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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 19:27

COMMUNIQUE

Solidarité avec les réfugiés syriens bloqués à la frontière algéro-marocaine

Depuis le 17 avril 2017, plus de 55 réfugiés syriens, dont 20 enfants et 17 femmes, sont rejetés de part et d'autre de la frontière algéro-marocaine par les deux armées respectives des deux pays. Ils vivent dans une situation tragique, sous un soleil de plomb, en plein désert. Les autorités des deux pays passent aujourd'hui leur temps à se renvoyer la responsabilité sans venir en aide à ces réfugiés. Elles sont coupables de non-assistance à personnes en danger.

La militarisation des frontières algéro-marocaines entraîne de graves violations des droits humains. Depuis plusieurs années, les deux armées chassent les migrants subsahariens d'une frontière à l’autre. Et aujourd’hui, en flagrant délit d'atteinte aux droits des réfugiés et de la Convention internationale de Genève relative à la protection des réfugiés, elles bafouent le plus élémentaire des droits humains : celui d'accueillir des demandeurs d'asile fuyant la guerre dans leur pays.

Cette attitude illustre, dramatiquement, les conséquences de l'approche du tout-sécuritaire imposée aux peuples de la région, qui aspirent à un Maghreb des peuples ouvert, solidaire et démocratique.

Face à cette situation, les associations et organisations signataires :

  • alertent l'opinion publique sur ce drame humain, qui se déroule près de Figuig, à la frontière algéro-marocaine ;
  • exigent des autorités marocaines et algériennes d'assurer la protection des réfugiés, de les accueillir dignement, et de leur garantir instamment l'acheminement des vivres et des soins ;
  • interpellent les instances internationales pour une solution rapide dans le respect du droit et des conventions internationales.

Paris, le 5 mai 2017

بيان صحفي

لنتضامن مع اللاجئين السوريين المحجوزين على الحدود الجزائرية المغربية

منذ 17 أبريل الماضي، أكثر من 55 لاجئ سوري من بينهم 20 طفلا و17 امرأة موقوفون على الحدود الجزائرية المغربية في وضعية مأساوية تحت حرارة وقساوة الطقس في منطقة قاحلة عوض إيجاد حلول لإنقاد حياة هاؤلاء اللاجئين، يتراشق مسؤولو البلدين التّْهم دون اعتبار لمعانات هاؤلاء العائلات وهذا السلوك هو جريمة في حق هؤلاء الضحايا

إن عسكرة الحدود المغربية الجزائرية أدت إلى العديد من الخروقات لحقوق الإنسان منذ العديد من من السنوات جيشا البلدين يتابعون ويطردون مهاجري جنوب الصحراء واليوم تخرق سلطات هذين البلدين الحقوق الدنيا للاجئين وضرورة حمايتهم المنصوص عليها في اتفاقية جنيف المتعلقة بحماية اللاجئين

إن هذه السياسة المٌتبعة توضح بشكل مأساوي نتائج المقاربة الأمنية المفروضة على شعوب المنطقة التي تطمح إلى بناء فضاء مغاربي مفتوح، تضامني وديموقراطي

أمام هذه الوضعية تعمل الجمعيات الموقعة أسفله على تنبيه الرأي العام العالمي إلى المأساة الإنسانية الحالية التي تجري أمام أعيننا

ـ نطالب سلطات البلدين المغرب والجزائر لحماية هاؤلاء اللاجئين وضمان كرامتهم والجواب العاجل لحاجياتهم الغذائية والصحية

ـ نناشد المنظمات الدولية من أجل العمل على إيجاد حل سريع في انتظار تفعيل الإتفاقيات الدولية لحماية اللاجئين

باريس في يوم 3 ماي 2017

Contacts

Souad Chaouih : 06 64 83 36 10 Mail : Pole.amf@gmail.com

Tewfik Allal : 06 81 60 65 43 : tewfik.allal@mailfr.com

Premières associations signataires :

Immigration Développement Démocratie (IDD),

Association des Marocains en France (AMF),

Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM),

Collectif algérien en France ACDA (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie),

Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR),

Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT),

Fédération des amis de Figuig (FAF),

Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF),

Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie (Belgique),

Centre Euromed migration et développement EMCEMO (Pays-Bas),

Association Na'oura (Belgique),

Plateforme euro-marocaine MDCD,

Association des Tunisiens en France (ATF),

Forum marocain Vérité et justice-France (FMVJ-F),

Forum citoyen solidaire des Marocains en Europe (FCSME),

Réseau Euromed France (REF),

Femmes plurielles,

Collectif de femmes algériennes en France APEL-Egalité,

Coordination des sans-papiers (CSP 75),

Coordination internationale des sans-papiers (CISPM),

Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF),

Ligue des droits de l’homme (LDH),

Union des étudiants algériens en France (UEAF),

Forum Citoyenneté Palestine,

Souria Houria.

Versions du communiqué, ci-jointes, en arabe, amazigh, anglais et espagnol :

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 19:21
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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 19:09
1ER Mai 2017 : Rassemblement à la mémoire de Brahim Bouarram et de toutes les victimes de crimes racistes.

 
 
On diabolise l’immigré, l’arabe, le noir, le rrom, le réfugié, les quartiers populaires. On dédiabolise le FN.
 
Aujourd’hui, comme les années passées, nous sommes rassemblés ici pour dire notre condamnation du racisme qui a tué Brahim BOUARRAM le 1er mai 1995 ici, ce racisme qui avait tué Ali IBRAHIM à Marseille, ce racisme qui a tué avant, comme en octobre 1961, et qui n’a jamais cessé de tuer.
Ce racisme, maladie de notre société n’a cessé de se nourrir, de se développer.
Maladie qui a lepénisé les esprits et les politiques depuis les années 80.
Aujourd’hui, qu’est ce qui s’est passé pour qu’on se trouve avec un FN encore pour la 2eme fois qualifié pour le second tour de ces élections présidentielles ?
Comment en 1981, Lepen n’arrivait pas à se présenter aux élections présidentielles faute de parrainages et aujourd’hui il est à la porte du pouvoir pour diriger la république française ?
Oui, 36ans après, la lepénisation des esprits a fait du chemin avec la complicité de différents dirigeants politiques qui n’ont cessé de loucher vers l’idéologie essentialiste et raciste, en sus de leurs politiques antisociales et pro patronales.
Ainsi en 1983, jean pierre stirbois avec son slogan « halte à l’immigration » devient maire adjoint de la ville de Dreux suite à une alliance avec le RPR. A noter que dans les grèves de l’automobile en 1982/1983, des anti grévistes à la solde des patrons ont crié « les arabes dans le four, les noirs dans la seine », on a entendu aussi Gaston Deferre, ministre de l’intérieur sous François Mitterrand, qualifier ces grèves de : « grèves saintes, d’intégristes, de musulmans, de chiites ».
En 1986, 35 députés FN entrent à l’assemblée nationale, et voilà la parole raciste encore plus banalisée et légitimée au sein des institutions de la république.
En 1995, année de l’assassinat de Brahim Bouarram, le FN gagne les villes d’orange, Marignane, Vitrolles après Dreux.
La banalisation de la parole raciste continue de faire partie de tous ces moyens qui sont bons pour calomnier les musulmans et capter l’électorat du FN, c’était notamment avec Nicolas Sarkozy et son parti sur l’identité nationale et tous les débats qui ont suivi et qui ont participé à cette lepénisation des esprits.
 Cette lepénisation a continué avec Valls qui évoque la question de la civilisation, et ose affirmer que la France mène une guerre de civilisation.
Et on continue d’assister de plus en plus à des discours d’hommes politiques qui conduisent à ce que la population musulmane devient un ennemi de l’intérieur, notamment après les attaques de Charlie hebdo, de l’hyper casher et du bataclan. Et on assiste ainsi, petit à petit, à la construction d’une autre manière de stigmatisation et de banalisation de la parole raciste dans l’évocation du problème musulman à la place du problème de l’immigration.
En 2014, le FN et ses idées racistes est à la tête de 14 villes françaises dont Hénin Beaumont, et en 2015, voilà le FN qui est à plus de 27 pour cent dans les régionales soit 6 millions de voix alors qu’on était à 3,5 millions de voix en 2004.
Dans cette montée des idées fascistes, la dédiabolisation a joué tout son rôle, et là-dessus on doit et on a le devoir de relever aussi la complicité de certains médias, car lorsque jean marie lepen n’apparaissait dans les médias que 200 fois par an, Marine lepen c’est 1000 fois par an, et nous ne parlons pas des statistiques de ces premiers mois de 2017. C’est dire à quel point la dédiabolisation est en marche et à quoi elle nous conduit aujourd’hui.
C’est dire aussi, et surtout rappeler que quand on a tenu des discours associant les juifs à la finance mondiale au début du 20éme siècle, on a vu la suite. C’est dire donc, que continuer à tenir des discours associant les arabes, les noirs et les rroms à la paresse, au vol et à la fraude aux allocations, continuer à associer les musulmans à la violence et au terrorisme, nous ne pouvons qu’assister à voir à la porte du pouvoir un parti fasciste et xénophobe, comme c’est le cas aujourd’hui.
Cher e ami e s, cher e s camarades, mesdames, messieurs, le racisme qui a tué Brahim Bouarram un 1er mai 1995 a bien progressé. Cette maladie des esprits gangrène nos rapports sociaux et notre regard sur la société.
La réussite de la marche du 19 mars 2017 contre le racisme et les violences policières fait partie de ces combats pour contrer et faire face au racisme pour le faire reculer.
Aujourd’hui, nous disons, nous crions halte aux discours racistes et leur banalisation
Aujourd’hui, nous disons halte au racisme, à la xénophobie, à l’islamophobie, à l’antisémitisme.
Halte aux discriminations des jeunes dans les quartiers populaires.
Halte aux discriminations qui ont pour victimes les vieux migrants dans les foyers.
Halte à la politique de fermeture des frontières, et ses milliers de morts en méditerranée
Halte à la répression et à l’exploitation des sans papiers.
 
