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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 21:06

Quand la France rêvait d’un calife pour son empire musulman

Les déclarations de François Hollande à la suite des attentats qui ont endeuillé la France sont symptomatiques de l’ambiguïté du rapport de la République à l’islam. Une équivoque qui se traduit à la fois par un déni de réalité et l’emploi de Français musulmans et des sources islamiques pour l’interprétation religieuse de ce qu’est le « bon islam » pour la République : un islam dirigé par les politiques. Une posture des pouvoirs publics à l’égard de l’islam et de ses institutions, notamment l’institution califale, qui s’inscrit dans la continuité des politiques françaises depuis la fin du XIXe siècle.

La déclaration de guerre sainte prononcée par les Ottomans au début de la Grande Guerre, corrélative aux débats théologiques dans le monde musulman dont la presse arabe se fit largement l’écho, posait d’une manière inquiétante la question du califat. La possibilité d’une déchéance du calife de Constantinople laissait entrevoir les avantages que la France pouvait en tirer : unifier l’islam de l’empire sous sa propre autorité. Comme il est question de l’unifier aujourd’hui sous la houlette de la Fondation pour l’islam de France d’abord, et par le Conseil français du culte musulman ensuite.

Consciente de l’éventualité de la perte de l’empire dans une guerre européenne, la France appuya dans un premier temps sa stratégie sur la remise en valeur de l’institution califale dans ses possessions musulmanes. L’islam était utilisé dans son sens le plus religieux, c’est-à-dire au sens de la foi, pour parer à toute débandade des soldats musulmans — dont on reconnaissait et louait déjà le loyalisme — et à un éventuel soulèvement des populations musulmanes dans les territoires sous domination française. Et dans sa version mystique populaire, par la sollicitation defatwas de marabouts, de chefs de confréries et de chérifs. C’est encore la voie choisie par les pouvoirs publics français : utiliser les imams pour diffuser dans les mosquées des prêches politiques à la suite de chacun des attentats en France depuis novembre 2015, et des islamologues pour fournir les explications les plus loufoques afin de maintenir les Français musulmans à l’écart des appels au djihad de l’État islamique.

Au début de la Grande Guerre, l’appel au soutien de l’islam officiel, c’est-à-dire aux souverains protégés par la France, fut écarté. D’une part pour ne pas renforcer les pouvoirs locaux ultérieurement, et d’autre part pour éviter d’éventuels soulèvements des populations musulmanes qui auraient vu d’un mauvais œil une alliance avec les puissances chrétiennes contre un État musulman. La discrétion partagée par les États occidentaux et les États musulmans au sujet de la participation de ces derniers à la guerre actuelle contre l’État islamique relève d’une logique identique à celle de la politique musulmane de la France du début du XXe siècle.

La formule autrefois utilisée dans les procès-verbaux de la commission des affaires musulmanes du ministère des affaires étrangères pour justifier la guerre contre l’empire ottoman : « Nous ne sommes pas en guerre contre le peuple turc lui-même, mais contre les gens qui détiennent en ce moment le gouvernement de Constantinople… Victimes de leur agression nous luttons contre eux et contre eux seuls » ressemble à la raison actuellement donnée pour justifier les bombardements au Proche-Orient et en Afrique : la France n’est pas en guerre contre les populations irakienne, syrienne, yéménite, libyenne ou malienne, mais contre le groupe État islamique, une organisation terroriste qui sème la terreur dans ces pays. Victimes de leurs attaques sur le sol français, nous luttons contre eux et eux seuls.

Le Maroc, clé de voûte

Bien qu’ancienne, l’idée d’un califat d’Occident dépendant de la France pour unifier sa politique en Afrique du Nord, puis l’étendre aux autres possessions musulmanes, fut exprimée en 1915 par le maréchal Hubert Lyautey, non sans arrière-pensée : il s’agissait de reconstituer un empire à l’image de l’empire romain — plus précisément celui de Constantin – c’est-à-dire bipolaire et dont le Maroc serait la clé de voûte.

L’empire chérifien apparaissait aux politiques et aux diplomates français comme « l’homme malade » de l’islam d’Occident, d’où la tentation de reconstituer cet islam d’Occident sur le modèle de l’Église romaine, hiérarchisée et dirigée de fait et de droit par un monarque. Cette perception sera à l’origine de la bipolarité de l’autorité politique au Maroc, avec la construction d’un califat et de son appareil administratif, « le Makhzen », d’abord pour les musulmans du Maroc. Ensuite, il s’agissait d’étendre cet appareil administratif musulman à l’ensemble de l’empire français. L’administration moderne du protectorat fut chargée de l’autorité politique, de l’autorité militaire et des non-musulmans (catholiques et juifs autochtones), ainsi que d’organiser un État moderne et centralisé.

L’idée même de la séparation des pouvoirs temporel et spirituel en pays d’islam effrayait Lyautey. Monarchiste, fervent catholique, opposé à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, Lyautey faisait une lecture catholique du fait musulman et de son évolution : la puissance morale du calife serait beaucoup plus dangereuse pour les puissances chrétiennes, du fait de son dégagement des préoccupations du pouvoir temporel. Le pape était, pour lui, paradoxalement beaucoup plus puissant, sa capacité de ralliement plus importante à cause de l’abandon du pouvoir temporel. Le danger résidait pour Lyautey dans cette aura spirituelle que procure la renonciation à l’exercice du pouvoir. C’est ce qu’il craignait au sujet du chérif de la Mecque soutenu par les Britanniques pour le titre de calife. La sécularisation en terre d’islam était selon lui plus dangereuse qu’un islam cumulant les deux autorités sous domination chrétienne.

Cette proposition d’un califat marocain suscita une fronde chez ceux dont le pouvoir semblait menacé, et en premier lieu le gouvernement de l’Algérie qui voyait poindre les dangers d’une éventuelle application de la loi de séparation des Églises et de l’État aux départements français d’Algérie. Dès lors, le débat sur la question du califat révéla la dimension chrétienne du conflit. Les radicaux de gauche, les défenseurs de la laïcité et de cette loi étaient les plus farouches opposants à la séparation du temporel et du spirituel en islam, puisqu’elle signifiait une perte de pouvoir pour eux aux niveaux local et régional. Cette séparation n’était qu’un leurre, le pouvoir réel demeurant in fine entre les mains de la République et de ses représentants. Ses partisans étaient de fervents chrétiens comme Lyautey ou Defrance, qui soutenaient l’idée de la résurgence de l’empire romain d’Orient, tout en se gardant de faire la même erreur que Rome avec l’édit de Caracalla, supposé avoir causé la chute de l’empire. Toutefois, situation de guerre oblige, le gouvernement élabora une représentation consensuelle des musulmans de l’empire avec la création de la Société des habous des lieux saints de l’islam qui sera chargée plus tard de la construction de l’Institut musulman de la mosquée de Paris — inauguré d’abord par le sultan marocain en 1926 — et de la gestion religieuse de l’islam de France.

La chute du califat ottoman en 1924 et l’absence de nouveau calife dans l’Orient arabe mirent fin au projet officiel d’un califat d’Occident, mais pas à celui de catholiques qui exécraient l’athéisme inhérent à la loi de 1905 et nourrissaient l’espoir d’une restauration chrétienne en France dans le cadre politique de la séparation à partir d’un califat d’Occident. Si, en effet, la loi de séparation des Églises et de l’État a imposé la laïcité en tant que pratique politique et mode de gestion du social par les gouvernants, elle n’a pas pour autant changé les Françaises et Français en individus laïques ou athées. La pratique religieuse s’est émoussée dans certaines catégories sociales, mais pas dans la bourgeoisie, où la foi est restée quasi intacte.

Comme l’ensemble des Français, ces catholiques étaient, à la fin de la seconde guerre mondiale et au début des années 1950, tournés vers la construction européenne, portée par deux autres chrétiens, Charles de Gaulle et Robert Schuman. Ce projet répondait mieux aux attentes d’une restauration qui se satisferait plus d’une démocratie chrétienne à l’image des autres États européens — notamment celle de l’Allemagne — que d’un retour à un régime laïque républicain. Pourtant c’est la question marocaine, à la suite des répressions sanglantes des émeutes de Casablanca des 7-8 décembre 1952 et de la déposition du sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et son remplacement par Mohammed Ben Arafa le 20 août 1953 qui provoqua la véritable scission, dans laquelle furent impliqués les catholiques du Maroc1. Certains intellectuels catholiques et politiques de gauche se scandalisèrent de la répression à Casablanca. Ils menèrent une campagne de presse orchestrée par Robert Barrat, André de Peretti, François Mauriac et d’autres intellectuels catholiques afin d’informer le public français des massacres. C’est à ce moment-là que réapparut le projet d’un califat pour l’islam d’Occident.

Lyautey et Mawardi

Le projet de Lyautey est entièrement inspiré par la théorie politique de Mawardi, Al-ahkam al-sultaniyya, (Les statuts gouvernementaux), et de son second volet, le principe de nécessité en islam ou darura, théorisé par Ghazali au XIe siècle. Selon ce principe, un calife trop faible pour s’opposer à un envahisseur entérine un état de fait, en confiant le pouvoir temporel à un vizir. Lyautey a joué ce rôle de « vizir usurpateur » ou de « maire du palais » animé par une dialectique religieuse et une logique qui ont dominé l’établissement du protectorat au Maroc : l’introduction par les autorités françaises de la notion hybride d’un « pape musulman » dans le traité du protectorat signé avec le sultan Moulay Hafid en 1912. Les politiques français ont privé le sultan de son autorité temporelle, déléguée à l’administration française.

