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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 20:52

Au fait, c'est quoi une ordonnance ?


Éclairage sur la définition et sur le processus d'adoption d'une ordonnance.
 

Ce n'est pas une surprise car Emmanuel Macron l'avait annoncé pendant la campagne présidentielle : la fameuse réforme du Code du travail interviendra non pas sous la forme d'une loi, mais d'ordonnances. Mais au fait, savez-vous vraiment ce qu'est une ordonnance ?

La définition de l'ordonnance

La Constitution de la Ve République prévoit que certains sujets précisément définis dépendent du domaine de la loi, les autres relevant du domaine du règlement (décrets, arrêtés). Autrement dit, les mesures qui sont du ressort de la loi doivent être votées par le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) tandis que les autres peuvent être prises directement par le gouvernement. Toutefois, ce dernier peut demander au Parlement de l'autoriser à prendre lui-même des mesures qui relèvent normalement du domaine de la loi. Ces actes sont alors appelés des « ordonnances ».

La procédure d'adoption d'une ordonnance

Pour pouvoir « légiférer » par ordonnance, le gouvernement doit donc y être autorisé par le Parlement. Cette autorisation lui est donnée par une loi, dite « d'habilitation », qui fixe le champ d'application de l'ordonnance envisagée. Une fois cette loi votée par les deux chambres (Assemblée nationale et Sénat), le gouvernement peut rédiger son ordonnance. En pratique, elle est adoptée en Conseil des ministres, puis signée par le président de la République et publiée au Journal officiel. Elle peut alors entrer en application.

Mais attention, la procédure n'est pas terminée pour autant. Un projet de loi, dit « de ratification », doit encore être déposé devant le Parlement avant la date limite fixée par la loi d'habilitation. Si ce projet est approuvé par le Parlement, l'ordonnance est ratifiée et acquiert force de loi. Dans le cas contraire (ou si le projet de loi de ratification n'est pas déposé dans le délai imparti), l'ordonnance devient caduque (c'est-à-dire qu'elle n'est plus valable).

L'intérêt de recourir aux ordonnances

Le recours aux ordonnances permet à un gouvernement de mettre en œuvre rapidement certaines mesures de son programme. En effet, le texte ne passant ni par l'Assemblée nationale ni par le Sénat, il évite les débats, parfois interminables, qui ont lieu en commission et dans les hémicycles ainsi que les différents examens par les deux assemblées (« navettes parlementaires »).

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 20:49

Taxe d'habitation : les modalités de la réforme

Taxe d\'habitation : les modalités de la réforme
 

La première baisse de 3 milliards d'euros en 2018 ne s'appliquera finalement pas aux seuls ménages modestes.
 

La réforme de la taxe d'habitation était une des mesures phares de la campagne d'Emmanuel Macron, et le président entend bien que tous les Français concernés en voient la couleur dès l'an prochain. Gérald Darmanin a détaillé mercredi à l'Assemblée les modalités de la politique gouvernementale en la matière. Et elles vont dans ce sens. « Tous les ménages auront un tiers de moins à payer pour la taxe d'habitation en 2018 », a expliqué le ministre des Comptes publics lors d'une audition devant la commission des Finances au Palais-Bourbon.

A l'horizon 2020

Cette décision, pour logique qu'elle paraisse, n'avait rien d'une évidence. Après avoir envisagé de la repousser d'un an en 2019, le gouvernement a décidé brusquement dimanche d'enclencher dès l'an prochain la première des trois tranches d'exonération de taxe d'habitation, exonération qui sera donc totale pour 80 % des Français à l'horizon 2020. Sans savoir à ce moment là qui allait bénéficier de ce premier tiers, qui coûte 3 milliards d'euros pour les finances publiques. Mardi, le gouvernement semblait pencher pour concentrer cette baisse sur les ménages les plus modestes. Cette option avait l'avantage de rendre plus visible l'une des autres promesses d'Emmanuel Macron, la compensation de la hausse de la CSG sur les retraités modestes. Viser les ménages les moins aisés, c'était en effet viser cette catégorie de la population. Privilégiée mardi, cette option a donc été abandonnée mercredi. Cette première tranche d'exonération sera donc un peu plus saupoudrée, avec l'avantage toutefois que tous les bénéficiaires potentiels de la réforme y goûtent dès 2018.

En revanche, il est une autre réforme populaire que les Français devront très probablement attendre. Durant sa campagne, Emmanuel Macron avait annoncé qu'il remettrait en place la fameuse défiscalisation des heures supplémentaires (en réalité leur exonération de cotisations sociales). La mesure n'est plus évoquée depuis plusieurs semaines. « L'engagement sera tenu », a juré le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, devant la commission des Finances, avant d'ajouter : « Quelle date ? Nous verrons. »

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 22:14

https://www.humanite.fr/lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-revenez-sur-lannulation-des-credits-politique-de-la

Lettre ouverte au Président de la République. Revenez sur l’annulation des crédits « politique de la ville » du budget 2017 de l’État

Vendredi, 11 Août, 2017- L'Humanité.

 

L'annonce de l'annulation soudaine et immédiate des 46,5 millions d'euros de crédit dédiés à la politique de la ville fait réagir nombre d'élus locaux. Cinquante maires sont les premiers signataires d'une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron dans les pages de l'Humanité. 

Monsieur le président de la République,

Élus communaux et intercommunaux, nous sommes stupéfaits et atterrés par l’annonce de l’annulation des 46,5 millions d’euros de crédits du programme 147 du budget 2017 de l’État non encore engagés au 1er juillet, destinés aux programmes d’actions des associations intervenant, dans le cadre des « contrats de ville », en faveur des populations les plus fragiles du pays résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).

Ces actions concourent à rétablir l’égalité républicaine par la fraternité solidaire de la nation, s’appuyant sur une stratégie de « cohésion des territoires » à laquelle vous avez choisi de dédier un ministère. Elles se déclinent en programmes vers l’économie et l’emploi, la formation, la lutte contre l’illettrisme, l’éducation scolaire et des temps libres, l’accès aux sports et à la culture, la solidarité, la prévention sanitaire et la santé, le vivre-ensemble dans la cité, les mobilités, la vie sociale de l’habitat, la prévention de la délinquance et des radicalisations, l’accès à la justice et au droit, l’aide aux victimes, la citoyenneté, notamment celle des conseils citoyens, et la démocratie de proximité.

En plein milieu d’exercice budgétaire, les conséquences du décret 2017-1182 du 20 juillet du ministre de l’Action et des Comptes publics, conduisant à la perte de 11 % des crédits découlant de l’engagement contractuel de l’État, peuvent être catastrophiques pour la survie des associations qui garantissent la cohésion sociale, pour les bénéficiaires de leurs actions, et plus globalement pour les 5 millions d’habitants des QPV, ainsi que, par voie de conséquence, pour les populations des territoires urbains qui les abritent.

Elles risquent en outre d’entraîner, dans certains territoires, un désengagement de collectivités cosignataires des « contrats de ville » qui accroîtra le danger de rupture grave du climat urbain.

Nous sommes d’autant plus préoccupés que, outre le programme 147, le même décret annule dangereusement les crédits de nombre d’autres missions de l’État indispensables à la prévention de la fracture sociale : l’embauche dans les petites et moyennes entreprises (– 80 millions d’euros), l’intégration et l’accès à la nationalité française (– 40,5 millions d’euros), la police nationale, dont les réservistes volontaires (– 110 millions d’euros), les concours financiers aux communes, dont la « dotation politique de la ville » destinée à soutenir les villes pauvres abritant des populations pauvres (– 209 millions d’euros), l’amélioration de l’habitat (– 130,5 millions d’euros), l’accès au droit et à la justice (– 10 millions), la protection judiciaire de la jeunesse (– 16,8 millions d’euros), l’égalité entre les femmes et les hommes (– 7,5 millions d’euros), la prévention, la sécurité sanitaire et l’offre de soins (– 24,5 millions d’euros), les politiques sanitaires, sociales, du sport, de la jeunesse et de la vie associative (– 69,7 millions d’euros), les services de transport (– 194,7 millions d’euros), la démocratisation de la culture (– 39 millions d’euros).