En ce jour de d’hommage et de lutte contre le racisme, nous saluons d’ici Paris, le combat de 1500 prisonniers politiques palestiniens qui sont en grève de la faim depuis le 17 avril pour l’amélioration de leurs conditions de détention, et à travers eux nous saluons la lutte du peuple palestinien.
 
Cher e s ami e s et camarades, nous avons eu raison, tous, de continuer et de maintenir cette commémoration depuis 22 ans. Il faut donc continuer de lutter et rester vigilants pour ne plus voir   le FN et son idéologie raciste dans les seconds tours.
 
Merci
 
 
L’ATMF.
 
 
Paris, le 1er Mai 2017.
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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 17:53
 

Nelson Mandela de la Palestine

Uri Avnery - Gush Shalom, mardi 25 avril 2017

J’AI une confession à faire : j’aime Marwan Barghouti.

Je lui ai rendu visite à plusieurs reprises dans sa modeste maison de Ramallah. Pendant nos conversations, nous avons discuté de la paix israélo-palestinienne. Nous partagions les mêmes idées : créer l’État de Palestine à côté de l’État d’Israël, et établir la paix entre les deux États basée sur les lignes de 1967 (avec des ajustements mineurs), avec des frontières ouvertes et la coopération entre les deux.

Ce n’était pas un accord secret : Barghouti a fait cette proposition à de nombreuses reprises, aussi bien en prison qu’en liberté.

J’aime aussi sa femme, Fadwa, qui fit des études d’avocate mais consacre son temps à la libération de son mari. Dans la foule des funérailles de Yasser Arafat, je me suis trouvé près d’elle et vu son visage inondé de larmes.

Cette semaine, Barghouti, avec un millier d’autres prisonniers palestiniens en Israël , a entamé une grève de la faim illimitée. Je viens de signer une pétition pour la libération.

MARWAN BARGHOUTI est un leader né. Malgré sa petite taille, il s’impose dans tous les rassemblements. Dans le mouvement Fatah, il devint le dirigeant de la section jeunesse. (le mot « Fatah » est constitué des initiales de « Mouvement de libération palestinien » à l’envers).

Les Barghouti sont un clan très répandu, dominant dans plusieurs villages du voisinage de Ramallah. Marwan est né en 1959 au village Kobar. Un ancêtre, Abd-al-Jabir al-Barghouti, conduisit une révolte en 1834. J’ai rencontré Moustapha Barghouti, une militant pour la démocratie, dans de nombreuses manifestations et reçu des gaz lacrymogènes avec lui. Omar Barghouti est un dirigeant du mouvement international de boycott anti-Israël.

Peut-être ma sympathie pour Marwan est-elle influencée par quelques similitudes dans nos jeunesses. Il rejoignit le mouvement de résistance palestinien à l’âge de 15 ans, l’âge que j’avais quand je rejoignis le mouvement hébreu clandestin quelque 35 ans auparavant. Mes amis et moi nous considérions des combattants de la liberté, mais nous étions qualifiés de « terroristes » par les autorités britanniques. La même chose arrive aujourd’hui à Marwan Barghouti – combattant de la liberté à ses yeux et aux yeux de l’immense majorité des Palestiniens, « terroriste » aux yeux des autorités israéliennes.

Quand il fut mis en jugement devant le tribunal du district de Tel-Aviv, mes amis et moi, membres du mouvement de la paix israélien Gush Shalom (Bloc de la paix) avons tenté de manifester notre solidarité avec lui dans la salle d’audience. Nous fûmes expulsés par des g ardes armés. Un de mes amis perdit l’ongle d’un orteil dans ce glorieux combat.

IL Y A DES ANNÉES, j’ai appelé Barghouti le « Mandela palestinien ». En dépit de leur différence de taille et de couleur de peau, il y avait une ressemblance fondamentale entre eux deux : tous deux étaient des hommes de paix, mais justifiaient l’usage de la violence contre leurs oppresseurs. Cependant, alors que le régime d’apartheid se contenta d’une condamnation de prison à vie, Barghouti se vit infliger cinq ridicules condamnations à vie et une autre de 40 ans, pour des actes de violence éxécutés par son organisation Tanzim.

(Gush Shalom a publié cette semaine une déclaration suggérant que, selon la même logique, Menahem Begin aurait été condamné à 91 peines de perpétuité pour le bombardement de l’hôtel roi David, dans lequel 91 personnes – dont beaucoup de juifs – perdirent la vie.)

Il y a une autre similitude entre Mandela et Barghouti : quand le régime d’apartheid fut détruit par une combinaison de « terrorisme », de grèves violentes et un boycott mondial, Mandela émergea comme le leader naturel de la nouvelle Afrique du sud. Beaucoup de gens espèrent que, quand un État palestinien sera mis en place, Barghouti deviendra son président, après Mahmoud Abbas.

Il y a quelque chose dans sa personnalité qui inspire confiance, faisant de lui l’arbitre naturel des conflits internes. Les gens du Hamas, qui sont les adversaires du Fatah, sont enclins à écouter Marwan. Il est le conciliateur idéal entre les deux mouvements.

Il y a quelques années, sous l’autorité de Marwan, un grand nombre de prisonniers appartenant aux deux organisations signèrent un appel conjoint pour l’unité nationale, définissant des objectifs concrets. Rien n’en est résulté.

Cela, d’ailleurs, peut être une raison de plus pour le gouvernement israélien de rejeter toute suggestion de libérer Marwan Barghouti, même si un échange de prisonniers en fournissait une bonne occasion. Un Barghouti libre pourrait devenir un puissant agent de l’unité palestinienne, la dernière chose que veulent les grands patrons israéliens.

