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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 12:44

AFP, publié le mardi 18 juillet 2017 à 12h11

Installé dans un camp de déplacés de Debaga près de Mossoul, Adel n'a pas vu ses parents depuis neuf mois. Pour l'adolescent de 15 ans, c'était le prix à payer pour échapper aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

"La route était longue, on a marché toute la nuit, 14 heures environ", se souvient ce jeune adolescent à la silhouette frêle, qui a rejoint le Kurdistan irakien après avoir fui la ville de Hawija, tenue par les jihadistes, au sud de Mossoul.

"Evidemment ma famille me manque, neuf mois c'est long", reconnaît le garçon qui est retourné à l'école et attend de passer des rattrapages en septembre. "Mais les enseignants nous traitent bien. Ici, c'est comme ma maison maintenant."

Les combats à Mossoul ont entraîné le départ de centaines de milliers de civils. Et actuellement, ils seraient plus d'un millier d'enfants (moins de 18 ans) à avoir été séparés de leurs parents, selon l'Unicef.

Rejoint par un de ses frères et des cousins, Adel a été pris en charge par un centre de l'ONG Terre des Hommes Italia, qui héberge 17 adolescents. Outre les cours d'anglais et d'informatique, ils ont également droit à des séances de sport.

- Téléphone et Facebook -

Un joyeux vacarme règne dans la salle commune où les garçons, en tee-shirt et coupe à la mode, se relaient autour des deux babyfoot et de la table de ping-pong.

Les yeux rivés sur leur portable, des jeunes sont avachis sur des matelas posés à même le sol dans le dortoir attenant, pendant que la télévision crache de la musique arabe à plein volume.

Dans la cuisine spartiate, trois adolescents sont de corvée. Ils apprennent à cuire le pain et aident la cuisinière à préparer le déjeuner.

Six mois après son départ, les parents d'Adel ont quitté Hawija pour un camp de déplacés de la province de Kirkouk.

"Le seul moyen de communication, c'est le téléphone, et parfois Facebook", explique l'adolescent. "Quand j'aurai fini mes rattrapages, je vais les rejoindre", confie-t-il.

Il y aurait à Mossoul plus d'un millier d'enfants "séparés ou non accompagnés", selon l'Unicef. "Séparé signifie qu'ils sont avec des proches, mais pas leurs parents. Non accompagné veut dire qu'ils sont seuls", précisait vendredi l'organisation.

"J'ai rencontré un garçon de 7 ans environ, dont la main gauche a été sévèrement blessée par les combats. Il était clairement très angoissé, il ne parlait pas, et même quand on lui a donné une petite balle pour jouer, il ne l'a pas touchée", raconte un responsable local du Fonds de l'ONU pour l'enfance, Maulid Warfa, cité par le communiqué.

- Troubles psychologiques -

Selon le coordinateur du centre de Terre des hommes, Abdelwahed Abdallah, les enfants et adolescents risquent de développer de sérieux troubles psychologiques.

"Ils souffrent de stress post-traumatique, ou de déficit de l'attention, la plupart ont des troubles du sommeil causés par l'anxiété", explique-t-il, avant d'évoquer le "sentiment de culpabilité chez certains: eux ont échappé à l'EI, mais pas leur famille".

Autre défi de taille: il faut parfois leur réapprendre certains principes de base, comme la mixité filles-garçons, ou encore le fait que la musique n'est pas "haram", interdite par la religion, précise-t-il.

Ahmed, 20 ans, a trouvé refuge dans un autre camp de déplacés de Debaga, avec ses sept frères et soeurs, tous plus jeunes que lui. La benjamine a deux ans.

Voilà bientôt sept mois qu'il a quitté Hawija, où ses parents sont restés. "On se parle au téléphone, tous les deux trois jours, on ne s'éternise pas, cinq minutes seulement", confie Ahmed, yeux couleur miel, petite barbe clairsemée, le visage encadré par des boucles noir de jais.

"Là-bas, s'ils trouvent le téléphone, ils peuvent les tuer", intervient son frère Abdallah, 15 ans, en référence aux jihadistes.

 


Et avec les petits, qui pleurent souvent pour réclamer les parents, il faut s'armer de patience. "Je leur raconte n'importe quoi pour les faire taire, je leur dis qu'ils vont venir aujourd'hui, ou je leur donne de l'argent pour acheter des sucreries", reconnaît Ahmed.

 

Les deux frères pointent du doigt la petite Sarah, qui arrive tout sourire, titubant du haut de ses deux ans, jetant un regard étonné sur le monde qui l'entoure.

tgg/cmk

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 10:37

Egypte : au moins 43 morts dans deux attentats de l’EI contre des églises

dimanche 9 avril
 

Deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ont visé dimanche des églises coptes en Egypte, faisant au moins 27 morts dans la ville de Tanta et 16 morts à Alexandrie, avant une visite du pape dans trois semaines.

L’Eglise copte a rapidement précisé que son chef n’avait pas été atteint, et qu’il se "porte bien".

Les deux attaques ont été revendiquées en début d’après-midi par l’EI, dont la branche égyptienne avait récemment appelé à viser la communauté copte.

Deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ont visé dimanche des églises coptes en Egypte, faisant au moins 27 morts dans la ville de Tanta et 16 morts à Alexandrie, avant une visite du pape dans trois semaines.

L’attentat d’Alexandrie, la grande ville du nord du pays, a été perpétré par un kamikaze "équipé d’une ceinture explosive", qui a tenté de pénétrer dans l’église Saint-Marc où se trouvait le pape copte orthodoxe Tawadros II à l’occasion de la fête des Rameaux. Des policiers l’en ont empêché et il s’est alors fait exploser, selon le ministère de l’Intérieur.

L’Eglise copte a rapidement précisé que son chef n’avait pas été atteint, et qu’il se "porte bien".

Les deux attaques ont été revendiquées en début d’après-midi par l’EI, dont la branche égyptienne avait récemment appelé à viser la communauté copte.

Le premier attentat a eu lieu peu avant 10H00 (08H00 GMT) en pleine célébration des Rameaux dans l’église Mar Girgis (Saint-George) de Tanta, une grande ville située à une centaine de km du Caire dans le delta du Nil.

Le bilan s’est rapidement alourdi, montant à 27 morts et 78 blessés selon le ministère de la Santé.

"L’explosion a eu lieu aux premiers rangs, près de l’autel, durant la messe", a précisé à l’AFP le général Tarek Atiya, adjoint du ministre de l’Intérieur en charge des médias.

Quelques heures plus tard, une autre explosion a frappé l’église Mar Morcos (Saint-Marc) à Alexandrie, faisant 16 morts et 41 blessés, selon un bilan actualisé du ministère de la Santé.

A l’intérieur de l’église de Tanta, les bancs de bois brisés et divers objets personnels jonchaient le sol maculé de sang. Et les murs blancs, également éclaboussés de sang, portaient la marque d’éclats.

Après avoir inspecté les lieux, la police a établi un cordon de sécurité, devant lequel plusieurs personnes étaient rassemblées pour crier leur colère, a constaté une journaliste de l’AFP.

Attaques sanglantes

Ces attentats interviennent 19 jours avant une visite du pape François prévue les 28 et 29 avril en Egypte.

"J’exprime mes profondes condoléances à mon cher frère, sa sainteté le pape Tawadros II, à l’Eglise copte et à toute la chère nation égyptienne. Je prie pour les défunts et les blessés", a réagi le pontife argentin.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a demandé dimanche à l’armée de déployer des forces pour aider la police à protéger les "infrastructures vitales" du pays. Son Premier ministre Chérif Ismaïl a souligné "la détermination de l’Etat à (...) éliminer à la racine le terrorisme".

Le chef de la sécurité de la province de Gharbeya, où se trouve la ville de Tanta, a par ailleurs été remplacé à son poste par le ministre de l’Intérieur Magdy Abdel Ghaffar.

Parallèlement, Al-Azhar, prestigieuse institution de l’islam sunnite basée au Caire, a condamné "un attentat terroriste lâche".

Le président français François Hollande a dénoncé un "attentat odieux", affirmant dans un communiqué que la France "est pleinement solidaire de l’Egypte".

Ces nouvelles attaques interviennent quatre mois après un attentat suicide spectaculaire, revendiqué par l’EI et qui avait frappé le 11 décembre au Caire l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, faisant 29 morts.

Discriminations

Les Coptes orthodoxes d’Egypte représentent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient, constituant 10% des 92 millions d’Egyptiens, et l’une des plus anciennes.

Ils se disent victimes de discriminations dans tout le pays de la part des autorités et de la majorité musulmane.

L’attaque du Caire avait relancé les appels à durcir la lutte contre la mouvance jihadiste en Egypte, en particulier dans le Sinaï où elle a mené une série d’attaques sanglantes contre les forces de sécurité.

La branche locale de l’EI avait revendiqué un attentat à la bombe ayant coûté la vie, le 31 octobre 2015, aux 224 occupants d’un avion transportant des touristes russes après son décollage de Charm el-Cheikh, station balnéaire du sud du Sinaï.