En cette année 2017, où l’État a chargé le commissariat général à l’Égalité des territoires (CGET) de célébrer le 40e anniversaire de la politique de la ville, nous tenons à vous rappeler que, la seule année, 2005, en quatre décennies où les quartiers populaires ont eu à subir pareil désengagement de la puissance publique, a été celle qui les a vus s’enflammer et connaître les violences urbaines sans précédent qui demeurent dans les mémoires.

Nous vous demandons donc solennellement de faire revenir dans l’urgence le gouvernement sur sa décision d’annulation de ces crédits indispensables à l’équilibre républicain des territoires.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de notre haute considération.

Les signataires :

Gérard Allard, maire de Rezé, Marie-Hélène Aimable, maire de Bagneux, Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, François Asensi, maire de Tremblay-en-France, Françoise Baud, maire de Valenton, Patrice Bessac, maire de Montreuil, Jean-Pierre Bosino, sénateur maire de Montataire, Philippe Bouyssou, maire d’Ivry-sur-Seine, Patrick Braouezec, conseiller municipal de Saint-Denis, Damien Carême, maire de Grande-Synthe, Alain Cazabonne, maire de Talence, Gérard Cosme, maire du Pré-Saint-Gervais, Meriem Derkaoui, maire d’Aubervilliers, Patrick Douet, maire de Bonneuil-sur-Marne, Driss Ettazaoui, conseiller municipal d’Évreux, Patricia Fernandez-Pédinielli, maire de Port-de-Bouc, Michel Fourcade, maire de Pierrefitte-sur-Seine, Patrick Jarry, maire de Nanterre, Jean-Claude Kennedy, maire de Vitry-sur-Seine, Bertrand Kern, maire de Pantin, André Laignel, maire d’Issoudun, Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, Gilles Leproust, maire d’Allonnes, Jean-Michel Longueval, maire de Bron, Françoise Marhuenda, maire des Ulis, J ean-Louis Marsac, maire de Villiers-le-Bel, Christian Métairie, maire d’Arcueil, André Molino, maire de Septèmes-les-Vallons, Jean-Marc Nicolle, maire du Kremlin-Bicêtre, Michèle Picard, maire de Vénissieux, Marie-Line Pichery, maire de Savigny-le-Temple, Gilles Poux, maire de La Courneuve, Bernard Pasciuto, maire de Cournon-d’Auvergne, François Pupponi, député maire de Sarcelles , Marjolaine Rauze, maire de Morsang-sur-Orge, Philippe Rio, maire de Grigny, Clément Rossignol-Puech, maire de Bègles, Christophe Rouillon, maire de Coulaines, Laurent Russier, maire de Saint-Denis, Nicolas Sansu, maire de Vierzon, Renzo Sulli, maire d’Échirolles, Azzédine Taïbi, maire de Stains , Rodolphe Thomas, maire d’Hérouville-Saint-Clair, Frédéric Vigouroux, maire de Miramas, Jean-Claude Villemain, maire de Creil, Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer, Gérard Weyn, maire de Villers-Saint-Paul.

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 18:11

 

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Allocations logement : APL, ALS et ALF, quelles différences  ?

Publié le 24 juillet 2017

Aide personnalisée au logement (APL), allocation de logement familiale (ALF) ou encore allocation de logement sociale (ALS) : les allocations « logement » sont des aides financières versées sous certaines conditions afin de vous aider à réduire le montant de vos dépenses sur le logement (loyer ou prêt). Mais quelles différences existe-t-il à ce jour entre ces trois types d'allocations ? Service-public.fr fait le point sur la question.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 11:55

Lettre de l'Observatoire des inégalités, n°147  décembre 2016

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Contre les inégalités, l'information est une arme

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Analyses

 

Le bel avenir de l’État social
Protection sociale, aide à la consommation des ménages, offre de services publics de qualité pour tous : l’État social a encore de beaux jours devant lui. Par Christophe Ramaux, économiste, maître de conférences à l’université Paris I. Extrait de « Que faire contre les inégalités ? ».

« Que faire contre les inégalités ? 30 experts s’engagent » : un ouvrage pour agir
L’Observatoire des inégalités publie un ouvrage collectif rassemblant des propositions concrètes pour réduire les inégalités. Des idées pour les candidats à la prochaine élection présidentielle.

Femmes : existe-t-il un « plafond de mère » ?
Les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes sont présentes dès le début de carrière. Statut parental, temps partiel, professions féminisées creusent les écarts au fil du temps. L’analyse de Xavier Molénat, reprise du site AlterEcoplus.

Données                                                                                                        

 

Les ouvriers plus fréquemment victimes d’accidents du travail
Les ouvriers représentent 63 % des victimes d’accidents du travail, 2 % sont cadres supérieurs. Le monde du travail n’a rien à voir selon les milieux.

Les enfants d’ouvriers sont largement sous-représentés dans l’enseignement supérieur
Près d’un tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs et un sur dix a des parents ouvriers. Les premiers représentent la moitié des étudiants des filières les plus sélectives, comme les classes préparatoires aux grandes écoles, contre 6 % pour les enfants d’ouvriers. ​​​​​

Dans les pays riches, les 10 % les plus fortunés détiennent la moitié du patrimoine
Le dixième le plus riche des habitants des pays les plus riches du monde détient la moitié de la fortune totale des ménages de ces pays et un quart de leur revenu total.

Patrimoine : des inégalités démultipliées
Le patrimoine net médian s’élève à 114 000 euros en France, mais celui des ouvriers non qualifiés est de 16 400 euros quand celui des cadres est de 205 000 euros. Les inégalités de patrimoine se creusent aussi avec l’âge. Extrait du Centre d’observation de la société.

Du club de sport au lave-vaisselle : les dépenses différenciées des catégories sociales
43 % des cadres sont abonnés à un journal, contre à peine un cinquième des ouvriers. 53 % des premiers adhèrent à un club de sport contre 30 % des seconds. Si l’équipement en électroménager s’est quant à lui démocratisé, les catégories sociales n’ont ni les mêmes moyens, ni les mêmes habitudes en matière de dépenses.

Les faibles niveaux d’éducation en Europe
20 % des jeunes Espagnols ont un faible niveau de formation, contre 7 % des Irlandais.

Qui sommes-nous ?
Nous contacter. Par e-mail : contacts@inegalites.fr - Par téléphone : 02 47 44 63 08

Lettre éditée grâce au soutien de donateurs individuels, du magazine Alternatives Economiques, de la Fondation Abbé Pierre et du Compas.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 10:43

