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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 10:00
Tunisie : les principales avancées de la loi sur les violences faites aux femmes

 

Un homme ayant des relations sexuelles avec une mineure ne pourra plus échapper à la sanction en cas de plainte. Mais en matière de droit des femmes, c'est loin d'être la seule avancée de la loi historique adoptée au parlement tunisien mercredi.

« En finir avec toutes les violences faites aux femmes », c’est le projet que porte la loi qui a été adoptée mercredi 26 juillet à l’unanimité par l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Plus de soixante ans après la promulgation du Code du statut personnel, c’est une nouvelle page de l’histoire qui vient de s’écrire en matière de droits des femmes en Tunisie, et ce dans un relatif consensus. 

La mesure la plus commentée de la loi a été celle de l’abrogation de la disposition de l’article 227 bis permettant à un homme ayant des relations sexuelles avec une mineure d’échapper à la détention en épousant sa victime. Mais le combat porté depuis plus de trois ans par une frange de la société civile contre « l’article de la honte » − l’Association tunisienne des femmes démocrates (AFTD) en tête −, a été porteur d’autres avancées notables en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Lesquelles ?

  • L’âge du discernement sexuel est passé de 13 à 16 ans

L’âge du discernement sexuel correspond à l’âge à partir duquel la loi considère que la personne concernée est capable d’avoir des relations sexuelles sous le coup d’un consentement éclairé, c’est-à-dire un consentement donné en connaissance de cause et sans subir aucune forme de pression. Toute relation sexuelle entre une personne majeure et une personne dont l’âge est inférieur à celui de l’âge du discernement est considérée comme un viol car l’âge devient une preuve irréfutable du non-consentement de la victime.

En décembre 2016 surgit un fait divers important pour expliquer cette évolution. Dans la région du Kef, une jeune fille de 13 ans enceinte d’un proche âgé de 20 ans épouse ce dernier, lequel échappe à des poursuites. Le juge a considéré qu’il s’agissait là ici d’un acte sexuel consenti, et non pas d’un viol. L’homme n’a donc pas été jugé au titre de l’article 227 relatif au viol mais au titre de l’article 227 bis,  lui permettant de se marier et donc, d’échapper par ce biais à la détention.

Cette décision rendue par le tribunal du Kef avait provoqué la colère au sein de la population tunisienne. De nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer un viol avéré, considérant que la jeune fille était dans l’impossibilité de faire preuve d’un consentement éclairé à cause de son jeune âge. À la lumière de cet exemple, beaucoup considèrent que l’élévation de l’âge du discernement est donc une avancée considérable dans la protection des mineurs.

Cependant, la nouvelle loi interdit de fait à une fille ou à un garçon d’avoir une relation sexuelle consentie avant ses 18 ans avec une personne majeure, peut importe leur différence d’âge. Monia Kari, juriste et universitaire ayant participé à l’élaboration de la loi regrette cela : « Nous avons voulu de cette disposition exclure les personnes dont la différence d’âge est minime mais n’avons pas réussi à obtenir un consensus autour de cette question. Cet article ouvre la voie à ce que des adolescents dont l’âge diffère même de quelques jours puissent être inquiétés ». 

Les relations sexuelles entre mineurs consentants, relèvent, quant à elles, de l’article 59 du Code de la protection de l’enfantqui ne prévoit donc pas de mesures pénales mais des mesures éducatives.

  • La majorité sexuelle à 18 ans pour les deux sexes

La majorité sexuelle est l’âge à partir duquel un individu peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que celui-ci ne commette une infraction pénalement réprimée. Cet âge était fixé à 18 ans pour un garçon et à 20 ans pour une fille. Il a été harmonisé entre les deux sexes, et est désormais de 18 ans aussi bien pour les filles que pour les garçons.

  • Hommes et mineurs de sexe masculin sont considérés comme potentielles victimes

De plus, l’article 227 et 227 bis relatifs respectivement au viol et aux relations sexuelles consenties avec des mineurs ne concernaient auparavant que les femmes et les jeunes filles. Par conséquent, un homme ou un mineur de sexe masculin ne pouvaient être considérés comme victimes de viol. Dans un tel cas de figure, le terme correspondant pour un viol ou un détournement de mineur de sexe masculin était « attentat à la pudeur ». Et les peines encourues par l’agresseur ou le violeur étaient moindres (6 ans si la victime est majeure et 12 ans si la victime est mineure) comparées à celles prévues par l’article 227 ( 20 ans d’emprisonnement en l’absence de circonstances aggravantes) et 227 bis (6 ans d’emprisonnement en l’absence de circonstances aggravantes).

« À travers cette loi, nous voulions obtenir une égalité réelle entre les hommes et les femmes. Cette égalité vient aussi en assurant une meilleure protection des hommes. L’idée d’une victime exclusivement féminine et d’un agresseur exclusivement masculin est contraire à l’équité », explique Monia Ben Jémia, présidente de l’AFTD, contactée par Jeune Afrique.

  • La notion de violence morale entre conjoints est dans la loi

La notion de violence morale entre deux conjoints, inexistante auparavant, a été introduite dans la loi. Concernant les conjoints, justement, il faut noter que via le nouveau texte, la notion de couple a été élargie. Le couple ne désignait jusqu’ici dans le Code pénal que deux personnes mariées. Celle-ci ne pouvait donc être employée comme circonstance aggravante en cas de violence conjugale que lorsque la victime et son agresseur étaient mari et femme. La nouvelle loi introduit une définition du couple qui inclut aussi bien le mari que l’ex-mari et même le fiancé et l’ex-fiancé. «Nous avons essayé d’inclure le partenaire intime mais nous avons également été confrontés à une résistance de la part des différentes commissions. Cela dit, il s’agit déjà ici d’une grande avancée », assure Monia Kori.

  • Une meilleure protection pour les victimes de violences conjugales

Alors que le retrait de la plainte pour violences (physiques et morales) entre conjoints, ascendants et descendants suffisait auparavant à l’arrêt des poursuites, ce n’est plus le cas avec la nouvelle loi : désormais l’État se porte garant de la protection de la victime et assure à lui seul le jugement de l’agresseur.