Divide et impera – « Diviser pour régner » – a été depuis l’époque romaine un principe directeur de tous les régimes qui répriment un autre peuple. Ce en quoi les autorités israéliennes ont été incroyablement efficaces. La géographie politique fournit un cadre idéal.La Cisjordanie ( le Jourdain) est coupé de la bande de Gaza par quelque 50 kilomètres de territoire israélien.

Hamas s’est emparé de la bande de Gaza par des élections et la violence, et refuse d’accepter la direction de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), une union des organisations les plus laïques qui dirige la Cisjordanie.

Ce n’est pas une situation inhabituelle dans les organisations de libération nationale. Elles se divisent souvent en tendances plus ou mins extrêmes, à la grande satisfaction de l’oppresseur. La dernière chose que veulent faire les autorités israéliennes est de libérer Marwan Barghouti pour lui permettre de restaurer l’unité palestinienne. À Dieu ne plaise !

LES GRÉVISTES de la faim ne demandent pas leur propre libération, mais ils demandent de meilleures conditions de détention. Ils demandent, inter alia, des visites plus fréquentes et plus longues de leur femme et leur familles, l’arrêt de la torture, de la nourriture convenable, et ainsi de suite. Ils nous rappellent aussi que selon le droit international il est interdit à une « puissance occupante » de déplacer des prisonniers d’un territoire occupé au pays de l’occupant. C’est exactement ce qui se passe pour presque tous les « prisonniers de sécurité » palestiniens.

La semaine dernière Barghouti a exposé ces demandes dans un article publié par le le New York Times, un acte qui montre le meilleur côté du journal. La note de la rédaction décrit l’auteur comme un homme politique palestinien et Membre du Parlement. C’était une action courageuse du journal (qui a quelque peu rétabli sa réputation à mes yeux après avoir accusé Bachar al-Assad d’utiliser de gaz toxiques, sans la moindre preuve.)

Mais le courage a ses limites. Dès le jour suivant, le NYT publia une note du rédacteur précisant que Barghouti avait été condamné pour meurtre. C’était céder de façon abjecte à la pression sioniste.

L’homme qui a revendiqué cette victoire est un individu que je trouve particulièrement odieux. Il se fait appeler Michael Oren et est actuellement ministre adjoint en Israël, mais il est né aux USA et fait partie d’un groupuscule de Juifs américains qui sont des super-super-patriotes d’Israël. Il a adopté la citoyenneté israélienne et un nom israélien pour remplir la fonction d’ambassadeur d’Israël aux USA. En tant que tel il s’est fait remarquer en tenant des discours anti-arabes particulièrement virulents, au point de faire apparaître même Nétanyahou comme un modéré.

Je doute que cette personne ait jamais sacrifié quoi que ce soit à son patriotisme, en fait il en a seulement fait une carrière. Mais il parle avec mépris de Barghouti, qui a passé une grande partie de sa vie en prison et en exil. Il qualifie l’article de Barghouti dans le New York Times d’‟acte terroriste journalistique”. Regardez qui parle.

UNE GRÈVE DE LA FAIM est une action très courageuse. C’est la dernière arme des gens les moins protégés sur terre – les prisonniers. L’abominable Margaret Thatcher a laissé les grévistes de la faim irlandais mourir de faim.

Les autorités israéliennes voulurent alimenter de force les grévistes de la faim. L’Association des Médecins Israéliens – c’est tout à son honneur – refusa de coopérer, parce que de telles actes avaient conduit dans le passé à la mort des victimes. Cela mit fin à cette sorte de torture.

Barghouti exige que les prisonniers politiques palestiniens soient traités comme des prisonniers de guerre. Cela n’a aucune chance.

Cependant, on devrait exiger que toutes les catégories de prisonniers soient traités humainement. Cela signifie que la privation de liberté soit la seule punition infligée, et que les conditions de vie en prison soient convenables.

Dans quelques prisons israéliennes, il semble qu’un certain modus vivendi ait été institué entre les autorités de la prison et les prisonniers palestiniens. Dans d’autres ce n’est pas le cas. On a l’impression que le service des prisons est l’ennemi des prisonniers, rendant leur vie aussi misérable que possible. Actuellement cela a empiré, en réaction à la grève.

Cette politique est cruelle, illégale et contre-productive. Il n’y a aucun moyen de triompher contre une grève de la faim. Les prisonniers sont obligés de gagner, spécialement quand des gens sérieux, dans le monde entier, observent la situation. Peut-être même le New York Times.

J’attends le jour où je pourrai de nouveau rendre visite à Marwan Barghouti en homme libre chez lui à Ramallah. Encore plus si Ramallah était, à ce moment-là, une ville de l’État libre de Palestine.

Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom– Traduit de l’anglais « Palestine’s Nelson Mandela » : FL/SW le 22 avril 2017

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 15:35

Directeur de la publication : Edwy Plenel
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Retraite, retour au pays: la vieillesse éprouvante des immigrés âgés 

PAR SANA SBOUAI
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 18 AVRIL 2017

Pour de nombreux travailleurs étrangers, la retraite est un moment d'autant plus difficile qu'ils ont le
sentiment que la France cherche à les mettre à la porte. La prosaïque question des droits sociaux se mêle à celle, essentielle, du lien à la terre d’origine. Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest. Le lieu de rendez-vous ressemble à une ruche ! En
rez-de-chaussée d’un immeuble du Xe arrondissement, à Paris, la pièce vitrée est pleine à craquer de petits papis, collés les uns aux autres, qui jouent aux cartes, aux dominos, qui papotent et rigolent. Au milieu des joueurs, un homme plus jeune, la cinquantaine, coincé dans une veste de sport dont la fermeture est remontée jusqu’au cou, passe de table en table pour ramasser les verres de thé vides ou en servir de bien pleins. 

À l’entrée, une feuille scotchée à la porte explique que l’accès du lieu est réservé aux plus de 50 ans. C’est le local de l’association Espace Fârâbi, structure de proximité qui accompagne les personnes vieillissantes, en particulier issues de l’immigration. C’est un lieu de passage, d’échange, d’entraide. L’endroit est principalement fréquenté par des Maghrébins, de temps en temps quelques Subsahariens et des Asiatiques viennent également s’informer, preuve des changements dans la population âgée migrante, conséquence inéluctable du vieillissement des dernières vagues d’immigration.
Cet après-midi, c’est le bienveillant Adel qui répond aux multiples demandes, pendant que l’homme à la
veste de sport, Habib, un habitué, donne un coup de main. Ce Tunisien avait 36 ans quand il est arrivé en France, il en a 52 aujourd’hui. Il pensait venir pour quelque temps « et finalement… ». Timide, il hésite d’abord à témoigner, ne comprend pas : lui est encore jeune, de quoi peut-il bien parler ? Oui, il est jeune, mais en émigrant, avait-il pensé à sa vieillesse ? Il éclate de rire : « Jamais ! » Et aujourd’hui ? « Non ! Toujours pas ! On ne pense jamais à après. » Quand il vient passer quelques heures à l’Espace Fârâbi, les retraités lui parlent comme à un petit frère. Certains regrettent d’être venus en France,
d’autres pas. Certains ont des difficultés avec la vie au quotidien, l’aspect administratif, le lieu de résidence ou encore l’isolement.
Le choc de la réalité «En venant en France, je n’imaginais pas que la situation pouvait être compliquée. Cette réalité a été un choc. Ici il y a beaucoup de gens démunis, et qui sont seuls. Il y a ceux qui  regrettent leur vie. Et ceux qui, même s’ils sont seuls ici, ne peuvent plus rentrer, car ils ne peuvent plus vivre au pays», témoigne-t-il. La réalité à laquelle il a été confronté est proche de celle de son compatriote Tahar, originaire du sud tunisien, arrivé en France en 1972, retraité retourné au pays, qui touche une allocation de complément à sa faible retraite et qui a des soucis de logement quand il revient en France, car les foyers ferment. Ou alors, de la réalité de Sadok, arrivé en France «avant Mitterrand», retraité depuis deux ans, pris dans la valse des allers-retours et qui attend la réception de sa carte de séjour retraité. Sadok est rentré au pays pour être avec sa famille, mais aussi parce que sa maigre
retraite ne lui permet pas de vivre dans l’Hexagone. 
En 2013, un rapport d’information sur les immigrés âgés avait été rédigé par une mission d’information
de l’Assemblée nationale. Selon ce document, cette même année, « les immigrés des États tiers âgés
de plus de 55 ans représentaient plus de 800 000 personnes et les plus de 65 ans près de 350 000
personnes. Deux tiers des plus de 65 ans viennent d’un pays du Maghreb [...]. On compte ainsi 127 000
Algériens, 65 000 Marocains et 37 000 Tunisiens ». Lors d'une manifestation, le 10 janvier 2017, à Boulogne-Billancourt, à la suite de l'incendie d'un foyer de la ville. Les petits droits des retraités étrangers 