بيان المنتدى ردّا على مفتي الجمهورية

بيان المنتدى ردّا على مفتي الجمهورية
أصدر مفتي الجمهورية اليوم 26 سبتمبر بلاغا تطرق فيه الى الأوضاع الاقتصادية والاجتماعية التي تمر بها بلادنا ودعا فيه "استنادا الى الواجب المقدس لحماية الأوطان" الى وقف التحركات الاجتماعية معمما وصفها بالاحتجاجات العشوائية المعطلة للعمل والإنتاج والمضرة بالملك العام ومستندا الى آية قرآنية بهدف اتهام المحتجين والمعتصمين بالفساد.
ان المنتدى التونسي للحقوق الاقتصادية والاجتماعية وبعد اطلاعه على فحوى هذا البلاغ يعبر عن:
1. استنكاره من هذا التدخل لمؤسسة الإفتاء في مجال يتجاوز اختصاصاتها يتعلق بالقضايا الاقتصادية والاجتماعية والنضالات المرتبطة بالدفاع عن المواطنة الكاملة للجميع بغاية تبرير سياسة رسمية تهدف الى تجريم الحركات الاجتماعية مما يذكر التونسيين بالتصريح المخزي لنفس هذا المفتي ليوم 8 جانفي 2011 في خضم تصاعد التحركات الشعبية والتي دعا فيها بالحرف الواحد الى عدم الصلاة على المنتحر "استنكاراً لما صدر عنه وزجراً لغيره" في اعتداء صارخ لمشاعر كل التونسيين وعائلة الشهيد محمد البوعزيزي.
2. ينبه الى خطورة هذا البلاغ الذي يوظف السلطة الدينية لمفتي الجمهورية التونسية في مجال الحكم على التحركات الاجتماعية وعلى نشطاء المنظمات والجمعيات والحملات المدافعة عن الحقوق الاقتصادية والاجتماعية والمناضلة من اجل العدالة والمتصدية لعودة الفساد كما يهدد بدفع التونسيين الى الاحتقان.
3. يدعو رئاسة الجمهورية الى تحمل مسؤولياتها في حماية الدستور الضامن لمدنية الدولة وللحريات المدنية والسياسية والى مسائلة مفتي الجمهورية التونسية عن دوافع ومقاصد هذا البلاغ خاصة وان رئيس الجمهورية بموجب الفصل 78 من الدستور هو من يعين المفتي ويعفيه.
4. يجدد المنتدى التزامه بالدفاع عن كل التحركات الاجتماعية السلمية المطالبة بالحق في الشغل والتنمية والتوزيع العادل للثروة ويدعو الحكومة الى اتباع منهج الحوار الجدي مع المحتجين والمعتصمين والمطالبين بحقوقهم لإيجاد الحلول العادلة والمنصفة.

عن المنتدى التونسي للحقوق الاقتصادية والاجتماعية
الرئيس عبد الرحمان الهذيلي

http://www.shemsfm.net/ar/video/

مفتي-الجمهورية-الاحتجاجات-العشوائية-حرام_112946

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 19:43

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/29/laicite-ou-identite_1475306

"Laïcité ou identité ?", par Etienne Balibar, "Libération", 30 août 2016.

Grâce à l’ordonnance du Conseil d’Etat, on évitera de voir en France une police des mœurs, chargée non de forcer les femmes à porter le voile, mais de les forcer à l’ôter. L’exercice des libertés doit primer dans toute la mesure du possible sur les exigences de l’ordre public, qui par définition les restreignent. En démocratie les droits des femmes relèvent de leur décision, et non d’une grille d’interprétation plaquée sur leur comportement pour les «forcer d’être libres». La laïcité est une obligation de neutralité de l’Etat envers les citoyens et non pas une obligation idéologique des citoyens envers l’Etat.

Je considère, avec beaucoup d’autres, ces démonstrations comme fondamentales. Comme elles portent un coup d’arrêt à la tentative d’exploiter les sentiments suscités par la série des attentats perpétrés au nom de l’islam pour combiner un laïcisme intégriste avec une stratégie d’exacerbation du nationalisme, elles vont susciter une contre-offensive. Plus importante que la guérilla de certains élus contre l’ordre judiciaire sera la proposition de légiférer en franchissant un nouveau pas dans l’interdiction de l’espace public aux signes d’appartenance d’une certaine religion, mais les enjeux en seront élevés, car il devient clair qu’une telle législation ne requiert pas seulement une révision constitutionnelle, elle signifie qu’on dérive de l’Etat de droit vers l’Etat d’exception.

Tout aussi importantes sont les implications en matière de conception et d’institution de la laïcité. Mais ici une difficulté commence à surgir, qui suppose une élucidation philosophique. Il faut un travail «généalogique» sur ce qu’a été la laïcité en France, et sur ce qu’elle est en passe de devenir dans le moment actuel. Et, sur cette base, il faut débattre de ce qui doit être conservé, prolongé ou restitué, mais aussi réformé pour que la signification du principe ne se trouve pas retournée en son contraire.

Historiquement, l’idée de laïcité en France se partage entre deux conceptions, l’une et l’autre issues de l’affrontement séculaire entre le catholicisme et le républicanisme. Régis Debray les avait baptisées «républicaine» et «démocratique», mais cette alternative n’est pas satisfaisante parce qu’il y a des éléments démocratiques de chaque côté, et que l’une et l’autre appartiennent à la tradition républicaine. Je dirai que la première, lointainement inspirée par Hobbes, est étatiste et «autoritaire», alors que la seconde, en partie dérivée des conceptions de Locke, est libérale et même tendanciellement «libertaire». La première inclut la laïcité comme une pièce essentielle du primat «normatif» de l’ordre public sur les activités et les opinions privées, la seconde pose l’autonomie de la société civile, dont relèvent les libertés de conscience et d’expression, comme norme dont l’Etat doit se faire le serviteur et le garant. La loi de séparation de 1905 n’a pas tant marqué le triomphe de la seconde sur la première qu’une correction des projets anticléricaux de «laïcisation de la société» au moyen des garanties de libertés individuelles et collectives, ce qui permet évidemment de s’en réclamer chaque fois que la laïcité de l’Etat est menacée dans son existence, ou dans son caractère démocratique.

Contrairement à d’excellents interprètes, je ne pense pas que la «laïcité identitaire» dont nous voyons aujourd’hui se développer le programme à droite et à gauche de l’échiquier politique représente une simple accentuation de l’héritage hobbesien ou sa revanche sur l’interprétation libérale, même si je vois bien quels arguments ont favorisé l’instrumentation d’une conception juridique, morale, pédagogique de l’autorité publique, son glissement vers l’idée d’un «ordre des valeurs» baptisées républicaines et laïques, mais en réalité nationalistes et islamophobes. Je crois qu’il s’est produit quelque chose comme une mutation.

L’équation symbolique qui sous-tend la laïcité identitaire doit en effet être restituée dans toute son extension : ce qu’elle pose, c’est que l’identité de la République réside dans la laïcité, et, corrélativement, que la laïcité doit servir à l’assimilation des populations d’origine étrangère (ce qui veut dire en clair : coloniale et postcoloniale), toujours encore susceptibles, de par leurs croyances religieuses, de constituer un «corps étranger» au sein de la nation. Obsédée par la nécessité de faire barrage au «communautarisme», elle en vient donc à construire (au moyen de «valeurs», mais aussi de normes et d’interdits culturels) un communautarisme d’Etat. Mais il y a plus grave, surtout dans la conjoncture actuelle : le symétrique, ou le synonyme inversé, de l’assimilation, c’est l’acculturation. Or cette notion est le fer de lance de l’offensive idéologique du fondamentalisme islamique qui dénonce l’emprise de la civilisation «chrétienne» et «séculière» sur les communautés musulmanes en Europe (et sur les sociétés arabo-musulmanes «modernisées»), en tirant même à l’occasion une légitimation du jihad, comme on peut le lire sur différents sites internet. La construction de la laïcité comme identité collective, nationale, sous-tendue par l’idée que la République implique l’assimilation (et non pas seulement l’intégration à la vie sociale et l’accomplissement des obligations civiques), est ainsi attirée dans un scénario de rivalité mimétique avec le discours totalitaire dont, dans le même temps, la politique française prétend se prémunir. Le moins qu’on puisse dire est qu’une telle construction ne servira ni à comprendre la nature des périls, ni, puisque «nous sommes en guerre», à forger la solidarité des citoyens.

A l’évidence, le surgissement de ce «monstre» qu’est la laïcité identitaire n’est pas un phénomène isolable des multiples tendances à l’exacerbation des nationalismes et au «choc des civilisations» qui, en liaison avec d’extrêmes violences, se produisent dans le monde actuel. Cependant la forme «française» est spécifique. Elle nous trouble profondément parce qu’elle tend à inverser la fonction politique d’un principe qui a joué un rôle essentiel dans notre histoire politique : à la limite, un certain laïcisme a pris la place qu’occupa naguère un certain cléricalisme. Réagir est vital. Mais il faut comprendre ce qui se passe, retracer les «fronts», et ne pas rejouer les anciennes batailles à l’identique.