Le premier avril, un policier a été tué et quinze personnes ont été blessées dans l’explosion d’une moto piégée devant un centre de formation de la police à Tanta.

Par ailleurs, l’église Mar Girgis de Tanta avait indiqué fin mars sur sa page Facebook qu’un "objet suspect" avait été retrouvé devant le bâtiment et qu’une équipe de démineurs l’avait récupéré et transporté "dans un véhicule spécial".

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 12:13

   

 

Paris, le lundi 16 janvier 2017

Lettre ouverte de Dounia Bouzar à Nathalie Goulet

suite au communiqué de la sénatrice UDI Nathalie Goulet en date du 12 janvier 2017

 

Madame la Sénatrice,

Depuis deux ans, je vous entends réclamer des comptes (de fond et de forme) sur les actions liées à la lutte contre la radicalisation du gouvernement, et notamment sur la mission ministérielle que j’ai menée pendant un an.

Ayant pris notre indépendance vis-à-vis du gouvernement, face au silence réitéré de celui-ci suite à vos demandes, et comme je n’ai pas eu l’occasion d’être auditionnée sur mes résultats, il m’est enfin possible de donner les éléments utiles que vous attendez. C’est d’autant plus nécessaire que je vous rejoins dans nombre de vos propositions, et notamment toutes celles qui veulent institutionnaliser et professionnaliser cette nouvelle action publique. Pour chacune des informations qui vont suivre, je tiens à votre disposition les justificatifs de ce que j’avance. Je les tiens aussi à disposition de tout journaliste. Mes documents deviennent consultables car le temps de la désinformation et de la diffamation a assez duré. Face à la terreur, nous avons besoin de rester un peuple qui pense.

Sachez d’abord que je codirige une SARL depuis 2008 devenue une TPE où j’emploie actuellement 8 salariés : le cabinet Bouzar-expertises, spécialisé dans la gestion du fait religieux et la lutte contre les discriminations. Il s’agit d’une entreprise familiale mère-filles que nous avons créée quand j’ai quitté le Ministère de la Justice car je voulais travailler ce sujet de manière efficace et en toute autonomie.

Début 2014, le Ministère de l’intérieur et le CIPD, appelé aujourd’hui le CIPDR[1], nous ont contacté car une soixantaine de parents impactés par la radicalisation de leur enfant avaient pris contact avec moi après la publication d’un de mes ouvrages sur le sujet. L’équipe de Bernard Cazeneuve m’a demandé explicitement :

- de rédiger un premier rapport sur le processus de radicalisation à partir des enregistrements des conversations des jeunes avec leurs recruteurs que les parents m’avaient fourni ;

- de mettre en place une recherche sur les indicateurs d’alerte pour faire la différence entre musulmans et radicaux, ce que Nicolas Sarkozy, puis Manuel Valls, alors Ministres de l’Intérieur, m’avaient refusé les années précédentes ;

- de former les premiers fonctionnaires impactés, sous la direction du CIPD, en collaboration avec la MIVILUDES ;

- de construire quelques premières vidéos pédagogiques de témoignage et de les aider à construire leur communication.

L’équipe de Bernard Cazeneuve m’a expliqué qu’il était « préférable de monter une association pour les questions de financement » et m’a demandé « d’abandonner mon entreprise ». Mes filles se sont opposées à la fermeture de notre SARL : nous avions des clients en cours sur le long terme qui attendaient la suite de notre travail (entreprises et institutions publiques ou semi publiques) et elles n’étaient pas certaines que le gouvernement allait accepter pendant longtemps mes postures de ne pas « essentialiser l’islam ». J’ai donc proposé un compromis au gouvernement : je monterais une association pour ces 4 chantiers publics mais l’une de mes filles gérerait seule notre SARL.

En avril 2014, je quitte mon entreprise et je monte donc avec plusieurs experts le fameux CPDSI[2], structure support pour conduire les 4 actions gouvernementales.

- En juillet 2014, le CPDSI se voit attribuer 50 000€ pour la réalisation du rapport et des recherches.

- En octobre 2015, le CPDSI se voit attribuer une subvention de 188 000€, versée en 3 acomptes, pour les actions de prise en charge des familles, expérimentation des premiers suivis et formation des professionnels des premières cellules préfectorales. Nous embauchons nos 5 premiers salariés temps plein sur ces fonds ainsi que l’ensemble des déplacements / locations de salle, etc.

Chose promise, chose due : pendant les 6 derniers mois de l’année, nous assurons une vingtaine de formations, fabriquons des premières vidéos pédagogiques (CLIP DE PRÉVENTION CPDSI, ENDOCTRINEMENT, MODE D’EMPLOI), rendons le premier rapport sur le processus d’embrigadement, proposons les premiers indicateurs d’alerte. Mais bientôt, plus de 325 familles appellent et nous les prenons en charge en attendant que les équipes des préfectures deviennent compétentes.

A cette époque, personne ne comprend comment le djihadisme arrive soudain à toucher autant de jeunes différents. Je m’appuie sur mes recherches antérieures pluri-disciplinaires depuis 2006 et sur la recherche-action que je mène avec les 325 premiers parents pour avancer sur la compréhension du problème et fabriquer des outils. Tout est fait dans la précipitation. Un matin, à 6 heures du matin, je dois être à Paris pour former les écoutants du Numéro vert de l’UCLAT qui seront en fonction quelques heures plus tard.

Fin janvier 2015, au moment du bilan annuel 2014, l’équipe de Bernard Cazeneuve nous demande de répondre à un appel d’offre, qui démarre en avril 2015 pour devenir « équipe mobile d’intervention» sur toute la France et les DOM TOM. Il s’agit en quelque sorte d’officialiser le travail de terrain que nous menons déjà et de finir de former les équipes anti-radicalité des préfectures de France qui le souhaitent.

Cet appel d’offre prévoyait un budget annuel unique de 595 300€ TTC, versé en 4 acomptes, sur présentation de factures, au fil du déroulement de la mission et de son contrôle. Il a été souvent rappelé qu’aucune autre association ou entreprise n’a postulé à cet appel d’offre pour lequel nous avons été retenus.

J’ai donc accepté de terminer ce que j’avais commencé, en élargissant l’équipe salariée et en employant des nouvelles personnes, qui étaient avant cette embauche bénévoles ou auto-entrepreneurs. Une de mes filles, Laura, étant finalement venue nous aider bénévolement, car le travail était trop intense (2 nouvelles familles nous contactaient chaque jour...), j’ai décidé, au moment de l’appel d’offre, de l’embaucher avec les autres. Nous étions donc 7 salariés temps plein en tout.

Comme vous le savez, au moment du bilan 2015, alors que nous avions suivi plus de 400 nouvelles familles, directement ou par l’intermédiaire des équipes de préfectures, et bien que les équipes du ministère reconnaissent l’efficacité de notre travail et souhaitent prolonger le contrat (extrait audio), nous refusons en réunion interministérielle en février 2016 la reconduction tacite de l’appel d’offre, soit un deuxième versement de 595 300 €, et signifions nos divergences de fond avec la politique gouvernementale par voie de communiqué de presse le 11 février 2016. Mais au fond, je reprochais aussi de nombreuses incohérences dans la gestion de ce dossier à l’équipe gouvernementale.

Avec l’accord du conseil d’administration, j’ai donc demandé au Commissaire au compte assermenté d’enregistrer la fermeture du CPDSI[3] dès que le bilan comptable 2016 serait rendu, puisqu’il avait été monté uniquement pour cette mission publique. Je suis retournée à ma SARL, comme prévu, et à mon cœur de métier : la recherche et la formation des professionnels.

Madame Goulet, puisque vous ne m’avez jamais auditionnée sur les résultats de cette mission[4] ou que vous ne m’avez jamais demandé de rendez-vous de travail, je vous résume ces incohérences institutionnelles de gestion qui rejoignent certaines de vos questions au gouvernement :

- Pas de dispositif sérieux du gouvernement pour la sécurité de leur équipe missionnée pour lutter contre le terrorisme...

Madame Goulet, vous avez soulevé la question de la compétence des professionnels à plusieurs reprises. C’est une vraie question : le gouvernement doit créer un statut qui permette à ces nouveaux professionnels d’avoir des bonnes conditions de travail et leur permettre de garder une vie privée suffisamment sécurisée.

