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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 19:24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFP, publié le samedi 27 octobre 2018 à 19h59

 

Les dirigeants de Turquie, Russie, France et d'Allemagne ont appelé vendredi lors d'un sommet sur la Syrie à Istanbul à préserver le cessez-le-feu en vigueur dans la province rebelle d'Idleb et à une "solution politique" du conflit qui ravage le pays depuis 2011.

Le sommet "a insisté sur l'importance d'un cessez-le-feu durable (à Idleb) tout en soulignant la nécessité de poursuivre la lutte contre le terrorisme", selon la déclaration finale lue à l'issue de la réunion par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La réunion a salué "les progrès" accomplis à Idleb (nord-ouest de la Syrie) en ce qui concerne la mise en place d'une zone démilitarisée et le retrait des groupes radicaux de cette zone, aux termes d'un accord turco-russe conclu en septembre. 

M. Erdogan, les présidents russe Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont en outre dit leur détermination "à travailler ensemble pour créer les conditions propices à la paix et à la sécurité en Syrie" et à "soutenir une solution politique et renforcer le consensus international à cet égard".

En cas d'élections, il appartient aux Syriens "de l'intérieur et de l'extérieur" de décider du sort d'Assad, a affirmé M. Erdogan.

Les quatre dirigeants ont aussi appelé à "l'établissement et à (une première) réunion à Genève avant la fin de l'année du Comité constitutionnel" censé élaborer une nouvelle loi fondamentale, "si les conditions le permettent".

Ils soulignent aussi l'importance d'"assurer l'accès rapide, sûr et sans restrictions des organisations humanitaires à travers la Syrie".

- "Pression très claire" -

Le sommet, inédit dans ce format, a en outre appelé à créer les "conditions" pour un retour "sûr et volontaire" des réfugiés et déplacés syriens dans leurs foyers.

Le conflit en Syrie a fait plus de 360.000 morts et des millions de déplacés depuis 2011.

Cette rencontre est survenue alors que la situation dans la province rebelle d'Idleb reste explosive : des frappes du régime y ont fait sept morts vendredi, le bilan le plus élevé depuis l'entrée en vigueur mi-septembre d'un accord russo-turc ayant imposé un relatif silence aux armes.

Dans des déclarations à l'issue du sommet, M. Macron a appelé la Russie à "exercer un pression très claire sur le régime syrien" pour garantir un "cessez-le-feu stable et durable à Idleb".

"Nous comptons sur la Russie pour exercer une pression très claire sur le régime, qui lui doit sa survie", a-t-il déclaré.

L'accord conclu entre Moscou, allié du régime, et Ankara, parrain des rebelles, prévoyait notamment la mise en place d'une "zone démilitarisée" de 15 à 20 kilomètres de large pour séparer les territoires insurgés d'Idleb des régions gouvernementales.

MM. Erdogan et Poutine avaient conclu cette entente in extremis alors que le régime était sur le point de lancer une offensive de grande ampleur sur cet ultime grand bastion de l'opposition, au risque d'une catastrophe humanitaire.

- "Coordination accrue" -

La formation sous les auspices de l'ONU d'un Comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle loi fondamentale et auquel le sommet d'Istanbul a apporté son soutien, s'annonce comme l'un des principaux défis en raison du blocage du régime. 

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a déploré vendredi la paralysie de son plan, était lui aussi présent au sommet d'Istanbul.

La Turquie et la Russie forment avec l'Iran un trio incontournable sur le terrain, où ces trois pays aux intérêts propres ont investi d'importantes ressources militaires. 

La France et l'Allemagne font partie avec cinq autres pays, dont les Etats-Unis, du "small group" sur la Syrie qui travaille notamment à trouver une solution politique. Leurs efforts ont cependant été éclipsés par le processus dit d'Astana mené par Ankara, Moscou et Téhéran.

Le sommet d'Istanbul a souligné dans sa déclaration finale "l'importance d'une coordination accrue entre les différentes initiatives internationale visant à parvenir à une solution crédible et viable du conflit syrien".

La déclaration finale n'a en revanche pas abordé la question de la reconstruction de la Syrie, un thème pourtant cher à Moscou.

Deux acteurs importants du conflit en Syrie, l'Iran et les Etats-Unis, qui sont à couteaux tirés, étaient absents samedi. M. Macron s'est toutefois entretenu jeudi avec le président Donald Trump pour accorder leurs positions.

Face à l'influence que Moscou obtient grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a affirmé samedi que la Russie ne pourrait "pas remplacer les Etats-Unis" au Proche-Orient.

 

Syrie: Russie, Turquie, France et Allemagne appellent à préserver la trêve d'Idleb

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(A partir de la gauche) la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président français Emmanuel Macron le 27 octobre 2018 à Istanbul
(A partir de la gauche) la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président français Emmanuel Macron le 27 octobre 2018 à Istanbul
 
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© AFP, Kayhan OZER, POOL
 

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 14:43

 

Un compte solidaire sur "Le Pot Commun" permet la collecte en-ligne : https://www.lepotcommun.fr/pot/jjwcjq4h

Vous pouvez également participer à la Collecte :


1) En envoyant un chèque à l’ordre de ATF No 0772319H02

Adresse : Comité de solidarité avec les sinistrés des inondations en Tunisie
C/° Association des Tunisiens en France, 5, Rue Louis Blanc, 75010 Paris
 
ou
 
2) En effectuant un virement sur le Compte CCP La Banque Postale de l'Association des Tunisiens en France dédié à l’opération :
N° compte : 0772319H02
IBAN FR95 2004 1000 0107 7231 9H02 027 | BIC : PSSTFRPPPAR

Collecte organisée par la Comité de solidarité avec les sinistrés des inondations en Tunisie (Septembre 2018)
Soutiennent l'initiative :
Associations :
- ADTF : Association Démocratique des Tunisiens en France
- ATF : Association des Tunisiens en France
- Collectif ATSF : Associations Tunisiennes du Sud de la France :
- Cap Med FTCR (Marseille)
- Avenir Jeunes FTCR (Marseille)
- ATF 13 (Marseille)
- Démocrate Tunisien (Marseille)
- ATF-Aquitaine (Bordeaux)
- ALIFS (Bordeaux)
- ATF-Nord (Roubaix)
- ATF - Var (Toulon)
- Jasmin (Aix)
- CRLDHT : Comité Pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie
- FTCR : Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives
- Jasmin Tunisie Liberté Démocratie (Toulouse-31)
- MCTF : Mouvement Citoyen des Tunisiens en France
- REMCC : Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture
- UTAC : Union des Tunisiens pour l’Action Citoyenne
- UTIT : Union des travailleurs immigrés tunisiens


Partis :
- El Joumhouri
- El Massar
- Front populaire
- Mouvement Echaâb

P/° Comité de solidarité avec les sinistrés des inondations en Tunisie 
Mohamed HAMROUNI

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 13:01

AFP - 05/09/2018 - 12:23

Feu vert israélien à la démolition d'un village bédouin emblématique

Feu vert israélien à la démolition d'un village bédouin emblématique
La Cour suprême israélienne a donné mercredi son feu vert à la démolition d'un village bédouin palestinien devenu emblématique en Cisjordanie occupée, qui pourra intervenir à partir de la semaine prochaine.
 

Khan al-Ahmar, village principalement constitué de logements et de structures de fortune situé à l'est de Jérusalem près de colonies israéliennes, retient l'attention de gouvernements européens, de l'ONU et d'ONG qui cherchent à empêcher sa destruction.

Ils arguent que la démolition permettrait d'étendre les colonies et de couper en deux la Cisjordanie, rendant encore plus compliquée la création éventuelle d'un Etat palestinien indépendant, solution de référence de la plus grande partie de la communauté internationale pour résoudre le conflit avec Israël.

Mercredi, la Cour suprême a rejeté les recours contre la destruction du village. Dès la levée de la mesure judiciaire suspensive, prévue "dans sept jours", les autorités israéliennes pourront mettre en oeuvre l'ordre de démolition, selon la Cour. 

Celle-ci avait déjà rejeté en mai un appel des habitants contre la démolition du village, construit illégalement selon les autorités israéliennes, mais avait suspendu provisoirement l'ordre de démolition à la suite de deux recours en justice.