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 10:02

Interview

Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»

Par Sonya Faure et Cécile Daumas — 1 juin 2016 à 19:11

Identité, nation, voile, violence, migration… Achille Mbembe renvoie le continent européen à ses crispations et à son immobilisme.

Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»

C’est l’un des nombreux paradoxes d’Achille Mbembe : il peut faire preuve d’une noirceur absolue sur le genre humain tout en déployant une philosophie que d’aucuns pourraient qualifier de béate. Rencontre avec l’historien, professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg en Afrique du Sud et à celle de Duke aux Etats-Unis.

À lire aussi Achille Mbembe, globe penseur

La France change, elle y est obligée. C’est justement, parce que des transformations irréversibles sont en train de s’opérer autour de ces questions que les lignes de confrontation et de conflit se raidissent. Les temps sont propices, pour les pays européens, à redéfinir les paramètres non plus de l’universel, mais de ce qui nous est commun en cet âge planétaire. A cause de sa très riche et complexe histoire, la France pourrait, si elle le voulait, contribuer à une compréhension inédite des enjeux nouveaux liés à notre condition terrestre. Ce que l’humanité a désormais en commun, c’est le fait que nous sommes appelés à vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des frontières, des cultures et des identités. C’est le propre de l’humain, mais c’est aussi le cours que prend désormais notre histoire avec d’autres espèces sur cette Terre. Vivre exposés les uns aux autres suppose de reconnaître qu’une part de notre «identité» s’origine dans notre vulnérabilité. Celle-ci doit être vécue et entendue comme un appel à tisser des solidarités, et non à se forger des ennemis. Malheureusement, tout cela est trop compliqué pour le tempérament de notre époque, portée qu’elle est vers des idées toutes faites. Plus notre monde se complexifie, plus nous avons tendance à recourir aux idées simples.

Je comprends tout cela. Le problème, c’est que ni l’Europe, ni la France ne sont le monde. Le problème, c’est quand l’universalisme se fait ethnique. C’est quand l’identité se conjugue avec le racisme et que la culture se présente sous les traits d’une essence immuable. En vérité, ce que l’on appelle l’identité n’est pas essentiel. Au fond, nous sommes tous des passants. Le monde que nous habitons a commencé longtemps avant nous et continuera longtemps après nous. Alors qu’émerge lentement une nouvelle conscience planétaire, la réalité d’une communauté objective de destin doit l’emporter sur l’attachement à la différence.

… mais accidentellement. Etre né quelque part est une affaire d’accident. Ce n’est pas une affaire de choix. Sacraliser les origines, c’est un peu comme adorer des veaux d’or. Cela ne veut rien dire. Ce qui est important, c’est le trajet, le parcours, le chemin, les rencontres avec d’autres hommes et femmes en marche, et ce que l’on en fait. On devient homme dans le monde en marchant, pas en restant prostré dans une identité.

Je suis attaché à la France, conséquence d’une rencontre. Or, je ne suis pas né ici. Je ne vis pas ici non plus. Il y a des héritages qui n’ont rien à voir avec des histoires de naissance. J’écris par exemple en français, une langue que j’ai reçue en héritage. Je pense en langue française. Je contribue avec d’autres au rayonnement mondial de la pensée de langue française, et cela n’a strictement rien à voir avec je ne sais quelles racines. Au contraire, cela a à voir avec le fait qu’à un moment historique donné, la langue française a cessé d’être une langue ethnique. L’Afrique a permis à la langue française d’échapper à son destin ethnique. Au demeurant, c’est toujours Autrui qui nous octroie notre pesant d’universel. On ne peut pas s’autoproclamer universel. Quant aux plus faibles d’entre nous, il s’agit justement souvent de gens qui, pour survivre, doivent absolument bouger. Il s’agit de gens en permanence en mouvement. Or, on sait combien, de nos jours, il est presque devenu impossible de bouger, du moins pour certaines catégories de l’humanité. Celle-ci se divise entre ceux qui peuvent aller partout dans le monde et ceux qui, soit ne doivent pas bouger, soit ne peuvent le faire que sous des conditions draconiennes.

Le tableau n’est pas noir. Ce qui me frappe, c’est la grisaille. Il suffit de regarder les frontières de l’Europe, et surtout ses frontières méridionales. Elles sont devenues des fosses communes. Il faut secouer cette Europe assoupie, qui n’arrête plus de ronfler. Sinon, plongée dans une sorte d’ennui existentiel, elle risque de devenir une menace pour le reste de l’humanité.

Les deux choses vont de pair. L’Europe devient violente par ennui. La violence devient le moyen de son divertissement, une manière de se rassurer. Le racisme qui va avec l’ennui est, lui aussi, une forme de joyeuseté. Il est pratique au nom d’une pseudo-critique du «politiquement correct», cette expression fourre-tout que beaucoup assimilent à la répression. A la place, on cherche à se défouler, à briser tabous et interdits. On se met à rêver à des temps de licence absolue lorsque tout, croit-on, était permis. Le racisme contemporain est de ce point de vue une forme de démocratisation d’une jouissance perverse. Par ces temps de grand ennui, tout le monde peut y avoir accès. Il n’y a pas de tarif d’entrée. Si, à l’époque coloniale, le racisme et la violence européenne étaient symptomatiques de la montée en suprématie du continent, aujourd’hui leur fonction est tout autre : ils sont le fait d’une vieille puissance qui refuse de faire face à son déclassement international.

Le terrorisme n’est pas une fiction. Il est bien réel et la France en fait l’épreuve. Mais le centre de gravité du terrorisme n’est pas l’Occident. Boko Haram a provoqué la mort de dizaines de milliers de gens au Nigeria, au Nord Cameroun et sur les pourtours du lac Tchad. L’expérience de dévastation due au terrorisme n’est pas une exception européenne, c’est une expérience partagée. Hormis les deux épisodes de 1914-1918 et 1939-1945, l’épicentre de la violence de notre monde, c’est hors d’Europe qu’il se situe depuis le XVe siècle.

A vrai dire, les terroristes font assez peu dans la discrimination. Pour les victimes, il suffit parfois d’être là, au mauvais endroit et au mauvais moment. Le terrorisme s’attaque à l’Etat de droit. En même temps, il favorise la montée en Europe de discours paranoïaques qui accompagnent par ailleurs le déclassement international dont l’Europe fait l’expérience. De tels discours évoquent la sorcellerie : il y a toujours quelqu’un qui m’en veut en raison de qui je suis et non à cause de ce que je lui ai fait. Le discours paranoïaque et le discours sorcier sont tous deux des raisonnements mythologiques. A un moment où la mythologie de la nation est vide de sens, où la politique et la démocratie font de moins en moins sens, où les véritables centres de décision sont dénationalisés, sinon offshore, le raisonnement mythologique permet de combler un vide presque métaphysique. Mais il nourrit également des violences potentielles. C’est en effet un type de discours qui a toujours besoin d’un ennemi, peu importe lequel ; d’un bouc émissaire ou de quelqu’un contre lequel on peut déployer une violence sans retenue. Ce fut le cas hier avec les Nègres et les Juifs. Si l’on n’y prend garde, ce sera bientôt le cas avec les musulmans et toutes sortes d’étrangers.