Or, en 1954, les catholiques du Maroc, la Résidence générale et les coloniaux favorables à la déposition du sultan Mohamed V et partisans d’une administration directe (à l’algérienne) au Maroc dénonçaient cette centralisation de l’État moderne au Maroc qui a fortement contribué à renforcer la puissance spirituelle du sultan, afin de valider une nouvelle politique de centralisation du pouvoir sur l’empire au niveau de la métropole par l’annexion du Maroc aux départements français d’Algérie, le projet d’Union africaine qui se dessine à l’ombre de l’Union européenne depuis 1946 chez les coloniaux ne pouvant être viable qu’à ce prix. Cette proposition repose aussi sur la théorie du califat, non plus sur celle de Mawardi, mais sur celle d’Ibn Khaldoun, dans laquelle est introduite une distinction entre le pouvoir califal, al-khilafa, d’origine divine et révélée, du pouvoir royal, al-mulk, d’origine humaine et rationnelle, donc temporelle.

Un débat parmi les catholiques

À l’encontre de la position de Lyautey qui souhaitait un califat fort pour maintenir sous domination islamique l’ensemble de l’empire musulman, on voulut le réduire après la seconde guerre mondiale à sa plus simple expression, l’imamat. Quant au pouvoir politique, il devait appartenir à la République qui, par l’intermédiaire d’une administration forte et directe, devait « jouer le rôle des rois de France, de protéger les humbles, favoriser les communes. »

La prise de position d’intellectuels catholiques et politiques de gauche est symptomatique de la dimension chrétienne des différentes crises marocaines depuis la christianisation avortée des Berbères par le dahir (décret chérifien) de 1930. Ces crises ont constitué autant d’« espaces autres » à un conflit interchrétien sur la monarchie en France, la séparation des Églises et de l’État, l’égalité des dogmes non chrétiens, la légitimité de la christianisation en contexte colonial, la constitution d’une Église musulmane dont le chef serait un calife musulman et une christianisation progressive des autochtones pour les autres.

Elle s’inscrit aussi dans le débat qui agitait les catholiques depuis 1930 sur l’entreprise coloniale, cristallisé lors des semaines sociales de 1948 et 1954, sur fond politique de l’Union française2 et d’accession des Algériens musulmans à la citoyenneté française. À l’époque déjà, l’islam métropolitain et les Français musulmans étaient associés à cette prise de position d’une solution politico-religieuse pensée en dehors d’eux. Les intellectuels catholiques qui avaient réussi à s’associer les anticolonialistes de tous bords créèrent dès 1947 deux associations : le Comité chrétien d’entente France-islam (27 juin 1947) ? par Louis Massignon qui bénéficia du soutien du Vatican jusqu’en 1962 ; et France-Maghreb (juin 1953), par André de Peretti. Ces associations organisaient des prières pour dire la Fatiha (première sourate du Coran) et des jeûnes tous les vendredis à la Mosquée de Paris avec Si Kaddour Ben Ghabrit.

La politique actuelle de contrôle de l’islam et des Français musulmans par l’intermédiaire de la Fondation de l’islam de France, et les débats sur la question de l’identité nationale, la déchéance de la nationalité ou l’espace de la laïcité s’inscrivent dans cet acquis colonial qui dénie aux Français musulmans le statut d’égalité citoyenne tant que leur foi reste musulmane.

1Lire Robert Montagne, Révolution au Maroc, Éditions France Empire, 1954.

2Union territoriale du Maroc à l’Algérie, et intégration politique de l’ensemble à l’Afrique occidentale française (AOF) et à l’Afrique équatoriale française (AEF) en passant par le Sahara.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 20:56

Les racines coloniales de la politique française à l’égard de l’islam

« Civiliser les musulmans »

Comment comprendre le décalage entre les attentes et besoins des Français musulmans et les orientations politiques gouvernementales ? La gestion de l’islam et du culte musulman par la France durant la période coloniale permet d’apporter une réponse et de mesurer combien la vision de Paris a été forgée par la lecture catholique du fait religieux.

L’expansion coloniale en pays musulmans pousse les gouvernants français à rechercher une politique qui permette la centralisation des décisions en matière de gestion de l’empire, pour régir les différents statuts juridiques faisant relever les pays d’Afrique, puis ceux du Proche-Orient, de divers ministères. Une formule politique tenant compte d’une part du fait religieux musulman — plus tard du fait religieux chrétien —, et d’autre part autorisant la centralisation du pouvoir et des décisions au niveau du gouvernement de la métropole. Une fois la continuité territoriale de l’Afrique du Nord acquise par la certitude d’un protectorat sur le Maroc en 1911, cette politique musulmane se concrétise par la création de différents organismes et institutions qui concerneront à la fois l’organisation et la gestion politique de l’empire mais aussi la gestion des musulmans (émigrés et étudiants) en métropole.

L’ensemble des ministères se trouvait représenté dans ces organismes : la Commission interministérielle des affaires musulmanes, CIAM (1911-1938), le Haut Comité méditerranéen et ses différentes commissions et sous-commissions (HCM, 1935-1939) et le Centre des hautes études d’administration musulmane (Cheam, 1936-2000). Très vite, on y a adjoint des universitaires, spécialistes du monde musulman et du monde arabo-africain, dont les plus célèbres sont Louis Massignon (islamologue, 1883-1962), Robert Montagne (sociologue-politologue arabisant, 1893-1954), Charles-André Julien (historien de l’Afrique du Nord, 1891-1991), Jacques Berque (sociologue, arabisant, 1910-1995) et Vincent Monteil (islamologue et sociologue, arabisant et africanisant, 1913-2005).

Selon les périodes, la mise en place et la pratique de la politique musulmane ont pour fonction première soit de favoriser l’expansion coloniale, soit de maintenir la stabilité politique en Afrique du Nord, clé de voûte de l’empire. C’est une politique assumée de gestion de la religion, perçue comme un fait social total : l’islam est une idéologie de mobilisation et de contestation et un fait sociologique. Il est ahurissant de constater aujourd’hui que cette conception n’a pas changé, alors que les musulmans de France ne sont plus des indigènes, mais des Français depuis plusieurs générations, eu égard à l’installation des premières familles algériennes en France en 1882.

Trois étapes d’une politique

Cette politique musulmane a connu trois grandes phases qui ont combiné différentes stratégies politiques de centralisation ou d’unification. Elles ont donné, en fonction des intérêts nationaux ou internationaux, la priorité à des essais de centralisation régionale nord-africaine (avec la mise en place des conférences nord-africaines) essentiellement centrés sur une collaboration économique ou sur une centralisation régionale méditerranéenne (avec le HCM), doublée d’une centralisation politique avec prise de décisions au niveau de la présidence du conseil des ministres.

Une première phase (1914-1923) s’ouvre avec la création de la CIAM, organe consultatif sans réel pouvoir de décision, qui a néanmoins influencé les politiques. Elle montre clairement que la politique musulmane voulue s’est trouvée dès son origine enfermée dans un étau idéologique multidimensionnel qui met en jeu des choix politiques de gouvernance nationaux (centralisation versus décentralisation) et des choix politiques de gestion de l’empire (administration directe versus administration indirecte relevant de deux idéologies : assimilation vs association et laïcité vs pluralité religieuse).

La focalisation de ces débats sur la question de la gestion et l’organisation politique de l’empire ont constitué un frein à toute tentative d’unification ou de cohérence politique, y compris au niveau de la formation et des traitements des personnels civils ou militaires appelés à servir outre-mer. Dès lors, le concept même de politique musulmane est fluctuant, utilisé par tous les acteurs politiques ou personnalités publiques concernés : il désigne une politique d’assimilation pour les uns, d’association pour d’autres, voire une synthèse des deux en fonction des intérêts en jeu. Cet état de fait a renforcé l’ambiguïté dans l’opinion publique et a rendu impossible ne serait-ce qu’une politique économique commune aux trois pays du Maghreb, les tenants de chacune des idéologies craignant de perdre en indépendance locale.

Lors de la seconde phase (1923-1935), le consensus des différents acteurs politiques ne se fera que sur la dimension symbolique de l’islam, et sur sa « nécessité » diplomatique locale, régionale et internationale. C’est au cours de cette période, qui connaît un fort accroissement de la présence musulmane en métropole, que la République opte pour une gestion bicéphale de l’islam et des musulmans. D’un côté, elle délègue la gestion religieuse, sociale et répressive aux préfectures, dont la préfecture de la Seine fournit le modèle d’une administration directe à « l’algérienne ». De l’autre, elle fait de l’Institut musulman de la mosquée de Paris un archétype de gestion « sultanienne » à usage diplomatique relevant du ministère des affaires étrangères.

Enfin, la troisième phase (1935-1954) voit la mise en place d’un quasi-gouvernement métropolitain de l’empire, avec l’aboutissement de plusieurs projets d’uniformisation de la politique à l’égard des musulmans de l’empire. Une phase dans laquelle s’inscrivent activement les plus grands orientalistes français de confession chrétienne, les fonctionnaires-savants-experts dont certains sont de fervents catholiques. C’est le cas notamment de Robert Montagne, Louis Massignon et Vincent Monteil ; Charles André Julien et Jacques Berque étant de foi plus tiède.