Le rapport parlementaire dressait un constat peu glorieux, qui n'a pas changé quatre ans plus tard :
la présence de ces immigrés est toujours perçue comme temporaire ; l’attribution des droits sociaux
est tardive ; l'accès au logement est compliqué ; les pensions de retraite sont inférieures à la
moyenne… Ali el-Baz, membre du bureau du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti),
connaît l’impact de ces obstacles sur la vie de ces retraités. « Avant, les retraités migrants, je n'y pensais
jamais, mais avec le temps je me rends compte... ce sont des gens seuls. » Ali el-Baz, qui assure une
permanence téléphonique sur les droits de séjour, a fait sa vie en France : 40 ans passés ici. Il a travaillé, fondé une famille et a toujours milité en faveur des droits des étrangers. Arrivé dans l’Hexagone sans papiers, il a très vite été régularisé. Il n'a jamais oublié son parcours et a toujours défendu les droits des autres : contre le harcèlement, contre les injustices. Dans les préoccupations de ses interlocuteurs,
la question des petites retraites revient souvent.
Beaucoup se plaignent du décalage entre leur pension et la réalité du travail effectué, du fait de trimestres non cotisés, faute d’emplois déclarés ou parce qu'ils ont travaillé sous alias. Les plus démunis peuvent bénéficier de l'allocation solidarité pour les personnes âgées (ASPA), soumise à une condition de résidence : six mois et un jour par an passés en France. Quand un retraité veut rentrer dans son pays d'origine, la situation se complique. « Les gens ne comprennent pas pourquoi, quand vient le temps de la retraite, ils sont obligés de vivre ici en France », rapporte Ali el-Baz.
Autre sujet d'inquiétude : l'assurance maladie et la prise en charge des soins pour le travailleur et sa
famille. Ou encore l’hébergement : alors que les foyers et les hôtels meublés disparaissent progressivement,
les retraités maghrébins, de même que les migrants subsahariens, ont plus de mal à se loger, explique Ali el-Baz. « On veut exclure les migrants de leurs droits, qu'ils rentrent chez eux avec le minimum de droits, qu'ils ne viennent pas se soigner, qu'ils ne touchent pas leur allocation solidarité, qu'ils rentrent chez eux avec rien… En fait, c'est presque une auto-expulsion... Tu quittes tout seul... », témoigne-t-il.
Le « fiasco » du décret d’octobre 2015
Pour remédier à une partie des problèmes et permettre aux retraités étrangers d'accéder à leurs droits sociaux quel que soit leur lieu de résidence, une nouvelle allocation a été mise en place, à la suite du décret du 6 octobre 2015. Cette aide à la réinsertion familiale et sociale (ARFS), qui figurait parmi
les recommandations du rapport de l’Assemblée nationale, trouve son origine dans la loi de 2007 sur
le droit au logement opposable. Son objectif était de faciliter le séjour de longue durée dans leur pays
d'origine des immigrés retraités résidant en foyers, tout en garantissant leur droit aux prestations en France. 

Le résultat est un « fiasco », selon Antoine Math, chercheur et bénévole au Gisti. Dès l'instauration de
cette allocation, il a dénoncé ses conditions d'accès trop strictes et son inefficacité. Le temps lui a donné
raison. Seule une centaine de demandes auraient été déposées, loin des 35 000 bénéficiaires annoncés par la ministre des affaires sociales Marisol Touraine. «Cette aide devait répondre à la possibilité de retour, à la possibilité de se déplacer sans perdre ses droits.
Cela n'a pas été le cas », estime Antoine Math qui souligne le cynisme sous-jacent de l’initiative, laquelle
devait permettre de faire de la place dans les foyers.
Arrivé du Mali en 1981, Mamadou Baradji, qui habite un foyer à Courbevoie en banlieue parisienne,
confirme : « Moi je ne comprends pas, déclare-t-il. Ils ne veulent pas nous voir, mais ils veulent que nos
maigres retraites soient dépensées ici. Ils ne nous laissent pas partir, mais ils transforment les foyers qui
nous logent en espaces réduits et accueillant tous les publics.»
Retourner au pays ?
Derrière les difficultés administratives, c’est le lien avec le pays d’origine, la liberté de circulation et la
question de l’isolement qui apparaissent. Ali el-Baz voit certaines de ses connaissances vieillir isolées. Car peu de gens ont anticipé ce moment : « Un jeune qui pense à la retraite, ce n'est pas un jeune ! On y pense quand on passe 50 ans, sinon il y a quelque chose qui cloche ! », plaisante-t-il.
Les uns choisissent de vieillir en France, les autres veulent rentrer dans leur pays d’origine. Selon les
statistiques de la Caisse nationale d’assurance vieillesse, en 2015, 8,9 % des 13,8 millions de retraités
résidaient à l’étranger. Parmi eux, 50,6 % vivaient en Europe et 43,9 % en Afrique, dont 96,2 % en Algérie, au Maroc et en Tunisie.


La vieillesse : éviter de mal mourir 
Et si beaucoup de travailleurs émigrés veulent rentrer, c'est que la question de la fin de vie aboutit à celle de la mort et du lieu d'inhumation. «La mort prend une autre dimension quand on est loin de sa terre d'origine, de ses habitudes, loin de ses marqueurs. Au pays, il s'agit d'un processus normal, ordinaire : il y a une socialisation autour de cette question, une présence qui n'est pas angoissante. Or, dans la situation migratoire, les gens ont un regard inquiet », explique Omar Samaoli, anthropologue et gérontologue, créateur de l’Observatoire gérontologique des migrations en France (OGMF). «La question n'est pas tant de mourir. Tout le monde va mourir ! L'appréhension est liée au fait de mal
mourir. Et mal mourir, c'est mourir hors normes, hors des normes posées par la société d'origine. C'est être privé des rituels, de la sociabilité qu'il y a autour de la mort », poursuit-il. D'où l’importance du lieu
d’inhumation : « La question est celle de la distance et du lien que les gens maintiennent avec le pays
d'origine. Quand les liens ne sont plus permanents, alors les gens veulent être enterrés dans leur pays
d'origine.» Lors d’un drame récent, ce lien avec le pays d’origine a prévalu : à la fin du mois de décembre 2016, un travailleur malien, âgé d’une quarantaine d'années seulement, a perdu la vie lors de l’incendie du foyer dans lequel il vivait à Boulogne-Billancourt. Exceptionnellement, le consulat du Mali a pris en charge le rapatriement du corps. Mais souvent, les communautés s’organisent par elles-mêmes.
Pour Omar Samaoli, les amis du défunt estiment souvent nécessaire de rapatrier pour ne pas  doublement faillir : du point de vue de l’ami décédé et du point de vue du pays d’origine. Ce
phénomène, explique l'anthropologue, est plus marqué dans la population des travailleurs subsahariens; pour de nombreux Maghrébins, à l'inverse, l’idée de donner une sépulture en France est une manière de construire une mémoire.
Cette question de leur dernière demeure, il arrive que les retraités de l’Espace Farabi se la posent. Avec
elle, les regrets resurgissent, comme dans la chanson «Allô allô l’agence» du chanteur Ali Ouaguenoun, qui appelle une agence de voyages pour acheter un billet de retour. Il dit avoir perdu sa jeunesse et souhaite rentrer chez lui. Des paroles dures et pleines de nostalgie. Ali el-Baz tempère, philosophe : «Chaque moment de la vie doit être vécu. Et même si la fin de vie ou la retraite ne sont pas terribles, elles ne doivent pas remettre en question le reste.» 
Boite noire
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest.