Les autorités israéliennes ont offert aux habitants de s'installer près d'Abou Dis en Cisjordanie, mais ces derniers refusent, en faisant valoir que l'endroit proposé est situé à proximité d'une décharge, dans une zone urbaine où ils ne pourraient plus faire paître leurs animaux.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a applaudi sur Twitter la nouvelle décision de la Cour suprême.

"Je félicite les juges pour la décision courageuse qu'ils ont prises face aux attaques hypocrites orchestrées par Abou Mazen (Mahmoud Abbas, le président palestinien), la gauche et des pays européens", a-t-il dit.

"Personne ne nous empêchera d'exercer notre souveraineté et notre responsabilité en tant qu'Etat" ajouté le ministre.

- "Suivre le gouvernement" -

Les défenseurs des villageois justifient les constructions sans autorisation par la quasi impossibilité pour eux d'obtenir des permis dans une grande partie de la Cisjordanie, sous contrôle israélien.

Tawfiq Jabareen, avocat des habitants, a accusé la Cour suprême de "suivre le gouvernement de droite israélien".

Interrogé sur la possibilité que les habitants consentent à partir pacifiquement, l'avocat a dit à l'AFP n'avoir "jamais vu quelqu'un rester les bras croisés quand il est expulsé et qu'on lui détruit sa maison".

Israël occupe depuis plus de 50 ans la Cisjordanie où plusieurs communautés de bédouins se sont installées à l'est de Jérusalem, dans un secteur où selon des ONG de défense des droits de l'Homme, Israël projette d'étendre la colonisation.

Le 4 juillet, plus de 30 personnes ont été blessées, selon le Croissant-Rouge, lors d'affrontements entre forces de l'ordre israéliennes et manifestants, quand des équipements lourds, dont un bulldozer, ont été déployés autours du village.

Entre la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est annexée, plus de 600.000 colons israéliens vivent une coexistence souvent conflictuelle avec près de trois millions de Palestiniens.

Ces colonies rognent peu à peu les territoires sur lesquels les Palestiniens souhaitent créer leur État, et compromettent la continuité territoriale, donc la viabilité d'un tel État.

La colonisation est illégale au regard du droit international et considérée par une grande partie de la communauté internationale comme faisant obstacle à la paix avec les Palestiniens.

Le gouvernement israélien conteste que les colonies entravent la recherche de la paix et incrimine un refus palestinien d'accepter un État juif dans quelque frontière que ce soit.

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 06:19

Courroux des Palestiniens après l'arrêt des aides américaines aux réfugiés

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Une réfugiée palestinienne attend de passer un examen médical dans le centre de soins géré par l'Unrwa dans le camp de réfugiés d'Askar, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 1er septembre 2018
Une réfugiée palestinienne attend de passer un examen médical dans le centre de soins géré par l'Unrwa dans le camp de réfugiés d'Askar, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 1er septembre 2018
 
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© AFP, Jaafar ASHTIYEH

AFP, publié le samedi 01 septembre 2018 à 21h59

 

Les Palestiniens ont exprimé samedi courroux et désarroi après la décision américaine d'abandonner tout financement de l'agence de l'ONU pour les réfugiés (Unrwa), dont l'aide à des millions de personnes se retrouve en péril.

Vendredi, les Etats-Unis, qui étaient de loin les plus grands contributeurs, ont annoncé qu'ils cessaient leur financement à l'Unrwa, aux activités qualifiées d'"irrémédiablement biaisées" par le département d'Etat.

Les relations sont au plus bas entre l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et l'administration de Donald Trump accusée d'afficher un parti pris outrancièrement pro-israélien après sa décision rompant le consensus international de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

Les dirigeants palestiniens ont ensuite interrompu tout contact avec Washington, lui déniant tout rôle  dans le processus de paix avec Israël suspendu depuis 2014. En réponse, M. Trump a annoncé en janvier qu'il conditionnait le versement de l'aide aux Palestiniens à leur retour à la table des négociations.

Et son administration est progressivement passée à l'acte. D'abord en ne versant que 60 millions de dollars à l'UNRWA, contre 350 M en 2017. Ensuite, en annonçant l'annulation de plus de 200 M USD d'aide bilatérale aux Palestiniens -soit la quasi-totalité de l'assistance américaine hors coopération en matière de sécurité.

L'annonce de vendredi aggrave davantage la crise.

Pour une responsable de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanane Achraoui, la dernière décision américaine est "cruelle et irresponsable".

"Les réfugiés palestiniens sont déjà des victimes qui ont perdu leurs maisons, leurs moyens de subsistance et leur sécurité du fait de la création" d'Israël, a-t-elle dit dans un communiqué. "Une fois encore, ils sont la cible de l'administration américaine qui soutient Israël et ses dizaines d'années d'occupation".

- "Impact majeur sur les enfants" -

Pour l'ex-négociateur en chef palestinien Saëb Erakat, la décision américaine invalide des négociations futures en "préjugeant" des questions censées être examinées.

Le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abou Roudeina a dit que M. Abbas envisageait de contester cette décision à l'ONU, sans autre précision.

En revanche, Israël a salué cette décision, accusant l'Unrwa de "perpétuer le conflit" en entretenant l'idée -à laquelle il s'oppose- que de nombreux Palestiniens sont des réfugiés dotés du droit au retour sur les terres qu'ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création de l'Etat d'Israël en 1948.

L'Unrwa aide plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés, notamment à travers ses écoles et ses centres de santé, dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban, en Jordanie et en Syrie.

Craignant un manque de fonds, l'agence avait un temps évoqué devoir fermer de façon permanente les plus de 700 écoles qu'elle gère, après des fermetures temporaires.

Mahmoud Moubarak, directeur des comités populaires en charge des 19 camps de réfugiés en Cisjordanie occupée, accueillant environ 500.000 Palestiniens, a mis en garde contre des "répercussions très graves".

Dans la bande de Gaza, enclave surpeuplée sous blocus israélien où la plupart des enfants fréquentent les écoles de l'Unrwa, plusieurs Palestiniens ont exprimé leurs craintes.

"S'ils arrêtent complètement leur aide, cela aura un impact majeur sur nos enfants", a déploré Abou Mohammed Houweila, 40 ans, du camp de Jabaliya.

Pour ce père de neuf enfants ayant obtenu leur diplôme dans des écoles de l'Unrwa ou encore scolarisés, "les gens n'ont pas les moyens d'acheter des sacs d'école et des livres".

- "Chantage politique" -

Pour un autre habitant de Gaza, Hicham Saqallah, 55 ans, cette décision pourrait mener à des violences. "Arrêter l'aide aux écoles signifie détruire l'avenir d'un grand nombre d'élèves et les jeter à la rue", a-t-il dit en fustigeant un "chantage politique". 

"Priver les réfugiés des services de l'Unrwa va aggraver les sentiments de désespoir et exacerber les tensions", a dit de son côté le chef de la diplomatie jordanienne Aymane Safadi, en mettant en garde contre un "véritable danger".

Et l'Union européenne a appelé Washington à reconsidérer sa "décision regrettable".

Pour le porte-parole de l'Unrwa, Chris Gunness, "les gens vont devenir plus désespérés et marginalisés". Il a mis en garde contre des "conséquences dramatiques et imprévisibles" après avoir averti mercredi que l'agence "n'aura plus un sou" d'ici fin septembre.

Quelques initiatives ont émergé pour tenter de pallier le retrait américain. Berlin a annoncé une hausse "substantielle" de la contribution allemande à l'Unrwa et appelé ses partenaires européens à en faire autant.

La Jordanie a elle annoncé une conférence le 27 septembre à New York pour soutenir l'agence qui a besoin d'au moins 200 millions de dollars (170 millions d'euros) d'ici la fin de l'année.

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16 août 2018 4 16 /08 /août /2018 18:03

 

Centre d’études et d’initiatives
de solidarité internationale

21 ter Rue Voltaire 75011 Paris, tel : 0143486279, cedetim.reseau-ipam.org

SIRET 415463400026

14 août 2018

Le CEDETIM salue la mémoire de Samir Amin 

Samir Amin (1931-2018), d’ascendance égyptienne et française, africain de cœur et de tous les tiers-mondes, militant altermondialiste de tous les combats contre l’impérialisme et les inégalités.