Gestion bicéphale

L’Institut musulman de la mosquée de Paris est inauguré en 1926 en hommage aux combattants de la Grande Guerre. Il est confié à un haut fonctionnaire musulman du ministère des affaires étrangères, Si Kaddour Ben Ghabrit. Familier de la cour des sultans marocains, il veillera à donner de ce lieu une double image, celle de l’Andalousie perdue et celle de la monarchie marocaine. Le financement de la construction a relevé d’un montage subtil entre deniers de la République et deniers des territoires musulmans sous domination :
- la loi du 9 juillet 1920 accorde une subvention de 500 000 francs à la société des Habous des lieux saints de l’islam au titre du ministère des affaires étrangères pour le gouvernement ;
- la ville de Paris attribue une subvention de 1 600 000 francs, prend en charge de coûteux frais d’actes notariés (cessation-enregistrement…) et concède un terrain de 7 400 mètres carrés ;
- le gouvernement général de l’Algérie accorde une subvention de 100 000 francs ;
- la Résidence de Rabat donne 100 000 francs également, inscrits sur les budgets chérifiens de 1921-1922 ;
- la Résidence de Tunis accorde 30 000 francs, inscrits au budget 1921 de la Régence ;
- la colonie du Tchad octroie 5 000 francs, inscrits au budget de 1922.

Des comités de souscription sont créés dès l’été-hiver 1920 dans toutes les villes et centres urbains d’Afrique du Nord pour récolter le budget nécessaire aux travaux de construction, soit 3 000 000 francs pour toute l’Afrique du Nord. L’argent est confié à deux banques en territoire musulman : la banque de l’Algérie pour l’Algérie et la Tunisie, et la banque d’État au Maroc pour le Maroc. En revanche, la gestion financière et la surveillance générale de l’Institut musulman de la mosquée de Paris ne sont pas confiées à Ben Ghabrit, mais à un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur, Paul Valroff. De leur côté, les imams présents en métropole pour assister les musulmans sont rémunérés par les deux protectorats et le gouvernement de l’Algérie.

Cette gestion bicéphale de l’islam est toujours en vigueur. La question du financement des mosquées et celle de la formation des imams font encore débat. Le premier ministre Manuel Valls vient de décider la création de la Fondation des œuvres de l’islam en France (FOIF), dont la présidence est proposée à Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l’intérieur ; et il appelle à la formation d’imams français en France.

Laïcité et organisation des religions

La remise en cause du référent « identitaire laïciste-universaliste » — étroitement lié à l’actualité en France et au contexte international troublé par « un retour à l’islam » — réactive le besoin d’un savoir sur l’islam au sein même du champ des sciences sociales. La production universitaire et intellectuelle n’a jamais été si prolifique, les analyses politiques, théologico-politiques n’ont jamais eu autant le vent en poupe que ces derniers temps, sans parler de tous ces nouveaux programmes concoctés on ne sait comment, dédiés à l’étude de la « radicalisation » et à la déradicalisation des jeunes Français musulmans.

Or, les origines du concept de politique musulmane, l’histoire des institutions qui ont été mises en place pour la définir dévoilent l’existence d’un authentique paradigme de politique publique visant à la fois les politiques religieuses françaises en situation coloniale et les Français musulmans issus des ex-territoires de l’empire. Elles dévoilent également l’ambiguïté du rapport au fait religieux, aussi bien chrétien que musulman, dans des institutions qui sont en principe laïques.

La question de la gouvernance de populations musulmanes sous domination d’une République française laïque dissimulait des questions propres aux catholiques dans la République, à savoir :

- le double rapport entre le politique et le religieux et l’intervention du religieux dans le politique, comme si le système républicain français et l’encyclique vaticane de Léon XIII, Rerum Novarum 1891, ne l’avaient pas définitivement tranchée ;

- l’égalité du christianisme avec les autres religions monothéistes qui aurait conduit inévitablement à leur traitement égalitaire par le politique.

Ces interrogations sont projetées sur l’empire arabo-africain, dès lors que la question de la centralisation de sa gouvernance au niveau de la métropole s’est posée et qu’elle n’a trouvé d’autre facteur d’unité que l’islam. Elle s’est traduite par la récurrence de l’ambition souhaitée et crainte à la fois de fédérer ces populations musulmanes de l’empire autour d’un califat marocain sous protection française pour représenter l’islam d’Occident — qu’il faut entendre au sens d’islam de l’empire arabo-africain. Celui-ci était perçu d’emblée comme malléable à cause de la présence en son sein de nombreuses confréries, considérées comme autant d’hérésies, toutefois hiérarchisées et reflétant le modèle des églises protestantes.

Une lecture catholique du fait religieux

Ces projections révèlent en fait la lecture catholique du fait religieux musulman par les décideurs français et les dissensions au sein du catholicisme français sur des questions purement théologiques comme l’égalité des dogmes monothéistes, ou politiques, comme sur la Palestine ou l’indépendance des États musulmans.

Les espaces coloniaux arabo-musulman et arabo-africain sont devenus le terrain d’expression de conflits interchrétiens, d’ordre philosophico-religieux et/ou politico-religieux. Cela grâce au rôle joué par Montagne, Massignon, Berque ou Monteil et de nombreux orientalistes arabisants et/ou africanisants, qui sont en majorité de fervents catholiques, et d’autres colonialistes laïques qui partageaient leurs points de vue au plus haut niveau de l’État français. Aujourd’hui, cette vision intégrée par les décideurs français, les personnalités publiques politiques, religieuses, laïques et certains Français musulmans est réactivée, actualisée. Elle pose très précisément la question de l’islam en France, de part et d’autre, dans des termes identiques : la radicalisation de certains jeunes et la réforme administrative de l’islam. Comme à l’époque coloniale, cette radicalisation est imputée à l’absence d’un clergé musulman (califat ou ministère du culte musulman) et à l’absence de réforme de l’islam — réforme religieuse et pas administrative, même si la question du financement est présentée comme prioritaire.

À l’instar de la période coloniale, ce qui est en jeu, c’est la réinterprétation du Coran dans une version qui serait à la fois conforme aux lois de la République et très proche du culte catholique, dans la mesure où ce sont les textes fondateurs de l’islam qui sont incriminés. La vindicte inscrite dans le Coran et la Sunna et/ou leur aspect apocalyptique et eschatologique seraient à l’origine ou expliqueraient la radicalisation de certains jeunes Français ou Européens qui mettent en acte ces textes appris en commettant des attentats terroristes, d’après les analyses théologico-politiques d’islamologues qui ont aujourd’hui le vent en poupe, comme à l’époque coloniale. En effet, les analyses théologico-politiques des islamologues actuels qui tendent à incriminer les textes fondateurs de l’islam — alors que les Français de confession musulmane sont soumis aux lois de la République et ne les remettent aucunement en cause —, ne font que reprendre les argumentaires des fonctionnaires-savants-experts des générations précédentes qui se prévalaient de l’incompatibilité avec la pleine citoyenneté de la loi islamique (charia) et du code du statut civil musulman pour justifier la nécessité de la réforme religieuse de l’islam. Or, si soumettre les sources de l’islam à la raison critique et à l’ijtihad, c’est-à-dire l’effort d’interprétation, s’avère d’une double nécessité nationale et internationale pour les sociétés musulmanes en mutation concernant la réforme des codes de statut civil et lois issues de la loi islamique, cette « relecture » ne se justifiait et ne se justifie en France que par l’objectif ancien et inavoué de la création d’un nouveau schisme en islam. Un schisme qui serait totalement intégré aux autres cultes chrétiens, à défaut d’une conversion des musulmans français au christianisme.

D’un autre côté, certains Français musulmans très pratiquants1 — en ce sens souhaitant se conformer à la lecture littéraliste des textes fondateurs dans leur vie quotidienne —, objets de la vindicte islamophobe et raciste, harcelés par les forces de l’ordre en particulier pour des questions vestimentaires dans l’espace public ces dernières années, répondent à cet état de fait par la hijra ou exode, c’est-à-dire un départ de la France, leur pays de naissance, pour aller s’installer et vivre dans un pays musulman. À l’instar des Algériens s’installant en Syrie, un territoire musulman entre 1908 et 19122, ceux d’aujourd’hui se dirigent vers le Maroc, pays musulman gouverné par un commandeur des croyants, où l’expression pluraliste des pratiques religieuses — des plus lâches au plus rigoristes — est acquise par le fait même de la suprématie religieuse du monarque sur toutes les autres.

Aujourd’hui comme par le passé, la politique musulmane de la France modèle les mises en représentation politiques et savantes des identités religieuses en France et dans le monde arabo-africain. Elle définit aussi la structuration et la non-structuration de l’islam en France, le liant indéfiniment aux questions géopolitiques et géostratégiques ainsi qu’aux questions des migrations nord-africaines, africaines et orientales. De fait, les solutions proposées par Manuel Valls et l’appel des Français et musulmans3, qui fait écho à celui des « musulmans évolués » d’Algérie comme on les appelait à l’époque coloniale, ne sont qu’un mauvais remake de cette sacrée mission civilisatrice des populations musulmanes.

1Il ne faut pas confondre ce phénomène de départs des Français musulmans avec celui des Français ou Européens qui ont islamisé la violence, la radicalité et partent vers la Syrie pour rejoindre les rangs de l’organisation de l’État islamique.

2La destruction des structures et institutions religieuses musulmanes et le sabotage quasi systématique de l’enseignement arabo-musulman et des associations cultuelles par les autorités françaises en Algérie avaient fini par pousser un certain nombre de notables mais aussi de jeunes Algériens musulmans à quitter leur pays pour migrer vers la Syrie ottomane. La hijra, émigration pour la foi, fut l’ultime arme politique des Algériens pieux pour faire valoir leurs droits au libre exercice de leur culte en Algérie française.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 20:53

La dette, antichambre de la conquête coloniale de l’Égypte

Comme en Tunisie, la gestion de la dette en Égypte à la fin du XIXe siècle a constitué une arme décisive de l’intervention directe des puissances européennes. Elle a conduit à la mise sous tutelle du pays puis à sa conquête par le Royaume-Uni en 1882.