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 15:24

Auteur : Propos recueillis par Olfa Belhassine

Actualités : Nation

Souhayr Belhassen :

« On continue à virevolter autour de Bourguiba comme des derviches tourneurs »

 
 

Journaliste pendant plus de vingt ans, Souhayr Belhassen s’engage très tôt pour la cause des droits de l’Homme. En 2007, elle est élue à la présidence de la Fédération internationale des droits de l’Homme (Fidh), devenant ainsi la première femme arabo-musulmane à prendre sa direction. En collaboration avec l’historienne Sophie Bessis, elle publie entre 1988 et 1989 une biographie de Bourguiba* en deux parties. L’ouvrage, très fouillé, foisonnant de croustillants détails sur la vie, l’action, la personnalité et l’entourage de Bourguiba, reste parmi les références les plus sérieuses sur le « Combattant suprême  ».

Sublimé par les uns, diabolisé par les autres, héros et zaim pour les uns, despote et réformateur autoritaire pour les autres, qui est le vrai Bourguiba ? 
Bourguiba réunit tout cela à la fois. C’est essentiellement un politique, au sens noble du terme. C’est-à-dire un visionnaire, qui fait preuve d’audace lorsqu’il veut mettre en application un projet. En même temps, le personnage est capable d’actes condamnables, voire odieux. Sa technique consistait autant à convaincre et mobiliser ses camarades de lutte qu’à instrumentaliser et réduire des personnalités non dépourvues d’intelligence ni de sens politique : Mohamed Masmoudi, Béchir Ben Yahmed, Ahmed Ben Salah, Mahmoud Messaadi... Quand il pressentait des menaces pour son pouvoir, il n’hésitait pas à exclure, à bannir et même à éliminer. En une seule année, 1961, le nombre de condamnations à mort exécutées pour youssefisme se comptent par dizaines. Il était tellement habitait par ses desseins pour la Tunisie, à savoir « détruire les archaïsmes » et « investir la modernité », qu’il considérait l’assassinat d’un Ben Youssef, la pendaison haut et court de dizaines de personnes ou l’exécution d’un coup d’Etat contre Lamine Bey comme des détails de l’histoire. Certes, l’exercice du pouvoir n’est pas que vertu. Le pouvoir, et notamment le pouvoir absolu, rend souvent le détenteur de celui-ci absolument effrayant. In fine, il ne faut pas juger Bourguiba en fonction d’une dimension de sa personnalité mais plutôt en tant qu’homme d’Etat. Si on se référait à lui en le comparant à Ben Ali, je pense que l’histoire va oublier son successeur, qui est resté un flic à l’allure d’un videur de cabaret. Par contre, l’histoire retiendra de Bourguiba, le grand réformateur malgré l’exercice personnel parfois exécrable du pouvoir. Elle enregistrera qu’il a mis ce pays sur les rails de la modernité et du progrès, mais pas de la démocratie. 

Bourguiba : mythe ou démon ? Cette question vous a-t-elle interpellée alors que vous démarriez votre travail sur lui, Sophie Bessis et vous ?
Nous n’avions pas eu ce questionnement a priori. Nous avions commencé à travailler sur Bourguiba à la fin de l’année 1985, il était encore au pouvoir. Son hagiographie envahissait alors sa dramatique fin de règne : son autobiographie d’une part à travers ses discours et la saga transcrite par Mohamed Sayah d’autre part. Pour nous, il fallait revisiter le personnage alors que des témoins étaient encore en vie. Difficile entreprise. Rien ne pouvait en effet être réellement clair, les réponses des uns et des autres étaient biaisées, car le poids de Bourguiba pesait sur tout le monde sans exception, opposants comme thuriféraires. Nous avions accumulé documents, témoignages et interviews et on s’est dit s’il y avait moyen d’en faire un portrait un peu plus vrai que ce qui avait été publié jusque-là. Faire le tour du personnage en montrant les deux faces de Janus. Comment en fait s’est construite la statue ? Au prix de quelles avanies et de quels coups d’éclat ? Et où l’épopée a remplacé l’histoire ?

Avez-vous fait des découvertes sur le personnage ?
Oui comme d’avoir retrouvé le magnifique discours du capitole à Rome, lors de son voyage officiel en Italie. Lumineux d’intelligence, étonnant de clarté, il remonte l’histoire et explique avec brio ce qu’il décèle chez le Tunisien de romain, d’humain et donc d’universel. Au détour d’une phrase, et en citant Lénine il dira : « Il faut accepter beaucoup de choses pour pouvoir en changer quelques-unes ». 

Avez-vous décelé d’autres moments où s’exprime le côté inattendu du personnage ?
Par exemple lorsqu’il cherchait l’affrontement avec de Gaulle au sujet de Bizerte pour le provoquer et prouver à Nasser et Ben Bella, poussés par Ben Youssef, qu’il ne fuyait pas l’affrontement avec la France. Il appelle Béchir Ben Yahmed, son ancien ministre de l’Information, et lui demande d’écrire à de Gaulle pour réclamer l’évacuation de Bizerte. Ben Yahmed lui répond : « Que voulez-vous qu’il vous réponde, oui ou non ? ». « Non ! », réplique Bourguiba. Cet épisode résume bien le personnage : il a toujours su ce qu’il voulait, restant calme et se maîtrisant devant des situations parfois impossibles, alors que ses violences et ses colères sont homériques. Il ne s’attendait pas visiblement à ce que les évènements tournent à ce point au drame. De Gaulle a été ferme et Bourguiba se retrouve tout seul face à un carnage. Alors comment s’en sortir ? Il se rend le 3 septembre 1961 au sommet des Non-Alignés à Belgrade. Là on lui ramène la déclaration de De Gaulle sur Bizerte, lors d’une conférence de presse tenue le même jour : «  Il faut qu’un jour soit négocié le retrait des troupes...Mais la situation ne comporte pas une telle issue ». Bourguiba ne retient que la première partie de la phrase et la juge très positive, de Gaulle lui-même doute de ce qu’il a pu dire et demande qu’on lui apporte le texte de sa conférence pour vérifier ses propos. Pour tenter de surmonter le tragique faux pas de Bizerte, Bourguiba, selon son habitude, reprend sa lecture unilatérale des évènements. La tragédie de Bizerte résume tout Bourguiba. Le personnage surprend toujours, car on le retrouve là où on ne l’attendait pas. 