Au cours de notre mission du CPDSI, les personnes diplômées (assistante sociale, psychologue) n’ont pas supporté le niveau de danger que nous faisait courir notre mission. Dès le début, les recruteurs djihadistes nous avaient repérés du fait que de nombreux adolescents se retournaient contre eux sur internet et leur expliquaient qu’ils avaient compris leur fausse propagande grâce au CPDSI. J’ai été mise sous protection mais aucun membre de mon équipe ne l’était. Ces salariés étaient pourtant autant en danger que moi. Mes officiers de sécurité, que je considérais comme de véritables « anges-gardiens » et pour qui j’ai demandé au Ministère de l’Intérieur une félicitation et une décoration, essayaient de leur transmettre les premières règles de vigilance : ne jamais prendre le même chemin pour rentrer chez soi, ne pas communiquer sur ses enfants dans les réseaux sociaux, changer souvent de vêtements et de sac à main, regarder sans arrêt dans son rétroviseur au volant, etc. D’autre part, à l’heure où, Madame Goulet, vous nous accusiez de ne pas être sérieux parce qu’on ne possédait pas de bureau, mes officiers de sécurité nous imposaient de ne jamais nous réunir au même endroit. Il fallait donc louer des salles ici ou là, et bientôt, les équipes de policiers demandées en renfort aux préfectures furent si voyantes (2 camions de policiers lourdement armées) que de nombreux hôtels nous refusaient la location d’une salle. Il fallait ruser pour trouver des endroits à Paris et dans les grandes villes, où nous pouvions organiser nos séances de déradicalisation et de travail.

Rapidement, seuls les bénévoles ont montré leur capacité de résistance nerveuse, probablement parce qu’ils étaient issus de familles impactées par le djihadisme : l’un avait perdu sa sœur, l’autre sa nièce, la troisième était divorcée d’un radical, etc. J’ai donc été pragmatique : face à la déferlante de démissions des diplômés terrifiés et à l’accroissement des jeunes qui tentaient de partir pour la Syrie, j’ai embauché ces bénévoles qui étaient tellement mobilisés qu’ils en avaient oublié leur terreur. J’ai complété cette équipe par un travailleur social, une infirmière psychiatrique, une psychologue. Puis la terreur a augmenté : les attentats sur le sol français se sont enchaînés, mes officiers ont désamorcé avec l’aide de parents et de jeunes en train de se stabiliser deux tentatives d’attentats contre nous pendant nos réunions, Daesh a commencé à nous mentionner dans ses écrits... Mes officiers nous ont fait déménager deux fois... J’ai réclamé une protection pour tous les membres de mon équipe et demandé des salles sécurisées munies de dispositifs Vigipirate pour nos séances. A chaque réunion de comité de pilotage interministériel, cela n’aboutissait pas. Aucun ministère n’a souhaité nous accueillir pour des raisons de sécurité. Nous devions continuer à nous débrouiller seuls : utiliser des faux noms pour trouver un hôtel qui accepte de nous louer une salle et qui ne nous mette pas dehors quand les clients voyaient arriver à tour de rôle des femmes niqabées, des hommes aux cheveux longs auxquels il ne manquait que la kalachnikov, et des camions de policiers armés jusqu’aux dents.

Lorsque je suis rentrée d’un colloque en Australie, fin février 2016, mes officiers m’ont annoncé que je n’avais plus le droit de prendre le train ou le métro, de faire 10 mètres à pied seule « parce que j’étais considérée comme un danger public » : je passais en UCLAT 2, (un statut à priori surtout lié aux postes d’ambassadeurs sensibles m’a-t-on dit), dispositif qui impose 6 policiers en permanence avec soi, en armes lourdes, avec une voiture blindée. Ils m’ont aussi annoncé que des sentinelles armées de mitraillettes seraient postées en bas de mon immeuble. Je m’y suis immédiatement opposée, car j’étais persuadée que cette visibilité allait me faire repérer, ce qui s’est effectivement réalisé quelques mois plus tard, en octobre 2016. Mes officiers m’ont aussi appris qu’ils mettaient ma fille Laura sous protection. Et les autres salariés ? Rien. Un de mes salariés a reçu une douille de balle de pistolet dans sa boîte aux lettres, donc à son domicile personnel. Toujours rien. J’ai donc compris qu’on surprotégeait « les Bouzar » (parce que cela aurait été repris par les médias ?) mais que les autorités ne prévoyaient rien pour les autres salariés, pourtant autant en danger, jour et nuit. A la fin, même les plus motivés ont fini par craquer. En avril 2016, les deux plus anciens bénévoles ont également quitté la structure.

A chaque départ, nous avons mis en œuvre des ruptures conventionnelles. Nous avons aussi été amenées à effectuer un licenciement pour faute lourde avec mise à pied à titre conservatoire.

Conclusion à L’Etat doit mettre en place une institutionnalisation des équipes qui travaillent sur ce sujet. L’Etat ne peut pas faire reposer des missions publiques de sécurité sur de simples associations qui « bricolent » avec les moyens du bord et des prises de risque personnelles.

- une association de terrain ne peut devenir « la vitrine » de l’action d’un gouvernement

  1. le début de la mission ministérielle d’avril 2015, les médias ont multiplié leurs appels. Plusieurs problèmes se sont posés. Le service de communication du Ministère de l’intérieur m’appelait fréquemment pour me convaincre de répondre au plus grand nombre de journalistes possible. La responsable m’expliquait que la médiatisation des indicateurs d’alerte faisait partie de la prévention, car le grand public devait devenir plus vigilant et qu’il s’agissait donc d’une partie de mes obligations. Je ne pouvais répondre aux dizaines de journalistes qui m’appelaient chaque jour et certains le prenaient mal. En effet, notre rythme était trop intense. Nous avions le sentiment d’être face à une épidémie : toutes les nuits, de nouveaux parents appelaient dès qu’ils s’apercevaient que leur enfant s’apprêtait à fuguer pour rejoindre Daesh. Il fallait avertir le secrétaire général du CIPD, coordinateur du plan anti-radicalité, qui avertissait à son tour les autorités de police pour espérer récupérer l’adolescent avant qu’il n’ait passé la frontière.

Des dizaines de jeunes ont été stoppés. Rappelons que ces jeunes que nous avons suivis avaient tous des parents qui avaient suffisamment confiance en l’état pour signaler leur propre enfant au Numéro vert en sachant qu’il était tenu par la police...

Rapidement, les journalistes ont demandé à « voir » les jeunes et leurs familles, car le CPDSI était devenu « la vitrine » de l’action gouvernementale en matière de prévention de radicalisme. Vous-même avez régulièrement émis des tweets en disant que vous vouliez des noms. Même si nous comprenions le fond, l’éthique nous empêchait de participer à ce qui était devenu une « télé-réalité du djihadisme », qu’elle soit relayée par les journaux d’informations en continu ou les réseaux sociaux.

Mais dans le contexte d’une telle dangerosité, nous ne pouvions pas exposer la vie et l’avenir des familles ayant fait confiance au CPDSI. Nous devions protéger leur anonymat et la confidentialité de leur situation. Nous avons malgré tout, lorsque l’on pensait que c’était une étape de travail nécessaire pour certains jeunes, mis en place de certains témoignages avec le plus de précautions possibles (reportage Allodocteurs, Télématin). ; ... Notamment la jeune fille que nous avons nommée « Léa ». Elle en avait besoin car elle culpabilisait d’avoir embrigadé à son tour « des plus petits qu’elle »....

Vous et de nombreux journalistes ne voyiez pas que changer le nom et la voix du jeune ne garantit pas son anonymat. Daesh reconnaît ses recrues à leur histoire : celui qui a refusé de se marier, celui qui a refusé de combattre, celui qui a voulu travailler à l’hôpital, etc.

A partir de là, de fausses informations ont commencé à rebondir sur les réseaux sociaux et ont été reprises par les médias sur le net. Nous étions en porte à faux : le gouvernement attendait de nous que l’on prouve qu’il n’était pas en retard sur le sujet mais en tant qu’équipe de terrain qui manipulait des données confidentielles, nous ne pouvions livrer en pâture ces familles.

D’ailleurs, plus les jeunes me reconnaissaient facilement, plus il était difficile de les suivre efficacement, dans la mesure où leur particularité est d’être convaincu de l’existence d’une théorie du complot. En me voyant à la télévision, ils me percevaient comme le « diable qui travaille pour le Mossad... »

On ne peut sortir un jeune de la radicalisation qu’à son insu. S’il s’aperçoit que l’on a compris qu’il était radicalisé, il se met en posture de dissimulation. De plus, lorsque nous communiquions sur les indicateurs d’alerte, les recruteurs se servaient de notre communication pour s’adapter.

Je donne deux exemples de désinformations qui continuent à être reprises.

Alors que nous venions d’alerter en juillet 2015 les autorités judiciaires sur le fait que « Léa »[5] « s’était rebranchée » avec les recruteurs, Europe 1 lançait en mars 2016 la fausse information que cette dernière avait « grugé le CPDSI ». Cette désinformation a été reprise et amplifiée par à peu près tous les médias ! J’avais pourtant la preuve de mes échanges par mail dès juillet 2015 avec la juge anti-terroriste, à qui mon équipe avait demandé officiellement l’enfermement en Centre Educatif Fermé car « Léa » était trop en manque de son groupe pour s’en sortir sans contention éducative. Cette dernière avait refusé et le procureur, plusieurs mois plus tard, en janvier 2016, avait fini par incarcérer la jeune fille. Bien entendu, quelques journalistes pressés mais néanmoins honnêtes, ont pris soin de rectifier leur premier article infondé et non documenté. Nos droits de réponse ou rectifications n’ont eu que peu d’écho[6]...