La limite de cette disposition est que le viol conjugal reste un tabou, ignoré par la loi. Si la relation de couple est une circonstance aggravante dans les cas de violences, pour le viol elle ne l’est pas. « Même si le viol conjugal n’a pas été retenu à proprement parler, il l’a été de manière non expressive », estime Monia Kari. Pour elle, « la définition du viol précise bien qu’il peut être commis par quiconque sans faire aucune exception, cela peut potentiellement ouvrir la porte à la reconnaissance du viol conjugal ».

  • L’inceste concerne aussi les liens par alliance

Monia Ben Jémia se félicite également d’une autre victoire, celle de la dénomination de l’inceste. « Cela n’avait jamais été fait auparavant, les anciens textes ne l’évoquaient que de manière indirecte ».

La définition de l’inceste st désormais non seulement claire, mais aussi élargie par rapport aux textes précédents. Considérée comme une circonstance aggravante en cas de viol ou de détournement de mineur, elle ne concernait que les personnes ayant des liens de parenté. Désormais, elle concerne également les personnes liées par alliance (beau-père, beau-frère…). Un viol incestueux est alors puni de la prison à vie.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:56
Pour les Tunisiennes, une loi qui change tout
par 

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Décidément, la Tunisie ne fait rien comme les autres pays arabes. Ceux qui, depuis la « révolution » du 14 janvier 2011, la regardent de haut parce qu’elle se débat, sans guide ni boussole, dans un processus lent et difficile visant à instaurer une démocratie prospère devraient observer avec attention les événements dont elle est aujourd’hui le théâtre.

Ce 26 juillet, Naziha Laabidi, la ministre de la Femme, peinait à masquer son émotion après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi véritablement historiquesanctionnant les violences faites aux femmes. Toutes les violences, qu’elles soient le fait d’un mari, d’un frère, d’un parent, d’un employeur ou d’un citoyen lambda ; qu’elles soient physiques, bien sûr, mais aussi morales, sexuelles ou économiques. Le texte a été adopté – excusez du peu ! – à l’unanimité des 146 députés présents (sur 217 élus).

Bien que considérée, à raison, comme une pionnière en matière de défense des droits des femmes dans la région, et bien que sa Constitution adoptée en 2014 soit une des seules à avoir gravé dans le marbre que « les citoyens et citoyennes sont égaux en droits et devoirs », force est de reconnaître que les comportements et les mesures rétrogrades avaient fâcheusement tendance à perdurer, se fondant notamment sur un code du statut personnel qui fait de l’homme le chef de famille et maintient d’insupportables discriminations en ce qui concerne, par exemple, l’héritage : pourquoi les Tunisiennes devraient-elles toucher une part inférieure à celle de leurs frères ?

L’égalité parfaite n’est encore qu’un rêve

 

 

Et ne parlons même pas de l’interdiction qui leur est faite d’épouser un non-musulman, alors que l’inverse est possible. Ni de cette disposition moyenâgeuse – que la nouvelle loi, heureusement, abroge – qui prévoyait l’extinction des poursuites contre l’auteur de violences sexuelles dès lors qu’il acceptait d’épouser sa victime. À en croire une étude réalisée en 2010 par l’Office national de la famille, presque une femme sur deux affirme avoir subi au cours de sa vie « une ou plusieurs formes de violence ». Le chantier était donc d’importance.

Le bon chemin

Bien entendu, l’égalité parfaite n’est encore qu’un rêve, mais au moins la Tunisie a-t-elle pris le bon chemin – pour ce qui est de la démocratie, aussi, d’ailleurs. D’autant que le champ d’application de cette loi est très large. De nouvelles dispositions pénales comme la sévérité accrue des peines existantes ont été validées. S’y ajoutent de nouveaux délits, comme le harcèlement sexuel dans les lieux publics – une pratique, hélas ! fréquente –, l’utilisation d’enfants comme employés de maison ou l’instauration intentionnelle de discriminations salariales.

D’indispensables mesures de prévention sont prévues : création par le ministère de la Santé de programmes de formation des personnels médicaux aux méthodes de détection des violences ; création de programmes du même type destinés aux éducateurs et aux enseignants ; mise en place de mesures de soutien juridique, psychologique et médical au bénéfice des victimes (sans que celles-ci soient contraintes de déposer plainte au pénal) ; création au sein des forces de police d’unités spécialisées dans la répression des violences familiales ; nomination dans chaque gouvernorat d’un procureur ne traitant que ce type d’affaires…

Ce n’est pas demain que les Tunisiennes bénéficieront d’un statut équivalent en tout point à celui des Tunisien

 

 

 

 

Ne nous y trompons cependant pas : cette loi est une étape importante, capitale même, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Ce n’est pas demain que les Tunisiennes bénéficieront d’un statut équivalent en tout point à celui des Tunisiens. C’est affaire de temps (les mentalités n’évoluent que lentement), d’argent (car il va bien falloir financer les mesures inscrites dans le nouveau texte) et surtout de volonté. Et pas seulement celle des politiques. Car cette loi est le fruit du combat de la société civile tout entière, et celui des femmes en particulier, qui refusent tout archaïsme et se battent pour la modernité. Avant, les progrès en la matière étaient souvent le fait du prince, du zaïm : Bourguiba puis, dans une moindre mesure, Ben Ali. N’en déplaise aux esprits chagrins, c’est bien la preuve que certaines promesses de la révolution tunisienne ont été tenues.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:42

JEUNE AFRIQUE 

Égalité femmes-hommes : l’autre révolution tunisienne
 

Mais qu’est-ce qui a pris le président tunisien de gâcher, comme ça, les vacances des fidèles ? Lors de la célébration de la fête de la femme, le 13 août dernier, le voilà qui suggère, ni plus ni moins, de faire hériter les filles comme les garçons et de leur permettre de convoler avec des non-musulmans...

Panique sur les plages ! Retour précipité dans les mosquées. Fureur des imams qui, du Caire à Islamabad et d’Amman à Gaza, ont éructé contre le locataire de Carthage. Calmez-vous, les mecs ! Béji Caïd Essebsi (BCE) n’a fait que demander aux spécialistes d’« étudier » la question, formule vague – politicienne, diraient certains.