L’Égypte encore sous tutelle ottomane entame au cours de la première moitié du XIXe siècle un vaste effort d’industrialisation et de modernisation. George Corm en résume ainsi l’enjeu : « C’est évidemment en Égypte que Mohammed Ali fera l’œuvre la plus marquante en créant des manufactures d’État, jetant ainsi les bases d’un capitalisme d’État qui ne manque pas de rappeler l’expérience japonaise du Meiji »1. Cet effort d’industrialisation se poursuit tout au long de la première moitié du XIXe siècle, sans recours à l’endettement extérieur. Les ressources internes sont mobilisées en priorité. En 1839-1840, une intervention militaire conjointe du Royaume-Uni et de la France, suivie un peu plus tard d’une seconde agression, cette fois du Royaume-Uni et de l’Autriche-Hongrie, obligent le gouverneur d’Égypte2 Méhémet Ali (Mohammed Ali) à renoncer à la Syrie et à la Palestine, alors sous domination ottomane.

Un tournant radical est pris à partir de la seconde moitié du siècle. Les successeurs de Méhémet Ali adoptent le libre-échange sous la pression du Royaume-Uni, démantèlent des monopoles publics et recourent massivement aux emprunts extérieurs. C’est le début de la fin. L’ère des dettes égyptiennes commence : les infrastructures de l’Égypte seront abandonnées aux puissances occidentales, aux banquiers européens et aux entrepreneurs peu scrupuleux.

Entre les années 1850 et 1876, les banquiers de Londres, de Paris et d’autres places financières cherchent activement à placer leurs capitaux tant en Égypte que dans l’empire ottoman et dans d’autres continents. Dans un premier temps, le nouveau modèle fondé sur l’endettement et le libre-échange semble bien fonctionner, mais cet apparent succès tient à des facteurs extérieurs que ne maîtrisent pas les autorités égyptiennes, telle la guerre de Sécession en Amérique du Nord qui provoque la chute des exportations américaines de coton, les premières du monde. Cela fait monter très fortement le prix du coton sur le marché mondial. Les revenus d’exportation de l’Égypte, productrice de coton, explosent. Cela amène le gouvernement d’Ismaïl Pacha à accepter encore plus de prêts des banques (britanniques et françaises principalement). À la fin de la guerre de Sécession, les exportations américaines reprennent et le cours du coton s’effondre.

L’Égypte dépend des devises que lui procure la vente de son coton, principalement à l’industrie textile britannique, pour rembourser sa dette aux banquiers européens.

Trente ans d’emprunts impossibles à rembourser

En 1876, la dette égyptienne atteint 68,5 millions de livres sterling (contre 3 millions en 1863). Le service de la dette absorbe les deux tiers des revenus du pays et la moitié des revenus d’exportation. Les montants encaissés par l’Égypte restent faibles, tandis que les banquiers exigent et reçoivent en retour des montants très élevés. Prenons l’emprunt de 1862 : les banquiers européens émettent des titres égyptiens pour une valeur nominale de 3,3 millions de livres sterling, vendus à 83 % de leur valeur nominale. L’Égypte ne reçoit que 2,5 millions de livres, desquelles il faut encore déduire la commission prélevée par les banquiers. Le montant que doit rembourser l’Égypte en 30 ans s’élève à près de 8 millions de livres si on prend en compte l’amortissement du capital et le paiement des intérêts.

Autre exemple, l’emprunt de 1873 : les banquiers européens émettent des titres égyptiens pour une valeur nominale de 32 millions de livres et ils les vendent avec un rabais de 30 %. En conséquence, l’Égypte ne reçoit qu’un peu moins de 20 millions de livres. Le montant à rembourser en 30 ans s’élève à 77 millions de livres (intérêt réel de 11 % + amortissement du capital). Cet alourdissement de la dette et les taux d’intérêt exigés sont intenables. Les conditions financières imposées par les banquiers rendent impossible le remboursement. L’Égypte doit constamment emprunter afin d’être en mesure de poursuivre les paiements dus sur les anciennes dettes.

En 1875, pris à la gorge par les créanciers, l’Égypte cède au gouvernement du Royaume-Uni sa participation dans le canal de Suez inauguré en 1869. Le produit de la vente des 176 602 actions Suez que détenait l’Égypte — soit près de la moitié du capital de la Compagnie de Suez — au gouvernement britannique à la fin de novembre 1875 finance les échéances de paiement de la dette de décembre 1875 et de janvier 1876 qui étaient particulièrement lourdes.

Finalement, malgré des efforts désespérés pour rembourser la dette, l’Égypte est amenée à en suspendre le paiement en 1876. Il est important de souligner qu’au cours de cette même année 1876, l’empire ottoman, le Pérou (à l’époque l’une des principales économies d’Amérique du Sud) et l’Uruguay se déclarent en cessation de paiement. Il faut donc en chercher les causes au plan international. Une crise bancaire éclate à New York, Francfort, Berlin et à Vienne en 1873 et affecte progressivement la City de Londres. Ainsi, la volonté de prêter à des pays périphériques se réduit fortement. Or, ces pays avaient constamment besoin d’emprunter pour rembourser les anciennes dettes.

Accords tacites entre Londres, Paris et Berlin

Les gouvernements de Londres et de Paris, bien que concurrents, s’entendent pour soumettre l’Égypte à leur tutelle via la Caisse de la dette qui a la mainmise sur une partie des impôts et que les représentants du Royaume-Uni et de la France dirigent. Sa mise en place est suivie d’une restructuration de la dette égyptienne qui satisfait les banquiers, car sans aucune réduction de l’encours. Le taux d’intérêt est fixé à un niveau élevé, 7 %, et les remboursements portés à 65 ans. Une rente confortable est assurée aux épargnants européens, garantie à la fois par la France, le Royaume-Uni et par les revenus de l’Égypte dans lesquels la Caisse de la Dette publique peut puiser.

Le Royaume-Uni, de loin la première puissance européenne et mondiale, entend contrôler et dominer entièrement la Méditerranée orientale qui gagne en importance grâce au canal de Suez, accès direct à la route maritime des Indes britanniques et de l’Asie. Il souhaite marginaliser la France, qui exerce une influence certaine en Égypte à cause des banques et du canal de Suez dont la construction a été financée via la bourse de Paris. Afin que Paris laisse entièrement la place à Londres, il faut tout d’abord satisfaire les intérêts des banquiers français, très liés aux autorités de leur pays, et offrir une compensation dans une autre partie de la Méditerranée. C’est là qu’intervient un accord tacite entre Londres et Paris : l’Égypte reviendra au Royaume-Uni tandis que la Tunisie passera sous le contrôle de la France. En 1876-1878, le calendrier exact n’est pas encore fixé, mais la perspective est claire.

L’avenir de la Tunisie et de l’Égypte ne se règle pas seulement entre la France et le Royaume-Uni. L’Allemagne, qui vient d’être unifiée et qui est la principale puissance européenne montante à côté du Royaume-Uni, a son mot à dire. Otto von Bismarck, le chancelier allemand, a déclaré à maintes reprises lors de conversations diplomatiques secrètes qu’il ne prendrait pas ombrage d’une prise de contrôle de l’Égypte par Londres et d’une prise de contrôle de la Tunisie par la France. En contrepartie, l’Allemagne veut avoir le champ libre dans d’autres parties du monde. En somme, le sort réservé à l’Égypte et à la Tunisie préfigure le grand partage de l’Afrique auquel les puissances européennes se livreront, quelques années plus tard, lors d’une autre conférence à Berlin tenue en 18853.

Sous domination britannique

Dans le cas de l’Égypte et de la Tunisie, la dette a constitué l’arme la plus puissante utilisée par des puissances européennes pour assurer leur domination, en les menant jusqu’à la soumission totale de pays qui jouissaient jusque-là d’une véritable indépendance. La Caisse de la dette publique impose à l’Égypte des mesures d’austérité très impopulaires qui génèrent une rébellion militaire ; le général Ahmed Orabi défend des positions nationalistes et résiste aux diktats des puissances européennes. Le Royaume-Uni et la France en prennent prétexte pour envoyer un corps expéditionnaire à Alexandrie en 1882. Finalement, le Royaume-Uni entre en guerre contre l’armée égyptienne, occupe militairement de manière permanente le pays et le transforme en protectorat. Sous domination britannique, le développement de l’Égypte sera largement bloqué et soumis aux intérêts de Londres. Comme l’écrivait Rosa Luxemburg en 1913, « l’économie égyptienne a été engloutie dans une très large mesure par le capital européen. D’immenses étendues de terres, des forces de travail considérables et une masse de produits transférés à l’État sous forme d’impôts ont été finalement transformés en capital européen et accumulés. »4.

La Caisse de la dette publique ne sera supprimée qu’en juillet 1940. L’accord imposé à l’Égypte par le Royaume-Uni en 1940 prolonge la domination financière et coloniale, et Londres obtient la poursuite des remboursements d’une dette devenue perpétuelle. Il faudra le renversement de la monarchie égyptienne en 1952 par Gamal Abdel Nasser et la nationalisation du canal de Suez le 26 juillet 1956 pour que, pendant une quinzaine d’années, l’Égypte tente à nouveau un développement partiellement autonome.

