Dans le cadre politique actuel, nous ne pouvons rien faire. Mais pour l'avenir, je suis pour la nationalisation des ressources naturelles. C'est une propriété du peuple, ce n'est pas une propriété du gouvernement, ou de multinationales étrangères. Cela supposera par la suite une gestion démocratique et transparente pour éviter des dérives autoritaires. La gestion et l’exploitation des ressources naturelles doit également s’inscrire dans le cadre d’un modèle de développement alternatif dont j’ai déjà avancé quelques éléments. 

  • Dans l'ALECA, il y a un chapitre « énergie » qui a été proposé dans les dernières négociations, qu'est-ce que cela implique ?

 C'est la libéralisation des investissements dans l'énergie. La bataille pour s'accaparer les sources d'énergie se joue désormais au niveau mondial, nous voyons bien ce qui se passe en Syrie ou dans le Sahel africain. Il y a même eu un différend entre la France et l'Allemagne autour de l'exploitation du Sahara de Tataouine pour un projet d'énergie photovoltaïque.

  • Est-ce que tu penses qu'il y a une volonté européenne de s'accaparer le soleil tunisien ?

Oui, le projet photovoltaïque de Tataouine a pour but de transférer de l’électricité jusqu'en Allemagne. Mais est-ce que l'exploitation de l'énergie solaire est une urgence pour nous, pour la Tunisie ? Nous n'avons pas vraiment un besoin urgent de ces mégaprojets. Nous avons d’autres priorités plus urgentes.

 

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 12:10
Gaza: une grave confrontation rapproche Israël et le Hamas de la guerre
Gaza: une grave confrontation rapproche Israël et le Hamas de la guerre
 
portrait
 

La plus sévère confrontation entre Israël et les groupes armés palestiniens de Gaza depuis le conflit de 2014 s'est prolongée dans la nuit de lundi à mardi, rapprochant davantage les deux camps d'une nouvelle guerre malgré les efforts internationaux pour l'empêcher.
 

Au moins six Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures, les deux derniers en date mardi matin, par la riposte israélienne aux centaines de roquettes en provenance de Gaza, qui ont fait un mort et des dizaines de blessés en territoire israélien. L'homme tué en Israël est un Palestinien en séjour régulier, selon les services de sécurité israéliens.

Des dizaines de milliers d'Israéliens d'Ashkélon et d'autres localités proches de l'enclave ont passé la nuit au rythme ininterrompu des sirènes les précipitant vers les abris ou les y maintenant.

La bande de Gaza a elle résonné toute la nuit des frappes israéliennes, qui ont réduit à l'état de ruines des bâtiments de plusieurs étages comme le siège de la télévision du Hamas ou les bureaux d'un service de sécurité, anéantis dans des éclairs lumineux par de puissantes explosions soulevant d'immenses panaches de fumée et de poussière.

Depuis lundi en milieu d'après-midi, environ 400 tirs de roquettes et de mortier ont été dénombrés par l'armée israélienne qui a indiqué avoir frappé en retour près de 150 positions militaires du mouvement islamiste Hamas et de son allié, le Jihad islamique.

Cette escalade, déclenchée par une incursion secrète des forces spéciales israéliennes qui a mal tourné dimanche, est survenue après des mois de tensions qui font redouter une quatrième guerre en dix ans entre Israël et le Hamas qui gouverne sans partage la bande de Gaza.

Rien ne permet de dire si ces tensions, plus persistantes que les précédents épisodes, vont retomber à leur tour ou si l'escalade va définitivement faire avorter les efforts déployés depuis des semaines pour parer une nouvelle confrontation dans l'enclave sous blocus, coincée entre l'Etat hébreu, l'Egypte et la Méditerranée.

- "Grave attaque" -

Un calme tendu est revenu mardi matin dans la ville de Gaza, aux rues largement désertées par les voitures et dans lesquelles déambulaient quelques enfants. L'école a été annulée dans le territoire de quelque deux millions d'habitants, éprouvé par les guerres, la pauvreté, les pénuries et le chômage.

Les cours ont également été supprimés en Israël autour de la bande de Gaza, jusqu'au-delà de Beersheva (sud) à des dizaines de kilomètres de l'enclave.