 
 
 

Bien que ce soit une façon bien maligne, il faut l’avouer, de faire sortir le loup Ennahdha de la tanière : le parti islamiste local est embarrassé, il ne peut pas se mettre à dos les femmes ni décevoir l’Occident, qu’il veut prendre à témoin de son esprit « féministe » et démocratique.

Non, frères, la modernité n’est pas dans le costume. Elle est dans la tête et dans les lois

 

 

 

Ses chefs se sont même affublés de cravates, signe extérieur de modernité. Non, frères, la modernité n’est pas dans le costume. Elle est dans la tête et dans les lois.

Elle est dans le sort que vous réservez à celles que vous considérez comme moins que votre moitié. La modernité n’est pas occidentale, elle est une charia universelle sans laquelle aucun projet de société ne peut être viable.

Pourquoi l’exégèse islamique a su évoluer sur d’autres lois religieuses, comme l’esclavage, la polygamie ou le tutorat, et non sur l’héritage ?

 

 

 

 

De fait, BCE a mis le doigt sur un dossier qui donne des sueurs aux fidèles depuis des lustres et sur lequel Bourguiba n’a pas pu trancher. Un dossier qui soulève la question : pourquoi l’exégèse islamique a su évoluer sur d’autres lois religieuses, comme l’esclavage, la polygamie ou le tutorat, et non sur l’héritage ?

Donner aux femmes la moitié de ce qui revient aux hommes pouvait peut-être se comprendre à l’époque du Prophète, où la gent féminine ne travaillait pas et était obligatoirement prise en charge par les hommes, mais aujourd’hui ?

Les Tunisiennes triment du matin au soir, s’en vont rapporter à leur petit mâle de quoi acheter son paquet de cigarettes, à leur mari, la bière qu’il exige pour ne pas les tabasser

 

 

 

 

 

Regardez la rue arabe, et plus spécialement la rue tunisienne : ce sont les femmes qui bossent. Les glandeurs, les paresseux, les fainéants se recrutent parmi la gent masculine. Combien de garçons passent leurs journées à tirer sur la chicha, à palabrer et à proférer des insultes ? Combien de bons à rien qui n’ont trouvé d’autre manière de prouver leur existence qu’en commandant à leurs sœurs et à leurs épouses ?

Pendant ce temps, les Tunisiennes triment du matin au soir, s’en vont rapporter à leur petit mâle de quoi acheter son paquet de cigarettes, à leur mari, la bière qu’il exige pour ne pas les tabasser.

Car ces derniers sont prompts à défendre le droit religieux dès qu’il s’agit de leurs privilèges et à l’enfreindre chaque fois qu’il y va de leurs petits plaisirs et grandes combines.

La même hypocrisie règne quant à la question du mariage de la musulmane avec le non-musulman.

Il faut être de mauvaise foi pour refuser de se demander pourquoi les filles du monde entier se marient avec des étrangers et pas les musulmanes

 

 

 

 

Les mahométans soutiennent mordicus qu’il leur est permis, à eux, de « traquer le gibier » partout où il se trouve, dans les réserves de Moïse ou de Jésus, mais que leurs coreligionnaires en gandoura sont leur chasse gardée.

Il faut vraiment se prendre pour les plus beaux partis et les plus intelligents de la planète pour raisonner de la sorte ! Il faut être de mauvaise foi pour refuser de se demander pourquoi les filles du monde entier se marient avec des étrangers et pas les musulmanes.

Ces dernières seraient-elles plus moches, ou plus parfaites, plus pures, ou moins fréquentables ? La crème ou le rebut de la féminité ? Sachant que la réponse à chacun de ces qualificatifs peut être une injure faite aux musulmanes elles-mêmes, comme elle peut être une injure faite au reste de l’humanité.

Pourtant, vous avez là, cheikhs suprêmes, un moyen de régler le problème et de dissuader les musulmanes de demander leur dû : les laisser épouser des étrangers. Ainsi, elles ne vous disputeraient plus le magot, et Dieu les pourvoirait d’une part égale sous d’autres cieux !

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:39

 

Tunisie : la composition du gouvernement « Chahed 2 » dévoilée
 

Le Premier ministre tunisien Youssef Chahed vient de rendre public la liste de son nouveau gouvernement, dévoilé suite à un entretien avec le président Béji Caïd Essebsi, ce mercredi. Un remaniement qui était attendu depuis plusieurs jours en Tunisie.

Nommé Premier ministre en août 2016, Youssef Chahed a présenté, ce mercredi 6 septembre, la composition de son second gouvernement. Il s’est entretenu dans la matinée avec le président Béji Caïd Essebsi au Palais de Carthage, au terme de plusieurs semaines de consultations et négociations avec les responsables politiques et syndicaux du pays.

 

Ceux qui espéraient que Youssef Chahed fasse une refonte totale avec des choix de rupture vont être déçus. Le patron de la Kasbah a opéré un remaniement partiel, portant sur 10 portefeuilles et la création d’un ministère des Grandes réformes, qui tient compte des partis signataires de la feuille de route du gouvernement d’Union nationale. « L’objectif est de s’assurer de leur soutien à l’Assemblée », souligne un indépendant qui avait décliné une offre ministérielle « faute de vision précise ».

Pourtant, faute d’un programme à long terme, Youssef Chahed semble chercher de nouvelles marques puisqu’il propose aux partis de lui soumettre des propositions en ce sens qui seront débattues fin septembre.

Les sortants et les revenants 

Le temps pour sa nouvelle équipe de s’installer et de prendre ses marques, même si la plupart des ministres désignés savent comment fonctionne un ministère. Certains ont été confirmés à leurs postes, tel que Ghazi Jéribi à la Justice, Samir Bettaieb à l’Agriculture ou encore Mabrouk Kourchid aux Domaines de l’État et Slim Khalbous à l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

D’autres sont d’anciens ministres revenus aux commandes, comme Slim Chaker de Nidaa Tounes nommé à la Santé, l’indépendant Abdelkarim Zbidi à la Défense, où il succède à Farhat Horchani, ou encore Hatem Ben Salem à l’Éducation. Hédi Majdoub, par contre, perd le ministère de l’Intérieur au profit de Lotfi Brahem, ancien chef de la Garde nationale.