1Georges Corm, «  L’endettement des pays en voie de développement : origine et mécanisme  » in Sanchez Arnau, J.-C. coord. Dette et développement (mécanismes et conséquences de l’endettement du Tiers-monde, Publisud, 1982  ; p. 39.

2NDLR. L’empire ottoman donnait à Méhémet Ali le titre de wali, c’est-à-dire de gouverneur, mais lui se désignait comme khédive (suzerain, seigneur ou vice-roi en persan), même si ce titre n’a été officiellement reconnu qu’en 1867 à son petit-fils Ibrahim Pacha et la création d’un khédivat d’Égypte (1867-1914).

3Henri Wesseling, Le partage de l’Afrique - 1880-1914, Denoël (Folio Histoire, 2002), 1996.

4Rosa Luxemburg, L’Accumulation du capital, Maspero, vol. II, 1969  ; p. 104.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 20:33

La Tunisie livrée à ses faux amis du FMI

Une nouvelle fois, la Tunisie s’endette à l’extérieur. Ce ne serait pas inquiétant si cet argent servait à investir et à développer la production. Hélas, les dépenses courantes en engloutissent l’essentiel, on sacrifie l’avenir pour satisfaire des clientèles intéressées d’abord par un statu quo politique et social.

Pour la seconde fois en à peine trois ans, la Tunisie vient de s’endetter encore un peu plus auprès du Fonds monétaire international (FMI). Le 20 mai, le conseil d’administration lui a accordé le bénéfice du « mécanisme élargi de crédit » (MEC) qui succède à l’accord de confirmation (AC) venu à échéance en décembre 2015 après, déjà, une prolongation de sept mois. Le MEC est, par rapport à l’AC, plus long (48 mois au lieu de 24), plus élevé (près de 3 milliards de dollars au lieu de 1,3) et accompagné de la même liste ou presque de recommandations. Il y aura deux décaissements par an qui seront l’occasion de vérifier la progression des réformes promises par le gouvernement d’Habib Essid qui s’est bien gardé de les révéler à son opinion.

À cette occasion, l’adjoint de Christine Lagarde, Mitsuhiro Furusawa, a dressé un tableau plutôt déprimant de la situation économique de la République tunisienne cinq ans après la révolution et cinq mois après l’achèvement du MEC qui visiblement n’a guère amélioré les choses : « de grandes difficultés demeurent : l’activité économique est faible, l’emploi est bas, les tensions sociales persistent, la structure des dépenses publiques s’est détériorée, et les déséquilibres extérieurs sont prononcés… »1. On pourrait ajouter les 2 600 entreprises qui ont quitté le pays entre 2011 et 2015, la désindustrialisation en marche et la paupérisation d’une grande partie de la population. Selon l’Organisation de défense des consommateurs, 60 % des salariés n’ont plus un sou dès le 8 du mois2.

Spirale de l’endettement

Le terrorisme et l’instabilité régionale, malgré leur gravité, ne sauraient à eux seuls expliquer un résultat aussi décourageant, d’autant que les crédits du FMI ont été accompagnés de ceux — tout aussi généreux — du groupe de la Banque mondiale, de l’Union européenne, des États-Unis, du Japon, sans parler de très nombreuses et substantielles autres aides bilatérales. La contrepartie, moins glorieuse, est un endettement croissant du pays et d’abord de l’État. En 2016, la dette extérieure, remboursable en devises, atteint environ 30 milliards de dollars, soit 70 % du PIB (contre 48 % en 2010), il faut rembourser 5 milliards de dinars (2,17 milliards d’euros) et l’année prochaine l’ardoise montera à 8 milliards de dinars (3,4 milliards d’euros). La Tunisie se rapproche à grands pas d’une dangereuse impasse financière où les nouveaux emprunts serviront, pour l’essentiel, à rembourser les anciens. Le recours au FMI a cessé d’être exceptionnel, comme il le fut en 1964 et en 1986, pour devenir chronique dans l’indifférence générale.

Comment en est-on arrivé là ? Le premier ministre des finances de la troïka (2012-2013) dominée par Ennahda, Hassine Dimassi, en a avoué les raisons il y a déjà quatre ans dans sa lettre de démission : « Alors qu’il était plus approprié de concrétiser les attentes de la révolution à travers une attention soutenue aux catégories modestes, en renforçant leur pouvoir d’achat, en créant le maximum possible d’emplois productifs, en développant les régions intérieures délaissées et en revitalisant l’économie tout en préservant les équilibres des finances publiques, les dérapages se sont multipliés, visant essentiellement à séduire en prévision des prochaines élections »3.

Depuis, les gouvernements ont changé, mais pas la politique économique et financière, pratiquement absente du débat public. Les ressources apportées par l’extérieur n’ont pas servi à investir ni à moderniser l’économie mais à gonfler une fonction publique déjà pléthorique. L’investissement public, qui aurait dû être fortement augmenté et aller en priorité aux régions défavorisées de l’ouest tunisien d’où est partie la révolte de décembre 2010, s’est effondré. Les traitements des fonctionnaires absorbent trois fois plus de crédits que l’investissement public réduit à la portion congrue. Il est clair que ce déséquilibre n’est pas soutenable et que l’endettement est gaspillé et ne génère pas les revenus indispensables à son remboursement.

Éviter les solutions venues d’ailleurs

La Tunisie a déjà connu pareil défi au XIXe siècle et il s’est mal terminé. Le souverain Mohammed El-Sadik Bey avait contracté deux emprunts importants auprès de banques étrangères pour moderniser son armée et entreprendre des grands travaux. Il a sans doute été trop optimiste : la charge annuelle de la dette dépassait la totalité des recettes fiscales du Trésor beylical. Le 1er juillet 1867, il mettait fin aux paiements des intérêts et au remboursement du principal emprunt, faute de ressources. Après l’échec d’une tentative de consolidation des deux emprunts la commission financière internationale fut mise en place en 1869. Elle devait réorganiser les finances tunisiennes par l’adoption de toutes les mesures propres à assurer le recouvrement des impôts et l’application des revenus aux charges de l’État ; en un mot à appliquer au régime financier du pays toutes les réformes nécessaires, notamment en ce qui concerne le contrôle et la comptabilité à administrer les caisses du Trésor. La régence passait ainsi sous contrôle européen avant d’être réduite à l’état de protectorat de la IIIe République4.

Les temps ont changé et la mainmise des grandes puissances s’est faite moins voyante, pourtant il reste peu de temps à la Tunisie si elle veut éviter de devoir appliquer à ses problèmes des solutions décidées ailleurs et prouver que la transition n’est pas seulement politique, mais aussi économique et sociale. Face à un pouvoir qui n’affiche pas un grand projet apte à mobiliser le peuple, au moins trois grands débats politico-économiques jusqu’à aujourd’hui soigneusement contournés par la classe politique sont indispensables pour éclairer l’opinion.

Débats politico-économiques indispensables

D’abord, les recettes proposées par le FMI et acceptées par le gouvernement et la Banque centrale sont-elles adaptées à la situation du pays ? On a le sentiment que la partie tunisienne arrive aux négociations à Washington sans propositions alternatives et se préoccupe surtout de l’importance du chèque, quitte à accepter, sans trop les discuter, les recommandations qui l’accompagnent et qui sont à peu près les mêmes sous toutes les latitudes. Durant l’AC (2013-2015), elles ont été ignorées ou adoptées avec retard sur le papier sans être réellement appliquées et on les retrouve presque intégralement dans le MEC (2016-2020). Auront-elles plus de succès ?

Ensuite, tout se passe comme si la préférence à Tunis allait à l’endettement extérieur plutôt qu’à l’investissement étranger dans l’industrie et la production en général. Il a pourtant l’avantage de créer des emplois, des recettes pour le Trésor public et surtout de ne pas devoir être remboursé comme doit l’être un emprunt et le risque est supporté par l’investisseur. Est-il plus dangereux pour l’indépendance nationale que l’endettement ? Sur cette question centrale, la majorité, la gauche et les nationalistes devraient faire connaître leur position, étant entendu que dans les conditions du pays, il est impossible de refuser les deux, sinon sur les estrades de meetings électoraux.

Enfin, quelles sont les entreprises que l’État et les banques qui lui appartiennent doivent aider en priorité ? Jusqu’ici, les rentiers ont été privilégiés par rapport aux innovateurs, comme le montre le scandale des prêts non remboursés que le système financier traîne depuis des décennies et trois régimes, d’Habib Bourguiba à l’actuel président, Béji Caïd Essebsi, en passant par Zine El Abidine Ben Ali, qui se sont révélés incapables de leur faire rendre gorge. Ils accaparent plus de 16 % des ressources bancaires et sont dus pour une grande part par les propriétaires des grands hôtels de tourisme de la région côtière cramponnés à leur « ni-ni » : ils ne veulent ni rembourser, ni payer les intérêts, ni laisser vendre leurs biens. Ce scandale sera-t-il toléré plus longtemps par la Banque centrale de Tunisie, désormais indépendante du gouvernement grâce à la pression du FMI ? S’attaquer enfin à ce dossier serait prouver son indépendance également vis-à-vis de ceux qu’on appelait sous le protectorat français, « les prépondérants ». Cela libérerait aussi des ressources importantes pour aider les très nombreux jeunes Tunisiens talentueux et entreprenants désireux de changer une économie qui sent « la naphtaline »5 et qui a sans doute plus besoin d’eux que du FMI pour repartir de l’avant.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 20:16

المَديونيّة، ذلك المدخلُ الذي تمَّ من خلالِه استِعمارُِ مصر

على غرارِ ما حدثَ في تونس، شكَّلَت المديونيَّةُ المصريَّةُ في نهايةِ القرنِ التاسعِ عشَر سلاحاً حاسِماً للتدخُّل المباشرِ للقوى الأوروبيّة. وأدَّت إلى وضعِ مصرَ تحتَ الوصايةِ ثمَّ إلى احتلالِها من قِبلِ بريطانيا عامَ 1882.