Précisons que nous avons souvent demandé l’enfermement de nos jeunes : la contention est souvent un passage obligé pour couper le jeune du groupe radical (désembrigadement relationnel).

  1. exemple : Rue 89 produit un article en titrant que j’étais « une arrangeuse de vérité ». Pour argumenter ce titre digne de la presse à scandale, le journaliste affirmait qu’un parent avait témoigné que je ne m’étais jamais occupée de sa fille. S’il avait respecté son éthique professionnelle, et donc réellement investigué, toutes les familles du CPDSI auraient pu lui dire que ce papa, haut fonctionnaire souhaitant un anonymat absolu compte tenu de ses fonctions était le premier à avoir sollicité mon aide. Il aurait aussi pu rapidement consulter l’ensemble des échanges SMS archivés dans mon téléphone portable avec ce papa et sa fille, les photos, les encouragements, et même le récit de l’accouchement de sa fille qui était sans cesse en lien avec moi.

Ce journaliste aurait pu lire la longue lettre de remerciement que ce papa avait écrite lorsque sa fille allait mieux. A la sortie de cet article qui a lancé les premières rumeurs à mon égard, face aux accusations, nous avons fait le choix de ne pas rompre l’engagement d’anonymat de cette famille pour simplement nous défendre face à des accusations mensongères. Que certaines familles aient besoin d’exprimer de la colère lorsque leur enfant a été embrigadé, qu’il est parti sur zone, ou qu’il veuille rester musulman, peut être compréhensible. Comment un parent pourrait-il accepter de perdre son enfant ? Leur colère est un droit que nous avons appris à respecter et à comprendre. Nous avons choisi de ne jamais, jamais, bafouer nos engagements moraux vis-à-vis d’eux, qu’importent leurs attaques injustes. Mais je tiens toutes ces preuves à votre disposition.

Conclusion à Les associations de terrain ne peuvent devenir les vitrines et les preuves des actions gouvernementales. Il faut séparer la communication, la vulgarisation des indicateurs, et l’action sur le terrain, qui doit rester discrète et confidentielle. A défaut, les actions pourraient s’auto-annuler...

- Le gouvernement s’est désengagé de la mission publique qu’il a mandatée en refusant de vous répondre... Pourtant, la cohérence entre tous les acteurs institutionnels est la condition minimale de tout programme de lutte contre le djihadisme.

Alors qu’un comité de pilotage interministériel[7] contrôlait nos différents suivis chaque mois, vous avez commencé à nous accuser de détourner des fonds publics sans aucun résultat...[8] Nous attendions que notre comité de pilotage interministériel réponde à vos questions : nous avions une obligation de confidentialité mais nous rendions chaque mois des tableaux précis (Compte rendu de réunion du COPIL du 15 juillet 2015 ; Compte rendu de réunion du COPIL du 27 novembre 2015 ), indiquant quand et comment nous avions suivi chaque famille, leur identité et adresse, ainsi que l’état de l’avancée de son suivi et celui de la liaison avec l’équipe de professionnels de la préfecture du département qui devait prendre le relais. Nous faisions des rapports sur chaque jeune suivi, tous les trimestres, envoyés aux préfets. Nous étions supervisés par le psychiatre Serge Hefez qui nous aidait pour les cas difficiles (un livre retrace l’expérience et la réflexion commune des 2 équipes : « J’ai rêvé d’un autre monde, » Edition Stock, sortie le 22 février 2017).

 

[1] Centre Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation

[2] Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam

[3] Les comptes annuels du CPDSI sont clôturés au 31 décembre 2016. A la date de cette lettre ouverte, le travail comptable du cabinet et du commissaire aux comptes démarre. Nous continuons le bénévolat avec les parents qui en ont besoin autour de la structure NOORONLINE.FR mais inutile de garder une structure associative pour cela.

[4] Je tiens d’ailleurs à préciser que la mission de la sénatrice Esther Benbassa dont les conclusions seront bientôt rendues publiques, ne m’a pas auditionnée non plus...

[5] Cette jeune fille mineure appelée « Léa » lors de certains témoignages de sa part dans les médias était suivie par le CPDSI depuis septembre 2014 alors qu’elle avait projeté de commettre un attentat sur le sol français car elle n’arrivait pas à rejoindre Daesh sur zone.

[7] Ministères de l’Intérieur, de l’Education Nationale, de la Santé, de la ville, de la justice avec également services du SG CIPD et de l’UCLAT.

[8] Tous les bilans comptables, les rapports d’activité annuels et les rapports de certifications de Commissaire aux Comptes ont été publiés, dès que disponibles, sur le site du CPDSI www.cpdsi.fr

D’ailleurs, plus les jeunes me reconnaissaient facilement, plus il était difficile de les suivre efficacement, dans la mesure où leur particularité est d’être convaincu de l’existence d’une théorie du complot. En me voyant à la télévision, ils me percevaient comme le « diable qui travaille pour le Mossad... »

On ne peut sortir un jeune de la radicalisation qu’à son insu. S’il s’aperçoit que l’on a compris qu’il était radicalisé, il se met en posture de dissimulation. De plus, lorsque nous communiquions sur les indicateurs d’alerte, les recruteurs se servaient de notre communication pour s’adapter.

Je donne deux exemples de désinformations qui continuent à être reprises.

Alors que nous venions d’alerter en juillet 2015 les autorités judiciaires sur le fait que « Léa »[1] « s’était rebranchée » avec les recruteurs, Europe 1 lançait en mars 2016 la fausse information que cette dernière avait « grugé le CPDSI ». Cette désinformation a été reprise et amplifiée par à peu près tous les médias ! J’avais pourtant la preuve de mes échanges par mail dès juillet 2015 avec la juge anti-terroriste, à qui mon équipe avait demandé officiellement l’enfermement en Centre Educatif Fermé car « Léa » était trop en manque de son groupe pour s’en sortir sans contention éducative. Cette dernière avait refusé et le procureur, plusieurs mois plus tard, en janvier 2016, avait fini par incarcérer la jeune fille. Bien entendu, quelques journalistes pressés mais néanmoins honnêtes, ont pris soin de rectifier leur premier article infondé et non documenté. Nos droits de réponse ou rectifications n’ont eu que peu d’écho[2]...

Précisons que nous avons souvent demandé l’enfermement de nos jeunes : la contention est souvent un passage obligé pour couper le jeune du groupe radical (désembrigadement relationnel).

  1. exemple : Rue 89 produit un article en titrant que j’étais « une arrangeuse de vérité ». Pour argumenter ce titre digne de la presse à scandale, le journaliste affirmait qu’un parent avait témoigné que je ne m’étais jamais occupée de sa fille. S’il avait respecté son éthique professionnelle, et donc réellement investigué, toutes les familles du CPDSI auraient pu lui dire que ce papa, haut fonctionnaire souhaitant un anonymat absolu compte tenu de ses fonctions était le premier à avoir sollicité mon aide. Il aurait aussi pu rapidement consulter l’ensemble des échanges SMS archivés dans mon téléphone portable avec ce papa et sa fille, les photos, les encouragements, et même le récit de l’accouchement de sa fille qui était sans cesse en lien avec moi.

Ce journaliste aurait pu lire la longue lettre de remerciement que ce papa avait écrite lorsque sa fille allait mieux. A la sortie de cet article qui a lancé les premières rumeurs à mon égard, face aux accusations, nous avons fait le choix de ne pas rompre l’engagement d’anonymat de cette famille pour simplement nous défendre face à des accusations mensongères. Que certaines familles aient besoin d’exprimer de la colère lorsque leur enfant a été embrigadé, qu’il est parti sur zone, ou qu’il veuille rester musulman, peut être compréhensible. Comment un parent pourrait-il accepter de perdre son enfant ? Leur colère est un droit que nous avons appris à respecter et à comprendre. Nous avons choisi de ne jamais, jamais, bafouer nos engagements moraux vis-à-vis d’eux, qu’importent leurs attaques injustes. Mais je tiens toutes ces preuves à votre disposition.

Conclusion à Les associations de terrain ne peuvent devenir les vitrines et les preuves des actions gouvernementales. Il faut séparer la communication, la vulgarisation des indicateurs, et l’action sur le terrain, qui doit rester discrète et confidentielle. A défaut, les actions pourraient s’auto-annuler...

- Le gouvernement s’est désengagé de la mission publique qu’il a mandatée en refusant de vous répondre... Pourtant, la cohérence entre tous les acteurs institutionnels est la condition minimale de tout programme de lutte contre le djihadisme.