Un ministère est non pourvu : celui de l’Économie. Chahed n’a pas jugé bon de remettre en route un département qui existait jusqu’à sa nomination en 2016 et qui est essentiel en ces temps de crise économique.

Ce remaniement a eu aussi son lot de chaises musicales. C’est le cas de Zied Laadheri qui passe au Développement, investissement et coopération internationale après avoir été décrié au ministère du Commerce et de l’industrie. De même pour Imed Hammami nommé à la tête du département de l’Industrie et des PME après avoir dirigé celui de la formation professionnelle, qui a échu dans ce remaniement à Faouzi Abderrahmane. Tous les deux membres du parti islamiste d’Ennahda, Laadheri et Hammami permettront à leur formation d’avoir de la visibilité dans ce gouvernement.

Parité, on repassera !

La nomination la plus attendue est celle du ministre des Finances qui revient à Ridha Chalghoum, ancien conseiller auprès du Président de la République chargé du suivi des réformes économiques en 2015 et directeur de cabinet du Chef du gouvernement depuis juin 2017. Il avait déjà occupé ce poste entre 2010 et 2011 sous l’ancien président, Zine Al Abidine Ben Ali.

Côté parité, le gouvernement n’a pas tenu le cap et n’a nommé que Sarra Ben Rejeb au Secrétariat d’État au Transport. Les ministres, Samia Meraï, Sayda Lounissi et Faten Kallel sont passés à la trappe. Tandis que Selma Elloumi Rekik, Naziha Laabidi et Madjouline Cherni conservent leurs portefeuilles.

Si la cote de popularité du Premier ministre reconduit a fortement augmenté auprès des Tunisiens, principalement du fait de la croisade anti-corruption qu’il a lancée, Youssef Chahed s’est trouvé relativement isolé, politiquement, ces dernières semaines.


La composition du gouvernement « Chahed 2 »

Ministre de l’Intérieur : Lotfi Brahem

Ministre de la Défense nationale : Abdelkrim Zbidi

Ministre des Affaires étrangères : Khemaïes Jhinaoui

Ministre de la Justice : Ghazi Jeribi

Ministre des Finances : Ridha Chalghoum

Ministre des Affaires religieuses : Ahmed Adhoum

Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale : Zied Laâdhari

Ministre de l’Education nationale : Hatem Ben Salem

Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Slim Khalbous

Ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle : Faouzi Abderrahmane

Ministre de la Santé publique : Slim Chaker

Ministre des Affaires locales et de l’Environnement : Riadh Mouakhar

Ministre des Affaires sociales : Mohamed Trabelsi

Ministre des Affaires culturelles : Mohamed Zine El Abidine

Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance : Naziha Laâbidi

Ministre du Commerce : Omar Behi

Ministre de l’Industrie et des PME : Imed Hammami

Ministre de l’Energie, des Mines et de l’Energie renouvelable : Khaled Kaddour

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Majdouline Cherni

Ministre du Transport : Radhouane Ayara

Ministre des Domaines de l’État : Mabrouk Korchid

Ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche : Samir Taïeb

Ministre de l’Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire : Mohamed Salah Arfaoui

Ministre du Tourisme et de l’Artisanat : Selma Elloumi Rekik

Ministre des Technologies de l’information et de l’Economie numérique : Anouar Maârouf

Ministre chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement : Iyed Dahmani

Ministre chargé des Relations avec les Instances constitutionnelles, la Société civile et les Organisations des droits de l’Homme : Mehdi Ben Gharbia

Ministre auprès du chef du gouvernement chargé des grandes réformes : Taoufik Rajhi

Secrétaires d’État :

Secrétaire d’État auprès du ministre du Transport : Sarra Rejeb

Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la diplomatie économique: Hatem Chahreddine Ferjeni

Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie et des PME : Selim Feriani

Secrétaire d’État auprès du ministre du Commerce chargé du Commerce extérieur: Hichem Ben Ahmed

Secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé: Sonia Bechikh

Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires sociales en charge de l’immigration et des Tunisiens à l’étranger: Adel Jarbouîi

Secrétaire d’État auprès du ministre de la Jeunesse et des sports chargé de la jeunesse: Abdoulkoudous Saâdaoui

 

 

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:29

 

L'actualité en Tunisie, autrement

Caid Essebsi n’écarte pas la fin de l’alliance avec Ennahdha

Le président de la république, Béji Caid Essebsi, est revenu sur le rôle joué par Ennahdha sur la scène politique et l’annonce prochaine du remaniement ministériel. 

Dans une interview accordée au journal en langue arabe « Essahafa », parue aujourd’hui, mercredi 6 septembre 2017, le chef de l’Etat a indiqué que les résultats des élections législatives de 2014 ont obligé Nidaa Tounes, vainqueur du scrutin, de s’allier avec Ennahdha, le parti islamiste présidé par Rached Ghannouchi, pour constituer un gouvernement.

«Nous nous sommes retrouvés dans une situation délicate. La seule solution que nous avons trouvée pour sortir la Tunisie de la crise est de nous allier avec Ennahdha, qui était prêt à former cette alliance», ajoutant : «Nous avons espéré aider à transformer Ennahdha en un parti civil, mais il semble que nous avons mal évalué la situation.»

A une question relative à la possibilité de rompre cette alliance, M. Caïd Essebsi a répondu qu’il ne le souhaite pas, laissant ainsi entendre que cette perspective n’est pas totalement écartée.

M. Caid Essebsi a, par ailleurs, indiqué que le remaniement ministériel annoncé sera un changement de dernière chance. «Ce remaniement nécessite des consultations avec les différentes partis politiques signataires de l’accord de Carthage qui doivent soutenir ce nouveau gouvernement», a précisé le président de la république, en appelant les partis politiques à mettre les intérêts supérieurs de la Tunisie au-dessus des intérêts corporatistes et partisans, dans ce qui ressemble à un message envoyé aux partis Nidaa et Ennahdha, qui cherchent à avoir leur part dans le gâteau du remaniement en vue.

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 12:16
L'actualité en Tunisie, autrement
Mseddi revient sur le rôle de la police parallèle dans la montée du terrorisme

La députée Fatma Mseddi a indiqué que la police parallèle a été impliquée dans l’envoi des jeunes dans les zones de conflits.