كانَت مصر لا تزالُ تحتَ الحكمِ العثمانيِّ حين باشرَت، في النصفِ الأوَّل من القرنِ التاسع عشر، ببذلِ جهودٍ هائلةِ لتحديثِ البلاد وتطويرِ الصناعة. وقد لخَّصَ جورج قرم المسألةَ كما يلي: “بطبيعةِ الحال، قامَ محمَّد علي في مصرَ بأهمّ مبادرة، إذ أنشأَ مصانعَ تابعةً للدولة، واضعاً بذلك أسُساً لرأسماليَّة الدولة، التي تُذكِّر بدونِ شكٍّ بتجربةِ الميجي اليابانيّة (1)”. استمرَّ هذا الجهدُ الصناعيُّ طوالَ النصف الأوّل من القرنِ التاسعِ عشرَ دونَ اللجوءِ إلى القروضِ الخارجية. أُعطِيَت الأولويَّةُ لاستِنهاضِ المواردِ الداخليَّة. في 1839-1840، وعلى إثرِ حملةٍ عسكريَّةٍ مشترَكةٍ بقيادةِ المملكةِ المتَّحِدةِ وفرنسا، تلاها بعد ذلكَ هجومٌ ثانٍ قامَت به المملكةُ المتَّحِدةُ والمملكةُ النمساويّةُ-المجريَّةُ، اضطرَّ محمَّد عليّ والي مصر إلى التخلّي عن سوريا وفلسطين اللتَينِ كانَتا موضعَ اهتِمامٍ عالٍ لدى بريطانيا وفرنسا.

في النصفِ الثاني من القرنِ التاسِع عشر، تغيَّرت الأمورُ جذريّاً. اعتَمد خلفاءُ محمَّد علي نهجَ التبادلَ الحرَّ تحتَ ضغطِ المملكةِ المتَّحدة، وبدأوا بتفكيكِ احتِكاراتِ الدولة، واتَّجهوا بلهفٍ نحوَ القروضِ الخارجيّة. كانَ ذلك بدايةَ النهاية، ودخلَت مصر في حقبةِ المديونيّة. فتمَّ تسليمُ البنى التحتِيّة المصريَّةِ للقِوى الأوروبيّة، ولمصرفيّين أوروبيّين ومقاوِلين عَديمي الضمير.

في فترةِ 1850-1876، قامَ مَصرِفيّو لندن وباريس ومراكزَ مصرفيَّةٍ أخرى بالبحثِ عن فرصٍ لاستِثمارِ رؤوسِ أموالِهم، في مصرَ وسائرِ أقطارِ الإمبراطوريّةِ العثمانيّةِ وفي أماكنَ أخرى. في مرحلةٍ أولى، بدأ النموذجُ المبنيُّ على التبادلِ الحرَّ سائراً على خيرِ ما يرام. إلّا أنَّ عواملَ خارجيَّةً لا تستطيعُ السلطاتُ المصريَّةُ التحكُّمَ بها كانَت سببَ ذلك النجاحِ الظاهريِّ، كالحربِ الأهليَّةِ في أميركا الشماليَّةِ التي أدَّت إلى انخِفاضِ الصادِرات الأميركيّةِ من القطنيّاتِ، وكانَت حينَها الأولى في العالم. أدّى ذلك إلى ارتِفاعٍ كبيرٍ في سعرِ القطنِ في السوقِ العالميّ. وارتفعَت عائداتُ الصادراتِ المصريَّةِ من القطنِ بشكلٍ خياليٍّ. ممَّا دفعَ اسماعيل باشا إلى قُبولِ قروضٍ بمبالغَ طائلةٍ من البنوكِ(الفرنسيَّةِ والبريطانيَّةِ خاصَّة). في نهايةِ الحربِ الأهليَّةِ في شمالِ أميركا، استعادَت الصادراتُ الأميركيًّةُ مَجراها وانهارَ سعرُ القطن.

إلا أنَّ مصرَ كانت تعتمدُ على العائداتِ بالعملةِ الأجنبيّة الذي كانت تَجنيها من بيعِ القطن، لا سيَّما لمصانعِ الأقمشةِ البريطانيّة لتسديدِ ديونِها.

ثلاثين عاماً من قروض يستحيل تسديدُها

في عامِ 1876، بلغَت المديونِيّةُ المصريَّة 68.5 ملايين ليرة استرليني (مقابلَ 3 ملايين عامَ 1863). وبلغَت خدمةُ الدينِ ثلثَيْ مدخولِ الدولةِ ونصفَ مردودِ الصادرات. وقلَّت المبالغُ التي تدخلُ خزنةَ الدولة، في حين واصلَت البنوكُ بالمطالبةِ وبقبضِ مبالغَ طائلة. فلنأخذ قرضَ عام 1862 على سبيلِ المثال: تُصدِرُ البنوك سنداتٍ مصريَّةٍ بقيمةٍ إسميَّةٍ قدرُها 3.3 مليون ليرة، وتبيعُها بـ 83% من قيمتِها الإسمية. تَقبضُ مصرُ 2.5 مليون ليرة، وتُقتطَعُ منها عمولةُ البنوك. يتوجَّبُ على مصرَ تسديدُ مبلغِ 8 ملايين تقريباً، وذلك على مدى 30 سنة، إن أخذنا بعينِ الاعتِبار استِهلاكَ رأسِ المالِ ودفعِ الفوائد.

مثلٌ آخر، وهو قرضُ عامِ 1873: تُصدِرُ البنوكُ الأوروبيَّةُ مُستنَداتٍ بقيمةٍ إسميَّةٍ قدرُها 32 ليرة استرليني، وتَبيعُ هذه المستَنداتِ مع حسمِ 30% من قيمةِ شرائها. وعليه، لا تستلِمُ مصرُ سوى 20 مليون تقريباً. يرتفِعُ المبلغُ المتوجَّب تسديدُه إلى 77 مليون ليرة استرليني (الفائدةُ الفعليّة 11% ، علاوةً عن استِهلاكِ رأسِ المال).

وعليه، يتثاقلُ الدينُ وتتزايدُ الفوائدُ المطلوبةُ بشكلٍ غير مُحتَمل. فالشروطُ المصرفيَّةُ التي تفرضُها البنوكُ تَجعلُ التسديدَ مستحيلاً. ممَّا يجعلُ مصرَ مضطرَّةً دائماً إلى الاستِدانةِ لتسدِيدِ ما عليها من مدفوعاتٍ وخدمةِ ديونِها السابقة.

وفي عامِ 1875، كانت مصرُ على وشكِ الإفلاس، فتخلّت عن حصَّتِها في قناةِ السويس التي تمَّ افتتاحُها عام 1869. أما المبلغُ الذي تمَّت جِبايتُه حين باعَت مصرُ إلى بريطانيا 176602 أسهمَ “سويس” التي كانت تَملكُها، أي ما يعادلُ نصفَ رأسمالِ شركةِ السويس، فساهمَ في نهايةِ تشرين الثاني/ نوفمبر بدفعِ قسطَيْ دينِ شهرَيْ كانون الأول/ ديسمبر 1875 وكانون الثاني/ يناير 1876، اللذَين كانا مُرتَفِعين جداً.

في النهاية، ورغمَ الجهودِ اليائسةِ التي بذلَتها مصرُ لتسديدِ مديونيَّتِها، إلا أنَّها اضطرَّت لتعليقِ الدفعِ عامَ 1876. يجدرُ بالذكرِ أنَّ دولَ الإمبراطوريَّةِ العثمانيَّةِ والبيرو(وكانَ اقتصادُ البيرو حينَها من الأهمِّ في أميركا الجنوبيَّة) والأوروغواي، كانَت قد أعلَنت إفلاسَها في العامِ نفسِه. وكان الأزمةُ البنكيَّةُ التي اندلعَت عام 1873 في نيويورك وفرانكفورت وبرلين وفيينا، وأثَّرَت شيئاً فشيئاً على لندن، قد لجمَت الجهوزِيَّة لإقراضِ الدولِ المُحيطةِ التي كانت بحاجةٍ دائمةٍ للاستِدانة ، من أجلِ تسديدِ ديونِها السابقة.

اتِّفاقِيّاتٌ ضمنيّةٌ بين لندن وباريس وبرلين

اتَّفقت باريس ولندن، رغمَ المنافسةِ بين العاصمتَين، على وضعِ مصرَ تحتَ وصايتِهما من خلالِ صندوقِ الدين، ودورُه التحكُّمُ بجزءٍ من الضرائب تحتَ إدارةِ بريطانيا وفرنسا. وتوافقَ إنشاءُ الصندوقِ مع إعادةِ هيكلةِ الدينِ المصريّ، وهذا ما أرضى البنوك، إذ إنَّ إعادة الهيكلةِ تلك لا تتضمَّنُ أيَّ حسمٍ للأصولِ المالية. وتمَّ تحديدُ سقفِ الفائدةِ عالِياً بنسبةِ 7% وتحديدُ مدَّةِ التسديدِ إلىِ 65 سنة.

هكذا تمَّ تأمينُ مداخيلَ مريحةٍ للموفِّرين الأوروبيّين، تَضمَنُها فرنسا، والمملكةُ المتَّحدة، وعائداتِ الدولةِ المصريّةِ التي يقتِطع صندوقُ الدين جزءاً منها.