Il restera évidemment le théoricien du développement inégal. Une explication du monde, de la persistance et du développement des inégalité structurelles dans le système-monde entre le « centre » et les « périphéries », qu’il a  développé dans ses ouvrages des années  1970, comme L’accumulation à l’échelle mondiale (1970),  Le développement inégal (1973), la crise de l’impérialisme (avec A. Faire, M. Hussein et G. Massiah, en 1975), et surtout L’impérialisme et le développement inégal, (aux éditions de Minuit en 1976). Le « tiers-monde » post-colonial  n’est pas sous-développé, il est intégré de force au monde capitaliste , dans un système structurellement inégalitaire de développement du sous-développement. Samir Amin participera au renouvellement du marxisme et explorera des voies qui permettent de comprendre l’évolution du monde et de sa transformation. 

Comment rompre  cet engrenage ? C’est l’objet de La déconnexion : pour sortir du système mondial publié en 1986 à La découverte. Mais la chute du bloc soviétique n’a fait que renforcer ce système qui, pour lui est caractérisé par l’extrême centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, économiques, politiques et militaires, sociales et culturelles. Certes certains grands pays « émergent », et les rapports de forces se modifient, mais partout se creusent les inégalités, le processus de prolétarisation généralisée et s’aggravent les risques de la crise économique social et écologique constatait-il, en aout 2017 (Pour une internationale des peuples, 16 aout 2017)

Il ne faut pas oublier que Samir Amin  a aussi beaucoup étudié  les sociétés et économies du Maghreb, d’Afrique occidentale, d’Egypte, à partir de son premier livre, L’Egypte nassérienne (publié aux Editions de Minuit en 1964). Il a livré quelques analyses historiques et politiques lumineuses comme, La nation arabe, nationalisme et luttes de classes, aux Editions de Minuit, 1976.

Militant autant qu’analyste ou théoricien, Samir Amin n’a jamais cessé de proposer, d’enseigner et d’agir. De 1970 à 1980, il dirige l’IDEP (Institut Africain de Développement  Economique et de planification) ; il en fait un lieu d’excellence de la recherche africaine en économie politique et un accueil et un refuge pour les intellectuels africains engagés. En 1975 il a été parmi les fondateurs du Forum du Tiers Monde à Dakar.

Il contribue aux travaux du CETRI  (Centre Tricontinental), basé à Louvain-la-Neuve (Belgique) et animé par François Houtart (1925-2017), avec qui en 1996 il fonde le Forum Mondial des Alternatives, basé au Caire. Ce forum sera en 1999 à l’origine d’une initiative Anti-Davos, prélude à ce qui deviendra lors de sa première édition à Porto Alegre en 2001 le Forum social mondial, et bien entendu Samir Amin participera activement aux FSM suivants. Il sera aussi le président du Centre d'Etudes Africaines et Arabes du Caire, correspondant du Forum du tiers Monde de Dakar.

Il écrit des projets et manifestes, après la chute du bloc soviétique sa Critique de l’air du temps en 1997,(à l’occasion du 150ème anniversaire du manifeste communiste)  Pour la Cinquième Internationale, (éditions Le Temps des cerises 2006)., Ses interprétations de la géopolitique, ces propositions font débat dans le monde des militants altermondialistes. 

Les mouvements de contestation au XXIe siècle et singulièrement ceux du printemps arabe de 2011 l’interpelle ( Monde arabe : le printemps des peuples ? Le Temps des cerises, 2011), L'Implosion du capitalisme contemporain. Automne du capitalisme, printemps des peuples ? Éditions Delga, 2012).

Jusqu’au bout il participera (en 2018 de Salvador de Bahia à Zagreb) à des débats  et initiatives militantes, ne refusant jamais discussion ou polémique, exprimant toujours sa solidarité, tout en poursuivant études et réflexions. Il appelait quelques mois avant de nous quitter à la nécessaire  mise en route de la construction d’une nouvelle Internationale des travailleurs et des peuples

Samir Amin, notre camarade, a accompagné le CEDETIM depuis sa création, en lien avec un des groupes qui a participé à son lancement, en 1965 à Dakar. Depuis, il a toujours participé aux débats contradictoires qui ont traversé les mouvements porteurs des luttes anti-impérialistes avec le souci constant de l’émancipation, de la libération des peuples et de la solidarité internationaliste. 

 

 

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 13:40

Par Gideon Levy, 17 juin 2018

 

 

 

 

 

 

 

La Knesset pourrait agir non seulement contre la presse, mais aussi contre les groupes pour les droits humains et contre les Palestiniens, les derniers témoins dans les poursuites contre l’occupation.

Nous violerons cette loi fièrement. Nous avons l’obligation de violer cette loi, comme toute loi sur laquelle flotte un drapeau noir. Nous n’arrêterons pas de documenter. Nous n’arrêterons pas de photographier. Nous n’arrêterons pas d’écrire – de toutes nos forces.

Les organisations des droits humains feront la même chose et, comme elles, nous l’espérons, les témoins palestiniens, qui seront bien sûr punis plus que tout autre. Selon le projet de loi entériné dimanche par le Comité ministériel pour la législation [mais avec quelques demandes de changements dans la formulation], les individus documentant les actions des soldats des Forces de défense israéliennes en Cisjordanie peuvent être envoyés jusqu’à cinq ans en prison, dans certaines circonstances.

Une jolie initiative, M. le député à la Knesset Robert Ilatov, démocrate du célèbre parti de la liberté Yisrael Beiteinu. Votre projet de loi prouve justement à quel point les Forces de défense israéliennes ont quelque chose à cacher, ce dont elles doivent être gênées, ce qu’il y a à couvrir, au point que même la caméra et le stylo sont devenus leurs ennemis. Ilatov contre le terrorisme des caméras et Israël contre la vérité.

Au moment où la police israélienne équipe ses agents de caméras-piéton, qui, selon elle, ont fait leurs preuves lorsqu’il s’agit de réduire la violence policière, Israël essaie d’enlever les caméras des territoires occupés, la véritable arène de son déshonneur – pour que la vérité ne soit pas exposée et que l’injustice soit minimisée.

Sans caméras, l’affaire Elor Azaria n’aurait pas existé ; sans caméras, il y aura beaucoup plus d’Azarias. C’est exactement l’objectif de la loi : avoir beaucoup d’Azarias. Ce n’est pas que la documentation réussisse à empêcher quoi que ce soit. Les forces de défense israéliennes et le public ne s’excitent plus beaucoup sur les violations des droits humains et sur les crimes de guerre dans les territoires, et la plupart des journalistes n’y prennent plus non plus d’intérêt.

Quand on pense que briser des os avec une pierre en face des caméras d’une chaîne américaine a causé un scandale pendant la première intifada ! Aujourd’hui, personne n’est perturbé par de telles images ; on peut même douter, en fait, qu’on ferait l’effort de les publier. Mais les soldats israéliens ont appris à traiter la caméra et le stylo comme l’ennemi. Si nous présentions autrefois nos cartes de presse aux checkpoints, aujourd’hui nous les cachons pour que les soldats ne nous attrapent pas, avec tous nos méfaits. Un jour, nous avons même été arrêtés.

Couvrir l’occupation aujourd’hui implique déjà de violer la loi. Les Israéliens ont l’interdiction d’entrer dans la zone A [contrôlée par les Palestiniens] et les journalistes doivent « coordonner » leur entrée avec le bureau du porte-parole des forces de défense israéliennes. Mais parce que du journalisme sous coordination n’a pas de sens, sauf pour le journalisme des correspondants militaires en Israël, nous ignorons cet ordre ridicule, nous mentons aux checkpoints, nous fraudons, nous nous faufilons, nous utilisons des tactiques de contournement et nous allons partout en Cisjordanie.