Pendant longtemps, Bourguiba a fait corps avec l’histoire de la Tunisie, notamment pendant la lutte anticoloniale et la construction de l’Etat moderne. Comment avez-vous abordé cette relation entre un homme et son pays tellement magnifiée dans les discours du « Combattant suprême » ?
Il est en effet quasi impossible de séparer Bourguiba de la geste nationale. D’où les difficultés de faire une histoire objective à ce niveau. Parce qu’il a voulu être l’élément constitutif du mouvement national en effaçant tous les autres, en racontant et en construisant cette geste tout en se faisant assister par Mohamed Sayah. Il va continuer à la nourrir et à la fabriquer tous les jours, comme pour l’épisode du sommet de Belgrade. D’autre part, chez lui vie publique et vie privée sont totalement imbriquées. Pour ceux qui travaillent sur sa biographie, il est très difficile de dissocier entre la vie personnelle de Bourguiba et l’Histoire. On a par exemple l’impression que le carnage de Bizerte lui donne une telle énergie et un tel appétit de vivre qu’il va, coup sur coup, épouser Wassila Ben Ammar, assassiner Salah Ben Youssef et se réconcilier avec de Gaulle !

Qu’est-ce qui rend, à votre avis, Bourguiba aussi prégnant dans la vie, le référentiel et l’imaginaire des Tunisiens dix-sept ans après sa disparition ?
En fait, il est devenu une icône. La bourguibamania est d’abord entretenue par la Deuxième République, cela va de la réappropriation de l’image physique de Bourguiba par Béji Caïd Essebsi à la réinstallation de la statue équestre au cœur de Tunis. En vérité, ce régime est incapable de produire des icônes. Les soulèvements sont encore trop proches ! Or, le pays ne peut apparemment pas s’en passer d’autant plus que nous sommes en période de transition. La Tunisie semble avoir besoin d’icône pour combler le déficit de visions d’avenir, de programmes et d’équipes politiques solides. Le socle sûr, face à ce vide laissé par l’éclatement que représente un soulèvement, se cristallise désormais autour de Bourguiba, y compris pour Ennahdha et les partis de gauche. D’ailleurs aucun n’ose toucher aux fondamentaux mis en place par Bourguiba. Il reste le seul référentiel parce qu’il a aussi tout fait pour créer le vide face à lui en empêchant les autres de développer et de structurer une idéologie ou une pensée. C’est pour cela qu’on continue à virevolter autour de lui comme des derviches tourneurs. Or, on ne peut revisiter Bourguiba sans scruter ce qu’il nous a légué comme pleins et vides. Les pleins sont remplis par cette vision de la modernité et les vides réfèrent à ses décisions liberticides sur par exemple les associations et les partis politiques. Décisions dont on continue à payer la facture aujourd’hui parce qu’on n’a pas eu le temps d’apprendre les principes d’une démocratie. En Tunisie, on a sauté une génération, la mienne, qui, au lieu d’entrer en dissidence avec le pouvoir, aurait pu exercer une opposition beaucoup plus saine et organisée. Elle aurait pu assurer le lien et le passage entre les époques politiques de la Tunisie si Bourguiba n’avait pas été un dictateur. Aujourd’hui, on ne sait toujours pas comment remplir ces vides. 
Quel rôle peut jouer, à votre avis, l’Instance vérité et dignité (IVD) pour réajuster la « vérité » sur le parcours et la vie de Bourguiba ?
Je pense que l’IVD reste une institution majeure de la transition qu’il faut protéger. Mais il faut aussi qu’elle se protège elle-même en gardant une vigilance absolue par rapport au contenu de ses auditions publiques. Or, je n’ai pas trouvé lors de la dernière séance du 24 mars consacrée au youssefisme la neutralité et l’objectivité qui lui sont demandées. Le film documentaire présenté à cette occasion aurait pu être plus complet. A aucun moment, on n’y évoque la guerre civile, qu’a entraînée la crise entre les deux chefs, qui étaient déterminés à se détruire, Bourguiba et Ben Youssef. Une vraie guerre civile avec des assassinats, des enlèvements et des milices des deux côtés. Béchir Ben Yahmed avait publié le 17 mars 2016 un document datant d’avril 1956 attestant que Ben Youssef devait envoyer à Ben Guerdane une armée financée entre autres par Nasser, « l’Armée de libération de la Tunisie ». De ce combat de chefs, l’IVD ne nous montre, à travers son documentaire, qu’un seul point de vue, celui des youssefistes. L’Instance, à mon avis, aurait pu se suffire des témoignages, qui sont une parole libérée qu’il faut respecter en les contextualisant avec rigueur et neutralité.


*Bourguiba : Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, Groupe Jeune Afrique Paris, pour la première édition 1988 et 1989 et Editions Elyzad, Tunis 2012 pour la seconde édition.

 

 
 

 

 
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 10:37

Egypte : au moins 43 morts dans deux attentats de l’EI contre des églises

dimanche 9 avril
 

Deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ont visé dimanche des églises coptes en Egypte, faisant au moins 27 morts dans la ville de Tanta et 16 morts à Alexandrie, avant une visite du pape dans trois semaines.

L’Eglise copte a rapidement précisé que son chef n’avait pas été atteint, et qu’il se "porte bien".

Les deux attaques ont été revendiquées en début d’après-midi par l’EI, dont la branche égyptienne avait récemment appelé à viser la communauté copte.

Deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ont visé dimanche des églises coptes en Egypte, faisant au moins 27 morts dans la ville de Tanta et 16 morts à Alexandrie, avant une visite du pape dans trois semaines.

L’attentat d’Alexandrie, la grande ville du nord du pays, a été perpétré par un kamikaze "équipé d’une ceinture explosive", qui a tenté de pénétrer dans l’église Saint-Marc où se trouvait le pape copte orthodoxe Tawadros II à l’occasion de la fête des Rameaux. Des policiers l’en ont empêché et il s’est alors fait exploser, selon le ministère de l’Intérieur.

L’Eglise copte a rapidement précisé que son chef n’avait pas été atteint, et qu’il se "porte bien".

Les deux attaques ont été revendiquées en début d’après-midi par l’EI, dont la branche égyptienne avait récemment appelé à viser la communauté copte.

Le premier attentat a eu lieu peu avant 10H00 (08H00 GMT) en pleine célébration des Rameaux dans l’église Mar Girgis (Saint-George) de Tanta, une grande ville située à une centaine de km du Caire dans le delta du Nil.

Le bilan s’est rapidement alourdi, montant à 27 morts et 78 blessés selon le ministère de la Santé.

"L’explosion a eu lieu aux premiers rangs, près de l’autel, durant la messe", a précisé à l’AFP le général Tarek Atiya, adjoint du ministre de l’Intérieur en charge des médias.

Quelques heures plus tard, une autre explosion a frappé l’église Mar Morcos (Saint-Marc) à Alexandrie, faisant 16 morts et 41 blessés, selon un bilan actualisé du ministère de la Santé.

A l’intérieur de l’église de Tanta, les bancs de bois brisés et divers objets personnels jonchaient le sol maculé de sang. Et les murs blancs, également éclaboussés de sang, portaient la marque d’éclats.

Après avoir inspecté les lieux, la police a établi un cordon de sécurité, devant lequel plusieurs personnes étaient rassemblées pour crier leur colère, a constaté une journaliste de l’AFP.

Attaques sanglantes

Ces attentats interviennent 19 jours avant une visite du pape François prévue les 28 et 29 avril en Egypte.

"J’exprime mes profondes condoléances à mon cher frère, sa sainteté le pape Tawadros II, à l’Eglise copte et à toute la chère nation égyptienne. Je prie pour les défunts et les blessés", a réagi le pontife argentin.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a demandé dimanche à l’armée de déployer des forces pour aider la police à protéger les "infrastructures vitales" du pays. Son Premier ministre Chérif Ismaïl a souligné "la détermination de l’Etat à (...) éliminer à la racine le terrorisme".

Le chef de la sécurité de la province de Gharbeya, où se trouve la ville de Tanta, a par ailleurs été remplacé à son poste par le ministre de l’Intérieur Magdy Abdel Ghaffar.

Parallèlement, Al-Azhar, prestigieuse institution de l’islam sunnite basée au Caire, a condamné "un attentat terroriste lâche".