Alors qu’un comité de pilotage interministériel[3] contrôlait nos différents suivis chaque mois, vous avez commencé à nous accuser de détourner des fonds publics sans aucun résultat...[4] Nous attendions que notre comité de pilotage interministériel réponde à vos questions : nous avions une obligation de confidentialité mais nous rendions chaque mois des tableaux précis (Compte rendu de réunion du COPIL du 15 juillet 2015 ; Compte rendu de réunion du COPIL du 27 novembre 2015 ), indiquant quand et comment nous avions suivi chaque famille, leur identité et adresse, ainsi que l’état de l’avancée de son suivi et celui de la liaison avec l’équipe de professionnels de la préfecture du département qui devait prendre le relais. Nous faisions des rapports sur chaque jeune suivi, tous les trimestres, envoyés aux préfets. Nous étions supervisés par le psychiatre Serge Hefez qui nous aidait pour les cas difficiles (un livre retrace l’expérience et la réflexion commune des 2 équipes : « J’ai rêvé d’un autre monde, » Edition Stock, sortie le 22 février 2017).

Vous l’avez compris, le suivi et les justificatifs que nous avons sans cesse fournis à tout un ensemble de personnes assermentées et/ou autorisées a recouvert les champs comptables (certification du commissaire aux comptes 2014, rapport financier 2014, certification du commissaire aux comptes 2015, rapport financier 2015), administratifs, quantitatifs et qualitatifs. Les situations traitées ont été reportées selon plusieurs typologies :

  • pas de suivi nécessaire car absence de radicalisation
  • suivi en cours, en lien avec parents et/ou professionnels

- démarrage travail en déradicalisation

  • suivi pendant cette phase
  • réussite et fin du travail en déradicalisation
  • stagnation
  • risques de dissimulation
  • rechute.

Rappelons que tous nos jeunes avaient été signalés au Numéro vert par leurs parents, demandeurs d’un suivi. Ils n’étaient donc pas représentatifs de tous ceux qui sont touchés par cette idéologie. Il a existé de grandes réussites, avec des jeunes ou adultes qui n’ont jusqu’à ce jour pas connu de rechutes et dont la vie a repris son cours. Nous avons aussi rencontré des cas difficiles, notamment dus à l’absence d’espoir d’une vie future et à l’attachement du groupe fusionnel de substitution mis en place par les rabatteurs. Une « déradicalisation » n’est pas une « déprogrammation » : il faut amener des nouvelles informations au radicalisé pour qu’il réalise par lui-même le décalage entre l’utopie qu’il poursuivait et la réalité de Daesh, afin qu’il se désengage d’abord de son groupe radical, puis de l’idéologie djihadiste elle-même. Cela prend au minimum un an et peut durer plusieurs années. De plus, une fois que la personne a fait le deuil du groupe djihadiste puis de l’idéologie djihadiste, sa stabilisation dépend des autres acteurs institutionnels : les psychologues, les éducateurs, les missions locales, les universités, les entreprises d’insertion, etc. Certains jeunes sont repartis parce qu’ils savaient qu’ils n’avaient plus aucun avenir, une fois leur nom communiqué à la presse, souvent par les autorités turques. Avec internet, ils ne peuvent même plus recommencer leur vie dans un autre pays. Les réussites et les échecs font partie d’une responsabilité sociétale commune, ils ne dépendent pas d’une seule personne ou d’une recette miraculeuse.

Non seulement nous avons atteint le chiffre requis par l’appel d’offre (nous étions mandatés pour 150 jeunes), non seulement nous avons formé 43 équipes de préfectures (rapport annuel d’activité 2015), mais nous avons aussi lancé une recherche-action avec les parents pour trouver une méthode expérimentale de sortie de radicalité et réfléchir à des indicateurs de sortie de radicalité. Stoppés physiquement, les jeunes ne rêvaient que d’une chose : tenter un nouveau départ pour rejoindre Daesh ou se retourner contre la France. Il fallait donc passer à l’étape suivante et les aider à sortir de cette idéologie qui allait les mener à une double mort : la leur et celle des autres. Trouver comment les désengager du djihadisme s’avérait d’autant plus important que leur haine contre la société augmentait d’autant plus qu’ils se sentaient coincés sur ce qu’ils considéraient comme « une terre mécréante ».

Je peux vous assurer que 595 300€ TTC a constitué un budget serré pour arriver à payer salaires et charges, frais de transport des centaines de familles, locations des salles, déplacements des membres de l’équipe dans toutes les villes, y compris dans les DOM TOM... Je peux aussi vous assurer qu’il est possible de mener un jeune à se désengager d’un groupe djihadiste et de l’idéologie djihadiste (Témoignage d'un père et de sa fille, anciennement embrigadée , Témoignage d'une mère dont la fille est sortie de l'embrigadement, Témoignage d'une ancienne embrigadée ).

Lorsque nous avons cessé notre action, 809 parents nous avaient saisis. Lorsque nous sommes partis, nos rapports de fin de mesure ont préconisé l’orientation de quelques dizaines de jeunes vers les trois nouvelles structures qui nous ont remplacés.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a fallu trois équipes au lieu du CPDSI pour prendre le relai. Cela montre bien la quantité de travail que nous avons abattu.

Aujourd’hui, vous nous accusez « au mieux d’être incompétents, au pire d’être dangereux » alors que nous avons été dépositaires d’une mission publique par un gouvernement qui ne vous répond pas.

Nous accusons donc intuitu personae vos attaques. C’est Dounia Bouzar que vous voulez délégitimer, alors que vos attaques interrogent en réalité le dysfonctionnement du dispositif du gouvernement. Preuve flagrante de ce dysfonctionnement : le gouvernement, après s’être déchargé de ses responsabilités sur le CPDSI, après m’avoir demandé de quitter mon entreprise, après nous avoir mis en danger personnellement vis à vis des groupes djihadistes, se désengage d’une action qu’il a commanditée et financée, ne répond pas à vos demandes, au moment où des attentats ont terrifié un pays qui n’a plus envie de déradicaliser qui que ce soit mais de se venger. Le gouvernement se retire au moment où pour être élu, la vengeance est davantage à l’ordre du jour que la prévention, la « déradicalisation » ou la réinsertion.

Conclusion à Si des acteurs doivent être mandatés pour lutter contre le djihadisme, ils doivent être reconnus a minima d’intérêt public, être contrôlés, portés, et institutionnalisés. La lutte contre le djihadisme ne peut qu’être institutionnalisée, au cœur de la République, selon un angle politiquement décidé et suivi par tous. Le gouvernement ne peut réitérer un engagement « à géométrie variable », selon l’actualité politique du moment, pour un sujet de sécurité nationale. Les « méthodes de déradicalisation » ne peuvent à elles seules déradicaliser. L’ensemble des acteurs doit être cohérent, y compris pour la réinsertion des anciens djihadistes. Un déradicalisé qui ne trouve pas de travail ou ne peut reprendre ses études parce qu’il est « fiché terroriste » retombera plus facilement dans le rejet de la société.

- Les politiques de gauche et de droite tiennent une posture paradoxale sur la « déradicalisation »

Un gouvernement ne peut pas à la fois donner des centaines de milliers d’euros à quantité d’acteurs pour « déradicaliser », et en même temps, considérer qu’un ancien djihadiste ayant fait 4 ans de prison, contre qui la police n’a pas le moindre nouvel élément, ne peut être repenti.

Vous qui plaidez la déradicalisation selon le modèle de l’Arabie Saoudite, vous êtes dans le même paradoxe en estimant que le fait que Farid Benyettou déclare qu’il est Charlie est obscène. Auriez-vous été rassurée s’il avait déclaré qu’il n’était pas Charlie ? Est-ce cela qui aurait été respectueux pour la mémoire des victimes ? Ce sont des journalistes qui avaient remis le badge « Je suis Charlie » à Farid Benyettou il y a deux ans, pour voir s’il était sincère. Comme il l’écrit dans Mon Djihad, il l’a toujours gardé dans sa poche depuis, et le montrait régulièrement aux jeunes en voie de déradicalisation, en leur expliquant qu’on peut à la fois être contre les caricatures et contre les assassinats de ceux qui font des caricatures... Il ne s’attendait pas du tout à ce que ce geste blesse des personnes.

Il a accepté de publier sa rétro-analyse effectuée avec moi pour lutter contre le djihadisme parce que, comme il l’explique dans son communiqué de presse, il estime avoir « une dette morale » envers la France.

Nous voulions redonner de l’espoir aux Français au moment de cette commémoration des attentats : la chaîne de la vie peut gagner sur la chaîne de la mort.

Que des victimes de terrorisme soient dans l’affectif et ne puissent pas l’entendre, qu’ils aient besoin de s’en prendre à l’un des seuls anciens chefs de filière vivant, c’est tout à fait compréhensible. Mais que des élus de gauche et de droite flattent ces sentiments exacerbés et s’en servent pour regagner du pouvoir politique est pour moi beaucoup plus obscène que de publier un livre qui partage « les secrets du djihadisme » pour mieux le combattre.

Heureusement, trois des plus grands experts dans ce domaine ne participent pas à cette exaltation de groupe : le juge Trévidic[5], l’ancien haut fonctionnaire de la défense Pierre Conesa[6] et le sociologue spécialiste de la radicalisation en prison Fahrad Khosrokavar[7], ont soutenu ma posture sur les repentis. De nombreux autres connaisseurs, chercheurs ou journalistes le savent aussi.