Où étiez-vous ?, demande le soldat après chaque visite à Hébron. A Kiryat Arba. Qu’est-ce que vous y faisiez ? Nous y avons des amis. Parce qu’il n’y a qu’une poignée négligeable de journalistes qui prennent encore la peine d’y aller, les autorités ferment les yeux.

Mais la technologie et l’ONG B’Tselem ont donné naissance à un nouvel ennemi : des caméras vidéos qui sont remises à des volontaires palestiniens, et dans la foulée aussi des téléphones portables, dans les mains de chaque volontaire palestinien ou de Machsom Watch. Tout d’un coup, il est plus difficile de couvrir et de mentir. Tout d’un coup, il est impossible d’inventer facilement des couteaux et d’autres dangers imaginaires après chaque assassinat futile. Qui nous sauvera ? Ilatov et son projet de loi, qui a bien sûr reçu les encouragements d’un autre démocrate célèbre, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman.

En 2003, quand les soldats des forces armées ont arrosé à balles réelles la voiture blindée avec des plaques d’immatriculation israéliennes que nous conduisions à Tul Karm, couverte de mentions « presse », la porte-parole des forces armées d’alors, Brig. gén. Miri Regev, avait demandé à l’éditeur en chef de Haaretz, qui essayait en urgence de mettre un terme à l’incident : « Mais qu’est-ce qu’ils font donc là-bas ? ».

Depuis, Israël n’a pas cessé de poser cette question. Maintenant, la Knesset pourrait très bien prendre des mesures : pas seulement contre la presse, avec laquelle elle continue à user de prudence, mais principalement contre les organisations des droits humains et les résidents palestiniens, les derniers témoins pour les poursuites contre l’occupation. Israël est en train de leur dire : plus de preuves incontestables.

Dans les notes explicatives sur le projet de loi, il est dit, à juste titre, que les témoins à charge et les témoins oculaires visent à « briser la motivation des soldats et des résidents israéliens ». C’est exactement leur objectif : briser la motivation à voir Azaria comme une victime et un héros, à penser que le massacre de 120 personnes non armées est légal et à ne pas vouloir savoir, entendre ou voir ce qui est fait chaque jour en notre nom, dans l’arrière-cour de notre pays.

Prochainement : une loi qui interdit toute critique des forces de défense israéliennes. Ilatov est déjà en train de la rédiger ; la plupart des Israéliens approuvent certainement. Et nous, nous refuserons aussi de la suivre, bien sûr.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz

 

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 11:25

Lettre ouverte à Monsieur le président du Sénat

 

Un élu de la République récompense un tortionnaire pour ses « loyaux services »

 

Monsieur le président du Sénat,

 

Le sénateur LR Christian Cambon, Président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a remis le 14 avril dernier, à Rabat, une médaille d’or du Sénat à l’un des grands chefs tortionnaires du régime marocain. Celui-ci a sévi sous le règne de Hassan II durant presque trois décennies. Il s’agit de l’ex-commissaire Mahmoud Archane.

 

Cet individu s’était funestement illustré dès le début des années soixante pendant les interrogatoires menés au centre clandestin de torture de sinistre mémoire « Derb Moulay Cherif » à Casablanca du groupe d’opposants politiques, connu sous le nom du « Groupe Cheikh al-Arab », ancien résistant au protectorat français au Maroc, et de centaines de militants de l’Union nationale des forces populaires (UNFP). Plusieurs d’entre eux ont été torturés à mort sous sa direction.

 

Au début des années soixante-dix, il exerça ses « talents » dans l’un des centres de torture de Rabat. Parmi ses victimes, Evelyne Serfaty, sœur du défunt militant Abraham Serfaty, pour ne citer qu’elle,  a été sauvagement torturée par cet individu lors de son arrestation.

 

La liste des victimes et des crimes de Mahmoud Archane est longue. Des organisations marocaines de défense des droits humains l’avaient cité parmi une liste de noms de tortionnaires et responsables de crimes devant être jugés.

 

Ses victimes et leurs familles ne comprendront jamais comment un élu de la République, patrie des droits de l’Homme, distingue un tortionnaire de cette espèce.

 

Le geste de Monsieur le sénateur est un acte honteux et une insulte à la mémoire de tous les démocrates et résistants y compris les Français qui ont résisté à la barbarie nazie. Il n’engage pas seulement sa personne et son groupe politique mais le Sénat tout entier qui doit prendre ses responsabilités.

 

Monsieur le président du Sénat,

 

Nous, organisations des droits humains et démocrates signataires, considérons que la remise de cette médaille à un tortionnaire déshonore le Sénat et qu’il vous revient, Monsieur le président, de réparer et d’effacer cette offense faite à cette institution et à toutes les victimes de Mahmoud Archane, responsable de traitements cruels, dégradants et inhumains.

 

Paris, le 4 juin 2018

 

Premiers signataires

 

Organisations :

  • Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM-France)
  • Association Marocaine des Droits Humains (AMDH-Maroc)
  • MRAP
  • Association Mauritanienne des Droits Humains (AMDH-Mauritanie)
  • Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)
  • Sos Esclaves (Mauritanie)
  • Association des Tunisiens en France (ATF)
  • Observatoire Marocain des Libertés Publiques (OMLP)
  • AFASPA
  • Forum Marocain pour la Vérité et la Justice-France(FMVJ-F)

 

Personnalités :

Abderrahim Afarki, ancien prisonnier d’opinion

Abdallah Zniber, ancien exilé marocain

Abdellatif Laâbi, écrivain

Jacques Gaillot, Évêque de Partenia

Younès Benkirane, auteur et défenseur des droits humains

Hassan Hadj Nassar, ancien exilé politique

Renée Le mignot, co-présidente du MRAP

Khadija Ryadi, lauréate du prix de l’ONU des droits de l’Homme

Touriya Fili-Tullon, universitaire

Said Tbel, militant des droits humains

Tewfik Allal, militant associatif-Paris

Hayat Bousta, militante des droits humains

Hélène Jaffé, médecin, ancienne présidente de l’AVRE

Jean-Yves Delanoë, Coach et consultant en santé

Jacques Fath

Mouhieddine Cherbib, militant maghrébin des droits de l’Homme

Fatiha Fadil, citoyenne franco-marocaine

Francine Cohen, Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire

Mohamed Ahmed El-Hadj Sidi, enseignant chercheur et avocat à Nouakchott

Michel Baldassi

Mohammed Ennouhi, président de l’IMDH (Maroc)

Mohamed Berrada, écrivain

Youssef Mezzi, Attac Maroc

René Gallissot, historien, professeur émérite d’université

Samir Bensaid, ancien exilé marocain

Marc Olivier

Saoudi Rabah, ancien syndicaliste algérien

Jacob Cohen, écrivain franco-marocain
Nour-eddine Saoudi, militant des droits de l'Homme, ex-prisonnier politique
Abdelhamid Amine, ex-président de l'AMDH
Mohamed Nedali, écrivain marocain
Hakim Noury, acteur-réalisateur

Fedwa Aït Kaddour, fille d’exilé politique marocain

Mohamed-Lakdhar Ellala, président de l’ATF

Mounir Bensalah, militant politique marocain

Mohammed Kchikech, citoyen marocain

Driss Elkherchi, président de l’ATMF

Jocelyne Laâbi, retraitée

Lucile Daumas, retraitée

Raymond Benhaim, ancien exilé politique, économiste

Me Maurice Buttin, avocat honoraire, ancien avocat à la Cour d’Appel de Rabat

Saddik Lahrach, militant associatif et ex-détenu d’opinion

Kamal Lahbib, défenseur des droits de l’Homme 

Abderrahim Lahrichi, enseignant, ancien réfugié politique marocain

Embarek Ouassat, poète marocain

Abdou Berrada, journaliste

Abdelhaq Kass, ancien exilé politique et président du Forum Marocain pour la Vérité et la Justice (FMVJ-France)

Mohamed El Moubaraki, SG du FMVJ-France, ancien exilé politique

Aziz Hmoudane, élu groupe Communiste/FDG au Conseil d’arrondissement de Paris 20ème

Sardouk Elhoussine, militant des droits humains

Josette Breton, militante des droits humains

Nelcya Delanoë, professeure des Universités

Ahmed Dahmani, défenseur maghrébin des droits humains

Ali Dabaj, militant des droits humains

Gilles Deloustal, citoyen

Ali Hamtine, enseignant

Abdelmajid Baroudi, cadre associatif

Ayad Ahram, défenseur des droits humains

….