Plus elles perdent de leur signification à l’intérieur, plus les démocraties atlantiques ont besoin de conduire des guerres interminables au loin. Tout cela exige l’invention permanente du «bon ennemi», celui-là qui nous permet de décharger à l’extérieur le surplus de violence qu’on aurait sinon à exercer à l’intérieur, au risque de déclencher une guerre civile. La guerre externe permet à la démocratie de faire reculer le spectre de la guerre civile. Auparavant, ce sont les colonies qui servaient d’exutoire à ce surplus de violence. Elles servaient de champ d’expérimentation de toutes sortes de guerres hors-la-loi et de toutes sortes d’atrocités. Aujourd’hui il faut externaliser cette violence d’une autre façon. Il faut par ailleurs comprendre que la guerre est devenue un rouage essentiel de la vie économique et technologique des démocraties. Elle est devenue une nécessité et ne relève plus de l’épisodique. Enfin la violence prend part à l’ordre économique international, où la force brute ne s’exerce pas seulement aux dépens des ex-colonies. L’histoire récente de la Grèce est tout à fait significative de ce point de vue. Peu importe la volonté démocratique des Grecs, les puissances financières sont capables de la congédier pour imposer le remboursement des dettes.

Les Grecs sont en effet les nouveaux Nègres d’Europe. On peut leur imposer à loisir le genre de traitement que l’on n’impose qu’aux peuples vaincus lors d’une guerre. La sorte de mépris dans lequel on ne tient que les Nègres leur est étendue.

Une classe et une race, voire une espèce d’individus, peu importe la couleur de la peau, au regard desquels la vieille distinction entre le sujet humain et la chose ne compte plus. Pis, des gens dont on n’a strictement guère besoin, une classe de superflus dont aucun maître n’a ni besoin ni envie, même pas en tant qu’esclaves. Le problème n’est plus de les exploiter : le souhaiteraient-ils, il n’y aurait guère preneur.

Parce qu’en n’en connaissant ni les tenants ni les aboutissants historiques, elle emploie ce terme à tort et à travers. Au passage, elle blesse, en toute bonne conscience, des gens. Il y a des termes lourds d’histoire que des gens incultes, mais qui se prévalent d’une parole officielle, ne peuvent utiliser qu’à leurs risques et périls.

Je ne comprends pas cette fixation. Nous traversons une époque caractérisée par une profonde incertitude dès lors qu’il s’agit de dire avec exactitude qui est qui. Le moment terroriste a pour effet de réactiver les dispositions paranoïaques qui existent à l’état latent dans toutes les sociétés. Quand la peur devient si intense et si interne, et le préjugé si viscéral et si partagé, le désir de démasquer l’ennemi potentiel, de l’exposer, d’en révéler l’identité profonde et secrète devient un besoin presque anal ! Je crains que la fixation sur le voile ait davantage à voir avec cette forme de l’analité qu’avec la laïcité !

Qui êtes-vous ? D’où venez-vous vraiment ? Quelles garanties avons-nous que vous êtes bien celui ou celle que vous dites être ? Tout tourne désormais autour de cela. Démasquer et dévoiler font partie des opérations dont on pense qu’elles nous permettront de savoir avec exactitude qui est parmi nous, pour nous ou contre nous. Or le visage nu, à découvert, sans sociabilité, aussi important soit-il, ne permet pas à lui seul de répondre à ces questions. Vous pouvez dévoiler toutes les femmes musulmanes de France et de Navarre, cela ne vous fera pas avancer dans la connaissance véritable de qui elles sont. Dans le régime de surveillance généralisé que favorise la guerre contre la terreur, et le désir d’apartheid, l’identité est devenue une affaire purement policière. Des histoires de traçage, de fichage, de délation.

Il faut faire confiance aux femmes musulmanes. Elles sont capables de défendre elles-mêmes leurs droits.

Elles auront le pouvoir qu’elles s’octroieront. En attendant, essayons surtout de sortir de la logique coloniale : «Ce sont tous des enfants, il faut les aider.» Les opprimés se libèrent eux-mêmes. Dans l’histoire de l’humanité, personne n’a jamais libéré les opprimés à leur place.

Elle peine à rentrer de plain-pied dans le monde qui vient.

Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non. L’ignorance suffit. Du coup, ce n’est pas parce que l’on a eu un passé ensemble que l’on aura nécessairement un futur en commun. Un tel futur, il faudra le construire consciemment. Par la lutte.

Il n’y a guère d’histoire de l’Afrique qui ne soit en même temps une histoire du monde. Tout comme il n’y a guère d’histoire du monde qui ne soit en même temps une histoire d’Africains ou de leurs descendants. Et ceci ne vaut pas que pour hier.

… ne veut rien dire ! Il n’y a d’histoire que dans la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui. C’est l’autre, le lointain, qui m’octroie mon identité. Une société qui refuse de se voir donner son identité par l’Autre est une société profondément malade, agitée par toutes sortes de troubles.

L’universalisme péteux est celui qui ne sait pas faire place à cette parole qui le conteste, ou qui exige d’être prise en compte. Il ne dispose plus des ressources de l’inclusion. C’est le cas de tout universalisme de type finalement ethnique. Quand j’entends ces gens - toutes sortes d’individus venus d’horizons divers qui ont fini par faire souche ici, mais que l’on ne cesse de renvoyer à leur différence - dire «je suis Français», je n’ai pas l’impression qu’ils veulent créer un Bantoustan en plein cœur de Paris. Ce que j’entends, c’est : «Ouvrez-la toute grande, cette porte.» La malhonnêteté consiste à voir du «communautarisme» là où cherche à s’exprimer une requête d’appartenance et d’inclusion, de possible vie commune ou à tout le moins conviviale. L’universalisme péteux, c’est celui qui, tout en les assignant à une différence supposée inéradicable, leur adresse le reproche de ne point vouloir s’intégrer.

Il étale partout ses limites. Il faudrait en assurer l’approfondissement non plus dans le sens de la différence ou même de cet universel que je viens de critiquer, mais en direction de l’en-commun. Dans un pacte de soin, le soin de la planète et le soin apporté à tous ses habitants, humains et non-humains.

Et bien, vive la poésie ! Elle est d’autant plus nécessaire que la trajectoire inverse, à savoir la relation d’inimitié, est implacable. On a besoin d’ouvrir portes et fenêtres. On a besoin d’un peu d’air par ces temps touffus et irrespirables. L’époque nous force à dormir tout en nous empêchant de rêver. Il faut redonner sa chance au rêve et à la poésie, c’est-à-dire à de nouvelles formes de la lutte, cette fois-ci sur une échelle véritablement planétaire.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 20:10

Angela Davis: « Il nous faut une structure politique alternative qui ne capitule pas devant les entreprises»

Dans cette interview, Angela Davis aborde le poids du complexe pénitentiaire industriel au sein des sociétés capitalistes, ainsi que le rôle de l’ idéologie raciste et coloniale comme source des discriminations actuelles. Une interview réalisée par Maria Colera Intxausti pour Espai Fabrica.

Dans l’essai « Are prisons obsolete ? » {Les prisons sont-elles obsolètes?}, vous parlez de l’emprisonnement massif des gens pauvres et des migrants illégaux. Le capitalisme considère ces personnes comme autant de sujets qui ne sont pas indispensables mais les utilise comme main d’œuvre esclavagée et bon marché, et les transforme en consommateurs captifs de l’excédent de production. Ce même excédent qui se trouve à l’origine d’une crise économique engendrant aussi pauvreté et migration, formant une parfaite boucle. Percevez-vous un quelconque parallélisme entre ces politiques d’emprisonnement et le processus entamé pendant la transition du féodalisme au capitalisme, où des millions de personnes furent expulsées des terres qui assuraient leurs moyens de reproduction et furent forcées à l’esclavage salarié ?

Il y a, certes, des parallélismes/similitudes entre les deux époques mais le plus important est de constater qu’il y a aussi entre elles des différences considérables. Dans le saut du féodalisme au capitalisme, tel que Marx l’a décrit, les enclosures et d’autres processus de dépossession privèrent les gens des terres qui constituaient leur moyen de subsistance et façonnèrent simultanément une classe de personnes à qui il ne restait plus que la force de travail. Ces personnes sont alors devenues la main d’œuvre nécessaire pour que le capitalisme naissant multiplie sa richesse. Ces personnes furent en effet libérées des contraintes féodales mais elles se sont vues forcées, in fine, à passer d’une forme d’oppression à une autre.