كانت بريطانيا حينَها أهمُّ قوَّةٍ أوروبيّة ودوليَّة، وهدفُها السيطرة على شرقِ البحرِ المتوسِّط. وقد ازدادت أهمِّيَّة المتوسِّطِ بحكمِ افتِتاحِ قناة السويس، ممّا يؤمِّن لبريطانيا طريقاً مباشراً إلى الهند وآسيا. كما أنَّ بريطانيا تودُّ تهميشَ فرنسا التي تمارسُ سلطةً فعليَّةً في مصرَ من خلالِ البنوكِ وقناةِ السويس الذي تمّ إنشاؤها بأموالِ بورصةِ باريس. وكي تضمن بريطانيا موافقةَ فرنسا على التنازلِ لصالحِ بريطانيا، رأَت أن تلبّي بدايةً مصالحَ المصرفيّين الفرنسيّين المُرتَبطين جدّاً بسلطاتِ بلدِهم السياسيّة، وتعرضَ تعويضَهم في بلدٍ آخرَ من بلادِ البحر المتوسط. هنا يدخلُ اتِّفاقٌ ضمنيٌّ بين لندن وباريس: مصرُ من حصَّةِ بريطانيا، وتونس من حصَّةِ فرنسا. لم يكن الجدولُ الزمَنيُّ لتقسيمِ النفوذِ هذا محدَّداً بين 1876 و1878، إنّما تلك كانت الوُجهَةُ الواضِحة.

تحتَ السيطرةِ البريطانيّة

لم يُحسَم مستقبلُ مصرَ وتونس بين بريطانيا وفرنسا وحَسب. فلألمانيا كلمةٌ تقولُها، وقد توحَّدَت وبدأ نجمُها يصعدُ إلى جانبِ المملكةِ المتَّحِدة. صرَّحَ المستَشارُ الألمانيُّ أتو فون بيسمارك Otto Von Bismark في عدَّة مناسباتٍ خلالَ نقاشاتٍ دبلوماسيّةٍ سرِّيَّة، أنّه لا يرى ضَيراً أن تسيطرَ لندن على مصرَ وفرنسا على تونس، إن تُرِك لها مجالُ التحرُّكِ في مناطقَ أخرى في العالم. بمَعنى آخر، يُشيرُ مصيرُ تونس ومصر إلى تقاسمِ إفريقيا بين القوى الغربيَّة والذي سيتمُّ الاتِّفاقُ عليه في مؤتمرٍ آخرَ في برلين عام 1885 (2).

في الحالةِ المصريّة والتونسيّة، شكَّلَ الديْنُ سلاحَاً قوياًّ استعملَته القوى الأوروبيَّةُ لتأمينِ هيمنتِها، إذ توصَّلَت إلى تركيعِ بلدين كانا يَتمتَّعان باستقلاليّةٍ فِعليّة . فصندوقُ الدين العام يفرضُ على مصرَ تدابيرَ تقشُّفٍ لم تحظَ بشعبيّة وأدّت إلى عصيانٍ عسكريّ، ودافعَ الجنرال أحمد عُرَبي عن مواقفَ وطنيّة مناهضىة لإملاءاتِ القوى الأوروبية. أخذت بريطانيا وفرنسا ذلكَ ذريعةً لإرسالِ فرقةٍ عسكريَّةٍ إلى الإسكندريّة عام 1882. دخلَت بريطانيا في حربٍ ضدَّ الجيشِ المصري، وفرضَت على البلدِ احتلالاً دائماً وحوّلتهُ إلى محمِيّة. وأضحَت التنمِيَةُ في مصرَ تحتَ رحمةِ المصالحِ البريطانية. وكما كتبَت روزا لوكسمبورغ عام 1913، “فالاقتِصادُ المصريُّ ابتلعَ معظمَه رأسُ المالِ الأوروبيّ. في النهايةِ، تحوّلت مساحاتٌ شاسعةٌ من الأراضي، قوّةٌ هائلةٌ من اليدِ العاملة، وكمِّيَّةٌ من المنتَجاتِ المحوّلةِ للدولةِ على شكلِ ضرائبَ، إلى رأسمالٍ أوروبيٍّ تمَّ تكديسُه (3)”.

لم يُلغَ صندوقُ الدينِ العامِّ إلّا في تمّوز عام 1940. مدَّدَ الاتِّفاقُ الموقَّعُ بين مصرَ والمملكةِ المتَّحِدة عام 1940 الهيمنةَ الماليَّةَ والاستعماريَّة، وحصَلت لندن على المثابرةِ في تسديدِ ديْنٍ أصبحَ أبدِيّاً. تغيّرَ الوضعُ عامَ 1952 مع انقلابِ جمال عبد الناصر وإنهاءِ الحكمِ الملكيِّ وتأميمِ قناةِ السويس، في 26 تمّوز عام 1956، وعلى مدى خمسةِ عشر عاما، استطاعَت مصرُ النهوضَ في محاولةٍ لتنميَةِ اقتِصادٍ مستقلٍّ نسبِيَّاً.

(1) Georges Corm, « L’endettement des pays en voie de développement : origine et mécanisme » in Sanchez Arnau, J.-C. coord. Dette et développement (mécanismes et conséquences de l’endettement du Tiers-monde, Publisud, 1982 ; p. 39.

(2) Henri Wesseling, Le partage de l’Afrique - 1880-1914, Denoël (Folio Histoire, 2002), 1996.

(3) Rosa Luxemburg, L’Accumulation du capital, Maspero, vol. II, 1969 ; p. 104.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 19:39

المديونيّة، سلاحٌ استخدمَتهُ فرنسا لوضعِ تونسَ تحتَ وصايَتِها

خاضَت تونس في النصف الثاني من التاسع عشر تجربةَ الدين الخارجيّ، ودفعت غالياً ثمن هذه الآليّة التي غدَت أداةً للهيمنة على سيادة الدولة. وكان من شأنِ ارتِباط الولايةِ التونسيّة الكاملِ بالدائنين الأجانب أن فقدَت تونس استقلاليَّتها ودخلَت تحت الوصاية فرنسية.

كانت ولايةُ تونس العثمانيّة تتمتَّع بهامشٍ واسعٍ من الاستقلاليَّة قبل سيطرةِ فرنسا عليها عام 1881 وتحويلها إلى محمِيّة. فحتّى عام 1863، لم تستدِن تونس من الخارج: كان الانتاجُ الزراعيُّ يقضي وإن بصعوبة حاجات البلدِ الغذائيَّة. إلا أن تأثيرَ القوى الأوروبية، ولا سيَّما البنوك، تنامى بعد صعودِ الباي محمَّد الصادق عام 1859. وكان أوَّلُ قرضٍ اقترضته تونس من الخارج أشبهَ بعمليَّة نصبٍ أدَّى بعد ثمانيةِ عشرَ عامًا من توقيعِه إلى بسطِ السيطرةِ الفرنسيّة على البلاد.

تملكُ البنوك الباريسيّة ونظيراتُها اللندنية فيضاً من السيولةِ النقديّة، وتبحثُ عن استثماراتٍ في الخارج تدرُّ عليها أرباحاً أكبرَ من الاستثماراتِ الداخليّة. وحين أعربَ الباي في بداية عام 1863 عن رغبتِه باقتراضِ 25 مليون فرنك، عرضَ العديدُ من أصحاب البنوك والوسطاء في لندن وباريس خدماتِهم. انتهى الأمرُ بأن حصلَ إيميل إيرلانغر Emile Erlanger على “العقد”. وعلى ذِمّة القنصلِ البريطاني، عرضَ هذا الأخير على الباي مبلغ 500000 فرنك لقاء دعمِه. كما حصلَ إيرلانغر وشركاء آخرون له، على موافقةِ الحكومة الفرنسيّة لبيع سندات تونس الماليّة في بورصة باريس.

عمليّة نصبٍ واسعةِ النطاق

وفقاً لتقرير قدَّمه عامَ 1872 -1873 فيكتور فيِّيه Victor Villet، وهو مفتِّش ماليّ فرنسيّ، فالقرضُ عبارة عن عمليَّة نصبٍ محضة. فبحسب إيرلانغر، أصدرَت تونس 78692 سنداً مالياً، بقيمة 500 فرنك لكل سند. وعليه، من المُفترض أن يحصلَ الفريق المُدين (تونس) على ما يُقارب 37.7 مليون فرنكاً (78692 سنداً مباعة بسعر 480 فرنكا، أي 37.77 مليون)، وأن ينتهي القرضُ بتسديد مبلغ 65.1 مليون. يفيد تحقيق فيّيه أن إيرلانغ اقتطع مبلغ 5 ملايين كبدل خدمة (13% من المجموع) بالإضافة إلى أكثرَ من 2.7 مليون تمَّ اختلاسها، على الأرجح من قِبَل الباي أو صاحب البنك. إذاً، توجَّب على الحكومة التونسيّة أن تُسدِّد ضعفَ الميلغ (65.1 مليون) الذي اقترضته (30 مليون). الغاية من القرضِ الخارجيّ هذا هي المساهمةُ في هيكَلةِ المديونيّة الداخليّة التي تبلغُ قيمتُها ما يقاربُ 30 مليون فرنك فرنسي. ممّا يعني عمليًاّ تسديدُ سنداتِ خزنة الباي (أو “تذكرة”)، وهذا ما حصلَ، إلّا أن السلطات أصدرَت سنداتٍ جديدة، بنفس المبلغ. ويروي فيكتور فييّه: " بينما كان يتمُّ تسديدُ السنَداتِ القديمةِ لدى ممثِّل بنكِ إيرلنغر في تونس...، كان هناك أحدُ وسطاءِ الحكومة (السيد غوتيرييز Guettierez) المتواجِدين في المحيط، بأخذُ من الماليّة العامة ما كانت تحصلُ عليه، مقابلَ سنداتٍ جديدة يتمُّ إصدارُها بكلفةِ 91%. مع مهزلةٍ كهذه، وبكلِّ بساطةٍ، ارتفعَت كلفةُ التسديد... بنسبة 15 مليون تقريباً.