Dans un post publié sur son compte Facebook, aujourd’hui, lundi 28 août 2017, l’ex-membre du bloc parlementaire de Nidaa Tounes a indiqué que la police parallèle a, dans l’année 2012, collaboré avec le chef de l’organisation terroriste tunisienne Ansar Charia, Seifallah Ben Hassine (alias Abou Iyadh), en fuite en Libye depuis septembre 2012, dans l’envoi des jeunes dans les zones de conflits.

«Après la diffusion samedi dernier du reportage de la chaîne saoudienne Al-Arabiya sur l’envoi des jeunes Tunisiens dans les zones de conflits, ni les partis politiques ni le gouvernement ou même le ministère de l’Intérieur n’ont publié des communiqués sur le sujet», a-t-elle fait remarquer.

Mme Mseddi a, par ailleurs, publié dans le même post, 2 fac-similés d’un récent rapport prouvant, selon elle, que la police parallèle, en place dans les année 2012-2014 et dépendant directement du parti islamiste Ennahdha, est bien impliquée dans l’envoi des jeunes au jihad en Syrie et en Irak.

«Selon un rapport du syndicat des forces de sécurité, la police parallèle a été en contact avec Abou Iyadh. Les anciens haut cadres sécuritaires du ministère de l’Intérieur, Mehrez Zouari et Abdelkarim Abidi sont impliqués dans l’envoi des jeunes Tunisiens dans les zones de conflits. Ce rapport prouve aussi que la police parallèle a soutenu des groupes terroristes dans cette opération», a écrit Fatma Mseddi, ajoutant : «Des agents de la police ont été démis de leurs fonctions sans être traduits devant la justice. Abdelkrim Abidi a certes été traduit devant la justice en 2013, mais aucun verdict n’a, à ce jour, été émis contre lui», laissant ainsi entendre que la justice est, elle aussi, complice de ce système d’omerta mis en place par le parti islamiste Ennahdha pour empêcher la révélation de la vérité sur ses responsabilités dans la montée de l’extrémisme religieux et du terrorisme en Tunisie.

E. B. A

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 12:12
Ghanim à Ghannouchi : Tu es un traître !

Le prédicateur extrémiste Wajdi Ghanim a indiqué qu’il est innocent des accusations lancées contre lui par les Tunisiens.

Dans une vidéo publiée sur sa chaîne Youtube, dimanche 27 août 2017, le prédicateur égyptien réfugié en Turquie depuis mars dernier, connu pour être proche de la confrérie des Frères musulmans, classée organisation terroriste en Egypte, a déclaré, qu’il n’a jamais lancé un appel à la haine et au meurtre contre les Tunisiens qualifiés de mécréants.

«Je n’ai fait qu’expliquer ce qui est indiqué dans le Coran concernant l’égalité dans l’héritage entre l’homme et la femme et le mariage d’une Tunisienne musulmane avec un non-musulman», ajoutant : «Ceux qui ont prétendu que j’ai traité les Tunisiens musulmans de mécréants ne sont que des menteurs. Je remercie Allah pour tous les encouragements et le soutien de mes frères et sœurs de Tunisie. Ils savent que je dis la vérité», a indiqué le prédicateur extrémiste, condamné à 5 ans de prison par le tribunal du Caire, en Egypte.

Wajdi Ghanim a, par ailleurs, adressé un message particulier, et de manière indirecte, à son ami de longue date Rached Ghannouchi, président du mouvement islamiste Ennahdha et membre de l’Organisation internationale des Frères musulmans : «Tu prétends devant tout le monde que je suis ton frère devant Allah. Lorsque j’avais le plus besoin de toi, tu étais absent. C’est une trahison et jamais je te pardonnerais!», a-t-il lancé, par allusion au silence du dirigeant islamiste tunisien, qui a évité, jusque-là, de se prononcer sur la proposition du président de la république, Béji Caïd Essebsi, de réviser la loi pour instaurer l’égalité successorale entre l’homme et la femme et autoriser le mariage d’une tunisienne musulmane avec un non-musulman. Proposition qui avait suscité la réaction incendiaire de l’Egyptien et ses vociférations contre les «Tunisiens mécréants».

E. B. A.

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 12:06
L'actualité en Tunisie, autrement
De la nécessité de renforcer les pouvoirs du chef du gouvernement

Ghannouchi, «Ayotallah et commandant suprême», continue de narguer le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et de lui imposer leurs calendriers, priorités et logiques. 

Par Asef Ben Ammar *

De manière surprenante, le parti Ennahdha annonçait la semaine dernière que le remaniement ministériel, tant attendu, ne peut être que partiel, et que l’évaluation de la performance des ministres en exercice se fera uniquement à l’aune des engagements la Feuille de Route de Carthage (FRC), et aucunement au regard du discours d’investiture du chef du gouvernement Youssef Chahed, tenu à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), fin août 2016.

Des mauvaises nouvelles pour la Tunisie et un autre coup de massue pour la transition démocratique. Regardons pourquoi!

Un message codé, pour deux bravades !

En termes décodés, Rached Ghannouchi assène une double bravade au chef du gouvernement. La première bravade somme le chef du gouvernement de ne pas procéder à un remaniement ministériel élargi. Le parti de Ghannouchi ajoute qu’il faut attendre les élections municipales et passer, dans tous les cas, par les partenaires signataires de la FRC, avant de procéder à un remaniement élargi. Selon Ennahdha, le chef du gouvernement ne peut pas remanier son gouvernement et ne peut que pourvoir les postes ministériels vacants, ni plus ni moins!

La deuxième bravade a trait à l’évaluation de la performance des ministres en exercice. Ghannouchi postule que cette évaluation ne peut pas se faire au regard du discours d’investiture du chef de gouvernement, avec prise en compte des objectifs et mandats assignés par le chef du gouvernement aux ministres lors de leur nomination.

Ghannouchi prétend aussi que l’évaluation de la performance des ministres ne peut se faire qu’à l’aune des principes et critères de la FRC, ceux convenus avec des partenaires rassemblés de façon ad hoc (élus et non élus), et sous l’égide direct du président Béji Caïd Essebsi.