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 11:46

Vers une figure juive décoloniale

mardi 15 mai 2018 par Michèle Sibony

à Haïm Hanegbi
juif indigène de Palestine

Michèle Sibony – 5 mai 2018 –

Bandung du Nord - Forum : racismes inter communautaires .

Il faut commencer par prendre acte du fait qu’il y a toujours eu des figures juives décoloniales dans l’histoire des luttes antiracistes et de libération. Des États unis, à l’Afrique du Sud en passant par le Maghreb, des juifs ont pris part à ces luttes anticolonialistes et antiracistes 1) . C’est par contre la première fois dans l’histoire des juifs que leur statut s’est transformé, faisant d’eux des membres à part entière d’un Occident dominant redéfini comme judéo-chrétien. Les incidences catastrophiques de cette modification nous incitent à rechercher aujourd’hui les potentialités de reconstruction d’une figure juive décoloniale.

1 – L’IMPOSSIBLE INDIGÈNE

Je partirai d’une question qui m’interpelle toujours personnellement, comme juive marocaine, juive arabe.(2) Pourquoi ne parle-t-on jamais, ne peut-on parler de juifs indigènes, de juifs autochtones, et cela même avant la colonisation française, alors que les juifs constituent un des substrats du peuplement maghrébin d’origine, ante islamique, et avant même l’occupation romaine . Juifs indigènes ? Presque un oxymore. On pourrait légitimement penser que cet impossible commence avec la colonisation, dont il est le fruit, mais ce qui remet en question cette réponse c’est le statut de minorité des juifs, en terre d’ islam comme partout ailleurs, avec le sort aléatoire réservé aux minorités.

Les juifs toujours traités en minorité, certes protégée en islam, sont de ce fait exclut de l’indigénat , ils sont perçus toujours comme allogènes par la majorité. En Europe aussi d’ailleurs, où la minorité juive ne bénéficie pas de cette protection, elle est toujours perçue comme allogène -toujours étrangère, ou étrange. Comme s’il y avait un choix à faire : indigène ou minorité. Cela se vérifie d’ailleurs avec d’autres minorités contemporaines ; les Rohingas par exemple dont la présence est historiquement attestée en Arakan dès le 8e siècle après J.-C., d’autres parlent plus tardivement de conversions à l’islam au 15e siècle. Or une loi de 1982 a fait remonter leur présence à la date de la première colonisation britannique en... 1823, pour pouvoir les exclure de la nationalité birmane.

Et que dire des Kurdes nommés pour la première fois dans des textes mésopotamiens 3000 ans avant J.-C. Combien de siècles ou de millénaires faut il pour être considéré comme un indigène ? Tout cela explique aussi les stratégies de survie de minorités toujours inquiètes, et de compromis avec les maîtres, quels qu’ils soient . Les Rohingas avec les Britanniques, ce qui leur vaut la haine farouche des Birmans, les juifs avec les colons qui cherchaient de toutes façons à les utiliser pour établir leur domination, les Kurdes avec l’occident jusqu’à nos jours, faisant le travail des guerres sous-traitées, et massacrés ensuite dans le silence de leurs soit-disant alliés. l’histoire se répète et se répète encore.

La figure juive contemporaine en Europe, après des siècles de minorité métèque, de juifs parias, de juifs errants, d’asiates, a subi elle des transformations multifactorielles : l’ après judéocide, le sionisme, l’ ère néoconservatrice que nous vivons sont autant d’étapes de ces transformations. Un paramètre subsiste, cependant, immuable : l’ utilisation politique des juifs, comme de toute minorité : bouc émissaire, fusible, variable d’ajustement...

Où sont donc les alternatives à cette posture traditionnelle des minorités : la protection du pouvoir en place ne leur est jamais longtemps accordée, pas plus que le temps nécessaire à leur instrumentalisation. Ce qui conforte le sentiment d’une illusion d’intégration au groupe dominant qui s’achève toujours mal dans l’histoire des minorités. Comment exister autrement, comment coexister ? C’est l’enjeu des figures décoloniales, et c’est tout l’enjeu de la notion d’indigène. Car c’est lui qui décolonise, et lui même et le colon. Aucune société coloniale ne s’est jamais décolonisée de son propre chef. Cette lutte est celle des opprimés, des indigènes. Pour qu’une figure décoloniale juive puisse (ré-)émerger, elle doit s’appuyer se structurer à partir d’une une figure indigène juive. À ce stade il faut définir ce que l’on entend par indigène, sinon on pourrait confondre avec les « sabras » juifs nés en Israël, et le sionisme. Je ferai appel pour éviter cette confusion à un texte brésilien que je trouve merveilleux quant aux horizons transnationaux qu’il découvre.

Les involontaires de la Patrie -(3) : c’est le titre d’un cours public donné sur les marches de l’assemblée nationale à Rio par Eduardo Viveiros de Castro anthropologue universitaire brésilien le 20 avril 2016. il y définit le mot indigène :qui vient de la terre qui lui est propre, originaire de la terre où il vit .. Selon cette définition toute personne d’où quelle vienne née au Brésil serait indigène ? mais non, répond-il ni le colon ni l’agroboy (le fils d’un propriétaire terrien ) ni le courtier ne sont des indigènes il suffit de leur demander » ajoute-t-il avec humour, ils sont Brésiliens .

Il met ainsi en tension les notions d’ indigène et de citoyen . Et cela n’a rien à voir explique -t-il , le brésilien c’est le citoyen d’un État nation.

Être indigène c’est faire partie d’une communauté spécifique, d’est donc faire partie d’un peuple, être citoyen au contraire c’est faire partie d’une population contrôlée par un État. Appartenir à la terre au lieu d’en être le propriétaire , est ce qui définit l’indigène . ...là où l’indigène regarde vers le bas, vers la terre d’où il tire sa force immanente, le citoyen regarde vers le haut vers l’esprit incarné sous la forme d’un État...

Ces termes étant posés, on se souvient que le colonialisme a apporté le modèle de l’État nation aux régions conquises , et avec lui l’horizon du nationalisme souverain.

2 – le rôle d’Israël et de la « solution » sioniste.

Que va-t-on faire de cette poussière d’humains ? Il faut vite en faire des juifs ! S’exclamait Ben Gourion à l’arrivée des premiers immigrants juifs arabes.

Le sionisme s’est voulu une réponse à cette impossibilité que nous venons de décrire. A la manière des États-Nations colonisateurs qui l’ont fondé il a conclu que ce qu’il fallait pour sortir de l’impasse minoritaire éternellement allogène, c’était construire sa propre souveraineté nationale, dans le cadre d’un État nation du peuple juif.

Ce faisant il a reproduit l’ordre de domination coloniale en Palestine contre les indigènes autochtones, et il a créé des citoyens juifs israéliens et non des indigènes juifs pour reprendre l’opposition de Viveiros de Castro . Pourtant c’est ici tout de même que nous pouvons rencontrer une figure juive décoloniale en formation, car il a aussi fabriqué une catégorie nouvelle, hybride, d’indigènes juifs en Israël : les Mizrahim. Ou juifs orientaux. On n’ a pas laissé les Mizrahim devenir des colons, les blancs israéliens les ont trop méprisés pour cela, et c’est leur chance d’échapper à l’intégration par la blanchité celle que décrit Morrisson (4) : les mécanismes culturels par lesquels on devient américain sont clairement compris. Un citoyen d’Italie ou de Russie émigre aux États Unis. Il conserve beaucoup ou une partie de la langue et des coutumes de son pays d’origine. Mais s’il souhaite être américain -être reconnu comme tel et trouver vraiment sa place- il doit devenir quelque chose d’inimaginable dans son pays d’origine : il doit devenir blanc…. Les Africains et leurs descendants eux , n’ont jamais eu ce choix… »

C’est aussi ce que démontre Ella Shohat dans son article « l’invention des Mizrahim » (5) quand elle déroule les nombreux pièges où les juifs arabes ont été enfermés,

 L’ injonction paradoxale faite aux juifs issus du monde arabe : surtout ne soyez pas arabes, et vous n’êtes que des Arabes.. l’exemple qu’elle apporte des juifs irakiens surtout pas arabes, mais utilisés en Israël dans une recherche génétique destinée à identifier une toxine contre les Arabes illustre parfaitement cette injonction.