S’il est vrai qu’il est souvent inutile de faire un classement des différentes formes d’oppression, l’on peut quand-même affirmer que, malgré la dépendance totale et absolue du capitalisme vis-à-vis de l’exploitation, le fait de dépasser l’esclavage et le féodalisme constitua un progrès certain. Au moins quelques travailleurs trouvèrent accès à l’emploi, quoiqu’il qu’il fût, et continue d’être, dégradant.

D’autre part, le complexe pénitentiaire industriel et global est certainement plus rentable. Néanmoins, sa rentabilité réside dans les technologies destinées à reléguer une grande masse de la population à des vies marginales, improductives et chargées de violence. L’emprisonnement massif aux Etats Unis, en Australie, ou encore en Europe de citoyens de couleur ou immigrants, s’appuyant sur la persistance d’un racisme et d’une xénophobie structurels, sont la preuve de l’échec absolu du capitalisme global à faire face aux nécessités des individus de par le monde.

L’on pourrait pareillement considérer que c’est aussi la preuve la plus convaincante du besoin de concevoir un système socio-économique au-delà du capitalisme. Dans cet espoir, le mouvement abolitionniste contemporain, à travers son appel à démanteler le complexe pénitentiaire industriel, se présente comme un mouvement anticapitaliste qui exige l’égalité raciale, des emplois dûment rémunérés, un logement abordable, des soins de santé et une éducation gratuits, et une justice environnementale concernant tous les êtres vivants.

Tu défends la justice restauratrice au lieu de la justice punitive. Comment faire disparaître les inégalités et l’injustice issues du processus d’accumulation primitive qui est à la base du capitalisme ? Autrement dit, quelle serait la forme d’une justice restauratrice destinée à réparer le « péché originel » d’exploitation et d’accumulation duquel découlent les inégalités de répartition dans nos sociétés ?

J’ai en effet souvent utilisé les termes « justice restauratrice», « justice réparatrice » et aussi « justice transformatrice » comme alternatives à la justice punitive ou vindicative. Dans l’absolu, je préfère la notion « justice transformatrice » car elle ne suppose pas l’existence d’un état idéal qu’il faille restaurer.

Pour répondre à ta question, j’aimerais souligner l’importance de la mémoire historique dans notre contexte actuel qui a besoin d’une analyse explicitement anticapitaliste. « L’accumulation primitive du capital » est l’un des passages les plus importants du Capital, justement parce qu’il met en lumière l’expropriation, l’injustice et la violence qui marquèrent les débuts du capitalisme, et demeurent, malgré les apparences, au centre du processus capitaliste.

Vers la fin du XXème siècle, le complexe pénitentiaire industriel commence à nous révéler combien pèsent encore, au sein des sociétés capitalistes, les idéologies racistes et coloniales quand il s’agit de développer des technologies de violence. De cette façon se poursuit la violence séculaire de l’esclavage et de la colonisation.

Tu as parlé des réflexes automatiques avec lesquels on répond au crime et au délit, cherchant le refuge auprès des institutions juridiques et policières au lieu d’imaginer des solutions provenant de l’intérieur de la communauté. Pour ce qui est des cas de violence sexuelle, tu soutiens l’autodéfense, ce qui nous amène au sujet des femmes face à la violence. Dans « Are prisons obsolete ? » tu mentionnes la « nécessité de remettre en question l’idée préconçue selon laquelle la seule relation possible entre les femmes et la violence suppose que les femmes en soient les victimes ». C’est quoi selon toi l’autodéfense féministe ?

J’ai toujours choisi soigneusement la façon dont j’employais le terme « violence ». En tant que chercheuse dans la théorie critique, je me rappelle toujours que les outils conceptuels que je décide d’emprunter peuvent, en réalité, contrevenir à ce que je tente d’exprimer. C’est pour cette raison que j’essaye de ne pas associer « autodéfense » et « violence contre l’agresseur ». D’ailleurs, la formation en autodéfense que je soutiens s’inscrit dans un contexte plus large : elle se base sur une analyse qui relie la violence misogyne aux systèmes de domination raciale, de genre et de classe, dans une stratégie qui prétend purger nos sociétés de toute forme d’exploitation et de violence.

Dans « Women, Race and Class » {Femmes, Race et Classe} tu déconstruis le mythe du violeur noir et tu expliques qu’il fut une « invention clairement politique ». Une propagande élaborée en vue de justifier et pérenniser les lynchages, une méthode de « contre-insurrection » ayant pour but d’éviter que les Noirs prennent possession de leurs droits. Nous avons encore assisté au déroulement de ce même mythe à Cologne en fin d’année : on a ciblé les hommes « d’apparence arabe ou nord-africaine » et, dans un nouvel exemple de « purple washing », on a utilisé le soutien aux femmes pour criminaliser les demandeurs d’asile et les résidents illégaux. Comment interprètes-tu l’utilisation faite des droits des femmes (voile, violeur noir, oppression des femmes afghanes…) pour s’engager dans d’autres croisades ?

Dans le livre « Arrested Justice : black women, Violence, and America’s Prison Nation » {La justice sous arrestation : femmes noires, violence et la prison-nation d’Amérique}, Beth Richie dévoile le danger de faire confiance aux technologies de la violence comme étant des solutions aux problèmes de la violence de genre.

Son argument est que le mouvement anti-violence prédominant aux Etats Unis opéra un virage, dangereusement orienté, lorsqu’il commença à soutenir la répression policière et l’emprisonnement comme stratégies principales pour la protection des « femmes » vis-à-vis de la violence masculine. Il était facilement prévisible que ces efforts de protection cibleraient tout particulièrement les hommes des communautés déjà soumises à l’hyper-vigilance policière, les mêmes qui contribuent de façon disproportionnée à l’augmentation de la population pénitentiaire.

En fait, la généralisation du concept « femme » cachait toute un racialisation clandestine à l’intérieur de la catégorie. De cette façon, les « femmes » devenaient en réalité les « femmes blanches » voire les « femmes blanches et aisées ».

Ce qui est arrivé à Cologne et le discours sur le violeur arabe (qui prétend consolider les représentations colonialistes des hommes arabes en tant que potentiels agresseurs sexuels) nous rappelle l’importance des théories et des pratiques féministes qui questionnent l’instrumentalisation raciste des « droits des femmes » et mettent l’accent sur l’inter-sectionnalité des combats pour la justice sociale.

Ces dernières décennies, nous avons été témoins de ce que Nancy Fraser définit comme le « découplage des dénommées « politiques identitaires » des politiques de classe », qui s’est transformé en une lutte pour la reconnaissance au lieu d’une pour la redistribution, avec le déplacement du sujet collectif vers un sujet individuel. D’un autre côté, tu as défendu les « communautés de la lutte » quand tu considères que « les communautés sont toujours des projets politiques ». Quel est ton avis sur les politiques identitaires ? Quels sont les combats et projets politiques qui devraient être au centre de l’hégémonie néolibérale actuelle ?

Ce qui me semble le plus problématique dans les politiques identitaires, c’est la manière dont on naturalise souvent les identités pour ne plus les considérer comme un produit du combat politique. De cette façon, on les coupe des luttes de classe et de la lutte antiraciste.

Le mouvement « trans », par exemple, est récemment devenu une dimension importante du combat pour la justice. Après tout, il y a une différence fondamentale entre les représentations dominantes des questions « trans », axées sur l’identité individuelle, et les mouvements « trans » inter-sectionnels qui considèrent la race et la classe comme éléments fondamentaux des luttes menées par les personnes « trans ».