Ces déclarations tombent mal, coïncidant avec un contexte où toute la Tunisie attend impatiemment le remaniement ministériel, annoncé depuis le mois de juin. Encore une fois, Ghannouchi ose défier le chef du gouvernement en imposant son calendrier, ses priorités et sa logique. Il se permet d’agir en «Ayotallah et commandant suprême» qui décide et qui peut imposer ses diktats au gouvernement.

Cela tombe mal aussi parce que l’économie tunisienne commence à décrocher sérieusement, avec quasiment tous les voyants du tableau de bord qui ont viré au rouge (chômage, inflation, double-déficits, dettes, décote de la Tunisie, dévaluation, baisse des réserves en devise, etc.). Une situation économique qui impose de nouvelles approches et de nouvelles compétences ministérielles; impossibles à mobiliser autrement que par un remaniement ministériel élargi et urgent.

Ce que propose Ghannouchi déroge à l’esprit et à la lettre de la Constitution; celle-ci accorde au chef du gouvernement une marge de manœuvre plus importante, plus axée sur les résultats et éloignée des tiraillements partisans et autres marchandages occultes entre les partis politiques.

Feuille de route de Carthage, l’impasse!

Ghannouchi met de l’huile sur le feu! Il ajoute à la crise économique une crise politique, autrement plus néfaste. Valorisant sa majorité d’élus au parlement, suite à l’implosion du Nidaa, Ghannouchi bombe le torse et hausse le ton. Très probablement parce que la sous-performance des ministres issus d’Ennahdha est pointée du doigt, notamment au regard de l’échec patent en matière d’incitations au travail, de formation professionnelle, de création d’emplois ou encore en matière de réduction du déficit commercial et de promotion des exportations. Peut-être aussi que les candidats proposés par Ennahdha pour les postes clefs visés par le remaniement souhaité ont été jugés irrecevables et incompétents.

Cela dit, la posture d’Ennhadha déroge aux standards et aux principes régissant une gouvernance axée sur les résultats, motivée par la performance et évoluant dans la flexibilité des équipes ministérielles et des actions à mener.
Quasiment, tous les manuels de science politique nous apprennent qu’un gouvernement fonctionne comme une équipe de sport collectif, il faut un entraîneur qui motive, qui gronde et qui remplace, le cas échéant, les moins bons par d’autres, mieux entraînés et plus performants.

Tout indique qu’en agissant de la sorte, Ennahdha veut déconnecter le chef du gouvernement de ses engagements et promesses tenus lors du discours d’investiture. Le tout pour mettre la main sur le volant de la gouvernance (volant tenu en principe par Youssef Chahed); et imposer sa ligne de conduite sur les ajustements à venir, sur les décisions à prendre, sur la gestion des performances, sur la gouvernance des contingences et sur la définition des priorités de l’agenda politique.

La position de Ghannouchi en dit long sur son opportunisme politique et sur son incompréhension des enjeux de l’heure: une économie quasiment en panne d’avenir, des citoyens qui perdent espoir et une transition démocratique aux abois.
La posture de Ghannouchi a cependant un mérite. Elle met au grand jour l’impasse générée par la Feuille de route de Carthage.

Une bouée devenue un boulet!

La FRC est censée être un mécanisme ad hoc de coordination permettant d’outiller l’action gouvernementale d’une vision stratégique (orientations et objectifs), d’une démarche organisationnelle (partage des responsabilités, moyens, instruments, pouvoir) et d’une planification opérationnelle (qui fait quoi, qui apporte quoi, etc.).

Mais dans la pratique, la FRC est devenue progressivement un prisme de chantage, une plateforme de résistance aux changements et un magma d’incohérences dans l’action gouvernementale. La FRC était conçue et communiquée comme une bouée de sauvetage de l’économie tunisienne. Elle est désormais un boulet qui traîne vers le bas la gestion gouvernementale des politiques publiques, empirant encore plus les problématiques économiques.

Deux aberrations expliquent pourquoi FRC est passée de bouée à boulet.

La première a trait au caractère hétéroclite des partis présents au sein du gouvernement engendré par la FRC. Comme l’Arche de Noé, toutes les sensibilités politiques ont été embarquées dans le mécanisme de la FRC, certaines sensibilités non présentes au sein du parlement ont grâce à la FRC obtenu des postes ministériels importants leur permettant de gouverner sans disposer d’aucune légitimité issue des urnes.

Par le jeu de la négociation (véto, alliance, chantage, etc.) et par les contingences de l’exercice du pouvoir, les différentes sensibilités politiques présentes au gouvernement finissent par livrer des politiques publiques qui s’écartent des promesses électorales tenues par chacun des partis présents.

Il y a ici une grave rupture et un écart sans cesse grandissant (gap) entre les attentes citoyennes (exprimées par le vote) et les consensus obtenus au sein du gouvernement pour contrer un problème et le solutionner de tels ou tels autres instruments de politiques publiques.

Dit autrement la FRC trahit le vote du citoyen et lui propose des politiques publiques pervertis pour lesquelles il n’a pas voté. Ceci explique largement la déception et l’insatisfaction des citoyens face aux politiques gouvernementales et face au gouvernement de manière générale.

En somme la FRC a enfanté un mécanisme monstrueux basé sur une coalition atypique faisant cohabiter les plus incompatibles et les plus antinomiques, pour gouverner un bateau qui chavire de plus en plus! La FRC est basée sur une vision naïve de la coordination, puisqu’elle nivelle par le bas et met sur le même pied d’égalité des forces inégales en légitimité électorale et en compétence opérationnelle.

La deuxième aberration de la FRC tient au choix du chef du gouvernement. En l’état, le chef du gouvernement n’est pas un élu et est désigné pour gouverner, sans avoir la légitimité des urnes et savoir quelle cause défendre (en priorité) et quel type de politique il doit livrer pour honorer ses promesses électorales.

La FRC confie le poste du chef de gouvernement à un non-élu, tout en restant parrainée par Caïd Essebsi, un président élu démocratiquement pour 5 ans, et devant composer avec un régime politique plutôt parlementaire, où c’est le chef du gouvernement qui gère les politiques publiques.