L'armée israélienne a indiqué avoir envoyé des renforts d'infanterie et d'engins blindés sans, pour l'instant, rappeler les réservistes comme elle l'avait fait en 2014. Un journaliste de l'AFP a vu des tanks en route vers la bande de Gaza.

L'armée a aussi déployé des batteries antimissiles supplémentaires.

Israël fait face "sans doute aucun aux tirs de roquettes les plus intenses depuis l'été 2014", date de la dernière guerre, et "à la plus grave attaque de la part d'organisations terroristes contre les populations civiles israéliennes", a dit un porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

L'armée israélienne et les groupes armés palestiniens ont échangé les mises en garde musclées. Le bras armé du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, a prévenu qu'il étendrait son rayon d'action en fonction de la riposte israélienne.

L'engrenage militaire a été enclenché dimanche avec l'infiltration des forces spéciales israéliennes, opération à hauts risques qui s'est soldée par la mort d'un lieutenant-colonel israélien et de sept Palestiniens, dont un commandant local de la branche armée du Hamas et cinq autres membres des brigades al-Qassam.

- Pressions égyptiennes -

En représailles, les brigades al-Qassam ont gravement blessé un soldat dans une attaque au missile antichar, lançant le cycle de la riposte israélienne et des tirs de roquettes.

Des dizaines d'Israéliens ont été légèrement blessés, essentiellement par des éclats, selon les secours.

La plupart des roquettes sont retombées dans des zones inhabitées, a indiqué l'armée, mais des bâtiments ont été directement touchés, dont l'un à Ashkélon.

Une femme a été extraite des décombres dans un état critique. Puis les sauveteurs ont découvert la dépouille d'un homme identifié en Cisjordanie comme Mahmud Abou Asba, 48 ans, originaire de ce territoire occupé.

De nombreux Palestiniens travaillent en Israël.

Les frappes israéliennes ont causé mardi matin la mort de deux nouveaux Palestiniens, a dit le ministère gazaoui de la Santé.

L'armée israélienne a indiqué que son aviation avait tiré sur un Palestinien faisant partie d'un groupe tirant des projectiles en direction d'Israël, puis qu'un hélicoptère d'attaque avait ouvert le feu sur un autre groupe s'infiltrant en Israël. Elle ne s'est prononcée sur la mort de quiconque.

La bande de Gaza et ses alentours sont en proie depuis fin mars aux tensions qui ont culminé à de nombreuses reprises dans des flambées de violences jusqu'alors retombées au bout de quelques heures. 

Au moins 233 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date. Deux soldats israéliens ont trouvé la mort. 

Les signes d'une possible détente s'étaient pourtant succédé ces dernières semaines, comme le transfert la semaine passée de 15 millions de dollars versés par le Qatar, soutien de longue date du Hamas, pour payer au moins partiellement les fonctionnaires du Hamas.

L'opération allait de pair avec les efforts déployés depuis des mois par l'Egypte et l'ONU en vue d'une trêve durable entre Israël et le Hamas.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu doit réunir mardi son cabinet de sécurité, forum restreint chargé des questions les plus sensibles, ont indiqué les médias.

L'envoyé spécial de l'ONU Nickolay Mladenov a dit continuer à travailler avec l'Egypte voisine pour éloigner Gaza des "bords de l'abîme".

Les services égyptiens ont intensifié leurs contacts avec Israéliens et Palestiniens, a rapporté la télévision égyptienne. L'Egypte, voisine et médiatrice historique à Gaza, a pressé Israël "d'arrêter l'escalade et de respecter les progrès réalisés" dans les efforts d'apaisement, et les groupes palestiniens de faire "preuve de retenue" pour permettre aux négociations de reprendre, a-t-elle dit.

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 19:24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFP, publié le samedi 27 octobre 2018 à 19h59

 

Les dirigeants de Turquie, Russie, France et d'Allemagne ont appelé vendredi lors d'un sommet sur la Syrie à Istanbul à préserver le cessez-le-feu en vigueur dans la province rebelle d'Idleb et à une "solution politique" du conflit qui ravage le pays depuis 2011.