J’assume ma position : pour amener un radicalisé à se désengager de l’idéologie djihadiste, il faut deux étapes :

- une approche émotionnelle rassurante par les proches pour que le radicalisé se réaffilie et se réincarne ;

- une approche cognitive par les repentis pour que le radicalisé prenne conscience du décalage entre l’utopie qui lui a été proposée et la réalité de l’idéologie des djihadistes (projet d’extermination et de purification)

Conclusion à Le problème du statut et de la place des repentis est un impensé de la société française alors que dans les 15 prochaines années, sa non-gestion va lui poser un vrai problème. C’est ça, Madame la Sénatrice, être incompétent, voire dangereux.

 

Je me tiens à disposition pour tout échange qui peut vous paraître utile.

Bien cordialement,

Dounia Bouzar

 

[1] Cette jeune fille mineure appelée « Léa » lors de certains témoignages de sa part dans les médias était suivie par le CPDSI depuis septembre 2014 alors qu’elle avait projeté de commettre un attentat sur le sol français car elle n’arrivait pas à rejoindre Daesh sur zone.

[3] Ministères de l’Intérieur, de l’Education Nationale, de la Santé, de la ville, de la justice avec également services du SG CIPD et de l’UCLAT.

[4] Tous les bilans comptables, les rapports d’activité annuels et les rapports de certifications de Commissaire aux Comptes ont été publiés, dès que disponibles, sur le site du CPDSI www.cpdsi.fr

[5] « C’est une bonne idée, et ce n’est pas Dounia Bouzar qui l’a eue en premier. Les Anglais ont utilisé des gens qui avaient ce profil. Ils ont une voix qui porte auprès des jeunes. Quand on a effectué ce parcours, quand on s’est fait avoir, on voit mieux le danger. (...) Est-ce que Benyettou est fiable ? Je pense que Dounia Bouzar est capable de l’estimer, elle a une vraie habitude de ces gens... » (Marianne, N°1033.)

[6] « Bouzar-Benyettou, duo sulfureux et dérangeant ? Pierre Conesa, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste du djihadisme, et qui a croisé le jeune émir charismatique quand il a « commencé à s’éloigner de l’idéologie djihadiste », n’est pas de cet avis. Il loue « l’attitude honnête avec Benyettou » de celle qu’il décrit comme « la papesse de la déradicalisation ». Pierre Conesa défend également l’attitude du « repenti » : « Je le crois sincère, il prend des risques, y compris vis-à-vis de ses anciens confrères. Et on le considère comme le mentor des Kouachi alors que rien ne dit qu’il était au courant de leur projet ». C’est la question de la réinsertion des anciens terroristes qui se pose aussi. Les djihadistes sont-ils condamnés ad vitam aeternam à la prison ? Benyettou n’a pas pu continuer à exercer comme infirmier. « Pourtant », argumente l’ancien haut fonctionnaire à la Défense, « il n’a pas de crime de sang sur les mains, il a accompli sa peine pour la filière, s’est amendé. Lui donne-t-on une deuxième chance, ou pas ? » Farid Benyettou, que tout le monde s’accorde à décrire comme quelqu’un d’intelligent, aurait-il pu tromper son monde, pratiquer la « taqiya » (N.D.L.R. : l’art de la dissimulation djihadiste) ? « Si c’était le cas, il aurait ouvert un petit commerce plutôt que s’exposer dans les médias », pense Pierre Conesa. » (Déradicalisation : le mystère Benyettou ; l’Est Républicain du 11 janvier 2017).

[7] Emission « Terroriste un jour, terroriste toujours ? » France culture https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/terroriste-un-jour-terroriste-toujours

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 10:54

Monsieur l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne à Paris

 

Excellence,

Horrifiés par la sauvagerie de l’attentat qui a fait des dizaines de victimes innocentes, les Tunisien(ne)s en France et les associations démocratiques de l’immigration condamnent avec la plus grande vigueur l’attentat terroriste perpétré à Berlin.

Nos pensées vont en tout premier lieu aux familles et aux proches des victimes. Les Tunisien(ne)s et les associations de l’immigration tiennent à leur exprimer leurs plus sincères condoléances ainsi qu’aux habitants de Berlin et à l’ensemble du peuple allemand.

Les objectifs des terroristes sont clairs. En tout premier lieu, ils ont voulu porter atteinte à l’amitié entre les peuples allemand et tunisien. Ils cherchent évidemment dans le même temps à envenimer les relations entres les allemands et les migrants et les réfugiés. Ils ont ainsi voulu mettre à mal le vivre ensemble et tenté par tous les moyens à faire oublier la solidarité réelle exprimée par le peuple allemand lors de l’accueil des réfugiés en 2015.

Nous souhaitons réaffirmer, à travers vous, aux citoyens allemands notre détermination à poursuivre notre combat commun contre le fléau terroriste et les appeler à maintenir le même niveau de vigilance et de discernement pour éviter de tomber dans le piège grossier que les ennemis de la démocratie et de la fraternité entre les peuples veulent précipiter les citoyen(ne)s allemands comme les migrants et les réfugiés.

Nous sommes persuadés que la réponse la plus appropriée à cette dérive haineuse étrangère à notre culture et à notre histoire réside dans la promotion d’une solidarité accrue entre nos peuples.

Les citoyens allemands en en faisant la démonstration à l’égard des migrants et des réfugiés au cours des derniers mois, ont montré la voie à suivre aux européens et au monde entier.

Vive l’amitié entre les peuples allemand et tunisien.

Veuillez recevoir, Excellence, nos salutations distinguées.

Paris le 5 Janvier 2017

Pour les associations

Mouhieddine Cherbib


Les associations démocratiques des tunisiens à l’ Étranger :

- Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’ Homme en Tunisie – CRLDHT

- Fédération des Tunisiens Citoyens des Deux Rives – FTCR

- Association des Tunisiens en France - ATF

- Associaiton Démocratique des Tunisiens en France – ADTF

- AIDDA

- Collectif 3C

- Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture – REMCC

- Collectif des Femmes Tunisiennes – CFT

- Associaiton Tunisie Culture et Solidarité – ATCS

- Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens – UTIT

- Mouvement Citoyen des Tunisiens en France – MCTF

- Association Vérité et Justice pour Farhat Hached – AVJF

- Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie – CVDT – Belgique

Avec le soutien de :

- Association des Travailleurs Maghrébins de France – ATMF

- Associaiton des Marocains en France – AMF

- Collectif Algérien en France – ACDA

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 22:32

Communiqué de l’ATF : contre la barbarie et pour la solidarité entre les citoyens de France et du Monde

Le 26 juillet 2016, un groupe de Jihadistes Daecheen a attaqué l’église paisible de Saint-Etienne-du Rouvray pendant la messe du matin et assassiné lâchement Jacques Hamel, le prêtre de cette église.

Ce crime ignoble une fois encore est une insulte à l’Islam et tous les musulmans et de culture musulmane et à l’Humanité. Ils ont par ailleurs blessé un des paroissiens.

L’Association rend hommage à toutes les victimes de ces barbares de cet attentat et assure les proches des victimes de cette attenta de sa solidarité avec eux et de sa compassion.

Les musulmans de France et du Monde sont horrifiés de ces actes qui montrent une fois de plus que les Jihadistes n’épargnent personnes et les adeptes de toutes les religions.

Il est temps que la solidarité entre toutes et tous les citoyens de France quels que soit leurs idées et leurs croyances s’expriment fortement et condamnent sans réserve aucune cette régression morale, religieuse et philosophique qui gangrènet toutes les nations et tous les peuples.

L’ATF attirent l’attention de toutes et de tous du danger de l’amalgame et de toute dérive raciste et xénophobe.

Nous nous pouvons accepter que des personnalités politiques utilisent ce drame pour jeter le probe sur les citoyens de France de confession musulmane et sur le immigrés.

Nous devons nous unir contre ces ennemis de l’Humanité et la civilisation.

Nous sommes en deuil et solidaires

Tous et toutes unis-es contre le terrorisme et contre le racisme et les discriminations.

Le Bureau National de l’ATF

Paris, le 27 juillet 2016

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 09:37

http://www.leaders.com.tn/article/20155-attentat-de-nice-235-personnalites-tunisiennes-en-petition-nous-ne-le-laisserons-pas-faire?nuid=0&did=0

Attentat de Nice - 260 personnalités tunisiennes en pétition

Nous ne le laisserons pas faire !

Nous citoyennes et citoyens tunisiens ou franco-tunisiens voulons, ensemble, exprimer notre horreur et notre dégoût devant l'attentat sanglant, perpétré le 14 juillet à Nice.

Nous voulons assurer les familles et les proches des victimes de notre compassion et de notre solidarité.

Tous ensemble, sans distinction d'aucune sorte, nous devons combattre un ennemi qui veut s'attaquer à notre commune humanité. Nous ne le laisserons pas faire.