Chahed face à l’arrogance de Ghannouchi

Dans les faits, la FRC a augmenté les pouvoirs du président et des partenaires au détriment de ceux du chef de gouvernement. Ce dernier apparaît de plus en plus comme un sous-traitant désigné pour constituer et diriger un gouvernement où chaque parti et partie prenante dispose d’un certain nombre de postes ministériels (quota fixe). De nombreux observateurs n’hésitent pas dénoncer la FRC, en tant que mécanisme ad hoc et inconstitutionnel.

Grâce à la FRC, les ministres peuvent jouent les agents doubles, agissant un peu pour le gouvernement et consacrant l’essentiel de leur effort (et actions) au service de leur parti (pour ne pas dire la rue et la dissidence).

Les ministres peuvent se permettre les erreurs, les abus et les incompétences sachant qu’ils relèvent plus d’un mécanisme politique (FRC), tout en ayant les pleins pouvoirs sur des mécanismes de gouvernance (ministère, etc.), sans s’exposer à la rigueur de l’évaluation de leur performance par le chef du gouvernement.

C’est un peu cela que le parti Ennahdha a voulu défendre et perdurer en s’attaquant aux pouvoirs du chef du gouvernement, en matière de remaniement et d’évaluation de ses ministres et politiques publiques.

Dans les faits, la FRC apparaît comme un mécanisme inconstitutionnel, un leurre et un piège tendu par certains partenaires, dont Ennahdha, pour grignoter toujours plus de pouvoir et de contrôle sur la gouvernance des politiques publiques.

Pour Ennahdha et pas seulement, la FRC constitue un levier qui permet d’avoir les pouvoirs qu’ils n’ont pas pu obtenir par les élections ou pour des raisons de séparation des pouvoirs dans la Tunisie démocratique.

Jusqu’à quand doit-on vivre les méfaits et les supplices de cette FRC et doit-on s’en défaire avant qu’il ne soit trop tard?

Répondre à ces questions permettra de renforcer les pouvoirs de gouvernance du chef du gouvernement. Cela permet aussi de faire barrage aux velléités de Ghannouchi et du parti Ennahdha, qui s’immiscent et avec arrogance dans les champs de compétences du chef du gouvernement.

* Ph.D, Analyste en économie politique.

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 18:33
Réfugiés et inégalités Nord - Sud
 
Les textes, manifestes et appels diffusés depuis plusieurs années par des associations nombreuses et des organisations politiques en faveur de l' accueil des migrants n' a pas rencontré jusqu'à présent beaucoup de succès auprès des diverses institutions interpellées.
Parallèlement à ces actions, en replaçant la question de l' accueil des migrants dans le cadre général des inégalités Nord - Sud ( dont elle n' est qu' un des aspects ), des mobilisations pour des rapports plus égalitaires avec les pays d' origine pourraient ( peut être ? ) mieux et plus largement faire comprendre l' iniquité des situations là bas et ici, et donc modifier le rapport de forces.
 
L' anthropologue Claude Meillassous résumait en quelques lignes en 1977 la continuité de l' exploitation: ( repris en 2013 par l' économiste argentin José Luis  Corraggio [1] )
" L' accumulation primitive a accompagné toute la modernité et continue sous des formes plus ou moins pacifiques: les mines à ciel ouvert, l' extraction du pétrole qui empiète sur l' habitat indigène ou populaire, l' imposition du paiement usurier des dettes illégitimes, la continuelle exploitation indirecte du travail domestique des femmes et des enfants qui a lieu désormais à l' échelle globale, ou encore l' utilisation de l' État pour consolider la propriété privée de ressources qui sont le patrimoine de peuples ancestraux ou de l' humanité. Les formes qu' a prises la relation centre/périphérie après la colonisation ne sont aucunement dénuées de violence, la dépendance politique et la gestion des dettes allant des blocus par des flottes étrangères jusqu'aux conditions posées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. "
 
La revue Alternatives Sud " L' aggravation des inégalités " (2015)[2]   indique dans sa présentation: " Quant à l' écart entre pays riches et pays pauvres, si son explosion remonte à la période coloniale, il a encore pratiquement triplé depuis lors pour atteindre un rapport de 80 à 1. "
 
Dans une interview dans l' Express ( 5/5/2014 ) " Inégalités en Afrique: Agissons maintenant ! " le politicien franco-togolais Kofi Yamgnane dénonçait notamment l' accaparement des terres par des multinationales ou des États étrangers, et s' inquiétait de l' impact des inégalités ( paupérisation, délitement des solidarités, corruption et instabilité ).
 
Patrick Chamoiseau a commenté son livre " Frères migrants " sur le site Diacritik [3] le 10/7/2017:
" Laisser-mourir est devenu politiquement rentable car cela laisse penser que l' on s' érige protecteur contre la mise en relation de nos humanités. Seule la mise en contact régulée par le Marché est acceptable."
" L' imaginaire inavoué de l' Europe est l' Empire. (...) Car l' Empire est en soi un isolement. "
 
En fait  l' expression de la solidarité des pays occidentaux a évolué et a considérablement bifurqué vers l' action des ONG. 
Voici ce qu' écrivait en 2009 à propos des ONG le consul du Burkina Faso de Nice [4]:
" Si à la naissance de l' ONU on en dénombrait moins d' une cinquantaine, elles seraient à l' heure actuelle près de 40.000 dans le monde. Depuis que le concept de " village planétaire " a été véhiculé par les médias (...) les États et les Organisations internationales à l' échelle planétaire tiennent de plus en plus compte de ces acteurs atypiques que sont les ONG (...).
La prise de conscience de la communauté internationale est telle en ce début du XXIè siècle, que les ONG et ce que l' on appelle communément la " société civile " sont des acteurs politiques majeurs de la vie internationale. "
 
En 2003 la géographe Sylvie Brunel [5] a donné une conférence à l' Université de tous les savoirs ", sur le thème " Les ONG et la mondialisation "
" En préambule, un constat s' impose: depuis la fin de la guerre froide, les ONG explosent et jouent un rôle croissant sur la scène internationale.
ONG " de terrain " comme mouvements de lobbying et de sensibilisation, ONG du Nord et du Sud, ONG " associatives " mais aussi ce que les Anglo-Saxons appellent les " gongos " ( gouvernemental NGO...) tirant leurs ressources des financements publics, les ONG sont partout, l' humanitaire fait recette et ses hérauts figurent en tête des personnalités préférées des opinions publiques. " S. Brunel s' interrogeait ensuite sur la légitimité des ONG, leur transparence et surtout:  " L' action humanitaire contribue-t-elle vraiment, aujourd'hui, au développement ? "
 
La dernière livraison parue ( 2017 ) de la revue Alternatives Sud porte en titre " ONG  Dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ? " [6]   elle introduit beaucoup de questions et de préoccupations salutaires.
 