Le sommet "a insisté sur l'importance d'un cessez-le-feu durable (à Idleb) tout en soulignant la nécessité de poursuivre la lutte contre le terrorisme", selon la déclaration finale lue à l'issue de la réunion par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La réunion a salué "les progrès" accomplis à Idleb (nord-ouest de la Syrie) en ce qui concerne la mise en place d'une zone démilitarisée et le retrait des groupes radicaux de cette zone, aux termes d'un accord turco-russe conclu en septembre. 

M. Erdogan, les présidents russe Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont en outre dit leur détermination "à travailler ensemble pour créer les conditions propices à la paix et à la sécurité en Syrie" et à "soutenir une solution politique et renforcer le consensus international à cet égard".

En cas d'élections, il appartient aux Syriens "de l'intérieur et de l'extérieur" de décider du sort d'Assad, a affirmé M. Erdogan.

Les quatre dirigeants ont aussi appelé à "l'établissement et à (une première) réunion à Genève avant la fin de l'année du Comité constitutionnel" censé élaborer une nouvelle loi fondamentale, "si les conditions le permettent".

Ils soulignent aussi l'importance d'"assurer l'accès rapide, sûr et sans restrictions des organisations humanitaires à travers la Syrie".

- "Pression très claire" -

Le sommet, inédit dans ce format, a en outre appelé à créer les "conditions" pour un retour "sûr et volontaire" des réfugiés et déplacés syriens dans leurs foyers.

Le conflit en Syrie a fait plus de 360.000 morts et des millions de déplacés depuis 2011.

Cette rencontre est survenue alors que la situation dans la province rebelle d'Idleb reste explosive : des frappes du régime y ont fait sept morts vendredi, le bilan le plus élevé depuis l'entrée en vigueur mi-septembre d'un accord russo-turc ayant imposé un relatif silence aux armes.

Dans des déclarations à l'issue du sommet, M. Macron a appelé la Russie à "exercer un pression très claire sur le régime syrien" pour garantir un "cessez-le-feu stable et durable à Idleb".

"Nous comptons sur la Russie pour exercer une pression très claire sur le régime, qui lui doit sa survie", a-t-il déclaré.

L'accord conclu entre Moscou, allié du régime, et Ankara, parrain des rebelles, prévoyait notamment la mise en place d'une "zone démilitarisée" de 15 à 20 kilomètres de large pour séparer les territoires insurgés d'Idleb des régions gouvernementales.

MM. Erdogan et Poutine avaient conclu cette entente in extremis alors que le régime était sur le point de lancer une offensive de grande ampleur sur cet ultime grand bastion de l'opposition, au risque d'une catastrophe humanitaire.

- "Coordination accrue" -

La formation sous les auspices de l'ONU d'un Comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle loi fondamentale et auquel le sommet d'Istanbul a apporté son soutien, s'annonce comme l'un des principaux défis en raison du blocage du régime. 

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a déploré vendredi la paralysie de son plan, était lui aussi présent au sommet d'Istanbul.

La Turquie et la Russie forment avec l'Iran un trio incontournable sur le terrain, où ces trois pays aux intérêts propres ont investi d'importantes ressources militaires. 

La France et l'Allemagne font partie avec cinq autres pays, dont les Etats-Unis, du "small group" sur la Syrie qui travaille notamment à trouver une solution politique. Leurs efforts ont cependant été éclipsés par le processus dit d'Astana mené par Ankara, Moscou et Téhéran.

Le sommet d'Istanbul a souligné dans sa déclaration finale "l'importance d'une coordination accrue entre les différentes initiatives internationale visant à parvenir à une solution crédible et viable du conflit syrien".

La déclaration finale n'a en revanche pas abordé la question de la reconstruction de la Syrie, un thème pourtant cher à Moscou.

Deux acteurs importants du conflit en Syrie, l'Iran et les Etats-Unis, qui sont à couteaux tirés, étaient absents samedi. M. Macron s'est toutefois entretenu jeudi avec le président Donald Trump pour accorder leurs positions.

Face à l'influence que Moscou obtient grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a affirmé samedi que la Russie ne pourrait "pas remplacer les Etats-Unis" au Proche-Orient.