 Autre paradoxe : le « retour juif » selon le sionisme se fait vers le Moyen Orient source du judaisme, cependant l’État du sionisme « euro -israélien » ainsi que l’appelle Shohat se construit de Hertzl à Ben Gourion sur un modèle totalement orienté vers l’occident en termes de géo politique et d’idéologie. Et l’on pense aussi à Barak qui décrit dès 2002 l’État juif comme « une villa dans la jungle » reprenant le diptyque colonial barbarie/civilisation . Retour à l’Orient donc mais en parfait occidental .

 Piège encore que l’unicité proclamée par le sionisme : un seul peuple juif réuni sur sa terre d’origine, ce qui coupe les juifs arabes de leurs diverses histoires, et cela d’autant plus que la vision occidentale des sionistes euro-israéliens est menacée par leur proximité d’un monde arabe qui jouxte toutes les limites du territoire approprié .

Les juifs arabes sont donc sommés d’identifier judaïsme et sionisme, et d’intégrer que judaïsme et arabité sont des antonymes.

Viveiros de Castro, nous rappelle utilement ici qu’en fait le terme de peuple n’existe qu’au pluriel : ce sont les blancs grands spécialistes de la généralisation , ou plus précisément l’État blanc colonial, impérial républicain, qui ont inventé le terme indien comme catégorie générique .L’État, à la différence des peuples n’est constitué que par la singularité de sa propre universalité..)

 dernier piège enfin qui s’est refermé sur les Mizrahim celui de deux nationalismes le sionisme européen qui rassemble et identifie tous les juifs du monde en une seule nation, et le nationalisme de nombreux états arabes post coloniaux eux aussi forgés sur le modèle État-Nation qui reprendront cette identification juif/sioniste et pour qui donc juif deviendra aussi anonyme d’arabe.

Ceux que l’on a amené en en terre sainte en leur faisant croire qu’ils réalisaient la prophétie ont été placés en garde frontière du territoire approprié, ils ont été acculturés et désignés comme des « moins que rien » par le pouvoir blanc euro sioniste local :

C’est l’un des urbanistes planificateurs des « villes de développement », le professeur Elisha Efrat qui décrit les Mizrahim (6) comme pauvres naïfs et faibles...un parfait alignement d’étoiles pour Israël qui pouvait à présent créer un État à partir de rien avec des gens qui n’étaient rien. Déracinés, coupés de leur histoire, les Mizrahim sont aussi devenus des indigènes car ce sont des involontaires de la patrie au sens à nouveau décrit par notre ami brésilien, ou évoqué par Toni Morrisson.

Ils ont constitué une forme hybride d’indigénat non pas dans le sens originel d’autochtone mais dans le sens colonial du mot, avec le traitement assorti, un peu comme les Indigènes de la République, les Issus de l’immigration coloniale. Les Mizrahim sont comme eux re-confrontés à travers le sionisme et l’ashkenazité à une domination coloniale blanche qui se perpétue aussi sous la forme d’une séparation des corps dont nous parle encore Viveiros de Castro : la séparation de la communauté et de la terre a sa réciproque, son ombre, qui est la séparation entre les personnes et leurs corps, autre opération indispensable effectuée par l’État pour créer des populations administrées.

Cette séparation a son histoire avec les Mizrahim et le scandale des enfants volés en Israël dans les années cinquante .. plus de cinq mille, à des familles de Mizrahim majoritairement yéménites, mais aussi marocaines irakiennes et issues des Balkans avec l’implication attestée de tout l’establishment sioniste de l’éducation et de la santé : crèches, dispensaires, hôpitaux, hauts fonctionnaires et jusqu’à la WIZO Organisation sioniste internationale des femmes (women international zionist organisation). Ces nourrissons ont été donnés ou vendus à l’adoption de familles ashkenazes le plus souvent américaines. Cet événement-fracture ne cesse depuis sa découverte au début des années 70 d’être opposé par les Mizrahim à l’establishment sioniste et de le questionner sur sa relation à leur citoyenneté .Et depuis les années soixante dix Ils ne rencontrent que des commissions qui referment les dossiers, des archives disparues, ou mystérieusement brûlées,(7) et ont dû avec l’association AMRAM fondée en 2014 reconstituer une archive vivante en enregistrant et filmant les familles des enfants volés.

Quand on parle de renaissance du mouvement de révolte mizrahi à Shlomi Hatouka poète et militant mizrahi, cofondateur de l’association AMRAM, sa réponse commence par évoquer la diversité des peuples juifs : je suis yéménite avant tout , puis il ajoute  : ni pause ni rupture, ni renaissance ! Mais Continuité de la lutte, et depuis bien avant les Panthères noires, depuis qu’on est arrivé ici on a toujours lutté, la lutte prenait des formes différentes, mais c’était la lutte. Quand faites vous commencer le combat noir américain ? Très exactement depuis leur arrivée sur le sol américain .*(8)

Roï Hassan autre poète militant mizrahi se décrit lui comme moitié marocain et moitié libyen et explique que pour lui establishment israélien signifie explicitement ashkenaze et blanc.(8)

Orly Noï se dit iranienne et précise que comme telle, elle ne se sent pas appartenir à une culture périphérique mais centrale. Elle fait partie du mouvement « l’orientale commune » qui a soutenu aux dernières élections israéliennes la liste arabe unie . Le lien est clair pour ce mouvement avec la lutte de libération palestinienne. Elle le décrit en ces termes : Dans la « villa dans la jungle » de Barak, ni les Palestiniens ni nous les Mizrahim, natifs de la jungle n’avons la moindre place. » Il n’y a pas de place pour les Mizrahim dans le sionisme, pas plus que pour les Palestiniens Il nous faut démanteler les murs de cette villa pour nous retrouver ensemble et tous égaux dans la jungle.(8)

Orly Noï précise aussi que l’Orientalité est une conscience, qui n’exclut pas loin de là les ashkenazes* Ce qui nous amène à la dernière partie du discours de Viveiros de Castro. Il s’adresse au public blanc assis sur les marches en ces termes : mais nous, les « autres indiens », ceux qui ne sont pas indiens mais se sentent beaucoup plus représentés par les peuples indiens que par les politiques qui nous gouvernent et par l’appareil policier qui nous persécute de près , par les politiques de destruction de la nature menées par le fer et par le feu par tous les gouvernements qui se succèdent dans ce pays depuis toujours, nous avons aussi besoin de l’aide et de l’exemple des indiens… contre la capture de l’état nation. Un État qui pousse jusqu’à ses ultimes conséquences son projet de destruction du territoire qu’il revendique comme sien.. »

Ces paroles résonnent aussi bien en Palestine qu’en France quant au collectif à constituer avec ceux des blancs-ashkenazes , tous ceux qui refusent l’appareil policier, le système d’exploitation capitaliste qui détruit la nature et les liens sociaux, et se sentent proches et représentés par les peuples indigènes. Là où se construit la figure mizrahi -indigène , et là où elle se rapproche de l’autre indigène palestinien, se construit une possibilité de figure juive décoloniale en Israël. De même que la lutte africaine américaine ne peut manquer de faire lien avec celle des peuples indigènes …

L’appel d’Olga rédigé essentiellement par des israéliens ashkenaze, même si des mizrahim l’ont signé en 2004 se situe exactement dans cet axe de résistance commune. L’ashkenazité comme la blanchité n’ont rien a voir avec la couleur et tout avec la domination. L’indigène juif le fils du pays est celui qui reconnaît que la terre ne lui appartient pas , qui reconnaît l’indigène autochtone le ibn el Balad et tous ses droits, qui refuse la domination et le principe de séparation comme principe fondateur et mode de vie. C’est ce que dit en résumé cet appel qui conclut :

Ce n’est que par un tel partenariat que nous pourrons , nous juifs d’Israël, cesser d’être des étrangers dans leur pays et devenir enfin de véritables fils du pays . »

Haim hanegbi , seul rédacteurs mizrahi de cet appel - son grand-père Haïm Bejayo était le chef de la communauté séfarad de Hébron -vient de mourir. Né juif palestinien il était un indigène, un ibn el balad et cette identité lui a servi de boussole toute sa vie. Afin ne pas être enterré dans le cimetière des colons juifs de Hébron -Al Khalil, sa ville de naissance, il avait demandé et obtenu des autorités palestiniennes de la ville l’autorisation de l’être dans le cimetière musulman. La crainte des représailles de colons a fait surseoir à cette idée pour l’instant, mais un jour, Haïm Hanegbi trouvera sa place auprès de ses frères hébronites indigènes .