Les signataires

1. Souhayr Belhassen

2. Sophie Bessis

3. Sana Ben Achour

4. Mokhtar Trifi

5. Kalthoum Saafi

6. Zinelabidine Hamda

7. Monia Ben Jemiaa

8. Rabaa Ben Achour- Abdelkefi

9. Mohieddine Cherbib

10. Yosra Frawes

11. Khadija Cherif

12. Slim Laghmani

13. Abdeddayem Sallami

14. Mohamed ben Moussa

15. Mustapha Tlili

16. Habib Kazdaghli

17. Inchirah Hababou

18. Zaineb Glanza

19. Saloua Charfi

20. Mohamed Agina

21. Nejib Abdelmoula

22. Moufida Missaoui

23. Abdellatif Haddad

24. Salma Hajri

25. Lotfi Benslama

26. Samia Fraouis

27. Khadija Mohsen-Finan

28. Dalenda Largueche

29. Sonia Hamza

30. Salha Saida

31. Mongia Hedfi

32. Aziz Krichen

33. Jallel Saada

34. Taoufik Karkar

35. Njoud Farhani

36. Hafidha Chekir

37. Hedi Saidi

38. Mounira Chapoutot-Remadi

39. Nozha Sekik

40. Semia Ben Messaoud

41. Maha Jouini

42. Mohamed ben Moussa

43. Samia Chaabane

44. Olfa Youssef

45. Yassine Ben Cheikh

46. Dalila BEN Othman

47. Hakim Ben Hamouda

48. Khaled Ghorbal

49. Abdelkrim Allagui

50. Hella Lahbib

51. Souad Triki

52. Abdelmoneim Souai

53. Amel Belhadj Ali

54. Nora Essafi

55. Lina Ben Mhenni

56. Jean Chapoutot

57. Monia Boulila

58. Essia Belhassen

59. Faouzia Charfi

60. Boutheina Ben Hassine

61. Faten Gaddès

62. Afif Ben Yedder

63. Emna Ben Yedder

64. Abdelkrim Allagui

65. Seifallah Blili

66. Leïla Blili

67. Hédia Balafrej

68. Souad Mahmoud

69. Sofiane Zribi

70. Souha Ben Othman

71. Zeineb Toujani

72. Neji Khachnaoui

73. Emna Jeblaoui

74. Beya Dhraïef

75. Nadia Jamel

76. Salwa Hamrouni

77. Taoufik Habaeib

78. Cécile Oumhani

79. Ibrahim Oumhani

80. Wafa Frawes

81. Nihel Ben Amar

82. Sophie Zaouche-Bouchard

83. Moncef Ben Slimane

84. Faouzia Ounis

85. Sophie Boukhari

86. Faouzia Zouari

87. Zeineb Guéhiss

88. Alia Baccar Bournaz

89. Aida Mehrez

90. Khémais Khayati

91. Fathia Hizem

92. Mohsen Ben Henda

93. Khémais Arfaoui

94. Med Habib Bouthelja

95. Alia Baccar Bournaz

96. Suzanne Guellouz

97. Azzedine Guellouz

98. Nihel Benamar

99. Raja Dahmani

100.Nadia Chaabane

101.Alya Cherif Chammari

102.Khmaïes Chammari

103.Samira Shili

104.Raja Fenniche

105.Iqbàl Gharbi

106.Abbès Abdelkefi

107.Salma Hamza

108.Meryem Sellami

109.Néjia Ouriemmi

110.Aladel Khidhr

111.Ben Boubaker Habib

112.Jinan Limam

113.Khaled Louhichi

114.Jouda Bakir

115.Abderrahmen Jmour

116.Saloua Guiga

117.Emna Mrabet

118.Abdessamad Hichem

119.Abichou Khaled

120.Abderrahman Hedhili

121.Najoua Agrebi

122.Ali Aidoudi

123.Kacem Afayya

124.Hafedh Affes

125.Ahmed Karoud

126.Mourad Allal

127.Tewfik Allal

128.Samia Ammar

130.Noureddine Baaboura

131.Nejib Baccouchi

132.Khémaies Bahri

133.Houcine Bardi

134.Amna Ben Haj Yahya

135.Farouk Blekeddar

136.Ali Ben Ameur

137.Nadia Ben Ameur

138.Nabil Ben Azouz

139.Hechmi Ben Frej

140.Tarek Ben Hiba

141.Riadh Ben Hmida

142.Riadh Ben Khelifa

143.Hedi Ben Kraiem

144.Abdellatif Bensalem

145.Mohamed Bensaid

146.Dalila Benothman

147.Nacer Benrejeb

148.Taoufik Benromdhane

149.Hela Ben Youssef

150.Jalel Berrhima

151.Larbi Bouguerra

152.Lassad El Asmi

153.Fatma Bouameid Ksila

154.Abderrazek Bouazizi Horchani

155.Naceur Chaabane

156.Hedi Chenchabi

157.Noureddine Chmingui

158.Mohamed Dhaoui

159.Mohsen Dridi

160.Aida El Amri

161.Lakhdhar Ellala Mohamed

162.Youssef El Elj

163.Nadia El Fani

164.Chafik El ghoul

165.Fethi El Hadjali

166.Chedly Elloumi

167.Itidel Fadhloun Barboura

168.Raoudha Faouel

169.Seddik Ferchichi

170.Claudette Ferjani

171.Mohamed Chérif Ferjani

172.Mrad Gadhoumi

173.Kamel Ghali

174.Mohamed Ghrab

175.Moncef Guedouar

176.Habib Guiza

177.Gérard Haddad

178.Mohamed Hamrouni

179.Maher Hanin

180.Nacer Jalloul

181.Mehdi Jendoubi

182.Noureddine Jouini

183.Nejib Karafi

184.Habib Kchaou

185.Malek Kefif

186.Saifallah Khablachi

187.Abdelhamis Khiari

188.Mohamed Khiri

189.Ramy Khouli

190.Taieb Laguili

191.Adel Ltifi

192.Gérard Maarek

193.Zied Miled

194.Najet Mizouni

195.Abdelwahed Mokni

196.Ali Msaoura

197.Mohamed Nachi

198.Noureddine Najar

199.Aboubakri Sidi Ndongo

200.Annie Novellie

201.Habib Ouarda

202.Lilia Rebai

203.Naziha Rejiba

204.Sherifa Riahi

205.Messaoud Romdhani

206.Fathi Saadallah

207.Nathalie Saadallah

208.Mouldi Sabri

209.Ramy Salhi

210.Youssef Selmi

211.Rached Sfar

212.Mohamed Smida

213.Noureddine Snoussi

214.Jean Claude Soufir

215.Karima Souid

216.Samir Taieb

217.Fathi Tlili

218.Leila Toubel

219.Tarek Toukabri

220.Ihsen Youssef

221.Leila Zaibi

222.Salah Zeghidi

223.Houda Zekri

224.Jalel Matri

225.Sophie Périac-Daoud

226.Essma Ben Hamida

227.Fatma Houas

228.Hedia Jrad

229.Samir Marzouki

230.Abdelouadoud El Omrani

231.Fethi Benslama

232.Abderrazak Zouari

233.Fathi Triki

234.Myriam Belkadhi

235.Nadia Hakimi

236. Brahim Nsiri

237. Sami Aouadi

238. Imen Bejaoui

239. Moez Bendhia

240. Abdou Lassouad

241. Zeineb Bensaid Cherni

242. Saloua Ben Abda

243. Sadok Ben Mhenni

244. Anissa Saidi

245. Hakim Aloui

246. Simone Othmani

247. Anouar Kanzari.

248. Ines Hammami Abid.

249. Lassad Jemoussi

250. Samih Abid

251. Jamel Boussoffara

252. Wassila Ayari.

253 Jihen Kallali.

254. Adnane Ben Youssef.

255 Nadhem Marsit

256. Mohamed Barrira

257. Hind Mizouni.

258. Lamya Mlayah

258. Lamia Allal

259. Mohamed Damak

260. Moncef El Bahri

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 09:36

RASSEMBLEMENT DE RECUEILLEMENT

A LA MÉMOIRE DES VICTIMES DE L ATTENTAT DE NICE

Le 14 juillet 2016, la main de la barbarie a endeuillé la ville de Nice et toute la France.

Une fois de plus, un ennemi de la liberté et de la démocratie a commis l’abject en fonçant, à bord d’un camion, dans la foule écrasant des dizaines d'innocents femmes, hommes et enfants, des adultes comme des jeunes et des vieillards de toutes les nationalités et de toutes les croyances dont le seul tord etait de se trouver dans l'artère la promenade des anglais pour fêter la République et fraterniser ensemble.

Ce criminel est malheureusement enfant de Tunisie, elle-même victime frappée plusieurs fois de terrorisme.

La communauté tunisienne en France comme toutes les communautés de France et les musulmans de France, est doublement sous le choc devant cette horreur et pleure les victimes tunisiennes et toutes les victimes.

Le Bureau National de l'ATF présente ses condoléances aux parents et aux proches de toutes les victimes et leur exprime toute sa solidarité.