 

Syrie: Russie, Turquie, France et Allemagne appellent à préserver la trêve d'Idleb
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(A partir de la gauche) la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président français Emmanuel Macron le 27 octobre 2018 à Istanbul
(A partir de la gauche) la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président français Emmanuel Macron le 27 octobre 2018 à Istanbul
 
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© AFP, Kayhan OZER, POOL
 
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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 15:57

A la une | News | Tunisie

Une attaque suicide dans le centre de Tunis fait au moins neuf blessés

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 AFP - 29/10/2018 - 15:37

Au moins neuf personnes, dont huit policiers, ont été blessées dans un attentat perpétré lundi en début d'après-midi par une femme kamikaze en plein centre de Tunis, a indiqué à l'AFP le ministère de l'Intérieur.

Cette femme, dont l'identité n'est pas encore connue, s'est fait exploser "à proximité de voitures de police", sur l'avenue Habib Bourguiba, la principale artère du centre de la capitale tunisienne, a déclaré Sofiène Zaag, porte-parole de ce ministère.

Sur place, une journaliste de l'AFP a pu voir le corps sans vie de la kamikaze. Plusieurs ambulances et d'importants renforts de police sont arrivés sur les lieux et le secteur a été immédiatement bouclé, d'après la même source.

De nombreuses boutiques de cette avenue commerçante ont rapidement baissé leurs rideaux, dans une atmosphère chaotique, selon une journaliste de l'AFP.

Il s'agit du premier attentat à secouer la capitale tunisienne depuis le 24 novembre 2015 quand une attaque suicide, commise là aussi en plein centre-ville contre un bus de la garde présidentielle avait tué 12 agents. Cette attaque avait été revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Quelques mois plus tôt, le 18 mars 2015, toujours à Tunis, deux hommes avaient ouvert le feu à l'arme automatique sur des touristes qui descendaient d'autocars pour visiter le musée du Bardo, avant de les pourchasser dans le bâtiment.

Vingt-et-un touristes et un policier tunisien avaient été tués dans cet acte également revendiqué par l'EI, tout comme l'attentat perpétré par un kamikaze en juin de la même année sur une plage et contre un hôtel près de Sousse (est), qui avait coûté la vie à 38 touristes.

En mars 2016, des dizaines de jihadistes venus de Libye avaient en outre tenté, sans succès, de s'emparer de postes des forces de sécurité dans la région de Ben Guerdane (sud), près de la frontière libyenne. L'attaque avait fait 20 morts parmi les forces de sécurité et les civils.

L'attaque n'avait pas été revendiquée mais les autorités tunisiennes avaient accusé l'EI d'avoir voulu créer "un émirat" sur le sol tunisien.

- Etat d'urgence -

A l'époque, cette série d'attentats avait gravement nui au tourisme, un secteur vital de l'économie tunisienne, contribuant à fragiliser le processus démocratique né de la révolution de 2011 contre le régime de Zine el Abidine Ben Ali.

Depuis le printemps 2016, les autorités tunisiennes se sont félicitées d'un retour au calme, même si en juillet dernier six membres des forces de l'ordre ont été tués dans une attaque dans le nord-ouest du pays.

A la faveur de cette accalmie, l'industrie touristique a connu une embellie lors des saisons 2017 et 2018, et la croissance tunisienne s'est raffermie.

L'état d'urgence reste toutefois en vigueur sur l'ensemble du territoire depuis l'attentat de novembre 2015, et la présidence tunisienne a annoncé une nouvelle prolongation d'un mois le 5 octobre dernier.

L'état d'urgence octroie des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre. Il permet notamment l'interdiction des grèves et des réunions "de nature à provoquer (...) le désordre".

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 17:26
 
portrait
 

Tête la première, une trentaine de filles et garçons palestiniens plongent dans la mer, davantage préoccupés de gloire olympique que de la saleté de l'eau. Ils forment sans doute le seul club mixte de natation à Gaza.
 

Les conditions sont tout sauf idéales pour ces jeunes âgés de 11 à 16 ans, eux torse nu et short blanc et rouge au-dessus du genou, elles en haut coloré à manches longues et legging jusqu'à la cheville, les cheveux découverts quand elles n'ont pas de bonnet de bain.

En ce début d'automne la mer Méditerranée, agitée sous le ciel d'azur, ne se prête guère à l'entraînement. Le matériel de natation manque et les détritus jonchent la plage. 