Les ONG agissent et s' activent, parfois dans des conditions d'urgence extrême; elles obtiennent des résultats et facilitent des évolutions; mais n' influent pas sur le rapport de force global et n'infléchissent pas l'orientation dominante.
 
Sensibiliser et mobiliser l' opinion publique pour la résorption des inégalités permettrait d' avancer vers le " monde dans la perspective des migrants "  que définit Patrick Chamoiseau: " [3] Ce serait un monde qui se perçoit, se vit, se réalise et s' organise comme un monde dans la totale plénitude du vivant. (...) Dans un tel monde, la mobilité de tous vers tous et par tous devient une donnée élémentaire de base qui ne s' oppose à aucune permanence ni à aucune sûreté collective. Ce sera le monde de la Relation ! "
 
 
[1]   " Socioéconomie et démocratie " Isabelle Hillenkamp et Jean Louis Laville mai 2013 éd. Erès
[2]  Julie Godin 09/2015 éd. Syllepse
[4]  Lettre n° 16 du consulat - avril 2009. Le mot du Consul: " Les ONG à l' heure de la mondialisation "
[5]  Le Monde 25/06/2003, présentation de la conférence de Sylvie Brunel du 22 /07/2003
[6]  Julie Godin 05/2017 éd. Syllepse
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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 18:18
Macron veut des « hébergements d'urgence partout »
LES ECHOS  
 
 
 
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Le président de la République a annoncé la création de « hotspots » en Libye.

En déplacement hier à Orléans pour participer à une cérémonie de naturalisation, Emmanuel Macron en a profité pour prononcer un discours sur l'accueil des migrants. Tout en rappelant la «  tradition d'accueil » de la France, il a réaffirmé la ligne gouvernementale séparant le traitement des demandeurs d'asile et des migrants économiques. «  Il n'existe pas le pays qui peut aujourd'hui accueillir l'ensemble des migrants économiques », a admis le Président , qui a rappelé que près d'un million de personnes sont actuellement en Libye pour tenter la traversée de la Méditerranée.

Décidé à agir en amont, Macron a annoncé la création cet été de «  hotspots » en Libye, des centres d'examen de demandes d'asile. Le but est de dissuader les personnes non éligibles au droit d'asile d'entamer une traversée périlleuse. Une proposition qui laisse les associations de défense des migrants dubitatives, car parmi les « hotspots » déjà existants en Libye, certains ressemblent plus à des zones de non-droit, gérées par des milices, voire des trafiquants, que de véritables centres de rétention. «  Qui M. Macron va-t-il envoyer là-bas pour gérer ces « hotspots » ? Quelles garanties pour assurer que les droits des personnes soient respectés ? » s'interroge l'association Human Rights Watch. L'Elysée a d'ailleurs précisé jeudi soir que cette solution n'était «  pas possible aujourd'hui » et qu'  « une mission de faisabilité » se tiendrait «  fin août ».

Plus d'hébergements

Le président de la République s'est exprimé sur l'hébergement des migrants arrivés en France et en attente de demande d'asile. «  Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus [...] Je veux partout des hébergements d'urgence », a affirmé Emmanuel Macron. Une position qui va à 180 degrés de celle défendue par son ministre de l'Intérieur. Gérard Collomb s'était opposé en juin dernier à toute nouvelle ouverture de centres pour migrants. Le budget de l'hébergement d'urgence étant régulièrement sous-doté, la promesse du président sera compliquée à tenir. Emmanuel Macron s'est par ailleurs engagé à une «  réduction drastique » des délais de traitement des demandes d'asile.

C. M., Les Echos
Macron veut des « hébergements d'urgence partout »
LES ECHOS  
 
 
 
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Le président de la République a annoncé la création de « hotspots » en Libye.

En déplacement hier à Orléans pour participer à une cérémonie de naturalisation, Emmanuel Macron en a profité pour prononcer un discours sur l'accueil des migrants. Tout en rappelant la «  tradition d'accueil » de la France, il a réaffirmé la ligne gouvernementale séparant le traitement des demandeurs d'asile et des migrants économiques. «  Il n'existe pas le pays qui peut aujourd'hui accueillir l'ensemble des migrants économiques », a admis le Président , qui a rappelé que près d'un million de personnes sont actuellement en Libye pour tenter la traversée de la Méditerranée.

Décidé à agir en amont, Macron a annoncé la création cet été de «  hotspots » en Libye, des centres d'examen de demandes d'asile. Le but est de dissuader les personnes non éligibles au droit d'asile d'entamer une traversée périlleuse. Une proposition qui laisse les associations de défense des migrants dubitatives, car parmi les « hotspots » déjà existants en Libye, certains ressemblent plus à des zones de non-droit, gérées par des milices, voire des trafiquants, que de véritables centres de rétention. «  Qui M. Macron va-t-il envoyer là-bas pour gérer ces « hotspots » ? Quelles garanties pour assurer que les droits des personnes soient respectés ? » s'interroge l'association Human Rights Watch. L'Elysée a d'ailleurs précisé jeudi soir que cette solution n'était «  pas possible aujourd'hui » et qu'  « une mission de faisabilité » se tiendrait «  fin août ».

Plus d'hébergements

Le président de la République s'est exprimé sur l'hébergement des migrants arrivés en France et en attente de demande d'asile. «  Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus [...] Je veux partout des hébergements d'urgence », a affirmé Emmanuel Macron. Une position qui va à 180 degrés de celle défendue par son ministre de l'Intérieur. Gérard Collomb s'était opposé en juin dernier à toute nouvelle ouverture de centres pour migrants. Le budget de l'hébergement d'urgence étant régulièrement sous-doté, la promesse du président sera compliquée à tenir. Emmanuel Macron s'est par ailleurs engagé à une «  réduction drastique » des délais de traitement des demandes d'asile.

C. M., Les Echos

 

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