3 – UN ESPACE ANTIRACISTE RESPIRABLE

Et nous juifs d’ici , quelle issue décoloniale pouvons-nous rechercher aux tentatives d’ingestion des juifs par l’État néoconservateur clivant et oppressant ? Deux événements viennent de se succéder et de nous secouer : L’assassinat d’une vieille dame par deux petits délinquants, pour lequel le parquet a retenu en 48h la qualification d’antisémitisme. Cet assassinat dont nous ne savons encore a peu près rien de ses motifs autres que crapuleux (9) a donné lieu à une récupération politique ignoble et coutumière. Le CRIF s’est empressé d’exclure de la marche blanche qu’il avait organisée, la France Insoumise coupable d’antisionisme donc d’antisémitisme en plaçant ce mouvement sur le même plan que le Front national et l’extrême droite antisémite. Cet amalgame entre antisionisme et antisémitisme est, il faut le rappeler, assumé aujourd’hui par le Président de la République.

Quelques semaines plus tard, l’acte deux de cette sinistre affaire était publié dans Le Parisien : une tribune rédigée par Philippe Val et signée par 300 personnalités contre l’antisémitisme...mais surtout contre l’islam et les musulmans. Les attentats y sont instrumentalisés contre toute la population musulmane, la gauche radicale y est traitée d’antisémite parce que antisioniste, et la politique israélienne de destruction de la Palestine à l’oeuvre en ce moment même contre la marche du retour, y est exemptée de toute responsabilité . En d’autres termes cette tribune participe activement du dispositif de production de ce qu’elle prétend condamner : l’antisémitisme. Il y a des amis dont on préfère se passer quand on est juif.
L’antisémitisme nous concerne et nous inquiète, tous les crimes racistes et les attentats terroristes nous concernent et nous inquiètent, mais leur instrumentalisation au service d’un racisme islamophobe , et au service de la politique israélienne en Palestine est productrice de racisme antisémite. La bataille contre la Palestine se mène indubitablement aux États Unis en Europe et en France. Le fait que les deux communautés juives et musulmanes les plus importantes d’Europe se trouvent en France a rapporté ici le front Israël Palestine, en l’inscrivant dans le paradigme néoconservateur de l’affrontement occident/ islam. Dès lors les juifs ne pouvaient rester à l’abri dans cet affrontement pour deux raisons : parce qu’Israël avait besoin d’eux pour museler l’Occident contre toute critique envers sa politique, et parce que l’Occident avait besoin d’eux pour justifier sa lutte contre l’islam. Juifs et Israël se sont donc mis à ne faire qu’un, comme le voulait le sionisme, et les juifs blanchis pour la première fois de leur histoire sont entrés de plein pied dans l’Occident , comme le voulait le sionisme.
Toute atteinte à un juif ont déclamé tous les ministres et présidents de la République, depuis 20ans est une atteinte à la France et à la République, ce qu’ils n’ont jamais dit pour les innombrables agressions racistes envers les Musulmans, Arabes Noirs Rroms, Asiatiques .. établissant ainsi division entre les minorités , et hiérarchie dans le racisme envers ces différentes communautés. Il est donc urgent de reconstruire une figure décoloniale juive qui rejoigne les autres minorités pour coexister et co-résister .
C’est encore le texte de Viveiros de Castro qui nous ouvre l’horizon .
Et poursuivant le parallèle transnational rendu possible par lui, je relaterai ici sa conclusion : évoquant le nom d’une rue de Rio : la rue des Volontaires de la Patrie, il rappelle que lors de la guerre de l’empire contre le Paraguay , l’appel à des volontaires n’ayant pas trouvé de patriotes blancs brésiliens, on envoya des milliers d’esclaves noirs comme « Volontaires » à leur place . Viveiros de Castro nomme alors les indiens indigènes comme les premiers Involontaires de la patrie et il affirme comme une proclamation :« Nous ici nous sentons comme les indiens comme tous les indigènes du Brésil : comme si nous formions un énorme contingent d’Involontaires de la patrie… D’un gouvernement qui ne nous représente pas et ne nous a jamais représenté… nous sommes les Involontaires de la patrie parce qu’Autre est notre volonté ».
Ressurgissent alors les Afro – descendants américains, les Mizrahim, qui viennent s’inscrire dans cette lignée magnifique des Involontaires de la patrie, et nous même ici, y trouvons notre place . Pour que nous puissions respirer , nous les Involontaires de la patrie, juifs, arabes musulmans noirs rroms asiatiques, migrants, exilés, sans papiers, blancs, nous tous qui ne nous reconnaissons pas dans la forme de l’État oppresseur, et colonial, qui dirige nos vies, joue nos destins les uns contre les autres, il nous faut construire un espace antiraciste respirable, c’est ainsi que nous l’appelons, un espace qui nous ressemble, égalitaire, pluriel, qui ne hiérarchise pas entre nous, qui ne nous instrumentalise pas au service d’une quelconque politique autre que celle que nous déciderons de construire nous même. Après l’assassinat de Mireille Knoll, nous nous sommes jurés que plus jamais nous ne serions pris au piège de l’urgence médiatico-politique , des injonctions à des déclarations d’anti-racisme par ceux là même qui fabriquent et promeuvent le racisme, ni d’une quelconque instrumentalisation d’un crime antisémite ou non, raciste ou non. Nous sommes entrain de construire ensemble notre propre espace antiraciste à la fois autonome, décolonial, pluriel , et ouvert... à tous les « Involontaires de la patrie ».

Notes

1) Le générique des 10 clips vidéo de l’ujfp « paroles juives contre le racisme » que je vous invite à aller regarder, montre cette inscription juive continue dans les luttes antiracistes et de libération coloniale. https://www.youtube.com/channel/UCojmN0_VgImHjZ7326rReDQ

(2) Une remarque d’un auditeur lors de cette intervention m’oblige à préciser que mes racines marocaines sont sans aucun doute berbères. L’usage que je fais ici de l’expression « juive-arabe » rejoint l’ usage politique fait par de très nombreux juifs avant moi, issus du monde arabe plus large que la configuration maghrébine. Un usage destiné à prendre le contre pied de ce qui a existé et que le sionisme a voulu effacer en le transformant en oxymore .

(3) « Les Involontaires de la Patrie » Eduardo Viveiros de Castro - avril 2016 à Rio de Janeiro lors de la campagne Abril Indigena - Traduction : Jérémie Bonheure

(4) Toni Morrisson : l’« origine des autres » article « l’obsession de la couleur »

(5) – Ella Shohat – The invention of the Mizrahim – journal of palestine studies XXIX - automn 1999

(6) dans le documentaire de David Déri : le péché ancestral 2017

(7) Trois commissions d’enquête constituées en 1967, 1988 et 2001 ont toutes abouti à la même conclusion : les enfants sont morts, et il ne s’est rien passé. En décembre 2016. le gouvernement autorise l’ouverture des archives de ces commissions à nouveau sans résultat .
https://www.jonathan-cook.net/2017-01-02/israel-urged-to-apologise-for-disappeared-babies/

(8) extraits d’interviews réalisés en juin 2016 par Eyal Sivan et Michèle Sibony

(9) voir l’ Express du 4 avril « Ce que révèle l’enquête sur le meurtre de Mireille Knoll » écrit à partir de la consultation du procès verbal de synthèse des investigations sur le meurtre.
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/ce-que-revele-l-enquete-sur-le-meurtre-de-mireille-knoll_1996747.html

 

Michèle Sibony

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Journée internationale contre l’islamophobie du 10 décembre 2017 : intervention de Michèle Sibony

« Colonialisme et antisémitisme associés ont donné la promesse d’un foyer national juif en Palestine »

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 12:55

La tribune de Philippe Val contre le « nouvel antisémitisme », comme l’indique du reste l’adjectif qu’elle utilise, n’a pour objectif que de désigner une partie de la population de ce pays à la vindicte.