Ici, à Beit Lahia, comme le long des 40 kilomètres de côtes bordant la bande de Gaza, il faut du courage pour braver la saleté des flots, pollués par des eaux usées.

Mais en l'absence de piscines publiques gratuites dans ce territoire palestinien enclavé entre la Méditerranée, Israël et l'Egypte, les jeunes nageurs n'ont guère le choix, explique leur entraîneur, Amjad Tantish, portant chemise à carreaux et chapeau "trilby".

"Nous manquons des équipements les plus basiques, masques de plongée, palmes ou maillots de bain. Nous n'avons aucun financement", dit-il, interrompant la séance au cours de laquelle ses protégés travaillent leurs abdominaux sur le sable et répètent à vide les mouvements de nage avant de pratiquer dans l'eau.

Le club est un instantané de la situation d'un territoire qui paie un lourd tribut au conflit israélo-palestinien.

Le mouvement islamiste Hamas qui dirige l'enclave, ses alliés et Israël se sont livré trois guerres depuis 2008. Israël soumet Gaza à un rigoureux blocus.

Déjà éprouvés par les guerres, les pénuries et la pauvreté, les Gazaouis doivent aussi vivre dans un environnement dégradé et dangereux.

En raison du rationnement de l'électricité et du manque d'infrastructures d'assainissement, 100 millions de litres d'eaux usées non ou à peine traitées se déversent quotidiennement dans la mer, selon l'ONU. 

Aux pires endroits, dans un paysage marin qui pourrait être idyllique, l'eau a une couleur marron repoussante.

Plus de 95% de l'eau du robinet est polluée. La consommation d'eau non potable constitue la première cause de morbidité infantile, selon l'Organisation mondiale de la santé. L'ONU a estimé récemment que Gaza est "en train d'imploser". 

- Rêves olympiques -

Israël justifie le blocus par la nécessité de contenir le Hamas, une organisation qu'il qualifie de "terroriste" et qu'il accuse de détourner l'aide internationale pour acheter des armes.

Israël, qui contrôle toutes les frontières de Gaza sauf celle avec l'Egypte au sud, a saisi des dizaines de combinaisons et d'autres équipements de plongée à destination du territoire. L'armée avait déjoué lors de la guerre de 2014 une attaque de Palestiniens arrivés armés par la mer.

Pour les Gazaouis qui veulent malgré tout pratiquer la natation, la mer au large de Beit Lahia est la moins polluée, selon les experts.

C'est donc là que l'équipe d'Amjad Tantish s'entraîne plusieurs fois par semaine. Ses nageurs rêvent de participer aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

L'entraîneur ne se fait guère d'illusion. Obtenir d'Israël la permission de sortir de Gaza est des plus improbables. Voyager éventuellement par l'Egypte reste très aléatoire.

Théoriquement, "les occasions sont nombreuses de participer à des stages d'entraînement ou des compétitions dans des pays arabes, mais voyager constitue un obstacle majeur", déplore-t-il.

Le Comité olympique palestinien a bien envoyé six athlètes, dont deux nageurs, aux Jeux de 2016, même s'ils ne satisfaisaient pas aux minima requis. Aucun n'était originaire de Gaza.

L'un des nageurs gazaouis, Abdel Rahmane, 15 ans, espère quand même devenir "un héros et finir premier lors de compétitions internationales".

- Davantage de nageuses -

Les activités mixtes sont rares dans cette enclave conservatrice, surtout dans le sport.

Amjad Tantish, 42 ans, dit que jusqu'à récemment l'idée n'était "pas acceptable".

Mais les comportements ont changé, ajoute-t-il.

"Les familles laissent plus facilement les filles pratiquer la natation si bien que le pourcentage de femmes atteint les 30%", selon lui.

Rania, une Palestinienne de 32 ans se promenant le long de la plage avec son mari s'arrête pour regarder les nageurs: "Je ne pense pas que pratiquer leur religion empêche nos filles de faire comme les autres et d'avoir cette belle ambition".

Ruqiya, 14 ans, adore l'atmosphère du club.

"J'ai commencé à apprendre à nager il y trois ans, et j'ai rejoint l'équipe récemment. Ma famille me soutient", dit-elle.

Elle rêve de passer professionnelle et lance: "Nous voulons une grande piscine pour nous entraîner pour les Jeux olympiques!"

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