Le président français François Hollande a dénoncé un "attentat odieux", affirmant dans un communiqué que la France "est pleinement solidaire de l’Egypte".

Ces nouvelles attaques interviennent quatre mois après un attentat suicide spectaculaire, revendiqué par l’EI et qui avait frappé le 11 décembre au Caire l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, faisant 29 morts.

Discriminations

Les Coptes orthodoxes d’Egypte représentent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient, constituant 10% des 92 millions d’Egyptiens, et l’une des plus anciennes.

Ils se disent victimes de discriminations dans tout le pays de la part des autorités et de la majorité musulmane.

L’attaque du Caire avait relancé les appels à durcir la lutte contre la mouvance jihadiste en Egypte, en particulier dans le Sinaï où elle a mené une série d’attaques sanglantes contre les forces de sécurité.

La branche locale de l’EI avait revendiqué un attentat à la bombe ayant coûté la vie, le 31 octobre 2015, aux 224 occupants d’un avion transportant des touristes russes après son décollage de Charm el-Cheikh, station balnéaire du sud du Sinaï.

Le premier avril, un policier a été tué et quinze personnes ont été blessées dans l’explosion d’une moto piégée devant un centre de formation de la police à Tanta.

Par ailleurs, l’église Mar Girgis de Tanta avait indiqué fin mars sur sa page Facebook qu’un "objet suspect" avait été retrouvé devant le bâtiment et qu’une équipe de démineurs l’avait récupéré et transporté "dans un véhicule spécial".

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 10:33

Les liaisons dangereuses des banques et assurances françaises avec la colonisation israélienne

Plusieurs organisations (Association France Palestine Solidarité, CCFD – Terre Solidaire, Fair Finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haq) publient aujourd’hui un rapport sur « Les liaisons dangereuses des banques et assurances françaises avec la colonisation israélienne ». Il met en lumière les liens entre certaines banques et assurances françaises et des banques et entreprises israéliennes impliquées dans le maintien et le développement des colonies israéliennes.

Communiqué de l’Association France Palestine Solidarité, CCFD – Terre Solidaire, Fair Finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haqmercredi 29 mars 2017

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

>>Pour agir, cliquez ici

La colonisation israélienne dure depuis 50 ans. Illégale au regard du droit international, elle ne cesse de s’accélérer. La planification de 6 000 nouveaux logements depuis janvier 2017 en est la dernière manifestation. Dans la continuité de ses résolutions antérieures, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté le 23 décembre 2016 la résolution 2334 [1], exigeant notamment d’Israël « qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ».

Cette colonisation ne pourrait exister sans la contribution des banques israéliennes qui financent les constructions, et des sociétés israéliennes qui fournissent services et infrastructures dans les colonies. Le système bancaire israélien constitue un outil essentiel de la politique de colonisation, et les entreprises israéliennes contribuent au maintien et au développement des colonies israéliennes. En 2013 déjà, une mission d’enquête indépendante des Nations Unies dénonçait le rôle primordial des banques israéliennes dans la colonisation et les conséquences en termes de violations des droits de l’homme.

L’enquête menée par nos organisations révèle des liens financiers entre ces entités israéliennes et les groupes bancaires français suivants : BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole (et sa filiale LCL), BPCE (et sa filiale Natixis), et AXA. Chacune de ces sociétés détiennent plusieurs participations minoritaires, de manière directe ou indirecte, dans des banques ou entreprises actives dans les colonies israéliennes [2]. Au-delà de ces participations, ces sociétés financent des projets d’entreprises directement impliquées dans la colonisation. Ce fut notamment le cas lors de l’octroi d’un prêt en 2004 de 288 millions d’euros par un consortium de banques (dont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Lyonnais et Natixis), à l’Israel Electric Corporation (IEC). Cette entreprise approvisionne directement les colonies en électricité.

Les banques et assurances françaises concernées ont toutes adhéré à des lignes directrices internationales et pris des engagements relatifs au respect des droits humains. Mais la pratique ne suit pas. Tant qu’elles persisteront à financer des banques et entreprises israéliennes actives dans le maintien et développement des colonies israéliennes, elles continueront à soutenir et cautionner ces dernières. De nombreuses institutions financières étrangères [3], publiques ou privées, se sont d’ores et déjà publiquement désengagées de banques et entreprises israéliennes actives dans les colonies. Par leur refus de prendre un engagement public fort, les banques et assurances françaises concourent à la poursuite de la colonisation et aux violations des droits humains qu’elle induit. Et ce, malgré les différentes interpellations des organisations auteures de l’étude.

La responsabilité du gouvernement français est également pointée dans le rapport. En effet, la France soutient la politique européenne de « différenciation » territoriale entre Israël et ses colonies. Cette politique met en garde les entreprises sur les risques juridiques, économiques et réputationnels, d’entretenir directement ou indirectement des liens financiers et économiques avec les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé. Le Parlement vient par ailleurs d’adopter la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre, qui s’applique aux banques et aux assurances. Celles-ci seront obligées de publier un plan de vigilance identifiant les risques potentiels que leurs activités et leur chaîne d’approvisionnement sont susceptibles de provoquer sur les droits humains et l’environnement.

L’Etat français, en laissant les institutions financières françaises financer les entreprises impliquées dans le maintien et le développement des colonies israéliennes, soutient indirectement la colonisation. Le gouvernement français doit faire pression sur les banques et assurances pour leur demander de mettre fin à l’ensemble de leurs soutiens. Par ailleurs, l’implication directe d’Alstom dans des grands projets d’infrastructures dans les colonies israéliennes est plus que problématique [4]. Là-encore, l’Etat, en tant qu’actionnaire, doit intervenir pour y mettre fin.

[3C’est notamment le cas du fonds de pension du Gouvernement norvégien (2010), du fond de pension néerlandais PGGM (2013), du fonds de pension Luxembourgeois FDC (2014) des banques danoise et allemande, Danske Bank (2014) et Deutsche Bank (2014) et du fonds de pension de l’Eglise Méthodiste américaine (2016).

[4Centrale électrique avec Israel Electric Corporation (IEC) ; tramway de Jérusalem

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 10:31

Quand des banques françaises participent à la colonisation israélienne

samedi 8 avril 2017 
par  Françoise Feugas 
popularité : 36%
 

Huit associations et deux centrales syndicales publient aujourd’hui Les liaisons dangereuses des banques et assurances françaises avec la colonisation israélienne, un rapport d’une trentaine de pages qui dénonce la complicité des groupes financiers français BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, Banques populaires-Caisses d’épargne (BPCE) et Axa avec les banques et entreprises israéliennes impliquées dans la colonisation des territoires palestiniens occupés.

La création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable.

Résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, décembre 2016.

Peu avant cette résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU — dernière d’une longue série concernant Israël —, le Conseil de l’Union européenne (UE) avait pour sa part déclaré, en janvier 2016, que l’UE était « déterminée à veiller à ce que, conformément au droit international, l’ensemble des accords qu’elle conclut avec l’État d’Israël mentionnent sans équivoque et expressément qu’ils sont inapplicables aux territoires occupés par Israël en 1967. »

Ceci dit, la Cour pénale internationale (CPI) condamnait déjà en 1998 toute entreprise de colonisation de manière radicale, puisque l’article 8 de son Statut de Rome rangeait — range toujours — au nombre des crimes de guerre « le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d’une partie de sa population civile, dans le territoire qu’elle occupe, ou la déportation ou le transfert à l’intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce territoire »

Cinquante ans après le début de l’occupation israélienne en territoire palestinien occupé, et malgré tant de condamnations par la communauté internationale au titre du droit international, la colonisation israélienne se poursuit, voire s’accélère, dans une totale impunité. Ainsi, durant les six premiers mois de l’année 2016, le gouvernement israélien a annoncé la construction de 1 823 habitations supplémentaires dans les colonies israéliennes à Jérusalem-Est et dans la zone C de la Cisjordanie. La politique de colonisation repose à la fois sur l’accaparement sans cesse croissant de nouvelles terres et sur la création d’un environnement coercitif, afin d’empêcher toute continuité territoriale indispensable à l’établissement d’un État palestinien.