Au lieu de se focaliser sur le droit de la personne à « être » elle-même, ou lui-même, ces mouvements « trans » font face à la violence structurelle (de la police, des prisons, du système sanitaire, du système de logement, du chômage, etc.) que les femmes « trans » noires ont le plus de probabilité de subir, plus que n’importe quel autre groupe social. Autrement dit, ces mouvements luttent pour des transformations radicales dans nos sociétés, en opposition à l’assimilation simple d’un fait établi.

Poursuivons au sujet de l’identité : au vu de ce que tu dis sur l’inter-sectionnalité, je comprends que tu es davantage en faveur d’une confluence des luttes (Ferguson, Palestine), que d’une conjonction d’identités différentes, diverses et multiples. Ceci, dans un contexte où une grande partie des défenseurs des politiques inter-sectionnelles affirment et naturalisent les identités, au lieu de les questionner, tout en ignorant souvent le contexte matériel et historique qui les entoure. Comment comprends-tu l’inter-sectionnalité et en quels termes devient-elle, selon toi, productive aujourd’hui ?

Le concept d’inter-sectionnalité, tel que je l’entends, a une généalogie particulièrement intéressante qui remonte au moins à la fin des années 60, début des années 70. Comme je ne peux pas rentrer maintenant dans les détails, je ferai seulement mention de ce fait saillant : la création de l’organisation Alliance de femmes noires, en réponse à la volonté d’engager un débat sur les questions de genre au sein du Comité de Coordination Étudiante Non Violente (SNCC), principale organisation de la jeunesse du Mouvement pour la Liberté du Sud.

L’Alliance soutenait qu’il était impossible de comprendre le racisme dans toute sa complexité sans y ajouter une analyse sur le sexisme. C’est pour défendre cette thèse qu’en 1970 Fran Beale écrivit l’article amplement diffusé « Double Jeopardy : To Be Black and Female » {Risque double : être noir et femme}.

Peu après la publication de l’article, alors que l’on prenait conscience des luttes des femmes portoricaines contre la stérilisation forcée, l’Alliance de Femmes Noires se transforma en Alliance des Femmes du Tiers-Monde, et publia un journal nommé Triple Jeopardy, en référence au racisme, au sexisme et à l’impérialisme. Cet article rendait nécessaire une militance de terrain pour, simultanément, lutter contre le racisme, la misogynie et la guerre impérialiste.

C’est avec l’esprit de ces anciens efforts intellectuels organiques qui tentaient de comprendre les catégories de race, de genre et de classe en tant qu’éléments connectés, entrelacés, noués, que je conçois aujourd’hui les concepts féministes d’inter-sectionnalité.

Dans un cycle de conférences données récemment au CCCB sous le titre « La frontière comme centre. Zones d’être et de ne pas être {migration et colonialisme} », la représentante du Parti des Indigènes de la République Houria Bouteldja affirmait ce qui suit : « Je ne sais pas qui est blanc, mais la police française, elle, le sait très bien. Elle ne se trompe jamais quand il s’agit de décider sur qui faire tomber la discrimination et la violence ». Pareillement, Itziar Ziga, féministe basque, dans une interview chez Argia, disait d’elle-même « je suis une femme car c’est en l’étant que j’ai subi la violence physique, affective, économique, symbolique… J’affirme être une femme, mais pas à cause de ce que j’ai entre les jambes ». Dans les deux cas, le sujet se définit politiquement par l’oppression et, donc, le combat. Dans ce sens, c’est quoi selon toi être femme et c’est quoi être noire ?

Ces deux catégories se sont élargies et répandues au-delà de ce que j’aurais pu imaginer auparavant dans ma vie. De façon que si je prétendais m’accrocher aux définitions historiques, je continuerais de me sentir obligée de me baser sur des définitions politiques de genre et de race quoi qu’il arrive, tant du point de vue des structures de domination et de ses idéologies associées, que du point de vue des mouvement collectifs qui cherchent à démanteler lesdites structures et combattre ces idéologies.

Par ailleurs, j’ai toujours insisté sur la priorité de la pratique radicale au-delà de l’identité pure et simple. Ce que l’on fait pour faciliter la transformation radicale est plus important que l’imaginaire que l’on a de soi-même et de ce que l’on est. Et, évidemment, comme je l’ai déjà indiqué, les catégories de race et de genre, de même que la sexualité et la classe, ne sont significatives que dans des inter-relations plus complexes.

En relation à la politique étatsunienne, tu as mis en avant le « défi de compliquer le discours », étant donné que la « simplification de la rhétorique politique facilite l’adoption de positionnements extrémistes ». Ces dernières années, en Europe, nous avons été témoins de l’apparition de la prétendue « nouvelle politique », qui s’oppose à « ceux d’en haut » et dont l’objectif premier est celui d’enclencher une révolution démocratique par la voie de la « révolution des sourires ». Dans cette ère de populisme dépolitisant et de signifiants creux, que signifie pour toi la démocratie ?

Il est vrai que nous qui sommes à gauche aux États Unis (mais c’est le cas aussi de certains cercles conservateurs), nous vivons avec stupéfaction la montée en puissance de Donald Trump et l’expansion de son influence. Celle-ci profite du fait que des secteurs clé des communautés de classe ouvrière blanche sont attirés par cette rhétorique politique simpliste, extrémiste et d’inclinaison fasciste.

De façon analogue, une dangereuse attraction envers des personnages et partis d’extrême droite fait son chemin en Autriche, en France, en Pologne, et encore d’autres territoires européens, où la combinaison d’une récession économique et d’une crise des réfugiés a propulsé le populisme d’extrême droite sur un fond de racisme anti-noir et anti-immigrants. Cette même combinaison a servi à réactiver l’islamophobie, offrant de nouveaux spectacles au racisme séculaire.

Il ne sera possible de faire face au populisme d’extrême droite, ainsi que de générer un dialogue sur des horizons démocratiques – approches substantives et transformatrices qui déplacent le focus politique de la représentation néolibérale de l’individu vers les nécessités et aspirations des communautés – que si nous sommes capables de structurer des mouvements puissants contre le racisme et la xénophobie partout dans le monde.

Interrogée à propos de ton positionnement vis-à-vis des élections présidentielles aux Etats Unis, tu as récemment évoqué « qu’il nous faut un nouveau parti ». Pour quelle raison ? À quel type de parti penses-tu ? En tant qu’ancienne candidate à la vice-présidence du Parti Communiste des Etats-Unis, en quoi ce nouveau parti devrait-il y ressembler et en quoi s’en différencier ? Quant au programme, considères-tu que les 10 points du Parti des Black Panthers continuent d’être d’actualité ? Quelle serait la base électorale de ce nouveau parti ?

La politique électorale étatsunienne est depuis de nombreuses années l’otage du système bipartite. Que ce soit le Parti Démocrate ou le Parti Républicain, ils sont tous les deux totalement enchaînés au capitalisme. Il nous faut une structure politique alternative qui ne capitule pas devant les entreprises mais qui, au contraire, représente en premier lieu les nécessités des travailleurs, des pauvres, et des différentes races.

Ceci est évident depuis de plusieurs cycles électoraux et, quand j’ai pris part directement dans la politique électorale en tant que candidate à la vice-présidence du Parti Communiste il y a de cela de nombreuses années, je l’ai fait pour rendre visible ce besoin de déclarer l’indépendance vis-à-vis du système bipartite.

Au regard du retour obtenu par Bernie Sanders, il est devenu clair qu’un nombre considérable de gens désirent une alternative au capitalisme. De plus en plus de monde réfléchit sérieusement à la nécessité d’un parti qui représente la classe ouvrière, les mouvements antiracistes, les questions féministes et LGBTQ, les revendications contre la guerre et la justice environnementale.

Quant au Parti des Black Panthers, il est clair que son programme en 10 points est profondément enraciné dans les conditions historiques de la première moitié du XXème siècle et, néanmoins, chacun des points demeure encore tout aussi lié aux luttes radicales contemporaines.