Il n’y a pas de « nouvel » antisémitisme dont la gravité éclipserait celle des autres. Serait-il plus néfaste que celui qui se manifeste au plus haut niveau de l’État, chez ces élites qui envisageaient d’un bon œil la publication des pamphlets de Céline ou l’inscription de Maurras et Chardonne dans le livre des commémorations nationales ? Édulcorerait-il celui, familier, d’une extrême-droite qui impose toujours un peu plus son agenda politique ? Non, bien évidemment, tout comme il n’y a pas un racisme plus grave qu’un autre. La lutte contre l’antisémitisme, l’islamophobie, la négrophobie ou l’antitsiganisme ne tolère aucune hiérarchisation. Tous ces racismes s’alimentent et se renforcent mutuellement.

La tribune de M. Val mélange à dessein la question de l’antisémitisme et celle de la détestable et criminelle politique israélienne, et ce point est lui aussi inacceptable. Nous refusons de valider cet amalgame qui est utilisé pour justifier les crimes de l’État d’Israël à l’encontre du peuple palestinien et le silence du monde entier.

Au-delà de la description d’une situation largement fantasmée, y compris au niveau national, sur le plan de l’antisémitisme – le texte parle, et c’est glaçant, d’épuration ethnique à bas bruit –, il n’a aucun objectif pacificateur. Il n’est écrit et diffusé que pour renforcer le consensus islamophobe contre des gens, souvent pauvres et habitant les quartiers populaires, qu’il accuse en bloc d’être antisémites.

Pour notre part, si nous constatons avec effroi l’existence d’une hostilité grandissante chez une partie minoritaire de l’opinion dite « musulmane » et « radicale » à l’égard des Juifs, et que celle-ci est suivie de passages à l’acte comme dans le cas de la tuerie de Toulouse ou celle de l’Hyper Casher, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse exigeante de la conjoncture politique et sociale française, ni de la géopolitique internationale. Ces nouvelles formes d’antisémitismes ne peuvent pas se comprendre sans une lecture globale et objective des forces qui agissent et produisent ces situations, à commencer par la mise en concurrence par l’État des différentes communautés – une division qui permet de mieux régner et une diversion des questions sociales –, mais aussi par les amalgames terribles entre Juifs et politique d’Israël que ne cesse d’alimenter une partie des élites de ce pays à laquelle ces tristes pétitionnaires participent.

Pour nous, un pays se compose de tous ceux qui y vivent et nous refusons fermement de relayer les propagandistes de la guerre civile.

L’islamophobie d’aujourd’hui n’est pas plus reluisante que l’antisémitisme d’antan, elle n’en est même que le pendant conjoncturel. Et pour paraphraser Frantz Fanon qui avait déclaré : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez les oreilles, on parle de vous », nous disons aujourd’hui : quand nous entendons dire du mal des Noirs ou des Musulmans, dressons l’oreille, car l’antisémitisme n’est pas loin.

Les signataires :

Alexis Cukier, philosophe
Nacira Guénif, sociologue Paris-8
Anick Coupé, militante associative et syndicale
Verveine Angeli, militante sydicale, Solidaires
Alain Gresh, directeur d'Orient XXI
Ivar Ekeland, ancien président de l'Université Paris-Dauphine
Nicole Lapierre, sociologue, directrice de recherche au CNRS
René Monzat, militant antiraciste
Marie-Christine Vergiat, députée européenne
Catherine Samary, économiste altermondialiste
Lila Charef, directrice du CCIF
Omar Slaouti, militant antiraciste, Collectif "Vérité et Justice pour Ali Ziri"
Alima Boumediene Thiery, avocate, ex-parlementaire, association Femmes plurielles
Laurent Levy, militant antiraciste
Said Bouamama, sociologue, militant du FUIQP
Ismahane Chouder, Participation et spiritualités musulmanes (PSM)
Tarek Ben Hiba, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives
Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République
William Bila, président de la Voix des Rroms
Fabienne Haloui, responsable lutte contre le racisme et pour l'égalité au PCF
Driss Elkherchi, président de l'ATMF
Michèle Sibony, militante à l'UJFP
Maxime Benatouil, militant à l'UJFP
Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, professeure émérite à l'Université Paris-Diderot Paris 7
Sonia Fayman, militante CEDETIM, UJFP et IJAN
Gus Massiah, militant CEDETIM
Eric Hazan, éditeur
Sathis Kouvelakis, philosophe, King's College, Londres
Eyal Sivan, cinéaste, professeur à l'Amsterdam University of Fine Arts
Christine Delphy, sociologue, féministe, chercheuse au CNRS
Sihame Assbague, journaliste et militante
Isabelle Stengers, philosophe
Mohsen Dridi, blog MIGRANT (E )S
Abderrazak Bouazizi Horchani, militant associatif
Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers
Mourad Allal, militant associatif
Moncef Guedouar, immigré tunisien
Michelle Guerci, journaliste
Philippe Marlière, professeur de science politique à l'University College de Londres
Alain Cyroulnik
Philippe Cyroulnik
Alain Job, retraité cadre territorial
Fabien Marcot, graphiste


Organisations signataires
Union Juive Française pour la Paix
Brigade Anti Négrophobie
Association des Travailleurs Maghrébins de France
La Voix des Rroms
La Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux Rives
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie 

 

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 14:42

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UJFP

À Paris, le 16 avril conférence-débat d’Ofra YESHUA-LYTH, à propos de son livre : « Pourquoi un état juif n’est pas une bonne idée »

 

Conférence-débat d’Ofra YESHUA-LYTH, à propos de son dernier livre : « Pourquoi un état juif n’est pas une bonne idée ». [*]
 

Soirée organisée par l’UJFP.
au CICP (Centre International de Culture Populaire) 21ter rue Voltaire 75011 Paris Métro Rue des Boulets ou Nation 
 

La société israélienne est rongée par la peur entretenue, la guerre permanente, la négation de l’autre, le poids de la religion, le racisme décomplexé, le lavage de cerveau, le piétinement des droits de l’Homme... Quel rapport avec le projet sioniste imaginé par Herzl ? Quelles possibilités pour un avenir meilleur ? Ofra Yeshua-Lyth nous livre sa vision d’un Israël-Palestine tournant le dos au nationalisme ethnique, épousant le vivre-ensemble dans l’égalité des droits de tous ses habitants.
 

Extraits de la préface d’Ilan Pappé :
 

« En 2017, l’État d’Israël évolue comme un état ethnique, raciste, de différentes manières, discriminant ses citoyens palestiniens, installé dans une oppression incessante des habitants de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza. L’État se transforme peu à peu en un système politique qui, minant les valeurs démocratiques et humanistes, privilégie une définition très étroite du sionisme, celle d’une idéologie nationaliste. […]
 

[…] L’État d’Israël est devenu une ethnocratie . . . un état d’apartheid, un état de peuplement colonial . . . Que la solution de deux États ne convienne plus aujourd’hui, comme d’ailleurs jamais elle ne le fût par le passé, s’explique par cette tendance théocratique : le sionisme qui aspirait à construire une identité politique moderne et laïque se transforme en un mouvement nationaliste romantique et religieux. Le regretté Israël Shahak pensait qu’un mouvement national fondé sur l’identité religieuse deviendrait inévitablement théocratique et raciste, pratiquant l’exclusion. . . . Ofra propose dans son livre une vision différente : un État laïc et démocratique pour tous ceux qui vivent entre la rivière du Jourdain et la Méditerranée. »
 


Le flyer de la soirée

 

[*(Éditions Scribest, à paraître 2ème quinzaine d’avril 2018)


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