LES « LIAISONS DANGEREUSES »

La position officielle de la France suit le mouvement international. Pourtant, les principales institutions financières françaises soutiennent bel et bien les banques et entreprises israéliennes impliquées dans les colonies, contribuant ainsi indirectement au maintien et au développement de cette situation illégale. BNP Paribas, le Crédit agricole, la Société générale, le groupe Banques populaire et caisses d’épargne (BPCE) et Axa gèrent des participations financières et détiennent des actions auprès de banques et d’entreprises israéliennes qui financent les colonies pour les premières, et pour les secondes construisent habitations et usines et fournissent divers services et équipements.

BNP Paribas, la Société générale, LCL (filiale du Crédit agricole) et Natixis (filiale de BPCE) ont en outre accordé des prêts — dont l’échéance est fixée à 2020 — pour un montant total de 288 millions d’euros à l’entreprise publique israélienne Israel Electric Corporation (IEC), qui approvisionne en électricité l’ensemble des colonies. Il s’agit d’un projet d’extension de deux centrales électriques au gaz. La décision des banques françaises d’accorder ces financements dédiés à l’IEC est fortement liée au fait que les travaux en sont effectués par l’entreprise française Alstom. Or, l’IEC approvisionne les colonies israéliennes en électricité et favorise ainsi le maintien et l’extension des colonies. Pire, elle a été accusée à plusieurs reprises d’imposer des punitions collectives sous forme de coupures totales d’électricité dans des villes palestiniennes en Cisjordanie telles que Naplouse ou Jénine (mais également à Gaza).

DEVOIR DE VIGILANCE

Toutes ces institutions financières françaises ont pourtant une politique de responsabilité sociale d’entreprise, et plusieurs parmi elles ont déclaré soutenir et se conformer aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et droits de l’homme. Mais on le sait depuis longtemps, sans outils juridiques adéquats, ce genre de déclaration demeure souvent lettre morte, servant surtout la politique de communication des entreprises.

C’est sans doute pour lutter contre cet état de fait que la France vient de se doter d’une loi « relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre » qui, même retoquée par le Conseil constitutionnel, prévoit l’obligation pour les grandes sociétés anonymes d’établir et de mettre en œuvre un plan de vigilance comportant des mesures propres à identifier et prévenir notamment, outre les dégâts environnementaux, « la réalisation de risques d’atteintes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ».

En se basant sur cette loi, les auteurs du rapport rappellent au gouvernement français sa responsabilité vis-à-vis de ses engagements internationaux, compte tenu de son silence sur les activités menées par les banques et assurances françaises, dont il est actionnaire et dont les sièges sociaux sont situés en France. Et lui demandent de mettre fin à toute espèce de lien entre le système bancaire français et les banques et entreprises israéliennes opérant en territoire palestinien occupé, notamment en faisant appliquer ou en veillant au respect de la loi relative au devoir de vigilance dont il vient de se doter. Sous-entendu : sans faire d’exception pour Israël.

DES INFORMATIONS NON DÉMENTIES

Les informations contenues dans ce rapport sont basées sur une analyse financière — consultable en annexe — qui repose sur les publications financières des entreprises et banques ainsi que sur des bases de données spécialisées, recoupées avec des informations accessibles en ligne. Des informations supplémentaires ont aussi été recueillies en France et sur le terrain. Les banques et assurances mentionnées ont été invitées à la commenter et, à ce jour, aucune d’entre elles n’a infirmé les liens financiers avancés — que certaines ont même confirmés oralement ou par écrit.

En plus des informations détaillées sur les « liaisons dangereuses » entre les entreprises financières françaises et les banques et entreprises israéliennes impliquées dans la colonisation des territoires palestiniens occupés, on y trouve un récapitulatif assez complet — souvent en note — de l’ensemble des textes juridiques qui, en droit international, condamnent la colonisation et désignent clairement les responsabilités des États et celles des entreprises dans sa poursuite.

Les liaisons dangereuses de banques françaises avec la colonisation israélienne, Association France-Palestine solidarité (AFPS), CCFD-Terre solidaire, CGT, Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Al-Haq, Ligue des droits de l’homme (LDH), union syndicale Solidaires, Fair Finance France, 29 mars 2017. – 27 p.
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 10:30

Racisme, récupération et « bad buzz » publicitaire…

dimanche 9 avril 2017 
par  Damien Glez 
popularité : 32%
 

Les manifestations d’un racisme ordinaire se multiplient. Mais parfois, la bêtise et la trivialité semblent davantage en cause.

C’est à décourager d’être raciste ! Le politiquement correct soulève-t-il des lièvres perfides qui, jadis, passaient comme une lettre à la poste ? Ou y a-t-il réellement, comme le dénoncent nombre de militants antiracistes, une libération de la parole de ceux qui se sentent indisposés par les variations trop visibles des épidermes ?…

Bien sûr, le film À bras ouverts – intitulé d’abord « Sivouplééé ! » – présente la caricature grossière d’une famille de Roms envahissants. Mais n’est-ce pas le même réalisateur, Philippe de Chauveron, qui forçait le trait des clichés racistes, dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, pour mieux les dynamiter, faisant ainsi œuvre d’utilité publique ?

Bien sûr, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, dans un entretien télévisé en début de semaine, manipulait dangereusement la notion d’origine, expliquant son choix non-rancunier, dans l’affrontement électoral de Jacques Chirac et Edouard Balladur, en 1995. Les racines limousines du futur élu auraient rassuré VGE davantage que les origines orientales du battu. Pour autant, ne faut-il pas se contenter d’y voir les relents stériles et séniles d’un esprit anachronique ?

On pourrait ainsi renvoyer joyeusement dans les cordes la réactivité parfois trop… épidermiques de ceux qui souhaitent traquer la « racialisation » de tout discours. Pour autant, la date de péremption des politiciens ou l’immunité humoristique sont parfois des circonstances atténuantes un peu courtes. Au risque de réveiller Dieudonné Mbala Mbala…

Saint-Benetton, où es-tu ?

Quand Pepsi met en scène, dans un spot publicitaire trivial, une demi-sœur de la demi-vedette de télé-réalité Kim Kardashian, avec une séquence finale rappelant l’action de la manifestante noire Leshia Evans à Bâton Rouge en 2016, la marque ne peut nier – et ne nie plus – qu’elle récupère en l’instrumentalisant l’imagerie contestataire du mouvement « Black Lives Matter », dans le but d’écouler un soda aussi mauvais pour les artères que pour la culture protestataire. Saint-Benetton, où es-tu ?

Circonstances atténuantes ou pas, les lapsus et la candeur ont bon dos

Pire : quand la marque Nivea vend son déodorant « invisible for Black & White » en scandant le slogan « White is purity », n’alimente-elle pas le phénomène de la dépigmentation encore récemment dénoncé par la journaliste Laura Mel dans son reportage « les Ivoiriennes y laissent leur peau ! ». Car la naïveté supposée des créatifs commerçants devient le fouet que ceux-ci tendent pour se faire morigéner.

À moins que ce martinet ne soit justement l’instrument semi-masochiste d’un buzz programmé, ce qui n’est pas constitutif du registre habituel de Nivea, marque pourtant connue pour la valorisation d’individus hétéroclites, aussi bien en termes de couleurs de peau que de corpulences ou de tranches d’âge.

Circonstances atténuantes ou pas, les lapsus et la candeur ont bon dos, surtout quand on constate que la campagne de Nivea a formellement « enjaillé », sur les réseaux sociaux, les comptes de certains suprémacistes blancs.

 
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