Les Black Panthers furent des pionniers avec leur politique de « womanism » qui plaçait au même niveau la lutte des classes et la lutte raciale. Elle soutenait le droit à l’avortement, organisait la garde des enfants lors des réunions et soutenait le modèle traditionnel africain de la famille élargie en opposition à la famille bourgeoise et nucléaire. De même, le journal du parti était dirigé par des femmes et 70 % des militants étaient des femmes. Mis à part le fait que les hommes étaient en train d’être emprisonnés, voire assassinés, comment a-t-on pu atteindre ces résultats? Quelles leçons pourraient en retirer les mouvements de libération, et spécialement les féministes, de l’expérience du Parti des Black Panthers?

En réalité, nous ne devrions pas être excessivement surpris d’apprendre que la majorité des militants des Black Panthers étaient des femmes, de la même façon qu’il n’est pas surprenant que les femmes aient joué un rôle fondamental au sein du Mouvement pour la Liberté du Sud des Etats-Unis. Ce qui est véritablement surprenant c’est qu’un demi-siècle après nous continuions d’être captifs des visions historiquement obsolètes d’un leadership charismatique masculin.

Historiquement, les paradigmes associés au leadership féminin – d’Ella Baker à Erika Huggins – tendent à mettre l’accent sur le leadership collectif au-delà de l’individuel. La jeunesse des mouvements radicaux actuels est en train de prioriser le leadership des femmes, le leadership queer et celui des collectivités.

Parce-que tu as été élève de Marcuse, j’aimerais te poser une question que lui-même posait dans son livre « An Essay on Liberation » [Un essai sur la libération] : « comment [l’individu] peut-il satisfaire ses nécessités sans toutefois […] reproduire, à travers ses aspirations et ses satisfactions, la dépendance à un système exploiteur qui, lorsqu’il satisfait ses besoins, perpétue son esclavage ? ». En d’autres termes, comment pouvons-nous nous libérer de la marchandisation de nos sentiments ?

Aujourd’hui, je ne suis plus sûre qu’il soit possible d’esquiver totalement les conséquences du désir marchand car il est devenu la nature même du désir contemporain ; le capitalisme a tellement envahi nos vies intérieures qu’il nous est extrêmement difficile de nous en séparer. Je crois néanmoins que je suis la tradition philosophique de Marcuse quand j’affirme que nous devrions essayer de développer une conscience critique envers notre propre implication, par le biais de la marchandisation de nos sentiments, dans l’entretien du système capitaliste. C’est à travers ce type de réflexions négatives que nous pouvons commencer à entrevoir des possibilités de libération.

Pendant ta visite au Pays Basque, nous avons discuté de l’importance de l’art et de la littérature en tant que sphères permettant d’étendre les limites de l’intelligible, de démonter les paradigmes du sens commun hégémonique, d’affronter la camisole de force de la vraisemblance, de mettre à terre le monopole de la réalité, et de traduire, donner, former, et mettre en pratique nos notions politiques. Comment concrétise-t-on tout ça ?

Maintenant (et spécialement maintenant) que la possibilité de libération semble être mise à l’écart par ces mêmes luttes politiques qui prétendent nous montrer la voie vers des futurs meilleurs, nous pouvons profiter de ce que Marcuse nommait la « dimension esthétique » et Robin Kelley les « rêves de liberté » ou « imagination radicale ».

Ce que la toute-puissance capitaliste a complètement étouffé, c’est notre capacité collective d’imaginer une vie qui ne soit pas chargée de marchandises. C’est pour cette raison que nous avons besoin de l’art, de la littérature, de la musique et d’autres pratiques culturelles dans le but d’éduquer notre imagination de façon à ce qu’elle s’affranchisse des contraintes de la privatisation.

Lors de cette visite à Bilbao, un concert fut organisé en ton hommage pendant lequel tu fis mention d’une très belle chanson de Nina Simone « I Wish I Knew How It Would Be To Be Free » [j’aimerais savoir ce que c’est que de se sentir libre], et qui dit : « I wish I could break all the chains holdin’ me, I wish I could say all the things that I should say, say ’em loud, say ’em clear for the whole ’round world to hear » [j’aimerais pouvoir rompre toutes les chaînes qui me retiennent, j’aimerais pouvoir dire tout ce que j’ai à dire, les dire haut et fort pour que tout le monde l’entende]. Que signifie être libre pour toi et quelles sont les chaînes que l’on doit briser ?

J’ai évoqué cette chanson de Nina Simone, non pas pour laisser entendre qu’un demi-siècle après j’ai finalement une réponse définitive à la question sous-jacente à l’aspiration de savoir ce que c’est que d’être libre enfin, mais plutôt pour que nous continuions de nous déterminer par ce désir de nommer et de faire l’expérience de la liberté.

Aux Etats Unis, cet objectif est de nos jours beaucoup plus difficile à atteindre qu’à la moitié du XXème siècle. De fait, il semble que, plus on approche de ce que l’on avait initialement imaginé comme « liberté », plus nous nous rendons compte qu’il s’agit de quelque chose de bien plus compliqué, de bien plus vaste…

Angela Davis est professeur afro-américaine marxiste du Département d’Études Féministes de l’Université de Californie et leader historique du Parti Communiste des EUA et des Black Panthers.

Traduit du catalan par Joan Roisse pour Investig’Action

Source : Espai Fàbrica/l’esquerra avui

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 11:25

Communiqué du collectif « Nous ne céderons pas ! »

Paris, le 20 juillet 2016

Et six mois de plus !

Une nouvelle fois, la France vient d’être confrontée à l’horreur des attentats. Face au nombre de victimes, aux circonstances et au mode opératoire choisis, nous ne pouvons que ressentir colère et douleur.

La réponse gouvernementale, formulée au soir même de cet acte odieux, consiste à proroger une quatrième fois l’état d’urgence pour une durée d’au moins six mois. Après s’être livrés à une lamentable surenchère sécuritaire et démagogique, les parlementaires ont avalisé à une très large majorité cette prorogation d’un état d’urgence sans fin, aggravé par des dispositions qui accroissent encore les possibilités d’arbitraire ou qui valident des mesures sans rapport avec l’objet du texte.

Ainsi, les perquisitions administratives vont reprendre et même les enfants deviennent des suspects potentiels puisqu’ils pourront être retenus pendant quatre heures au cours d’une perquisition !

Ces dispositions viendront s’ajouter à celles prévues par la toute récente loi sur la réforme de la procédure pénale mais aussi par toutes les lois sécuritaires votées depuis une vingtaine d’années.

Alors que le dernier rapport parlementaire sur l’état d’urgence a montré la portée limitée d’un régime qui se voulait d’exception, la France va donc s’installer de façon durable dans une situation qui marginalise chaque jour davantage le rôle du juge judiciaire, garant des libertés individuelles, au profit du seul pouvoir exécutif. Nous savons, aujourd’hui, que l’état d’urgence a été utilisé pour autre chose que la lutte contre les actes de terrorisme, notamment pour empêcher des manifestations et assigner à résidence des militants politiques sans que tout cela ait le moindre rapport avec la lutte contre les actes de terrorisme.

Plus que jamais, il convient de rappeler qu’il n’y a pas à choisir entre sécurité et liberté, sauf à entrer dans un marché de dupes qui, à terme, ne garantit ni l’une ni l’autre.

Depuis le mois de novembre 2015, nous refusons de céder à la peur parce que celle-ci génère amalgames, discriminations et fractures au sein même d’une société légitimement inquiète et traumatisée. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, il convient d’abord de s’interroger sur ce qui, en amont, n’a pas marché. Le pays n’a pas besoin de nouvelles dispositions législatives ou d’une pérennisation de l’état d’urgence. Il doit au contraire se retrouver autour d’une mobilisation citoyenne qui renforce la solidarité, les libertés et les valeurs portées par la démocratie.

www.nousnecederonspas.org

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Published by atf-federation - dans Citoyenneté
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