Le Bureau National de l'ATF appelle le gouvernement de France à:

  • prendre toutes les mesures pour combattre les djihadistes et les terroristes sanguinaires et arrêter ce syndrome des attentats et de la mort,
  • assurer la sécurité de toutes et de tous et sauvegarder les libertés fondamentales en France

Le Bureau National de l'ATF appelle toutes les forces démocratiques de France à déjouer les ambitions et les campagnes des racistes et des xénophobes qui cherchent à faire assumer aux arabes et aux musulmans la responsabilité des actes des djihadistes dont ils sont les premières victimes.

Le bureau National de l’ATF présente ses condoléances aux familles des victimes tunisiennes écrasées à Nice par ce criminel Olfa Bent Souyah 31 ans, Bilal Labaoui 29 ans, originaire de Kasserine et Mohamed Ben Abdelkader Toukabri 28 ans.

L'ATF appelle toutes les tunisiennes et les tunisiens et les démocrates de France à participer au RASSEMBLEMENT DE RECUEILLEMENT A LA MÉMOIRE DES VICTIMES DE L ATTENTAT DE NICE

PLACE DE LA RÉPUBLIQUE

LUNDI 18 JUILLET 2016 - 18H30

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 14:57

Communiqué

La France vient d’être une nouvelle fois frappée par un attentat abject d’une gravité extrême, faisant 84 morts et plus de 200 blessés dont une cinquantaine se trouvant dans un état grave. Cet acte lâche et barbare a touché des innocents venus assister aux feux d’artifice célébrant la fête nationale du 14 Juillet.

Nous, personnalités de la Société Civile à Marseille, condamnons avec une extrême vigueur cet acte odieux et horrible qui frappe le jour même de la célébration des valeurs de démocratie, de liberté, d égalité et de fraternité.

Nous soutenons et présentons toutes nos condoléances aux familles et à leurs proches touchés dans leur chair face à cette épreuve.

Nous attirons également l’attention de tous sur l’impératif de ne pas faire d’amalgame et faire porter la responsabilité de cet acte inqualifiable à la communauté d’origine maghrébine.

Ne rajoutons pas la tragédie à la tragédie

Signature :

Mr : Mounir Ouri : Militant associatif

Mr : Slimane Chahdi : Militant associatif

Mr : Mondher Harzali : Militant associatif

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 14:49

Une délégation de l'ATF Aquitaine* chez M. Juppé, Maire de Bordeaux​

Suite aux évènements tragiques qu'a connu la France à Nice ,une délégation de l'ATF Aquitaine a été reçue vendredi soir à l'hotel de ville de Bordeaux par Monsieur Alain Juppé.
Nous lui avons fait part de notre solidarité avec le peuple Français et de notre opposition au terrorisme.
La délégation était composée de :
Mohamed Ben Khaled, Adel Meherzi, Abdelaziz Lamloumi et de Dhahbi

*ATF-AQUITAINE est une association affiliée à l'ATF

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 13:36

L'Orient, le Jour

Mercredi 09 mars 2016

«Le pire est à venir pour la Tunisie»

Hier, à Ben Guerdane où ont eu lieu les attaques de l’EI.

Fathi Nasri/AFP ENTRETIEN EXPRESS

La Tunisie a subi hier des attaques simultanées sans précédent à Ben Guerdane, proche de la frontière avec la Libye. Celles-ci ont été attribuées à l'État islamique (EI). David Thomson, journaliste à RFI, spécialiste des mouvements jihadistes, répond aux questions de «L'Orient Le Jour».

Propos recueillis par Caroline HAYEK | OLJ08/03/2016 Mon OLJ Abonnez-vous à partir de 1$

Est-ce que les jihadistes circulent facilement entre la Libye et la Tunisie ?

La circulation a été extrêmement facile pour les jihadistes, notamment tunisiens, mais aussi français, entre la Tunisie et la Libye jusqu'à récemment, c'est-à-dire jusqu'au début d'année 2015. C'est ce qui a permis à plusieurs centaines de Tunisiens de regagner sans trop de mal le jihad, en particulier à partir de l'été 2013. À partir de 2015, les autorités tunisiennes mais aussi libyennes, en tout cas, la partie Fajr Libya, ont été beaucoup plus vigilantes. Mais les flux continuaient de passer. Aujourd'hui, les passages sont beaucoup plus difficiles, mais ils continuent d'aller et de venir, notamment en bénéficiant des réseaux de contrebande, dont le territoire se trouve aux frontières.

Quelle est l'importance de la ville de Ben Guerdane ? A-t-elle été un vivier de recrues jihadistes ?

Ben Guerdane, dans l'imaginaire jihadiste, est une ville qui a une importance particulière, en raison d'une phrase qui a été prononcée par Abou Moussab el-Zarqaoui, qu'on peut considérer comme le père spirituel de l'État islamique (EI). Après 2004, et la fameuse bataille de Falloujah en Irak, il avait dit dans l'un de ses messages audio : « Une ville en Tunisie s'appelle Ben Guerdane. Si elle avait été près de Falloujah, elle aurait libéré l'Irak. » Cela montre qu'à l'époque déjà il y avait beaucoup de Tunisiens dans le premier jihad irakien. Est-ce que cela voulait dire, dans son esprit, que la plupart des jihadistes tunisiens venaient de Ben Guerdane ou bien que ces derniers avaient beaucoup transité à Ben Guerdane pour se rendre en Libye, pour ensuite rejoindre l'Irak ? Je penche pour la seconde hypothèse. Dans l'imaginaire, elle a un rôle important, mais je ne suis pas certain que le taux de départ de jihadistes en Irak ou en Libye soit plus important à Ben Guerdane qu'à Sidi Bouzid ou Bizerte.

Est-ce que la fermeture des postes frontaliers et le renforcement des patrouilles, y compris aériennes, à sa frontière avec la Libye suffiront à endiguer la menace ? N'est-elle pas également interne ?

La « ligne Maginot » tunisienne, c'est-à-dire ce mur de sable le long de la frontière libyenne, qui a été construit après l'attentat de Sousse, est de mon point de vue un non-sens. D'abord, parce qu'il est extrêmement facile de le franchir, de le contourner. Ensuite, parce qu'il y a des jihadistes tunisiens pas forcément identifiés, qui, avec une simple carte d'identité ou un passeport tunisien, peuvent tout simplement passer par les deux postes-frontières de Ben Guerdane ou de Ras Jedir. Il faut également garder en tête qu'il y a encore un grand nombre de jihadistes qui sont sur le sol tunisien, qui se sont rasé la barbe et qui sont passés en clandestinité. Lors de la période où les autorités faisaient preuve d'une tolérance vis-à-vis des jihadistes entre 2011 et 2013, c'est à ce moment-là que les jihadistes tunisiens ont mis en place des trafics d'armement très importants, qui venaient de la Libye. Il y a plus de 5 000 ressortissants tunisiens qui sont partis faire le jihad en Syrie, en Irak et en Libye, qui vont revenir et qui ont des intentions terroristes très fortes contre la Tunisie. Même au-delà de ces individus-là, il y a un certain nombre de militants et de jihadistes tunisiens qui sont sur le sol tunisien, qui sont armés et déterminés, et qui peuvent passer à l'action. À mon avis, il y a beaucoup de jihadistes ayant mené l'attaque de Ben Guerdane qui sont dans ce cas de figure-là.

Les attaques d'hier sont-elles d'une ampleur inédite? Le pire est-il pourtant encore à venir ? L'épisode de Ben Guerdane est un indicateur de la dégradation sécuritaire qui est en cours depuis la fin 2012, et qui, à mon avis, ne va pas cesser de s'aggraver dans les prochains mois et dans les prochaines années. Je pense qu'un péril majeur plane sur la Tunisie, autrement dit une situation qui pourrait devenir à terme insurrectionnelle en Tunisie, avec le retour des jihadistes. Si l'on se fie aux dernières estimations de l'Onu, plus de 4 000 Tunisiens sont partis en Irak, 1 000 à 1 500 sont en Libye, et la plupart avec l'EI. Au sein de ce groupe, les Tunisiens sont ceux qui combattent le plus, qui sont les plus déterminés. Dans tous leurs communiqués et dans toutes leurs vidéos, ils manifestent clairement leur intention de mener des attaques terroristes en Tunisie. Le pire est à venir pour la Tunisie.

Y a-t-il eu des réactions de la part des mouvements jihadistes tunisiens par rapport à la polémique concernant le Hezbollah libanais ?

Pas encore. Pour l'instant, il n'y a pas eu de réactions officielles de l'État islamique ou de la branche tunisienne d'Aqmi (el-Qaëda au Maghreb islamique) par rapport à la polémique qu'il y a eu ces derniers jours en Tunisie au sujet du classement comme groupe terroriste du Hezbollah, lequel, évidemment, bénéficie d'un mouvement de sympathie important en Tunisie, qui a donné lieu à des réactions officielles, dont celle du ministère des Affaires étrangères qui a bien précisé que le Hezbollah n'était pas un mouvement terroriste.

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