في أقلِّ من سنة، هُدر المبلغ. في الوقت نفسه، وجدَت الدولةُ للمرّة الأولى نفسها مُدينةً تجاهَ الخارج، وبمبلغٍ عالٍ جداً. فالمديونيّةُ الداخليّة التي كانَ من المفروضَ أن يسدِّدَها القرضُ الخارجيُّ تضاعفَت. وقرَّر الباي تحتَ ضغطٍ من دائنيه، تحويلَ الكلفةِ على شعبِه، وذلكَ برفعِ ضريبة المَجبى، أي الضريبة الشخصيّة، بنسبةِ 100%.

أرباحٌ طائلةٌ بفضلِ “سنداتٍ ذواتِ عمامة”

أثارَ هذا القرارُ حالةَ تمرِّد عامٍّ سنةَ 1864. اتَّهمَ المتمرِّدون الحكومةَ ببيعِ تونس للفرنسيّين. حاولَ الباي أن يفرضَ الجبايَةَ على شعبِه بالقوَّةِ والغرامات في حالِ التخلُّف. أدّى فشلُه في ذلك إلى طلبِ قرضٍ جديد، عام 1865، بمساعدةِ المصرفيِّ إيرلنغر، بقيمةِ 36.7 مليون فرنك، بشروطٍ سيِّئة ومُشينة أكثرَ ممّا كانت عليه في 1863. فسندٌ قيمتُه 500 فرنك قد بيعَ عامَ 1863 بـ480 فرنكاً، تمَّ بيعُه بـ 380 فرنكاً فقط، أي ما يقارب، وبصعوبةٍ، 76% من قيمتِه الظاهريّة. حاصلُ الأمرِ أنَّ المديون يقترِضُ 36.78 مليوناً، ولكنَّه يحصلُ على أقلِّ من 20 مليوناً فقط. فرسومُ السمسرةِ والعمولةِ المقتَطَعة من قِبلَ إيرلنغر وشركائه موربوغ- أوبنغايم Morpurgo-Oppenheim تصلُ إلى 18%، بالإضافةِ إلى 3 ملايين اختلسَها مباشرةً ومناصفةً أصحابُ البنوكِ ورئيسُ الوزراءِ وشركاؤه. في غضونِ 15 عشر عاماً، باتَ من المطلوبِ تسديدُ مبلغُ 75.4 مليون فرنكاً.

قامَ أصحابُ البنوك، بعمليّة مُربِحة جداً. اقتَطعوا عندَ الإصدارِ مَبلغاً يقاربُ 6.5 مليون فرنكاً، على شكلِ عمولةٍ وسمسرةٍ واختلاس. وتمَّ بيعُ السنداتِ في بضعةِ أيام. عمّت باريسُ حالةَ ابتِهاج بخصوصِ سندات البلاد المُسلِمة (تونس، الامبراطورية العثمانية، مصر)، والتي لُقِّبت بـ “سنداتٍ ذواتِ عمامة”، ودَفعت البنوكُ مبالغَ للإعلام، لنشرِ معلوماتٍ مُطمئنةٍ عن الأوضاعِ في تلك البلاد.

تحتَ رحمةِ الدائنين

أدَّت الديونُ المتراكمةُ خلالَ عامَي 1863-1865 إلى وضعِ تونس تحتَ رحمةِ الدائنين الخارجيين، وكذلك تحتَ رحمةِ فرنسا. باتَ من المستحيلِ على تونس تسديدُ دفعاتِها. وأتى موسمُ عام 1867 الزراعيُّ سيِّئاً جدًا. وأعطى الباي الأفضليَّةَ لتصديرِ المنتوجِ الزراعيّ على حسابِ السوقِ المحلِّيَّة، وذلك تحتَ ضغطِ المصارفِ للحصولِ على عُملةٍ أجنبيّة، مما أدّى إلى نقصٍ غذائيِّ في عدَّةِ أقاليم، ثمَّ إلى انتشارِ مرضِ الكوليرا.

في نيسان 1868، وبإملاءٍ من ممثِّلي فرنسا، عين الباي لجنةً ماليَّة دوليَّة. وأتى نصُّ قرار 5 تموز 1869 بمثابةِ فعلِ إذعان تونس لدائنيها. يشيرُ البندُ رقم 9، الأهمُّ في هذا القرار، وبوضوحٍ تام، إلى أنَّ اللجنةَ ستستلمُ كلَّ مدخولِ الدولةِ دونَ استثناء. بحسبِ البند رقم 10 الحاسم بالنسبة للبنوك، سيكونُ لها ممثِّلان في هذه اللجنة. وستكونُ مهمَّةُ اللجنة الأساسيَّةِ –والمُلِحّة-، إعادةُ هيكلةِ الدولة. لم تحظَ تونس بأيِّ تخفيضٍ لمديونيَّتِها. لا بل على العكس، حصلَ أصحابُ البنوك على رفعِ الدينِ إلى 125 مليون فرنك، ويشكِّل ذلك انتِصاراً كاملاً لهم. واشتَرى ممثِّلو ألفونس بينار Alphone Pinard و إيميل إيرلانغر وEmile Erlanger، الالتِزاماتِ العائدة لعامَي 1863 و1865 الماليَّة بـ 135 أو 150 فرنك. وتوصَّلوا، بفضلِ عمليَّةِ الهيكلةِ عامَ 1870، إلى تبادلِ سنداتٍ بسعرِ 500 فرنك تقريباً للسنَد.

وكانت السلطاتُ التونسيَّةُ شريكةً في عمليَّةِ النهبِ هذه. أنجزَ رئيسُ الوزراء مصطفى خزندار، ووجاهاتٌ أخرى من رجالاتِ السلطةِ القائمةِ آنذاك، ناهيكَ عن أثرياءَ تونسيّين آخرين، أرباحاً طائلةَ من إعادةِ الهيكلةِ هذه.

انسحَب من تونس ألفونس بينار وإيميل إيرلانغر مَغبوطَين، بعدَ أن حَصلا على تعويضاتِهما. أسَّسَ إيميل إيرلانغر أمبراطورية ماليَّةً بفضلِ عمليّاتِه التونسيّة، ووضعَ يدَه على مصرفِ Crédit immobilier de Paris، كما وضعَ يدَه على وكالةِ الأنباءِ هافاس Havas. من جهتِه، واصلَ ألفونس بينار عملَه في فرنسا وسائرِ أنحاءِ العالم، ساهمَ في بناءِ الـSociété Générale (إحدى أهمِّ البنوكِ الفرنسيَّة اليوم) وفي بناءِ مصرفٍ آخرَ تحوّلَ فيما بعد إلى BNP-Paribas (أكبر بنك فرنسيّ اليوم).

الوصاية على تونس

منذُ أن بسطَت فرنسا سيطرتَها على الجزائر، أعطَت نفسَها أكثرَ من حقِّ النظرِ في شؤونِ تونس. باتَ الأمرُ مسألةَ توقيتٍ وفرصة. فلِمصرَ أولويَّةٌ لأسبابٍ استراتيجيّة: أوَّلاً، الوصولُ إلى آسيا مع فتحِ قناةِ السويس بين البحرِ الأحمرَ والبحرِ الأسود؛ الوصولُ إلى أفريقيا عن طريق النيل؛ مَقرُبةُ الشرقِ عن طريقِ البرّ؛ المنافسةُ مع بريطانيا (والأسبقِيَّةُ في السيطرةِ على مصر تُعطي الرابحَ الأفضلِيَّة الاستراتيجيّة).

في مؤتمرِ برلين عامَ 1878 حولَ تقاسُمِ إفريقيا، تركَت كلٌّ من بريطانيا وألمانيا تونسَ لفرنسا. فتونسُ لا تجتذِب ألمانيا البتّة. بالنسبةِ للمستَشارِ الألمانيِّ أتّو فون بيسمارك Otto Von Bismark، تركيزُ فرنسا على السيطرة على تونس سيُلهيها عن المطالبةِ بمنطقةِ الألزاس لورين Alsace Lorraine. أمّا بريطانيا، التي تُعطي أولويَّةً كبرى للشرقِ المتوسِّط (قبرص، مصر، سوريا...)، فلا تجدُ ضَيراً في أن تضع فرنسا جلَّ اهتمامِها غرباً.

ما انفكَّت الدبلوماسيّة الفرنسيّة عن إثارةِ حادث، أو اقتِناص حججٍ تبرِّرُ تدخُّلاً فرنسيّا. أعطى الصراعُ بين قبيلةِ أولاد نهد الجزائرية، مع الكرومير التونسيّين فرصةَ إطلاقِ حملةٍ عسكريَّةٍ واسعةِ النطاق. ما يعادل 24000 مجنَّدٍ أرسِلوا لمحاربةِ الكرومير. وتمَّت في 12 أيار 1881 معاهدةٌ بينَ باي تونس والحكومةِ الفرنسيّة من شأنِها وضعُ تونس تحت الوصايةِ الفرنسيّة. درسٌ يجبُ أن لا يسقطَ في النسيان.

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